‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 115 sur 141 · Du Boucbel, /oc cit,, p. 6ÔS · texte numérisé non relu

Du Boucbel, /oc cit,, p. 6ÔS

FRANÇOIS DE GHASTILLON. 345

« sçavoir faisons que nous, à plein confiant des sens,

» suffisance, vaillance, expérience au fait des armes, bonne » conduite et diligence de nostre très-cher et aimé cousin » François, comte de Coligny, sieur de Ghastillon, et dési- )) rant T honorer de charges, administrations et estats, dont » il s'est rendu digne par sa vertu et TafFection qu'il porte » à nostre service, àiceluy, pour ces causes et autres bonnes » considérations à ce nous mouvant, avons donné et oc- » troyé, donnons et octroyons par ces présentes la charge » et conduite d'une compagnie nouvelle de trente lances » fournies de nos ordonnances, au titre de cinquante, la- » quelle il remplira des meilleurs et plus aguerris soldats » qu'il luy sera possible ; pour icelle charge estre tenue et » doresnavant exercée par nostredit cousin de Chastil- » Ion, etc. »

Pendant son court séjour à Ghâtelleraut, Ghastillon, qui depuis assez longtemps était sans nouvelles de sa femme et ne pouvait attribuer qu'à l'extrême difficulté des communications épistolaires, en un temps d'incessantes hostilités et de troubles, la non-réception de lettres que, sans doute elle lui avait adressées, se disposait à lui écrire, lorsqu'il reçut inopinément l'annonce d'un événement de famille qui l'émut à un haut degré : un simple messager d'une ville du Midi lui dit que, quinze jours avant celui auquel il lui parlait, il avait vu, à Montpellier, M"' de Ghastillon, récemment accouchée d'une fille.

A l'ouïe de cette nouvelle, Ghastillon adressa à sa femme une lettre dans laquelle il passait de l'expression de sa tendre sollicitude pour elle, à un récit fort succint des combats soutenus contre Mayenne et contre Saveuse. Dans ce récit, loin de tirer la moindre vanité de son double exploit, il gardait au contraire le silence* sur quelques-uns des principaux traits de courage ^ ^^ s'était signalé. Sa

346 FRANÇOIS DE GHAStiLLON.

grande et très légitime préoccapation était de faire partager à Marguerite d'Ailly sa profonde reconnaissance envere Dieu; puis, afln de lui épargner toute inquiétude au sujet de la blessure qu'il avait reçue, et dont au surplus il commençait à se remettre, il ne lui en parlait même pas. Sa lettre, datée du 25 mai 1589, portait* :

« Mon cœur, je trouvai hier un messager de Beauquaire, » qui m'a dit vous avoir veue, depuis quinze jours, dans » vostre lict, accouchée d'une fille, et qu'il parla à vous; )» mais, pour ne m'avoir apporté un seul mot de lettre, ny » de vous, ny de personne qui soit auprès de vous, je ne » sçay que penser de ce qu'il m'a dict. Je vous prie, soyez » soigneuse de me mander de vos nouvelles, car il ne me » reste que cela, puisque je ne vous puis voir, pour me » rendre content.

» Il y a quelque temps que je ne vous ay rien mandé : » c'estoit attendant quelque sujet qui méritast que je vous » envoyasse.

» 11 y a quelques jours que je me trouvay à Tours, y w estant envoyé par le roy de Navarre vers Sa Majesté. J'y » arrivai, que M. du Meine estoit au-dessus du fauxbourg, » delà l'eau, ayant attaqué une grosse escarmouche.

» Le roy me commanda de mander l'infanterie du roy de » Navarre, ce que je fis; et cependant que j'allasse recon- » noistre le lieu où on me mettoit; ce que je fis. Et peu » après, le roy vint dans le fauxbourg, où estant arrivé je » parlois à luy, luy disant quelque avantage que j'avois re- » connu pour entreprendre sur l'ennemi qui estoit près de » nos barricades : on lui vint dire qu'il les aVoit forcées et w qu'il estoit bien avant dans le fauxbourg.

» J'y courus et rencontrai M. de La Trémouille et M. de

Page 1