Archives de Berne^ Frankreich, vol. D, fo
R, J, y. Bonsietten, Ph. V. Graffenried, Pelerman von Erlach. Les officiers, signataires de cette lettre, y déclaraient avoir été poussés à prendre les armes et à servir en France, uniquement par leur zèle pour la religion et par leur dévouement à la cause des opprimés.
Condé, de son côté, se fît un devoir, dans diverses lettres qu'il adressa. en 1576, à Tavoyer et au conseil de Berne, de rendre hommage à la bell« conduite de ces offîciers et de leurs soldats, et d'appeler sur eux toute b bienveillance du gouvernement bernois. (Archives de Berne, Prankreick^ vol. D, f» 735, 745, 751. lettres de Condé des 2, 7 et 8 juillet 1576.)
Lcitrc de réiccteiir palatin Frédéric III au roi de France. 1 avril 1576. '(Grocn van Prinstercr, Corresp. de la maison d^Orange-Nassau^ !'« série, t. V, p. ZTi.)
« Ayant esté fort rcsjouy d'avoir entendu que Nostre-Seigneur avoil conj verty les cœurs tant de Vostre Majesté, que de M. le duc d'Alençon, voslre » frère, et de tous autres princes et seigneurs du sang, mesmes de tous » vos subjectz, à désirer et chercher les moïens pour pouvoir planter une i bonne et asseurée paix, laquelle jo vous souhaite du fond du cœur, et » supplie le bon Dieu journellement vous la vouloir envoyer; mais ayant, d d'autre part, esté ad verty que le principal point qui a accroché ladite » paix estoit l'article de la religion, et que Vostre Majesté estoit après pour A adviser et mestre en délibération si elle vouldroit admettre l'exercice de » ladicte religion réformée partout, ou non ; je n'ay aucunement voulu faillir, -» comme vostre fidèle voisin et parent, de vous représenter et mectre devant » les yeux les honnestes remonstrances et prières que vous ay faictes, avec ^ autres princes d'AUemaigne, tant par cscrit que de bouche, et vous prier » de vouloir peser et considérer la charge et gouvernement à quoy Dieu » vous appelle, comme le chef principal, et, si ainsi fault parler, le père et a pasteur de ses subjects, le propre et naturel duquel n'est de veoir ny » permcctre que ses membres, fîdèles enfans et brebis, se ruinent, et, du » du tout, périssent, mais au contraire, s'ils sont malades, les faire guérir » et regarder qu'ils soient maintenus en bon estât et disposition, tousjours » en melliorant. Vostre Majesté a peu doresnavant apprendre et cognoistre » à la longue, non sans grandes fascheries. dangers, dommaiges, ruine de » consciences, païs, subjects et revenus, les profîts qu'ont peu apporter les i» guerres intestines et procès entrepris au préjudice de la religion, c>st par » ainsi contre Dieu mcsme, qui n'ont de beaucoup servy, mais, au lieu que i Ton pensoit estaindre un feu, il s'en allumoit trois autres, qui n'esloit n faire autre chose que jectcr l'huile au feu pour rendre la flamme plus » grande, ainsy que voyiez évidemment, et que non seulement les subjects » réformés de Vostre Majesté, mais aussy les aullres faisant profession de
» la romaine, jusques aux plus proches princes de vostre sang, se trouvent • lassés et faschés de yeoir régner telle pauvreté, cognoissans bien que tous A ceux qui ont par cy-devant aigri les affaires et conseillé d'entrer en ces » guerres, ont plus tost causé une ruine . et désolation totale que la manu-
i> tention de Thonneur, païs et subjects de Vostre Majesté Dieu veult et
A commande que l'on laisse prescher sa sainte parole à toutes créatures, et » el avoir Texercice dUcelle; et c'est la demande que vous font vos subjects, » comme aussi vos cordiaux amys et voisins vous le conseillent, cognoissant » bien que vostre royaume de France ne peut estre restably ny remis en son » pristin repos et estât, quQ par le moyen d'un aussy libre exercice de la ^ religion réformée, comme de la romaine, en observant une égalité entre 9 les subjects [qui est la conservation de tous les gouvernemens] dont il est ») nécessaire leur donner bonne asseurance, comme par ceste voye plusieurs « autres royaumes et pays sont conservés en tout repos et tranquillité. »
En février 1576, M"» de Téligny se croyait encore si loin du terme de son séjour en Suisse, qu'elle faisait de vives instances pour conserver auprès d'elle, à Berne, le ministre Merlin, dans des circonstances que nous révèle l'un des registres de la compagnie des pasteurs de Genève.
Ce registre, coté B, contient, à la date du 0 février 1576, la mention suivante :
« 1376. — Le mesme jour, 9 de février, M. Merlin requit que nostrc » compagnie s'assemblast avec les frères, ministres de France, qui sont icy, » pour luy donner advis sur ce que ceux de La Rochelle le demandent par » homme et lettre exprès, prétendant droit sur luy, comme d'autre part, les » dames de Téligny et de Lav^l, qui sont à Berne, requièrent instamment » qu'il ne leur soit osté, mesmement durant ce temps de leur aflliction, » veu qu^il avoit jà esté en leur maison, et que, grâces à Dieu, son labeur y » avoit profité et y profitoit encores. La compagnie n'a point voulu, comme » elle ne pouvoit, juger ne décider le droict et de l'obligation, ne desdites » dames, ne de l'église de La Rochelle, ne de M. le Prince, ne de MM. de » Cbastillon et de Laval, qui aussy y prétendent sur M. Merlin ; remettant » cela au synode, quand Dieu vouldra qu'il s'en puisse convoquer en France ; » seulement juge que, par provision, M. Merlin peult beaucoup plus profiter » en l'église de La Rochelle, veu mesmement qu'au difï'érend qui est là entre » les frères, duquel les parties s'en rapportent et submectent volontiers à luy, )) qu'en la maison desdites dames; et pourtant qu'elles doibvent estre priées » d'approuver qu'il y puisse aller, car ceulx de La Rochelle le demanderoient, y> et qu'il y aura seureté de chemins, ce qu'on ne voit pour le présent; auquel » cas, on taschera de pourveoir lesdites dames d'homme propre pour l'instrucd tion de leur maison i »
442 tRANÇOIS DE CMASTILLON.
Fidèle à ane grande infortune, Merlin prolongea sa résidence à Beine, et ne quitta cette ville que pour accompagner le comte de Laval, lorsquU rentra en France, en 1576, et qu'il alla se fixer au centre de ses domaine^, en Bretagne, où sa présence, au mois d'août de ladite année, est constatée par Philippe Lenoir, sieur de Crevain, dans son Histoire eccléêiaêtiqw. (Paris et Nantes, 1831, 1 vol. in.8«, p. 198.)
D'autre part, le Diaire de Merlin (p. 15), parle de M"^* de Téligny coaime étant encore à Berne, en mai 1576.
Il est certain qu*elle ne partit de Berne, pour rentrer eo France, que le 14 août 1576. (Chronique bernoise de Haller et Musselin.)
XXIX 6is
Sommaire des conclusions de rassemblée tenue à Aies (Alais) au mois de may ISSU,
(Bib). nat., mss. f. fr., vol. 15,563, f» 42.)
« L^assemblée jure Tunion, recognoist le roy de Navarre pour chef légi- » time et protecteur général des églises de ce royaume, et promet luy » obéir ensemble à M. de Chastillon, comme général des églises de ce » pays, en son absence.
» Approuve les conclusions prises en l'assemblée tenue à Somniières^ » au mois d*avril dernier.
» Ordonne que les églises de Nismes, Uzès, Marvejols, et autres qui se » sont départies de cette assemblée seront exhortées en corps de recepvoir » et de se conformer aux conclusions prinses en icelle pour le bien général » des églises.
» Que M. de Chastillon et le conseil des églises estably près de lui ù passeront et envoyèrent à M. de Guitry la procuration qu'il demande » pour la levée des reystres et pourvoiront à ce que la cottité des deniers » soit preste au plus tôt.
» Que, à ces Gns, et pour subvenir au paiement des pasteurs et autres » frais de ceste guerre, en s*aydant de toute nature de deniers public^ » mesme des biens ecclésiastiques, lesquels seront arrentés, sauf ceulx dont )) aulcungs de la religion, avec lettres valables se prévauderont, pour raison )> desquels leur sera faite main-levée, en payant quatre décimes et les pensions » qu^ils sont accoustumé payer pour Tentretennement des pasteurs qui sont » sur les lieux, lesquels tiendront lieu sur et tant moiogs des gages qui leur » seront ordonnés du publicq au cas que lesdites pensions ne soyent )» souffisantes.
» M^ de Chastillon se contentera de Testât des cinq cents escus par i> moys qui luy fut ordonné en rassemblée de Sommières et aura une » compagnie de gens d'armes et pareil nombre d*arquebusiers à cheval » pour la garde qui fut ordonnée à M. de Thoré, aux troubles derniers.
1» Mc^ de Ghasiillon et son conseil establiront ung provost pour la puni- » lion des malfaiteurs.
» Le roy de Navarre sera supplié establir en ces pays une justice souvc- » raine pendant la guerre.
1» Inhibé à tous capitaines et soldats de surprendre les villes et lieux » de ce party, à peine de la vie, sinon au faict de trahison ou révolte, il en 1» soit autrement ordonné par mondit seigneur de Chastillon et le conseil » des églises, avec connaissance de cause.
D Pour le conseil ont été nommés : M. d'Aubays, M. de Ligones, M. des » VignoUes, M. Payan, M. Davin; et où ledit sieur des Vignolles ne le voul- 1» droit accepter, M. Blanchard, aux gages de trente escuz, ceux qui auront » deux chevaux et au-dessus, et les autres vingt-deux par moys.
» M^ de Chastillon a juré l'observation des règleraens de rassemblée '•> et promis de se conformer aux advis du conseil.
V Et toute l'assemblée a promis et juré de luy obéir, d
Contrat de mariage de M. de Chastillon avec Marguerite d'Ailly, du 18 jnai 1581. (Du Bouchet, Hist, de la maison de Coligny^ p. 631 à 633.)
a A tous ceux qui ces présentes lettres verront, François Pulleh, licentié i> es lois, conseiller du roy, nostre sire, garde du seel aux contrats et autres 0 seaux royaux du bailliage, gouvernement et comté de Clermont en Boau- » voisis, salut.
» Sçavoir faisons que pardevant Philippe Billotet et Louis Wacqueron, » notaires royaux audit bailliage et comté, comparurent en leurs personnnes :
» Haut et puissant seigneur messire François, comte de Coligny, sei- D gneur de Chastillon, Aillaii sur Milleron, Beaupont, Beauvoir, Andelot, » Damme-Marie en Puisaye, Thou, Montcresson, Soleterre, Le Haut et La » Mothe de Chasteau-Regnard, Bossac, La Thibaudaye, Tinteniac, La Crotte » Anneville et Craville, gouverneur pour le roy en la ville de Montpelier, » fils de defTunt, d'heureuse mémoire, messire Gaspard, luy vivant comte » dudit Coligny, admirai do France, et de dame Charlotte do Laval, sei- D gneurs desdites terres, faisant sa résidence audit lieu de La Thibaudaye, » pays de Bretagne, estant de présent au chasteau de Warty, près Clermont D en Beauvoisis, d'une part;
» Et damoiselle Marguerite d'Ailly, fille aisnée de defTunt messire Charles » d'Ailly, luy vivant seigneur de Piquigny, capitaine de cinquante hommes )) d'armes des ordonnances du roy, et de haute et puissante dame Françoise T> de Warty, dame dudit Piquigny, dame d'honneur de la reine de Navarre, 1» d'autre part;
y> Et reconnurent lesdites parties, ledit sieur comte, assisté de dame
)» Louise de Coligny, sa sœur atsnée, veufre de feu messire Charles de Thé- » ligny, dame de Lierrille en Beausse, et ladite damoiselle assistée de ladite » dame de Piquigny, sa mère, de haut et puissant seigneur Philibert-Emma- » 'nuel d'Ailly, vidame d'Amiens, seigneur baron dudit Piquigny, chastelain » de Vinacourt, frère à ladite damoiselle, haute et puissante dame, dame » Magdeleine de Suze, dame douairière dudit Warty et Senarpont, et d^ » haut et puissant seigneur messire Philippe de Warty, chevalier, seigneur » dudit lieu, Arion, Fourni val, Vavegnies et Gastellon, gentilhomme ordi- • naire de la chambre du roy : pour ce comparans en personne pour parve- » nir au mariage pourparlé d'entre ledit sieur comte de Coligny et ladite » damoiselle Marguerite d'Ailly qui, au plaisir de Dieu, prendra perfection » en face de sainte église, avoir fait et font par ces présentes les promesses » et convenances qui ensuivent :
» C'est à sçavoir que ledit sieur comte, assisté et de Tadvis et consente- » ment de ladite dame Louise de Coligny, sa sœur, avoir promis et promet » prendre en loy de mariage icellc damoiselle Marguerite d'Ailly, laquelle » réciproquement, de Tadvis, autorité et consentement de ladite dame de » Piquigny, sa mère, et sieur vidame, son frère, a aussy promis prendre en » loy de mariage ledit sieur comte; .
9 En faveur et contemplation duquel futur mariage, et pour parvenir à » iceluy, ladite dame de Piquigny et ledit sieur vidame, son fils, ont donné )) et promettent de bailler, Tun pour Pautre, et un seul pour le tout, sans » division ne discussion, ausdits futurs la somme de vingt mil escus sol, la » la moitié au jour de la célébration dudit mariage, et Tautre moitié, de- » dans un an après, ou plustost, si faire se peut; et si promet icelle dame » de Piquigny habiller, estoyer et accommoder de bagues et joyaux honnes- » tement ladite damoiselle sa fille, et faire le banquet des espousailles, à )» ses despens, le tout à sa discrétion.
» En considération desquels dons et avancemens faits à icelle damoiselle, T> elle, du consentement et autorité dudit sieur comte, son futur époux, a » renoncé et renonce, au profit dudit vidame d'Amiens, son frère, à tous » les droits, parts et portions qui luy peuvent estre succédez et escheus, » tant en ligne directe que collatérale. Et néantmoins sera à Toption de D ladite future espouse de venir à la succession de ladite dame de Piguigny, I) sa mère, en raportant ou moins prenant la somme de dix mil escus, fai- 1) sant moitié d'icelle somme de vingt mil escus, ou se tenir à ladite somme » et renoncer à icelle succession.
» Pareillement a esté «convenu et accordé que de ladite somme de vingt » mil escus sol, après le payement entier fait d'icelle, iceluy seigneur comte » sera tenu et a promis en employer dix mil escus en achat de terres et » héritages, pour estre propres à icelle damoiselle future espouse, et aux » siens de sa cotte et ligne.
» Et au cas que, durant ledit mariage, aucun employ ne fust fait de )) ladite somme dix mil escus, ou bien qu'ayant esté fait, il ne soit agréa- » ble à ladite dagioiselle ou que ledit employ ne fust plus en nature, ledit » sieur comte, es dits cas et en chacuti d'iceux, a, dès à présent comme dès
APPENDICE. 44o
» lors, et dès lors comme dès à présent, constitué et assigné, constitue et » assigne à ladite damoiselle, sa future espouse, ses hoirs et ayans cause, la )> somme de cinq cens escus d'or sol de rente, sur tous et chacuns ses » biens, et spécialement sur ladite terre et seigneurie de La Thibaudaye, et 9 ses appartenances, fruits, profits, revenus et émolumens d'icelle qu'elle » fera comme siens, sans estre tenue aucune chose en rendre, diminuer ou V précompter, jusques à ce que par les héritiers dudit sieur comte ait esté » ladite assiette de cinq cens escus d'or sol de rente faite, parfaite et déli- )> vrëe actuellement et par effet à ladite damoiselle; du jour de laquelle ■> délivrance, ainsi que dit est, faite à ladite damoiselle sur ladite terre do « La Thibaudaye, si bon luy semble, ou autre qu'elle voudra choisir, sera ?) tenu de s'en contenter et rendre outre plus, si mesme y a, ausdits héri- » tiers, sans plus à Tadvenir gagner les fruits de ladite assiette, icelle 9 assiette sans aucune diminution de son droit commun, soit aux meubles » ou acquêts; et laquelle rente et assiette sera rachetable en dedans sept » ans, du jour de la dissolution dudit mariage, et non après, moyennant » pareille somme de dix mil escus que ledit sieur de Chastiilon ou ses héri- » tiers seront tenus payer toute à une fois ; et néantmoins prenant par icelle » damoiselle ou ses héritiers ladite assiette, Temploy qui auroit esté fait de )> ladite somme de dix mil escus appartiendra pour le tout audit sieur comte, 9 ou ses héritiers, sans que ladite damoiselle ny ses héritiers y puissent » prendre part.
» Et a ledit sieur comte, sieur de Chastiilon doué et doue ladite damoiselle, » sa future espouse, de la somme de treize cent trentre-trois escus vingt sols > de douaire préfix et conventionnel, à iceluy prendre et percevoir, par chacun » an, sur ladite terre et seigneurie de La Thibaudaye et appartenances, et autres )> terres audit sieur appartenans, audit pays de Bretagne, et sur les autres i) terres et héritages dudit sieur comte estans hors ledit pays de Bretagne, » pour dudit douaire jouir par ladite damoiselle sitost et tant que douaire » aura lieu : demeurant néantmoins à son choix de prendre et avoir son » douaire sur toutes les terres, seigneuries et héritages dudit sieur comte, )> suivant les coustumes des lieux, les maisons exceptées, hormis la maison, » chasteau, pourpris, basse-cour et accint dudit lieu de La Thibaudaye, » laquelle demeurera entièrement à ladite damoiselle pour son habitation et )) maison de douaire, dont elle sera saisie du jour de la dissolution dudit )) mariage; et laquelle maison de La Thibaudaye ne sera comprise en Tes- » timation dudit douaire.
» Et le cas advenant que ledit sieur de Chastiilon prédécèdo icelle da- » moiselle, elle aura et remportera par préciput, sans charge de dettes » ne diminution de sa communauté, ses habillemens, bagues, joyaux, cha- » riots, chevaux, litière, servant à elle et à son train, avec sa chambre » estoffée selon son estât et grandeur.
» Gomme aussy iceluy seigneur de Chastiilon, en événement qu'il sur- » vive ladite damoiselle, il aura et remportera franchement, ainsi que dit 19 est, ses habillemens, livres, armes et chevaux pour luy et son train, avec » sa chambre estoffée, aussi selon sa qualité et grandeur.
» Et néantmoins sera loisible à icelle demoiselle future espouse, et aux » enfans qui proviendront dudit mariage, de renoncer, si bon leur semble, » à la communauté dudit sieur futur espoux, et, en ce faisant, remporter » tant ladite somme do vingt mil escus, et tout ce qui sera escheu à ladite » damoiselle, è quelque tilrc que ce soit, par succession, donation, legat, on 1» autrement, avec un douaire tel que dessus, le tout franchement et quitte^ ù ment de toutes charges de dettes et hypothèques quelconques, encorcs » que ladite damoiselle y eust parlé et y fust obligée, dont iceluy seigneur » de Chastillon et ses héritiers seront tenus Tacquitter et descharger, et » sesdits enfans provenus dudit mariage.
» Et en outre, en traitant lequel mariage a esté par exprès dit, convenu » et accordé entre lesdites parties que, s'il advcnoit que ledit seigneur » vidasme allast do vie à trespas, sans enfans, ou que lesdits enfans 0 allassent de vie à trespas sans enfans, et que la succession dudit sieur » vidame, ou de sesdits enfans, vint à eschoir à ladite damoiselle future » cspouse, ou ses enfans, en ce cas, ladite future espouse, ses hoirs ou » ayans cause seront tenus rendre et restituer, bailler et payer de bonne » foy, sans plaid ni procez à damoiselle Susanne d^Ailly, sœur puisnée » dudit sieur vidame et de ladite damoiselle future espouse, ladite somme » do vingt mil escus sol, en cas que ladite damoiselle Susanne d*Ailly n'ayt D eu et reccu desdits dame de Piquignyet sieur vidame, en deniers, rentes y> ou héritages, soit par donation, succession, avantage ou autrement, » jusques à la concurrence de ladite somme de vingt mil escus sol, parceque D autrement et sans ladite convention, ladite damo de Piquigny et ledit )> sieur vidame, son fils, n'eussent fait, consenti, ne accordé le présent i mariage, donné ne promis auxdits futurs espoux ladite somme de vingt y> mil escus, et laquelle ils ont donnée et promise, à ladite charge expresse, K de rapporter, rendre, bailler et payer de bonne foy à ladite damoiselle » Suzanne d*Aiily, sa sœur, ce acceptant pour elle par ladite dame de Piqui» » gny, sa mère, ladite somme de vingt mil escus sol, et ainsi que dit est » dessus, dont lesdites parties se sont tenues pour bien contentes, si comme » tout à elles disoient estre vray pardevant lesdits notaires, es mains des- » quels elles ont promis et juré respectivement, de bonne foy, tenir, entre- '«) tenir et avoir agréable à tousjours tout le contenu que dessus, sans y » contrevenir, sur peine do tous despens, dommages et intérests payer; et » ce, sous l'obligation et hypothèque de tous et chacuns leurs biens, terres » et seigneuries qu'elles en ont submis à justicier, chacun en leur regard où » trouvez seront, lesdits dame de Piquigny et sieur vidame, Tun pour » Tau Ire et un seul pour le tout, sans division ne discussion, au payement » de ladite somme de vingt mil escus, comme devant est dit.
» Renonçant à toutes choses contraires à ces présentes, lesquelles, en » tesmoin de ce, nous avons scellés dudit scel.
» Ce fut fait et passé audit chasteau de Warty, le jeudi 18® jour de may, » Tan 1581.
» Et a esté notifié aux parties ces présentes estre sujettes à Tinsinuation.
D Et est la minute signée : Françoise de Warty, François de CoUigny
» Marguerite d*Ailly, Magdelaine de Siwe, Louise de Colligny, V. Warly, et > pareillement desdits Philippe Billouet et Louis Macqueron, notaires; y> doubles et pareilles cestes servans pour ladite damoiselle Marguerite n d'Ailly, future espouse.
1» Et en fin du contract cy-dessus est la quittance qui ensuit, passée '^ pardevant lesdits Billouet et Macqueron, notaires :
» Comparurent en leurs personnes haut et puissant seigneur messiro :> François, comte de Colligny» seigneur de Chastillon, Aillant-sur-Mille- » ron, Beaupont, Beauvoir, Andelot, Damme-Marie en Puisaye, Thou, Mont- )> cresson, Solletcrre, Le Haut et La Motte de Chasteau-Regnard, Bossac, La » Thibaudaye, Tiutonac, La Grotte, Anncville etAnville, gouverneur pour le » roy en la ville de Montpellier, fils de deffuntz, d'heureuse mémoire, mes- » sire Gaspard, vivant, comte dudit Colligny, admirai de France, et de » dame Charlotte de Laval, seigneurs desdites terres, et dame Marguerite )) d'Ailly, son espouse, de présent estant au chasteau de Wiarty lez ledit » Clermont. Et recognurent ladite dame de Chastillon, autorisée dudit sieur » son mary, avoir eu et receu, et leur a esté compté, payé, nombre, et dôli- » vré contant, en la présence des notaires royaux soubzsignés, par haute et » puissante dame, dame Françoise de Warty, vefve de feu haut et puissant » seigneur messire Charles d*Ailly, vivant^ chevalier baron de Piquigny, à » ce présent et acceptant, la somme. de neuf mil escuz d'or soi, en espèces » d'or sol, escus pistolets, doubles et simples Henris, ducats, millerets, tant » doubles que simples ducats de Castille, francs et demy-francs, réaies, n testons, quarts d'escus, et autre monnoye, selon le cours et édit du roy, » et ce, sur et en. tant moins des vingt mil escuz promis par ladite dame » audit sieur comte, et ladite dame, sa femme, par le contract de mariage » cydessus transcrit, et laquelle somme de neuf mil escus sera déduite sur K les dix mil escus que ladite dame doit pour le premier payement desdils •) vingt mil escus; dont etc.; quittant etc., promettant etc, obligeant etc., 4' renonçant, etc.
» Fait et passé au chasteau dudit Warty, le XXI<^ jour de may MDLXXXI, » après midy. — Signé de Colligny, et Marguerite d'Ailly. »
XXX bis
Dépêche de Revol, résident à Turin, h M»»*" de Mandelot, de Hautefort et de Fleury, oslant pour le service du roy aux Ligues. 14 juillet 1582.
(Bibl. nat., mss. f. fp., vol. 15,566, fo 24.)
a Messeigneurs, je vous ay faict une dépesche du 11 de ce moys par 0 laquelle vous avez vu l'opinion et confiance en laquelle ce prince est en- » Iretcnu touchant son entreprise qu'il estime avoir appuyé de si bons fon-
»> démens par le regard de ce qui dépend des cantons, que les uns seront » pour luy, les autres spectateurs du jeu, ne luy restant, ce luy semble, que )) de gaignèr poinct à quoy tend le voïage du sieur de Chastillon en France, » que le roy ne passe point plus avant à la défense de Genève que de contri- » buer ce qu*iLest tenu par le traicté, qu'il mesure à quelque somme d'argent » seulement, au cas qu'il ne Ten puisse faire entièrement déporter. Le len- .) demain de ma dépesche, je receu celle qu'il vous a pieu me faire^ du )) 30 juing, bien contraire à ce que Son Altesse se promet de ce costé-là, et )) nëantmoings luy en ayant, hier matin, communiqué et bien au long faîct d entendre le contenu, il s'en passa, ainsi que vous verrez, s'il vous plaist, » par ce que j'en escry à M. do Villeroy, avec ung discours contenant la » mesme matière, dont je vous envoie la copie qui servira de response à ce ù qu'il vous a pieu me mander par vostredicte dépesche, etc., etc.
» P. S. Quelqu'un m'a dict que le colonel Luser doit encore amener r> quatre mil Suisses à Son Altesse. »
Dépèche de Revol au roi de France. 20 juillet 1582. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 15,566, fo 26.)
« Sire, je receuz, le 17 de ce mois, la dépesche qu'il a pieu à Vostre Mai) jesté me faire du 10° et entendu la response qu'elle avoit faicte au sieur )) de Chastillon, sur l'occasion de son voyaige devers elle; et encore^ que, ^> le jour précédent fust arrivé un courrier de sa part en toute diligence pour )> en apporter la substance à ce prince, attendant le compte plus particulier )) que luy mesme luy rendroit venant après ledit courrier, toutesfois estimant » que Icdict seigneur ne prendroit aucune résolution sur ses affaires, que, )) premier, il n'eust ouy ledict sieur de Chastillon, j'avisay d'attendre à fere » l'office que Vostre Majesté me commandoit jusques après son arrivée, qui 9 fut le XVIII<', à deux heures de nuict, estant au mesme instant allé trou- » ver ledict seigneur, lequel demeura à l'escouter et délibérer là-dessus jus- » ques à minuict; et aussitost furent faictes quelques dépesches, à ce que » j'ay entendu, mais je n'ay peu apprendre quelles, ny de quel cousté. » Hier XIX, ayant sceu la venue, j'envoyay l'après-disnée demander audience, » qui me fut assignée à aujourd'huy XX, encores que ledict seigneur ayt » mangé retiré en chambre depuis quatre ou cinq jours, sans sortir en » public ny se laisser veoir que à ceulx de son conseil et peu d'autres per- )) sonnes, à cause d'un peu de desvoyeraent d'estomac qui ne luy a guères » continué, et estant sorly, après son disner, en la salle où j'altendois, je » luy ay faict entendre, suyvant le contenu en vostredicte dépesche que, en- » cores que Vostre Majesté s'asseurast que ledict sieur de Chastillon n'auroit » rien oublié de ce qu'elle luy avoit dict pour luy rapporter, tant de vostre )) affection en son endroict, que du dangier de la continuation de son entre- » prise par la voye des armes, néanlmoings affin qu'il y eust plus meure
» considération, comme il importoit au bien de ses affaires et des vostres,
» Vostre Majesté m'avoit commandé le luy répéter de sa part, et pour cest
© effect, j'ay mis peine de luy exposer au plus près que j'ay peu des termes
» de vostredicte dépesche, tout ce que j*ai yeu estre l'intention de Vostre
© Majesté qu'il luy fust dict et représenté pour luy confirmer d'une ferme
» asseurance de vostre amytié et bonne volonté envers luy, Tinduire à recon-
» noistre et considérer le dangier de ce remuement et le mal qui luy peut
y advenir, s'il continue, luy ayant là-dessus dict les advis que Vostre Ma-
» jesté avoyt des grands préparatifs qui se dressoyent, tant de la part des
» Bernoys que par aultres en leur faveur^ encores qu'il n'eust pas faict grand
» compte de ce qui m'en avoyt esté escript par messieurs vos depputez aux
» Ligues, quand je luy communiquay ainsy que j'en ay dernièrement adverly
» Vostre Majesté. Aussy luy ay-je mis en considération l'altération que ce
V faict pourroit amener en Testât des Ligues et le préjudice que cela feroit
» à vostre alliauce, semblablement la perplexité où Vostre Majesté se trou*
): veroit à cause du traité qui l'oblige à la protection de Genève, attendu
/, qu'il y va de l'observation de sa foy^ à laquelle elle ne pourroit défaillir
j en estant requise, et qu'elle seroit, de l'aultre costé, très-marrie, pour
» l'affection qu'elle luy porte, d'estre contrainte d'en venir à tels termes ;
» que, pour obvier à tous ces accidens et obtenir seurement ses provisions,
•) Vostre Majesté le prioit accorder de se deppartir de la voye des armes,
» comme elle avoit donné charge à sesdicts depputez de faire pareille prière
» et office à l'endroict desdicts Bernoys, affin que les armes soient posées
© en mesme temps d'une part et d'autre, à la prière et instance de Vostre
» Majesté, s'asseurant en cela et pour luy faire obtenir après ce qu'il peut
» de droict prétendre sur Genève de tous les bons offices qui pourront dé-
K pendre de Vostre Majesté, et le priant finalement prendre en bonne part
i> qu'elle luy en parle ainsy ouvertement, comme estant principalement pour
» le bien de ses affaires. A tout cela il m'a seulement respondu que M. de
» Cbastillon luy avoit tenu le mesme langaige, suyvant ce que Vostre Ma-
» jesté luy en avoit dict, et que, pour obvier aux inconvéniens qu'elle craint
» en ce faict principalement pour le respect des affaires d'icellc ausquelz il
» ne vouldroit nuyre, il adviscra de composer les siens par la voye de la
» doulceur le moins mal qu'il luy sera possible, sans s'estre eslargy à aultre
) particularité, et n'ay aussy d'ailleurs peu entendre aultre chose de sa ré-
^ solution qui ne pourra longuement tarder à se manifester par les cffectz,
K lesquels j'observeray par deçà pour tenir Vostre Majesté advertie de ce
» que j'en pourrai descouvrir. La dernière troupe de la cavalerie espagnolle
» acheva de passer près d'icy, lundi dernier, et a esté incontinent suyvie par
» l'infanterie italienne deppartie aussy par troupes qui passent encore, de
D jour à aultre, et, à ce que j'ay entendu par le rapport d'homme qui a veu
T ladite cavalerie, il n'y en a que cinq cens lances et trois cens arquebusiers
ù à cheval. ©
450 FRANÇOIS DE GHASTILLON.
Les désastreuses conséquences de l'application du monstrueux arrêt du 27 octobre 4572, qui, en outrageant la mémoire de Tamiral de Ck)lig^ny, avait spolié ses enfants, pesaient encore tellement sur ces derniers, en 1586, époque à laquelle Chastillon adressait «à sa femme les lettres ici relatées, cl les ruines de fortune dont il lui parlait alors étaient encore si loin de la possibilité d'une réparation complète, qu*il n'avait pas môme à sa disposition les ressources pécuniaires indispensables pour retirer des mains des prêteurs suisses les bijoux qu'il leur avait, depuis plusieurs années, remis en nantissement. Le désir de s^acquitter vis-à-vis d*eux, et les retards forcément apportés à sa libération, furent pour lui Tobjet de constantes et pônibles préoccupations, ainsi que l'attestent les documents suivants, et ces lignes adressées à sa femme, le 14 novembre 1586 (Du Bouchet, ioc, cit.^ p. 685] : « Songeons à nous acquitter, car si la paix peut venir, il faut faire quelque » chose que je pense, il y a longtemps. Prions Dieu, il nous aidera. «
Lettre de Chastillon au conseil de Genève. 18 septembre 1519. (Archives de Genève, portef. histor., d» 2,004.)
« Messieurs, n'ayant peu, pour toutes les poursuites que j'aye jamais 0 fait faire envers M. Tavoyer de Melunen, recouvrer les bagues qu*il a en- » gagez de nous, j'ay enfin esté contraint de chercher ung autre remède » et présenter à messieurs de Berne nostre terre et revenuz de Coligny en 0 gaige, jusques à ce qu'ils soyent esté remboursez de ce qu*ilz fourniront pour » nous audit sieur de Melunen ; vous alant bien voulu supplier, messieurs, » me faire cette faveur d'intercéder pour moy envers messieurs de Berne, i) à ce qu'ils acceptent Toffre que je leur en fais par ma lettre, m'asscurant n que, pour Tamour de vous, ilz en feront quelque chose davantage et seront » myeulx disposez à recepvoir les conditions que je leur présente, dont en » récompense et de plusieurs autres obligations que je vous ay de longtemps, » je vous rendray bien humble service, en tout ce qu*il vous plaira de me » commander, de telle affection que je me recommande 'bien humblement à 9 voz bonnes grâces, priant Dieu, messieurs, vous donner, eo bonne saoté, y> longue et heureuse vie.
» De Millau, le 18 septembre 1579.
» Je vous supplie, messieurs, de faire estât de mon service, tout^
» les fois que tous en aurez besoin; j'emploierai tousjours pour vostre « service ma vie, de très-bon cœur et fort fidèlement quand vous en aurez » besoin.
» Vostre bien bumble et obéissant amy à vous faire service,
» Chastillon. 9
Letlro de GhastlUon au conseil de Berne. 1! juin 1583. (Aroblves de Berne, Frankreich, vol. 3.)
a Messeigneurs, j*ay un extrême regret et dcsplaisir d*avoir laissé si » longuement les bagues que j*ay entre vos mains et de M. Tadvoyer de y> Melunen et M°"« La Boursière de Grafenried, sans vous rendre les deniers » que vous m*avés fournis là-dessus pour les retirer. Mais Tinjure du temps, » m*a apporté tant de traverses, d'incommodités et empeschemens en mes » affaires, qu'il m*a esté impossible de m'acquitter de ma promesse. Mainte- » nant que j'ay pensé au moyen, qui est d'engager ma terre de Coligny, que » j'ay en Bresse, pour en sortir, j'envoye le seigneur Ck)rnelio Pellissari vers » vous, ledit sieur advoyer, et M™« La Boursière, pour traiter et conclure :: ledit engagement, selon que j'en escry plus particulièrement audit sieur r advoyer, vous suppliant très-bumblement, messieurs, embrasser ceste i> commodité comme la meilleure, plus prompte et plus seure que j'aye sceu )» trouver pour vous donner contentement. Et au demeurant, je vous supplie D de tout mon cœur croire que, m'aïant fait tant de bien et d'honneur de me » recevoir, m'assister et aymer comme vostre fils, je me recognoy tant et si » estroictement obligé à vous, qu'il ne passera jour de ma vie auquel je n'en )) aye souvenance, pour vous faire très-humble service en tous les lieux et )) endroits où il vous plaira me commander et employer d'aussi bonne affec- » tion que m'estant très-humblement recommandé à voz bonnes grâces, je >) prieray Dieu, messeigneurs, qu'il vous doint, en parfaite santé, très-longue » et très-heureuse vie.
» De Montpellier, ce XI juin 1583.
» Vostre très-humble et obéissant pour vous faire bieiï humble service,
» Ghastillon. »
Lettre de Tavoycr et du conseil de Berne à Ghastillon. 24 juin 1583. (Archives de Berne, Weltschcs Missiven Buch, vol. G, f» 329.)
<( Noble, généreux, magnifique, puissant et honoré seigneur, singulier et » grand amy, nous avons, tant par voz lettres à nous adressées de l'onziesme B de ce présent moys, que par la relation verbale do nostre très-cher et féal
» ancien adyoyer de Meiunen, de ce que particulièrement luy avez escript, » suffisamment cogneu rostre grande sollicitude et bonne affection pour » nous restituer les deniers que vous avons fourniz sur quelques vos bagues, » ce' que vous a empesché et empesche encore de le mettre en effecl, avec le » moyen que pensez estre convenable pour y parvenir. Sur quoy, pour » responce, vous signifions que Testât du temps présent et de noz affaires, 0 principalement avec Son Altesse de Savoye, ne nous permet de nous charger » davantage déterres ou seigneuries^ principalement en tels endroictz qu^esi » vostre seigneurie de Coligny; joinct que nostre somme n'est pas sî grosse » que n^espérions puissiez trouver aultre moyen pour la nous payer que par V) engagement de vostredite seigneurie ; ne demandans ^utre que le simple » capital, sans aulcun cens ou interests, vous priant de ne prendre en maie D part ce nostre refus de condescendre audit engagement, et de croire » qu*aimions mieux encore patienter quelque peu de temps, que de vous j D réduyre ou Tarrester, comme bien asseurés que n'espargnerôs les aultrfô » moyens que, de vous-mcsme ou par voz bons amys, spécialement par le » seigneur Pelissari, pouvez advoir de nous restituer nostre prest ; et qu'au p demeurant continuerez la foy, loyauté et sincère affection envers nous » qu'avez jusques à présent démonstrée, dont vous remercions très-affec- » tueusement, et recognoissons les biens et honneurs qu*avez reçus de nous D n*cstre^éritans si grandes remerciations qu*il vous plaît nous en tousjours » faire par voz lettres, encorcs moins aultres et plus particulières obligations D que la charité chrestienne et le commun debvoir d'amitié porte, et ce qu*en » faicles davantage provenir de vostre pure bonne affection et singulière » amytié, de laquelle ne nous montrerons jamais ingrats es endroictz qui en » pourront advoir l'occasion et commodité, et ce, d'aussy bon cœur que y> nous estans recommandez bien affectueusement à voz bonnes grâces, v prierons TÉternel, noble, généreux, magnifique, puissant et honoré sei- » gneur, singulier et grand amy, de vous donner, etc. » Datum, 24 junii 1583.
» L'Advoyer et Conseil de la ville de Berne. ^
Lettre de Chasiillon au conseil de Berne. 10 septembre 1583. (Archives de Berne, Frankreichy vol. 3.)
« Messeigneurs, j'estois en Gascogne, près le roy de Navarre, quand le » sieur Corneille Pellissari feit tenir de ceste ville la response qu"*il vous a ») pieu faire aux lettres que je vous ay escrites et envoyées par luy, lesquelles » ma femme récent et ne me les voulut envoyer, attendant, de jour à autre » mon retour vers elle, qui est cause que je n'ay peu vous envoyer plus lost » celles-cy. Les vostres sont, selon vostre façon accoustumée en mon endroicl, y) pleines de toutes courtoisies, lesquelles, quand bien les précédentes obli-
» gâtions, faveurs et honneurs que j*ay receus de vous ne m'csmouvroient
» à faire mon debvoir envers vous de ce qye je vous doîbs, elles me feront
>> user de la plus grande diligence qu'il me sera possible à cercher les moyens
* pour vous rendre contens et satisfaits^ n'aiant rien plus à contre-cœur
1» que d*étre estimé ingrat des seigneurs qui m*ont accueilli si humainement
>> parmy eux, lorsque j*estois abandonné de tout secours et couru à toute
2> force par les ennemys de Dieu et de nostre maison. Je sçai bien, messei-
» gneurs, qu*avec juste occasion vous vous pouvez plaindre de ma trop
y> grande longueur : aussy, pour y remédier, j*avois donné tout pouvoir au
•> sieur Corneille de vous engager ma terre de Coligny ; mais, puisque ce
» moyen. ne vous contente point, je travaille, nuit et jour, pour y satisfaire
)> par d'autres voyes, ayant dépesché plusieurs personnes deçà et delà pour
D vendre et engaiger de mes terres, et ne seray jamais à mon ayse que je
» n'aye amorty vos justes plaintes. J'espère que ce sera bientost, Dieu aydant;
)> vous suppîiant très-humblement faire tousjours estât de mon service, de
^) mes moyens et amys, et vous asseurer que vous ne pouvez avoir sur moi
)) plus d'autorité, puissance ny commandement que celuy que vous avez
» desjà acquis. J'en remets l'épreuve à quand il vous plaira m'en honorer.
» Cependant je vous salueray de mes très-humbles recommandations, et
.) prieray Dieu, messeigniEiurs, vous bénir de ses saintes grâces et vous
» donner, en tout heur et repos, accroissement de vostre estât.
» De Montpellier, ce 10 septembre 1583.
» Vostre très-humble et obéissant à vous faire service,
» Chastillon. »
Lettre de Cliastillon au conseil de Berne. 26 avril 1584. (Archives de Berne, Frankreich, vol. 3.)
a Messeigneurs, encore que j'aye eu tous les désirs et la meilleure volonté * du monde de vous rendre et restituer les deniers qu'il a pieu à vostre sein gneurio me prester, soubz l'asseurance de mes bagues, je n'y ay encores » néantmoins, à mon très-grand regret, peu satisfaire, pour en avoir tousjours » esté empesché par la renouveauté des troubles et garbuges qui renaissent, » do jour en autre, ^n ce pays ; tellement, qu'à ceste occasion, je ne puis » faire estât certain de ce qui m'appartient. Ce que je vous supplie, messei- » gneurs, vouloir considérer, et croire que, si j'estois aussy bien secondé j) des moyens, comme j'ay de bonne volonté, que je n'aurais tant tardé ny » demeuré, après tant d'obligations que j'ay de vous honorer, aymer et servir, r> à retirer mesditcs bagues de vostre seigneurie ; de quoy, mesdits seigneurs, » je vous supplie me vouloir excuser et croire que j'ay expressément dépesché » ce gentilhomme vers le sieur Corneille Pellissari,* bourgeois de Lyon, » pour adviser de trouver les moyei^g comme je luy escris, de vous rendre » vosdits deniers et interests de «« que ie vous en puis debvoir. Mais,
» pour ce que c^est chose qui ne peut estre, tnesseigneurs, si iost asseorée » que je le désire pour le bien de yostre service et mon contentement, je » vous supplie, usant de vostre douceur et bénignité, me vouloir encore » gralifûer du temps et délai qui conviendra employer par ledit sieur » Pellissari et ledit gentilhomme pour recouvrer lesdits deniers; et pour » récompense d*un si signalé plaisir, je m'estimeray tousjours bienheureux » de me veoir honoré de vos bons plaisirs et commandemens, que j*ensuy- » vray toute ma vie, au hasard do tout le plus cher que j*aye en ce monde, ") et comme n*y estant mû «que pour servir voz magnificences, desquelles D baisant très-humblement les mains, je prierai Dieu, messeigneurs, eo » toute parfaite santé, vous donner très-heureuse et très-longue vie. D A Montpellier, ce 26 avril 1584.
» Vostre très-humblo et très-obéissant de vous faire très-humble service,
» Chastilon. 9
Lettre du conseil de Berne au conseil de Genève. 9 mai i584. (Archives de Genève, porlef. histor., n» 2»087.)
a Nobles, magnifiques seigneurs, singuliers amys, très-chers et féaulx r combourgeois, nous avons aujourd*huy receu les lettres que vous et M. de » Chastillon nous avez escrites, tendantes à la concession d*un plus ample » délay de la vendition de ses bagues, engagées pour quelque somme de » deniers à luy prestée par nous et quelques particuliers de nostre ville, et » pour rcspondre dMcelles, vous signifions que, consistans lesdites bagues, 5 la plus et meilleure part, en pierres exquises et précieuses, et non en or et » argent, lesdits particuliers, voyant que l'estime qu'on en fait principalement ) devers les grands princes et seigneurs ne trouve tel lieu, en ces quar- •3 tiers, qu*ilz puissent être asseurés de personnes qui leur fournissent les » deniers, capitaux et interests, qui par longue attente, pourront encourir et » s'amasser, toutteffoys et quantes qu'ils vouldront, et que pourtant le délay ) ne peut estre que dangereux, notamment à la veufve de feu nostre bien- * ayraé conseiller et trésorier Nicolas de Graffenried, pour estre endebtée » envers nous et autres, qu'elle desyre payer et satisfaire au plus Iost ; ilz ;•) ont trouvé bon de soliciter la dégageure, aymant mieux leurs sommes de > deniers que l'estime de la mieux vaillance desdites bagues, lesquelles ne ^ nous sont engagées, sinon que de tant que lesdits particuliers, par ven- •) dition, ne pourront tirer plus grande somme que la leur, et iceux, assavoir ) nostre très-cher advoycr de Molunen et ladite vofvc, nous ayant déclaré » que, si voulez prendre lesdites bagues qu'ils ont en mains, rière vous et » en vostre puissance, et leur promettre le paiement du capital et interests » jà eschuz et à eschoir, jusques à satisfaction du capital, à raison de cinq » pour cent par an (se montant la somme de nous, ledit advoyer, en capital y> et interests jusques à présent, a mil trois cens et octante escuz sol) ilz
* seraient très disposeï de les voua remettre, et leur estant annuellement B payé l'iDterest, d'attendre ta paiement du capital jusques à vostre commo- » dite ; à quoy, de nostre coslé, pour nostre somme de mil escuz sol de capital B consentant! bien volontiers, moyennant aussy vostre caution, nous n'avons D voulu obmettre de ce vous signifier, eslimans que, par tel moyen, nont seulement pourrez contenter nous et Icsdits particuliers créditeurs, ains V aussy faire un singulier plaisir audit sieur de Chastillon et le mettre hors
> du dangier de perdre lesdites bagues, pour une somme beaucoup moindre 9 que l'estime qu'il en fait, n'eslant personne par deçà qui en fasse si grand I estât que des deniers contants, et la façon des pièces d'or surpassant la » valeur, là ou vous, par te moyen de vos marchands ou autres gens entendus D en ces matières exquises, pourrez en tirer beaucoup plus grande somme a que ne ferions par deçà; car, advenant que fussiez occasionnez de les » vendre, et pourrez de mesmes avoir meilleura commoditâ de recouvrer » lesdites sommas, ou pour le moins l'interest que nous par ceux qui ordi- B nairemenl viennent de France en vostre ville ; ce parquoy vous prions bien •> affectueusement, tant en nostro nom que dcsdils particuliers, de prendre » cesto partie en moins, vous constituant au lieu dudit sieur de Cbastillon, » pourdôbiteurs desdites sommes, capital et inlcrcsts échuzet à écheoir jusques n au payement du capital, et par tel moyen retirer à vous lesdites bagues n et acquérir tel droit sur icelles que nous et lesdits particuliers y peuvent B avoir, n'estans les sommes telles que l'estime précieux desdites bagues ne B les surmonte de beaucoup. Et, en attendant sur ce vostre responcc, pour,
> selon ycelle, nous sçavoir conduyre, et vous aTant présenté nos amiables D et alTectususes recommandations, prions le Créateur, etc.
B De Berne, ce 9 de may 1^84.
B L'AnvovER et Coksejl de la villa de Berne. »
Lettre àa conseil de Berne ï Chaslillon. 31 juillet 1564. (Archives de Berne, Wellschei Mùnvea Bach, vol. G, (• lOS.f
« Noble, généreux et puissant seigneur, ayant dèpesché l'un de nos
0 hérauts pour affaires particulières de quelqu'un de nos conseillers et a trourgeois pardevors la majesté du roy de Navarre et M. de Hohan, nous Il n'avons peu obmettre de vous ramentevoir que lo seigneur de Mclune, B nostre très-cher advoyer, et la vcfve et hoirs du feu thésaurier de Graf- B fenried sont ennuïès de garder plus Ion;
1 joyaulx que leur avez baillez pour asseu B d'eulx, et pour tant vous prier de voulc B au prochain jour de Saint-Martin, en B racheptaz, en restituant les deniers deu£ B prédits, en capital avec interests légitim
m FRANÇOIS DE CHASTILLON.
» de nostre somme, autrement, serons occasionnez de permettre îceux .» soient vendus au mieux que Toccasion et commodité se présentera, et, i> en confiance que n'obmettrez rien de vostrc diligence pour faire ladite » desgageure, nous ne vous en dirons autre que de vous présenter nos .» affectueuses recommandations à vos bonnes grâces, et prions le Créateur, » noble, de vous conserver en sa sainte et digne garde. B De Berne, ce dernier jour de juillet 1584.
» L*Advoyer et le Conseil de Berne. »
Lettre de Cbastillon au conseil de Berne. 41 octobre 1584. (Archives de Berne, Uulietin de la Soc, d'hist, du pr. fr,, t. VllI, p. 135.)
a Messcigneurs, entre toutes les debtes passives que feu monsieur i> Tamiral, mon pore, et moy, depuis son décès, avons créées pour les ') affaires publiques des églises de ce royaume, il n'y en a point que je » désire tant d'acquitter, que les sommes que je vous doibs, et à M. de » Melunen et à M™» de Graffenried, non-seulement pour vous rendre A contens, mais aussy pour recouvrer mes bagues, qui valent beaucoup » plus, de manière qu'au milieu d'un abisme d'affaires, de charges et de )> debtes, je suis presque accablé. J'ay envoyé exprès à Colligny un mien » serviteur pour recouvrer tous les deniers qui m'y sont dubs, vendre un j) bois que j'ay là, et rechercher tous les autres meilleurs moyens qu'il pourra )) pour faire des fonds, afmde vous contenter et recouvrer mesdites bagues; » à cause de quoy, messcigneurs, je vous prieray très-humblement avoir » encore un peu de patience, et ne permettre point que lesdites bagues » soient vendues. Que si vous pensez que ce que je vous en escry soient de » simples paroles, je vous prie envoyer un de vos gens, à mes despens, » audit Colligny, pour voir la diligence que mondit secrétaire y ftiict.
» Je suys infiniment marry, messcigneurs, que je n'ay eu moyen d'ac- 1) quitter plus tost ces debtes, mais croyez que l'obligation que vous avez » acquise sur moy sera de tel efficace, qu'en tous les endroits où j'auray » moyen de vous faire service, je y emploieray fort alaigrement mes )> moyens, mes amis et ma vie, et d'aussi bon cœur que, m'estant humble- » ment recommandé à vos bonnes grâces, je prieray Dieu, messcigneurs, » qu'il vous ait en sa sainte garde.
» De Montpellier, ce il octobre 1584.
» Votre très-humble et obéissant à vous faire service.
» Chastillon. »
Lettre du conseil de Berne au conseil de Genève. 18 décembre 1586. (Archives de Berne, Weltsches Missiven Buchy vol. H, f» 115.)
a Nobles, vous sçâvez que le seigneur de Ghastillon a laissé icy entre d les mains d'aalcuns de nostre république, quelques bagues et joyaulx de grand prix, pour gage et asseurance de ce qu'il a emprunté d'eux, et que r, desjà, souventes fois, il a esté, tant par nous que par lesdits créanciers, » sollicité à les débriguer, et en espérance qu'il le fairoit, avons retardé et » suspendu l'aliénation et distraction d'iceux, et vous pouvons asseurer a qu'à ce y emploierions encores bien volontiers nostre crédit, pour la )) bonne affection que portons audit sieur et le debvoir que hous luy avons » principalement pour le regard du temps présent, si ne nous constoit i) assez de la nécessité en laquelle notamment Tune des parties des créan- » ciers se trouve d'argent et qu'icelle le contraint de changer la patience à i) la poursuite de leur droit à ferme de l'obligation dudit seigneur debteur, » dont avez icy adjoint extrait d'une, et de se servir de la vendition desdits » gages. Toutefois, avant que permettre ladite vente, nous avons ordonné » que ledit sieur debteur, en seroit, encore une foys pour toutes, adverty et » sollicité au payement, et ladite vendition surseoyée jusques à la Chan- » deleur prochaine. Mais d'aultant que vous avez cy-devant intercédé pour » ledit seigneur de Ghastillon, et que depuis avons, fait surseoir à ladite » vendition, et que pouvez mieux que nous sçavoir en quel pays il est •> maintenant et avoir l'adresse pour l'en advertir, nous vous prions » d'icelle vouloir emploierpour luy signifier au plus tost vous sera possible. » Et que, si jamais il a eu désir de prévenir la vente et distraction desdits ï gages, que c'est maintenant qu'il le démontre à bon escient, car le pro- » chain terme expiré, et n'estants lesdits créditeurs cependant satisfaits et n contens, nous ne pourrons, sans leur faire tort et les frustrer de leur » droit, plus oultre refuser la permission de ladite vente et des moyens de » poursuyvre leur paiement; et nous asseurant que, pour l'amour d'iceluy » seigneur, vous ne fairez difficulté de nous accorder nostre requesle, ne y) vous en faisons les présentes plus longues, vous présentant nos affectueuses » recommandations à voz bonnes grâces, nous prions le Tout-Puissant, 0 nobles, de vous conserver en sa sainte garde, w De Berne, ce 18 décembre 1586.
Nota, — Il importe de remarquer que, quelques comminatoires que fussent certains termes de cette lettre, le conseil de Berne s'abstint si bien de recourir aux voies d'exécution qu'il y spécifiait, qu'en 1587 il fit à Ghastillon le plus cordial accueil et que, tenant pleinement compte des difficultés de sa situation, il se concerta avec lui sur le mode et l'époque de sa libération ultérieure.
Discours véritable des actions et comportcmens de M. de Chastillon pendant le temps qu'il a esté à Millau, en Rouergue, et de la sédition que les consuls et habitans auroient csmeuc à rencontre de lui. (1587.) (Mém, et corresp. de Duplessis-Mornay, édit. de 1824, t. III, p. 434 et aaiv.)
« Il pleut au roy de. Navarre envoyer commission à M. de Chastilion » pour aller commander en Rouergue, comme son lieutenant général, avec » pouvoir d^assembler les conseils, jurats, capitaines et gens de guerre » quand bon lui sembleroit; leur ordonner ce qu'il yerroit cstre à faire 0 pour le service du parti dudit seigneur roy; faire faire toutes fortiûca- » tiens, réparations et démolitions de villes, ainsi qu'il verroit estre de » bcsoing ; les pourvoir ensemble, les places et chasteaux, de bons gouver- )) ncurs et capitaines, les changer, démettre et destituer; lever et assem- » bler gens de guerre, tant de cheval que de pied, faire fonte d'artillerie, » confection de pouldres et salpcstres; assiéger places, sou bstenir. sièges; ') faire traictés et compositions, imposer deniers pour le soubstenemcnt de » la guerre, pourvoir et donner ordre à la police, tenir la main à la justice, » et généralement faire et ordonner tout ce qu'il cognoistroit et jugeroit D estre expédient et pressé pour le bien du pays, défense et seureté des » villes et advancement du parti, tout ainsi qu'eust fait ou peu faire le roy de » Navarre, s'il y eust esté en personne, comme appert par les lettres de » commission du vingt-huitième jour d'avril 1586.
9 Longtemps auparavant qu'il eust ladite commission, les consuls et » habitans de Millau, sçachant qu'il avoit près de luy ung Anglais nommé )) Dubois, homme bien expert et entendu en faict de fortifîcations, lui » escri virent qu'il luy pleust le leur envoyer, pour ordonner et conduire les y> fortifications quHls vouloient faire en leur ville, pour la cra^ate qu'ils r> avoient d'ung siège, d'aultant que ceulx de Rhodez estoient tousjours » après d'y faire venir l'armée de M. de Mayenne, pour laquelle ils avoient » desjà les munitions et toutes aultres choses prestes, ce que M. de Chas- » tillon leur accorda.
» Depuis, ils envoyèrent par trois diverses fois, leurs députés vers luy, ii tant auparavant qu'après que ladite commission eust esté envoyée; mcsme » le sieur Demaulx, ministre, accompagné dudit Dubois, et ung nommé » Valmaguier, pour le supplier d'accepter le gouvernement de Rouergue, » et lui escrivirent des lettres pleines de toute l'amitié et affection qu'ung » peuple sçauroit porter à ung chef qu'il aimeroit et honoreroit beaucoup : » singulièrement au mois d'avril 1586, que le sieur de Cormesson ayant pris » Padiès, Tatunes, et quelques autres forts, faisoit semblant de prendre le » chemin du Vabrez, et ceux de contre-party, du pays de Rouergue, com- » commençoient à se préparer pour bloquer et serrer Millau de toutes
» parts, afin d*empêcher leur récolte. Car, lors ils le supplioient d'y aller » en toute diligence avec quinze ou dix-huit cents arquebusiers, et le » sieur Demaulx, qui estoiten ce temps-là dans Millau, escrivoit qu'ils estoient » en extrême nécessité, usant de cette comparaison, qu'ils avoient besoing » d'un médecin tel que M. de Chastillon pour remédier au mal qui les » pressoit, et qu'ils aimoient mieux souffrir ung cautère de lui que les huiles » lônitives d'ung aultre; le suppliant très-humblement d'exaucer les désirs » et requestes du pays, lequel s'en alloit perdu s'il ne le secouroit. Et » parce quUl falloit du temps pour assembler ces troupes, et que la com- D mission du roy de Navarre n'estoit encores venue, le sieur Demaulx » revint vers lui avec des lettres plus pressantes que les premières, luy » remonstrant qu'ils avoient trois pièces d'artillerie, à savoir, ung canon, » une coulevrine et une bastarde, et les munitions prestes pour attaquer » les forts des ennemis, et s'élargir et ne bouger de Montprés jusqu'à ce » que M. de Chastillon eust dressé et donné le rendez-vous à toutes ses » troupes, tant il craignoit qu'elles n'y feussent à temps pour favoriser la » réussite.
» Quand il fust là, au lieu qu'il voulloit commencer d'attaquer les enneù mis par les petits forts qu'ils tenoient ôs environs de Millau, cognoissant » bien qu'il n'y avoit des munitions pour s'adresser à une bonne place, il » fallut que, pour complaire à messieurs de Millau , il allast assiéger Com- » pierre, là où on lui proposoit les choses si aisées et faciles, qu'en moins de » cinquante voilées de canon il devoit emporter la place. Cependant, l'ayant » battue à l'endroict du lieu qu'on lui avoit désigné le plus faible, il trouva » qu'il avoit esté si bien reraparô et fortifié par derrière, environ six mois » auparavant, sans que messieurs de Millau en eussent rien sceu, qu'il » estoit impossible d'aller à l'assault pour la prendre par là ; et quand il » eust changé la batterie ailleurs, la poudre et les boulets vinrent à manquer, » de manière que les ennemis eurent loisir de s'assembler, tant du costô de » Rouergue et d'Auvergne que du Gévaudan ; et vinrent raesme si fort de cava- » lerie au secours des assiégés, qu'ils cstoient six contre ung. Toutes fois » Dieu fist la grâce à M. de Chastillon de les repousser si bien qu'une bonne » partie de la noblesse de Rouergue y fust défaicte, et le reste mis en » fuite.
» Or, comme il campoit encore là, attendant la poudre et les boulets, à » mesure qu'on les faisoit dans Millau, vinrent nouvelles de la venue de » l'armée de M. le duc de Joyeuse, qui estoit parti de la court en intention » d'aller assiéger et prendre Millau, pour la ruiner comme il a fait Mar- » vejols et Peyre, et néanmoins fust mandé ung advis à M. de Chastilllon, » par le capitaine Laroche, qui estoit lors dans Marvejols, que ledict sieur » de Joyeuse avoit débandé une partie de son armée pour aller donner sur » ses troupes, ce qui fut occasion qu'il leva le siège de Compierre et retira » son artillerie dans Millau ; puis, entendant que M. de Joyeuse avoit pris le y> Malzieu et assiégé Marvejols , après avoir pourvu à l'ordre des forlifica- D tiens de Millau, il s'en alla avec, ses troupes, parquer à Molines, lieu » plus proche des ennemis, attendant les forces du Languedoc, et pour
9 essayer de secourir la place; mais les assiégées s*estant rendeus par com- » position, et Farinée tournant sa teste vers le Rouergue, il se renforça de » quelque nombre de capitaines et gens de guerre de Languedoc, et retourna » dans Millau, résolu de soutenir le siège pour la défense et conservation de )> la ville.
i> Il parloit que Texemple de Marvejols deust esmouvoir messieurs de » Millau à ne rien espargner pour leur conservation; car, après la compo- » siiion faicte que les habitans sortiroient avec leurs armes, bagages et i> vies sauves, ils feurent tués, pour la pluspart, et leurs femmes et filles Y> violées, et la ville mise au sac, et après rasée et entièrement destruite; 1» mais ils portoient si impatiemment la despence des gens de guerre, qu'ils » en laissoient toujours quelques-uns à la rue, sans leur donner logis; telle- » ment qu'ils estoient contraincts de se fourrer dans les logis des aultres » pour vivre, ou de s'en aller, comme il advint au capitaine Baptiste, lieu- » tenant du capitaine Fabre, lequel ayant esté blessé d'une arquebusade à « Saint-Georges, et ne pouvant avoir à son retour ung logis, fust conirainct » de s'en retourner mal content à Uzès, en sa maison ; et le pis estoit que T) ceulx qui avoient charge de faire les logis, soulageoient les riches et sur- » chargeoient les povres; que ce fust cause de plusieurs plaintes et crieries, D tant du costé des gens de guerre que des habitans, singulièrement des T) povres qui portoient les plus grands frais de la despense; que si M. de » Chastillon s'en adressoit aulx consuls et aulx riches, leur remonstrant » qu'il valloit mieux despendre une partie de leur bien, en cesto nécessité » publique, pour conserver le reste, que mettre le tout en hazard , ils res- » pondoient qu'ils aimoient mieux mourir tout d'un coup que d*estre déchirés )) par morceaux ; et combien que l'armée des ennemis fust desjà logée es » environs de Millau, où les gabions estoient tout prests, Tartillerie s'avan- » çant toujours, ils ne se pouvoient persuader qu'il y eust du danger pour » eulx, se vantant qu'ils avoient gardé la ville jusques ici, et qu'ils la » garderoient bien encores sans les gens de guerre qui y estoient. Ils en vou- » lurent bien venir là ung jour que M. de Chastillon avoit fait sortir les » compagnies pour aller à la fascine et au rampart, de leur fermer la porte » et les laisser dehors à la mcrcy des ennemis, si, par cas d'adventure, il » n'y eust eu une compagnie, qui n'cstoit encores sortie, laquelle il feit » demeurer dedans pour garder le logis. Et, autant en voulurent-ils faire w une aultre fois, à une sortie que le sieur de Sainct-Auban, lieutenant de » sa compagnie, feit sur la cavalerie des ennemis qui se posta en bataille î> tout auprès de la ville.
» Les plainctes des povres gens continuant à cause des logis, M. de » Chastillon feit apporter vers luy le livre de la taille, en feit appeller » quelques-ungs de ceulx qui estoient en réputation d'être les plus gens de » bien, pour lui donner advis des moyens, facultés et industries d'un » chacung, afin d'égaliser la despence des gens de guerre suyvant les règle- » ments du rov de Navarre; mais il découvrit en cela tant d'animosités et » de vengeances particulières, qu'il fut contrainct do prendre un aultre » expédient, qui estoit de faire vivre les soldats de munition; et pour
n empescher qu'il n'y cust aulcung abus, il feil metlro on bataille toutes les 0 compagnies à la place, et en bailla les roHcs par nom et surnom aux a consuls; mais l'ordre de la munition ne Tut pas pluslost commencé, qua » lepain vint à manquer; et lorsqu'en plusieurs maisons de ville, M, de » Chastillon voulut remontrer aux consuls et leur conseil qu'il falloit D visiter les grains, les farines, et prendre du blâ pour la munition, à la B charge d'égaliser après le tout sur le pays, et pourvoir au remboursement T des particuliers, ils se dressèrent tous en pied, et luy dirent avec grosses » paroles qu'ils n'estoient point pupilles pour se laisser manier de la Taçon ; D -qu'ils cstoient assez capables pour mesnager leur bien , et qu'ils no per- » met troient jamais qu'il feust mis en commung, mais que chacung portast c sa charge comme se pourroit; et au partir de là ils dressèrent ung écrit n qu'ils portèrent le soir h M. de Chastillon, par lequel ils luy remontroicnt 9 que ce qu'il leur avoit proposé des munitions estoit une ouverture mau- 9 dite cttyrannique, laquelle ils pcnsoient luy avoir esté faicto par aulcung ï de ses capitaines qui voul oient faire ung magasin de bled aulx despens de B de la ville, pour s'en donner après par les joues, usant là-dedans de plus sieurs autres paroles piquantes et outragcuses, comme s'ils eussent eu » affaire aulx plus méchans et plus scélérats tyrans du monde. Il ne voulut B point monstrer cest cscrit aulx capitaines, pour ne les irriter, de peur » qu'ils ne l'abandonnassent tous au besoing, ou ne fis sent quelques désordres; a mais estant desjà nuict, il alla trouver le sieur Delmaux. auquel ayant » monstre cet escrlt, se plaignant de l'indignité de ces gens, il luy dict que d c'estûit ung peuple rude, qui ne sçavoit comme il se falloit comporter à n l'endroict de ses supérieurs, et qu'au demeurant, il n'avoit jamais porté n aulcuno foule ni despense extraordinaire, ce qui le rcndoit ainsi aspre et » impatient; le pryant. pour cette raison, de ne s'esmouvoir point de cela, » ains luy bailler l'escript, pour leur en faire reproche, afin de les rendre B plus discrets et miculx advisés; ce que M. do ChasIiUon felt; toutefois » faulte de pourvoir à la munition, fust cause que les choses lomboient en K plus grande confusion que jamais, et qu'il'falhit que M. de Chastillon no 3 vaquast à aultre chose qu'à entendre l<-s plaintes des soldats contre leurs i. hostes, et des hostcs contre tes soldats, se promenant toujours par la ville, B l'cspée au poing, et de battre, frapper, tuer ou mettre en prison ceul.v qui » conimcttoient les désordres et insolences, selon l'exigence des cas, 0 n'ayant jamais peu obtenir de messieurs de Millau qu'ils lui baillassent et B entretinssent ung prévosl pour en faire justice.
D L'armée des ennemis n'osant attaquer Millau, faisoit semblant tnnlost B d'aller assiéger Severac, et tantost de passer le Tarn, pour aller au t Vabrez, parquoy M. de Chastillon, désirant conserver le tout, en soula- 0 géant Millau, envoya une partie de ses trouf n M. d'Andelot, son frère, et voulant envoyer le a Panât le prya de lui bailler cinq cens arqucbu » Requisia, lui remonstrant que si les troupes pas! B au Vabrez, il estoit à craindre qu'elles se dvband s Languedoc, joinct qu'il craignoit que Requisia f
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0 estant accordé, ledict sieur de Panât gaigna le devant pour aller préparer » les logis ; et comme le capitaine Carlincas qui conduisoit les ciifq cens » arquebusiers feust bien près de là, ledict sieur de Panât le contrcmanda, » disant que sa femme estoit allée à Rhodez pour s'accorder avec M. de i> Joyeuse, et qu'il n'avoit, par ce moyen, besoing de ceste troupe. Cepen- D dant, Tarmée venant à tourner la teste à bon escient, vers le Vabrez, » M. d'Andelot y alla avec tout ce qu'il avoit, sauf une compagnie de » cinquante hommes de pied qu'il laissa à Severac, en garnison, de quoi » M'n« d'Arpajon, qui est calholique, prit un tel advantage, qu'ayant intro- )> duict dans le chasteau une bonne partie de ses subjecs (desquels on ne se y> feust jamais doubté qu'ils sont de la religion), elle auroit chassé et mis 9 hors ladicte compagnie, monstrant par là à ceulx de Millau, le chemin 9 d'en faire autant, comme ils ont faict depuis.
» Or, les ennemis ayant battu et pris un méchant petit lieu appelle » Risseno, qui est par delà la rivière du Tarn, prirent le chemin de l'Albi- » geois, sans passer au Vabrez; au moyen de quoy M. de Chastillon feit "» partir le sieur d'Andelot, son frère, avec toutes ses troupes, pour les » suivre à la queue, sans retenir auprès de lui dans Millau que le sieur de 9 Saint-Auban, lieutenant de sa compagnie de gendarmes, avec sept ou huit » hommes de cheval do la compagnie du capitaine Saurin, qui estoit ft d'environ cinquante hommes de pied ; et parce qu'il y avoit ung chasteau » qui est au roy, par lequel la ville pouvoit offrir aisément surprise, et qu'il » n'esloit possible qu'une seule compagnie de cinquante hommes gardast » toute la ceinture des murailles, il commanda aux consuls de faire conti- » nuer la garde bourgeoise comme ils avoient accoustumé; et, après avoir » fait mettre l'artillerie au bas de la tour de la porte de Vayzols, qui est » auprès du chasteau, et faire murer ladicte jiorte dedans et dehors, il corn- )) manda audict capitaine Saurin de garder ladicte tour et le chasteau, et ) pareillement la porte de la ville de Millau, de jour, pour soulager » d'autant les habitans, qui n'estoient que par trop empeschés et adonnés » à leurs affaires particulières.
» Après qu'il eust establi cest ordre, les consuls, qui avoient tousjours » commandé absolument à la ville, et ne vouloient que M. de Chastillon y » prist aulcung pied, commencèrent à se plaindre de lui, disant que c'estoit A contre leur liberté, le priant de ne bailler la garde du chasteau à aultre » qu'à eux; ce qui le feit entrer en opinion qu'ils lui en vouloient faire une, » et luy fermer la porte de la ville , quand il en seroit dehors, comme ils » avoient faict à tous les aultres gouverneurs qu'ils avoient eus auparavant, » tellement qu'il n'en voulut faire autre chose ; et là-dessus l'assemblée des r estais du pays venant à se tenir dans Millau, il y fut encore parlé de ce faict : » pourquoy ayant M. de Chastillon représenté ce qui estoit de l'autorité que » le roy de Navarre luy avoit donnée, rcmonstrant à messieurs de Millau » que la compagnie du capitaine Saurin ne leur coutoit rien, estant payée et » entretenue aulx despens du pays, et qu'ils n'avoient occasion de craindre » qu'il leur voulust ester leur liberté, d'aultant qu'il n'y avoit ni vivres, ni » lits, ni aultres meubles dans le chasteau pour s'y tenir, tous les capitaines.
» membres et soldats de la compagnie estant entre leurs mains, logés à la . 9 ville, sans qu^il entrast en garde dans ledict chasteau, sinon une escadre » après Taultre par tour de rolle; joinct quMl permettoit aux consuls et à » tous les gens de bien et d'honneur de la ville d*y entrer et sortir avec » armes ou sans armes, de nuit et de jour, à toutes le$ heures que bon leur » sembloit, et d'en chasser mesmc tous les soldats qu'ils auroient pour » suspects; offrant en oultre d'oster ladtcte garnison et remettre le chasteau » entre leurs mains, quand le roy de Navarre le commanderoit par une » simple lettre, quand elle ne seroit que de quatre doigts de papier. Il fut » enfln convenu et accordé, en pleine assemblée, qu'ils envoyeroient, de part » et d'aultre , vers le roy de Navarre pour lui faire entendre leurs raisons r> respectivement, et qu'il seroit obéi à ce qu'il lui plairoit en ordonner; et, D à ces fins, M. de Chastillon écrivit à M. de Joyeuse, pour avoir deux » passeports, ung pour le député de Millau qui feroit le voyage, et Taultrc » pour celui que M. de Chastillon envoyeroit.
» Ce faict accordé, M. de Chastillon n'ayant moyen de faire la guerre en » Rouergue, à cause de la rigueur de l'hyver, s'en alla en Languedoc trouver » M. de Montmorency, où il ne fut guère de jours que ceulx de Millau escri- )> virent des lettres aux églises de Montpellier et Nismes, pleines de j> calomnies et d'ingratitude, à rencontre de lui, par lesquelles ils se plai- » gnoient qu'il leur avoit esté leur liberté, au moyen de la citadelle qu'il 9 avoit faicte au chasteau du roy, priant lesdites églises d'en escrire et inter- » céder pour eulx vers le roy de Navarre, et leur départir leurs bons ad?is » et conseils à ce que la ville fust remise en Testât qu'elle estoit auparavant. » Ces lettres furent portées au temps qu'on avoit convoqué une assemblée 9 des églises du ba3 Languedoc qui se debvoit tenir bientost après à Nismes, » qui fut causé qu'on leur fict responce qu'ils y envoyassent leurs députés, » et qu'ils prieroyent M. de Chastillon de s'y trouver de mesme, pour » adviser à composer toutes choses au contentement des ungs et des aultres; » à quoi M. de Chastillon s'accorda fort volontiers de son costé, se » soubmettant de faire tout ce que les églises lui conseilleroient pour le » contentement dcsdicts de Millau, pourveu qu'elles le fissent trouver bon » au roy de Navarre, si tant estoit qu'ils ne voulussent attendre son com- » mandement par les députés qu'ils debvoient envoyer vers lui respec- » tivement.
D Mais ceulx de Millau, qui- avoient escript ces lettres pour aller au- D devant du blasme qu'ils pouvoient en avoir à cause de l'attentat qu'ils » avoient projeté de commettre, ou pcnsoient peut-estre qu'on les deust con-* » seiller d'en user ainsi, sans attendre les assemblées des églises, ni le juge- » ment et commandement du roy de Navarre, auroient conspiré et exécuté » le plus meschant, plus desloyal et plus malheureux attentat que gens de .) la religion ayant jamais commis contre ceulx de ce parti.
» Car le 28° jour de décembre dernier, 1586, qui estoit un jour de » dimanche, ils dressèrent trois embusches au sieur de Saint-Âuban et au » capitaine Saurin, en trois maisons particulières, auprès du temple où se » fait le presche. Il y avoit deux de la conspiration qui se dévoient aller
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.» mettre justement derrière le sieur de Saint-Auban et le capitaÎDe Saurin. 9 quand ils seroient assis au temple pour ouïr le presche, portant chacun » ung pistolet soubs le manteau, lesquels, après avoir receu le signe que Tung » debvoit donner à Taultre, les debvoient tuer, k sçavoir, chacun le sien, » d'un coup de pistolet dans la teste ; et cela faict, ceulx des embusches » debvoient sortir pour aller saisir le Chasteau, et mettre la garnison hors r> la ville. Mais, de bonheur, il y eut, ce jour-là, ung mariage de Tung des à plus apparens de la ville; au moyen de quoy, les traistres craignant » d'exécuter ce desseing, à cause de l'horreur du crime et la circonstance 0 du lieu et do l'action, se tinrent cois sans en faire semblant : de quoi ^ advertis ceux des embusches, ils prirent soubdain une aultre résolution 0 qui estoit de les tuer au sortir du presche ; mais voyant venir le sieur de 0 Saint-Auban, suivi de quelque nombre de soldats, qui, par cas d'adventure, ù et sans y penser, avoit mis son espée sur le col, il en vint opinion qu'il Y> avoit rcceu quelque vent die ladite entreprise ; de sorte qu'ils n'osèrent » sortir pour l'attaquer. .
T> Ce desseing n'ayant peu réussir, le sieur Duluc, premier consul, dit au )> capitaine Maliole, qui est de la ville, qu'il regardastde s'accointer du capi- » taine Fèvre, lieuten.;nt du capitaine Saurin, pour le caresser et entretenir; » et lorsqu'il seroit de garde au chasteau, l'attirer en quelque maison pour » jouer toute la nuict, s'il estoit possible, avec lui, afin de donner moyen » aulx consuls et habitans de surprendre tant plus facilement le chasteau, » lui promettant de lui fournir argent quand il perdroit bien cent escus.
» Et, comme ce moyen ne peut encores sortir à effet, il advint que, le » 3® jour de janvier 1587, le sieur de Saint-Auban estant allô, le jour précé-
ù dent à S , tout le peuple de Millau se mit en armes, au son du tocsin,
ï> jusques aulx femmes et enfans, lesquels portoient des couteaux ou des » pierres entre leurs mains; et les povres gens qui n'avoient des armes r> portoient des broches ou des leviers, frémissant de courroux, et remplissant » la ville de cris et menaces espouvantables contre les soldats, disans que » c'estoit l'heure et le temps qu'il falloit se mettre en liberté. Surtout le » capitaine Saurin feut estonné que n'estant jamais sortis quatre du cinq » hommes de guerre de la ville pour se joindre aulx troupes de M. de Chas- » tillon, quand il falloit combattre les ennemis, s^excusant qu'ils n^avoient » des armes, il en vint, ce jour-là, plus de cent ou six vingts armés de )> cuirasses, et une bonne partie qui avoit des pots et des brassarts.
» Au commencement de ce tumulte, les soldats qui estoient par la ville, *» voulant sortir avec leurs armes, pensant que ce feust une alarme que les )) ennemis eussent donnée, feurent incontinent saisis et désarmés; et le î> capitaine Saurin, qui venoit de visiter la garde de la porte de la ville, « sans se doubter de rien, pris par huit ou dix hommes armés de pots et de » cuirasses, entre lesquels estoit le sergent Cavâlay, le caporal Maliole, » frère du capitaine Maliole, et ung nommé Gourtillac, lesquels, reniant le » nom de Dieu, et luy portant, les ungs leurs pistolets, le chien abattu» )) tout contre la teste, et les aultres la pointe de leurs hallebardes au corps, » lui dirent que c'estoit trop commander dans Millau, quMls en vouloient
» estre eulx mesmes les maistres et les gouverneurs, et que s'il faisoit sem* » blant de bouger, il estoit mort. Or, le capitaine Fëvre, son lieutenant, » estant lors dans le chasteau avec huit ou dix soldats de Tescadrc, qui » estoit entré en garde la nuict précédente (les aultres estant allés desjeuner à » la ville armés, estant la coustume que pendant que les ungs alloient prendre 9 le repas, les aultres gardoient jusques à leur retour), ceulx qui tenoient le » capitaine Saurin lui attachèrent les bras et les mains par derrière avec y> des cordes, et, le voulant mener devant le chasteau, lui dirent qu'il » falloit qu'il le feist rendre incontinent, aultremont ils le feroient pendre 9 à la veuo de son lieutenant ; mais, voyant qu'il n'en vouloit rien faire, et n qu'au contraire il leur disoit que s'ils le menoient là il diroit à son lieu- D tenant que s'il estoit si lasche de le rendre, et que Dieu lui feist la grâce » d'eschapper de leurs mains, il le fcroit pendre, ils le menèrent à la maison V du sieur Gally, et le laissèrent là tout attaché, en la garde de sept ou i> huit, après avoir blessé d'hallebarde dans Tespaule un sien caporal, » nommé Michel, et d'ung coup d'espée à travers le corps ung aultre, appelle » Mellon, qui estoicnt avec lui, dont on pense qu'ils sont morts depuis. » Cependant on se saisit des papiers, armes et munitions, et de plusieurs » machines et engins de guerre que M. do Chastillon avoit laissés en son B logis, à lui appartenant, et des coffres, armes et habillemens du sieur » de Saint-Auban, qu'il avoit aussi en son logis ; le tout de grande valeur, p Après, les capitaines La Rovière, Maliole, Domeyran, et le sergent Gattery, 9 suivis d'un grand nombre d'habitans, montant sur la muraille, allèrent 9 donner ung grand coup de pétard à la porto de la tour de l'AyroUe, où ils » prirent prisonniers trois ou quatre soldats que le capitaine Fèvre y avait
0 envoyas du chasteau, et se saisirent de l'artillerie qui estoit au bas de la » tour.
» D'autre part, le peuple assiégea le chasteau de tous costés, les ungs » par le pied, les aultres par le faîte des maisons et par les pigeonniers de » Tentour qui commandent la courtine, desquels ils blessèrent deux soldats, » et percèrent à jour les guérites à coups de mousquets, si bien que nul ne » s'y pouvoit tenir; et quand l'artillerie fut saisie, une grande troupe de ce » peuple, hommes, femmes et enfans, courant comme ung torrent desbordé, a l'alla prendre et mener devant le chasteau. Lors, le capitaine Fèvre 3 n'ayant que sept ou huit hommes avec lui, sans vivres, sans munitions et » sans espérance d'aulcung secours, entendant que les consuls le faisoient 3 sommer de se rendre sans se faire battre ni massacrer par le peuple, » leur escrivit les conditions de la composition qu'il vouloit avoir par une » lettre de laquelle et de la capitulation qui lui feut accordée au pied, la 9 teneur s'en suit :
« — Messieurs les consuls, je veulx que mon capitaine, que tcnés prisonnier, 9 ait la vie saulve, ensemble, moi et tous les soldats, et que nous laisserés >•} sortir avec armes et bagages, le tambour battant, la mcsche allumée; et » que de ce me fassiés une promesse, et que me juriés la foi, ensemble tous ») les chefs de cette entreprise, et que vous signiés tous au dessoubs. »
« — Nous, consuls et capitaines de la ville de Millau, prévoyant ung grand
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» mal qui pourroit advenir, à cause de la sédition esmeue en la présente » ville, promeltons au capitaine Fèvre, lieutenant du capitaine Saurin, que ■» son capitaine, ni lui, ni aulcung de ses soldats, n'auront aulcung mal ; et » leur promettons qu'ils sortiront, la vie saulve, avec aroies et bagages, le » tambour battant et la mesche allumée; et que conserverons la ville soubs )) Tautorité du roy de Navarre. En foi de ce, nous sommes signés, ce 3 jan- » vier 1587, ainsi signé : P. Aldiguier, Davesmes, Bardt, consuls; La Rovière, » Maliole, Galtier, Cavalery, Banot, Pégurier. »
» Geste capitulation fut faicte, le soir, assés tard; et combien qu*il feist 9 fort mauvais temps, et que le capitaine Saurin et ses soldats eussent cinq » grandes lieues de retraicte, il eut prou à faire à gaigner ce point qu'on les » laissast pour ceste nuict dans la ville; encores ne vouloient, les habilans, » permettre qu'ils s'en allassent par le pont qui est sur la rivière du Tarn » du costé d'en hault, où ils vouloient passer pour ne tomber aux embuscbes 0 que les ennemis, advertis de ce désordre, leur pouvoient avoir adressées. » Et le lendemain matin, ¥ dudit mois de janvier, tout le peuple estant 9 encores en armes, vint au logis du capitaine Saurin le sergent Gavalery » avec une grande suite de peuple, tout armé, portant un pistolet au poing. » disant qu'il estoit là de la part des consuls pour lui commander de sortir » incontinent de la ville avec tous ses soldats, et qu'il se contentast de la » courtoisie qu'on lui avoit faicte de les laisser cette nuict dedans ; et comme )» cestuy-là .parloit encores, vint le capitaine La Rovière, accompagné d'une » aultre troupe d'environ 60 ou 80 bommes armés, lui dire qu'il rendist ou » feist rendre incontinent, par le capitaine Fèvre, son lieutenant, la capitu- » lation que les consuls et capitaines de la ville leur avoient accordée et » baillée le jour précédent, ou qu'ils se résolussent tous deux de mourir » sur-le-cbamp. A cela fut respondu par le capitaine Saurin qu'il estoit » prest de partir pour s'en aller avec ses soldats, et au demeurant il n'cstoit » raisonnable qu'il rendist la capitulation, d'autant qu*il falloit que cela lui » servist de justification vers M. de Chaslillon, pour lui monslrer qu'ail » n'avoit abandonné la garnison de son gré, mais qu'il en avoit esté tiré par » force. Lors le capitaine La Rovière prenant le capitaine Fèvre le mist » entre les mains du peuple, et le capitaine Saurin entre les mains de sept » ou buict avec de la troupe, leur commandant de les aller dcpescher. Par quoy D le capitaine Saurin se voyant en si grand danger et sachant que le capi- » taine Fèvre, qui portoit sur luy l'original de la capitulation, en avoit retenu » une copie, se doublant bien de ce qui leur adviendroit, leur commanda » de la bailler; et après que le capitaine La Rovière l'eust entre ses mains, )) le capitaine Saurin se tournant vers le peuple lui dit qu'on lui rendist au )) moins tesmoignage, en temps et lieu, comme on lui avoit osté la capi- » tulation ; par quoi le capitaine La Rovière respondit que cela estoit faulx : » et quiconque vouldra dire que ce soit la capitulation, dit-il, en reniant » le nom de Dieu, je le ferai mourir.
» Le capitaine Saurin, ne pouvant supporter tant d'oultrages et de » violences sans descharger son cœur, se prit lors à dire tout hault que 9 c'estoit très mal recoguoistre les bienfaits qu'ils ad voient reçus de M. de
» €hasUllon, quand, après avoir délivré et garanti leur ville et lo pays de » ruyne toute évidente, on Ten chassoit si indignement. Auxquels propos le » capitaine La Roviôre répliqua que c'estoit trop parlé, et qu'il falloit sortir » de la ville ; et quelques aultres qui estoient là, mcsme le capitaine Maliole, » lui dirent que cela estoit vray, quUls avoient reçu beaucoup de bien de » M. de Chastillon, mais qu'ils n'avoient rien faict que par le comtnande* V ment des consuls, et au demeurant que le capitaine Saurin ne s*estonn nast pas de cela, parce qu'ils en avoient autant faict à tous les aultres » gouverneurs qu'ils avoient eus, et les avoient passés compaignons pour » se maintenir en liberté; adjoustant que si, par cas d'adventure, le sieur » de Saint-Auban se feust trouvé dans la ville le jour de cette esmotion, lo ;> peuple estoit résolu de lui couper la teste et la .faire rouler par la ville A comme une boule.
» Enfin le capitaine Saurin et les soldats sortirent de la ville passant au » milieu du peuple qui bordoit la rue d'un costé et de l'aultre, depuis le » logis de M. Gally, où il avoit esté amené le jour précédent, jusqu'à la port«.
9 Depuis, ceulx do l'assemblée des églises de Languedoc, séant à » Nismes au mois de janvier, ayant entendu ces désordres, tant par le récit » que leur feit M. de Chastillon, que par le témoignage du sieur de Saint- » Auban, lieutenant de sa compagnie, et d'aulcuns gentilshommes, capi- » taincs et aultres personnages dignes de foi qui se trouvoient dans la ville » de Millau au temps do la sédition, mesme le capitaine Saurin, le capitaine » Fèvre, son lieutenant et aultres de sa compagnie, ils furent tellement » offensés et scandalisés, qu'ils députèrent les sieurs de Rudaunallo et Vil- » letle pour se transporter vers lesdits de Millau pour leur remonstrer » combien l'assemblée avoit trouvi'^ la faulte qu'ils avoient commise inju- » rieuse et de mauvaise conséquence; et leurescrivit l'assemblée des lettres, » par lesquelles les églises leur remonstroient qu'elles ncpouvoient inter- » prêter aultrement la fin des susdicts advertissemens que lesdits de Millau » avoient envoyés auparavant qu'à ung deseing et propos jà délibéré de venir » à la voye de faict dont ils avoient usé à rencontre dudit sieur de Chastil- » Ion, les pryant de lui faire raison de ce qui lui estoit dcu, luy rendre tout » ce qu'ils luy avoient pris et retenu, et, au surplus, se conformer, pour lo T> bien, aux sainctes exhortations et bons conseils desdits sieurs Rudaunalle «•et Villette, députés, selon qu'il est plus particulièrement porté sur les » lettres de l'assemblée du 18 janvier 1587.
L'avoycp et le conseil de Berne à Chaslillon. Juillet 1j87. (Archives de Berne, Weltsche Missiven Buch^ vol. H, f» 132.)
« Noble, généreux et puissant seigneur, après vous avoir salué do nos 9 très-affectueuses recommandations à vos bonnes grâces et entendu par
» comïnung bruict que seriez en chemin et délibération de passer, avec » quelque nombre de soldats françoys par sus les terres de M. Tévesque » de Basle, pour aller joindre les Suisses et reistres que M. de Clervant » a levez et obtenuz pour le service du roy de Navarre et de ceux qui » sont de son party, nous vous avons bien voulu advertir, qu'entre les sub- » jectz'dudit seigneur évesque, ceulx de la prévosté de Mostier-en-Grand- » Yaulx estant sur le chemin de vostre passage, nous sont d*ancienneté » conjoints par une bourgoisie perpétuelle qui nous astreint de les protéger » et défendre contre toute oppression, moyennant laquelle ils ont longtemps, r et à nostre exemple, quitté la messe, exerçant la religion protestante v» évangélique, lesquels, sur telle signification de vostre venue, et après que » ledit seigneur évesque, .leur souverain prince, a esté requis de vous accor- » der passage, sont menacez et certifiez que tout le dommage que recevront » ses subjectz de la religion catholique de vozdits soldats en passant, sera » reporté sur eulx, pour vous estro conformes en religion, dont ils ont » conçu une très-grande crainte de tomber en ces inconvéniens, considè- 0 rant Timportance et rigueur de telles menaces, et pour la hayne de leur » religion, ilz seroient par ce moyen entièrement ruynez. Requérant, en » vertu de ladite bourgeoisie, nostre faveur protection et sauve-garde, soit » par faulte do payer les vivres, rapts, insolences et malversations dont D sommes estez occasionnez d'enjoindre et recommander sérieusement à nos » bourgeois et capitaines qui ont faict ceste levée et conduisent nos subjcclz, à de passer paisiblement oultre les terres dudit seigneur évesque, en payant )) les vivres, sans fouler ny offenser aulcun de ses subjectz, de quelle religion » ilz soyent; si vous prions et requérons y pourvoir par mesme moyen, à » Tendroit de ceulx qui sont soubz vostre charge, à ce quUls se comportent ù modestement et payent raisonnablement tout ce qui leur sera fourni et B départi, sanst fouler lesdits subjectz, ny donner occasion que nos bour- » geots, les {iaïsans de Mostier-en-grand-Vaulx, soyent, à cause de leur mal- » versation, recherchés et poursuivis à esmender le dommage que recevront « les catholiques, car ilz seroyent entièrement incapables, en hayne de leur » religion, et parce moyen donner occasion à leur prince, qui n'est adver- » saire à nostre Estât et permet liberté de passer sur ses terres, de s*en » plaindre à ses alliez des cantons catholiques, et les provoquer contre nous. » A quoy vous plaira obvier et^aire en ce paroir combien vous desirez la » conservation de nostre E^tat et de ceux qui nous sont alliez et auxquels 9 avons obligation ; priant, isur ce, le Créateur, noble et puissant seigneur, » vous tenir en sa sainte garde. »
Discours de ce qui B*C8t passé en Tarmêe estrangèrc qui venoit d'Allemagne au secours du roy de Navarre contre la Ligue, en l'année 1587, envoyé par M. de Cbastillon audit sieur roy de Navarre.
(Bibl. nat., rasa. f. fr., vol. 3,975, f»» 198 et suiv.)
a Après avoir passé la montaigne de Saverne, rarmôe, qui estoit corn- TU posée de quatre à cinq mil chevaux reistres, quatre mil lansquenetz, quinze 9 mil Suisses, deux cens chevaulx françois, et environ quinze ôens har- » quebusiers, entra dedans la Lorrayne, et y eut entre les François et les » Allemans beaucoup de contrarietez, pour ce que les François voulloient :> qu'on fist la guerre, en bon essiont, dedans la Lorrayne, disans que c'estoit » la volonté du roy de Navarre, pour faire sentir la poisanteur de la guerre » à ce païs duquel le prince estoit Tun des principaulx ennemys de nostre ^) estât. Les Allemans ne vouloient nullement entendre, à cause du voisi- » nage des terres de M, le duc Gazimir, et vouloient passer comme amis :) et prenant une certaine somme de deniers que M. le duc de Lorrayne » leur offroit. Toutefois les François là grognèrent, et se firent plusieurs » actes d'ostillité avec bruslement et toutes autres sortes de maulx que la >» guerre a coustume d'apporter.
» L'armée qui estoit frescho et gaillarde ne demandoit qu'à combattre. » Il se présenta une fort belle occasion au pont de Saint-Vincent, laquelle, )) si elle eust esté prinsc au poil, on eust plus tost veu la fin de la guerre » que son commencement. On ne peut juger au vray de qui est venue la » faulte, parce que chacun accuse son compaignon; mais bien en cela s'ac- » cordo-t-on, que le coup de la partie se perdit ce jour-là.
» Quelques petites choses se passèrent en Lorrayne, dont je ne fais men- » tion parceque je n'y estois pas.
» Gomme il falloit sortir de la Lorrayne, pour n'y trouver plus de com- » dilez de vivres, on proposa le chemin que l'armée devoit tenir. J'ay ouï » dire à plusieurs qu'il y eut là-dessus une grande dispute. Les Allemans » vouloient aller passer vers Sedan, puis prendre le long de la rivière de » Seyne audelà vers la Picardye. Leurs raisons estoient : premièrement pour » changer Téquipaige de l'artillerye, puis pour ne s'eslolgner de Sedan, » dont Ton pouvoit beaucoup espérer de commoditez et rafraîchissemens, et, » en dernier lieu, pour avoir à ung besoing, un nouveau secours d'AUe- )) maigne, ce qui n'adviendroit pas si on se jettoit au milieu de tant de » rivières qui se trouvent de l'autre costé. Quelques-uns des François disoient » au contraire qu'il falloit droit venir à la rivière de Loire joindre le roy de » Navarre ; entre autres, MM. de Guitry et de Beauvoyr, insistoient fort là- )) dessus, remonstrant que les Allemans vouloient prendre ce chemin pour » plus facilement retourner eu Ailemaigno quand ils Vouldroient.
» M. do Bouillon penchoit fort à Topinion des Allemans, pour ce qu*il » disoit qu'on luy avoit promis, au sortir d'Allemaigne, qu'on iroit » sortir par là; quo soubz cetto espérance, il avoit fait de grands frais et )) fait aussi de grands préparatifs, tant de poudre que d'artillerie quMl avoit >> fait fondre exprès; joint qu'il avoit à pourvoir à la seureté desdites » places, lesquelles il laissoit en danger pour le service du roy de Navarre.
» Quelques autres François, qui estoient du conseil do Tannée, tenoient » ceste opinion, laquelle enfin ne se peut plus débattre, pour ce que » MM. de Guitry et de Beauvoyr disoient tous tout hault qu'ilz soubztien- » droient, aux dépens de leurs vies, que ceulx des François qui vouldroient » faire prendre autre chemin que celuy de la rivière de Loire cstoieat » Iraistres au service du roy de Navarre.
» Il fut donc conclud do suivre cotte route.
3 Sur ces entrefaites, je vinctz, le mardi 22« septembre, joindre rarmée i avec dix enseignes de gens de pied où il y avoit encore de quatorze à » quinze cens harquebusiers.
}» Geulx des François et des Allemans qui vindrent audevant de moj » contoient desjà les misères de rarmée, les divisions et débats qui estoient » desjà entre ceulx du conseil, comme chacun espousoit ses passions, se » rendoit peu soigneux du bien général de l'armée, comme chacun faisoit ') servir à son particulier, peu ou point au roy de Navarre; dont il me fut » bien aisé et fascheux tout ensemble de prévoir le mauvais succès de celte y> armée.
» Je fus logé plusieurs jours bien près de l'armée, tellement que je ne 0 pus veolr M. de Bouillon que une fois, lorsque je luy baisay les mains, et « trouvay bien estrange que d'abord on me demanda L... pour achepter des » chevaulx pour Tartillerye qui ne pouvoit marcher.
» Nous approchasmes de Chaulmont en Bassigny, sur lequel j'avois des- « seing, et en parlay à M. de Bouillon et au conseil, mais je pcrdy le w moïen de rexécuter, pour m'eslre lousjours fort esloigné de la cavallerio tt sans laquelle on ne pouvoit aisément s'escarter, à cause des forces de » M. de Guise.
D Et quand M. le baron d'Aulna, au moïen de tous les Allemans, faisoit « instance que je fusse auprès d'eux ou avec eux afin quo leur logis on feust w plus asseuré, on n'en voulut jamais tenir compte; voire quelques Fran- « rois me disoient ouvertement que je ne le debvois désirer, pour ce que le ^> roy de Navarre le trouvoroit mauvais, il prendroit oppinion que j'avois » quelque secrète intelligence avec les Allemans, au préjudice de son ser- » vice; encores que je trouvasse» ces langaiges fort estranges, pour ne rien « gaster toutcsfois, je n'en voulus faire semblant.
» Estant arrivé près de Langres, je propose) is les moïens de la prendre, « remonstrant le besoing quo l'armée avoit d'une place, mais les mesmes a diffioultez me furent données.
» Le premier séjour que fit l'armée despuis que je fus arrivé fut autour « de Chasteau-Villain, où on traita du faict du sieur de Villiers, qui avoit » esté pris vouant do iTome, de la part de M, de Lorrayne, pour solliciter
» le pape d'aider son maistre de quelques sommes de deniers pour faire la :» guerre à ceulx de la religion et pour prier aussy Sa Sainteté de nommer » le roy chef de la Ligue, s'asseurant quand cela seroit, que Sa Majesté four- » niroit argent pour Textirpation des hérésies. La response que le pape fai- D soit par luy estoit qu'il falloit vivre en paix avec ses voisins, et qu'il ne » pouvoit fournir deniers, ne vouloit estre instrument de faire la guerre à i> personne, puisqu*il desiroit la paix par tout le monde. Mais il portoit une « lettre fort mal esçripte qu'il disoit estre escripte de la propre main de » TAllesse de Lorrayne, mère du duc, contenant ces mots, en substance : » Je suis très-aise d'entendre Testât de vos affaires. Je suis d'advis que pas- » siez outre, car jamais ne se présenta une plus belle occasion de vous » mettre le sceptre en la main et la couronne sur la teste.
» Cette lettre occasionna tous ceulx qui estoient au conseil d'opiner que » ce gentilhomme devoit estre soigneusement gardé, sans estre mis à ran- » çon, aûn qu'il peust estre représenté au roi de Navarre.
» Le second jour du conseil, los Allemans, par la bouche de La Huguerye, » se plaignoient qu'on faisoit plusieurs choses contre la capitulation, et pour » ce quHz dcmandoicnt aussy que la charge de l'advant-garde me fust » donnée, et que les jours d'après les mesmes députez vinrent de la part de » M. le baron d'Aulna et des Allemans pour en faire encore instance, je » fus contraint de m'opposer du tout à ceste poursuite, m'excusant parlicu- » lièrement sur l'obligation fresche que j'avois faicte à M. le comte de La » Marck, lequel en avoit desjà esté chargé, qu'on ne la luy pouvoit oster ». sans lui faire tort; il m'estoit venu desgaiger de Grezilles où j'estois » assiégé des troupes de M. de Guise.
» Pendant ce séjour, M. le baron d'Aulna feict mener l'artillerie à l'ab- » haïe de Clairvaux, laquelle feit composition avec luy de quelque somme » de deniers, quelque quantité de vin et quelques farines. Cette capitulation » ne tint point parce que ledit sieur baron ne print point d'ostaige et se 4 contenta de la parole du capitaine qui estoit dedans, et aussy que l'armée n marcha.
» Et partant delà nous feismes quatre journées -jusqu'à la rivière de » Seyné, et de là passasmes au-dessus de Chastii Ion-su r-Seine sans Tatta- » quer, parce que M. de Guise avoit mis M. de La Chastre dedans. Les » ennemis sortirent avec quelque cavalerie et infanterie. Je fus commandé » de faire la retraite avec trois compagnies de chevaulx-légers, sept cor- » nettes de reistres, quatre cens arquebusiers. Le colonnel Berbistoph estoit » demeuré ung pas plus avancé, mais vers la rivière pour nous favorizer. » M. de La Chastre, à la faveur d'un petit vallon où il avoit mis des arque- » buziers, s'advança avec quelques gens de cheval vers Berbistoph, lequel » m'envoya prier de couper chemin à ceste cavallerie. Aussitost je partis r> pour le faire. Les sept cornettes qui estoient avec moy me suivirent, mons- » trans avoir grande volonté de se battre, mais ne pouvans y estre à temps, » nous donnasmes seulement, et tous les harquebusiers du sieur de La » Chastre y furent mis en pièces, et la cavallerie chassée jusques dedans les » portes. Un de nos reistres se débanda et tua un lancier d'un coup de pistolle.
» M. de Bouillon alla loger à Lcyne où on demeura deux jours. On tint » le conseil, auquel les Allemans recommencèrent leurs plaintes sur Tin- 9 commodité des logis, s'en prenant à M. de Guitry comme mareschal de » camp. Il y eut de grands reproches tant d^une part que d'autre.
» M. de Guitry monstra devant tous qu'il donnoit les meilleurs logis » aux reistrcs, mais que le malheur estoit d'estro venuz en mauvaise année, » et que cculx d'entre tous reistres qui avoient esté aux anciens voyages de » France pourroient tesmoigner que aux mes mes logis ilz avoient esté fort » bien traitez.
» M. le comte de Lamarck mourut, en ce lieu, de maladie.
•) L'armée estant autour d'Ansy-le-Franc et de Tanlay, on eut nouvelle » que M. du Mayne estoit en quelque chasteau non loin de là, qui me fait r mettre en armes do l'aller attaquer, par les raisons dont je me peux advi- » scr pour me persuader, et afin de monstrcr l'envie qu'avoient nos reistres « de bien faire, je fuz lire une lettre par laquelle M. le baron d'Aulna me » mandait qu'il avoit esté advcrty que M. du Mayne estoit dedans le chas- 9 tcau qui n'estoit pas loin de luy, qu'il avoit envoyé en campaigne pour en » savoir la vérité; que si cela estoit, il montcroit à cheval avec tous ses )i reistres pour l'aller investir et m'adverliroit aussitost afin que je y me- » nasse l'infanterie; que si M. de Guise s'approchoit de la main droite où « j'estois, qu'il monstcroit à cheval aussitost que je luy manderois. Je » remonstray qu'en cela nous obligions M. de Guise au combat, qui estoit » tout ce que nous pouvions désirer. Tous ceux du conseil y firent de » grandes difficuUoz. On feit appeler quelques-uns du païs qui disoient que 9 le chasteau estoit fort, que c'estoit un pays de bois advantageux pour » l'harquebuzerie de M. de Guise et pour nostre cavalerie désadvantageux ; n que nous ne trouverions point de vivres pour camper là devant. Je repré- » sentai que nous ne pouvions faillir de faire quelque chose de bon, car, au » pis aller, nous mettions hors M. de Guise, du Mayne et tous ses gens de D pied qui ne pouvoient mettre leurs chevaulx en l'enclos du chasteau, cl » et, qu'en allant au fourraige, nons aurions des vivres là aussi bien qaail* » leurs.
» Pour tout cela, il n'y eut moyen d'eschauffer personne. J'ay depuis ouy n dire à M. de Milleron, qui est du païs, que nous faillismes là une fort belle w occasion.
» Le lendemain ils arrestèrent au conseil quejeeommanderoisài'avant- 9 garde, ce que je ne voulus accepter, pour des raisons particulières que a j'avois.
» Au partir d'Ansy-le-Franc, on demeura deux jours jusques à la rivière » d'Ionne que nous passasmes à Ma illy-1 a-Ville où le sieur de Mongla arriva ^ de la part du roy de Navarre. Les reistres et les Suisses furent faschés de » n'avoir point de lettres à part de luy. On les contenta d'excuses.
y> M. de Bouillon me dit que la charge de M. de Mongla estoit de faire acbe- » miner l'armée droit à la source de la rivière de Loire où le roy de Navarre 9 mandoit qu'il se trouvcroit, et me fict entendre que messieurs du conseil ]» 4isoient que malaisément les Allemans prendroient-ils ceste route; que
» M. de Clervant aussi se doubtoit que, si on prenoil ce chemin, beaucoup » de Suisses se débanderoient, approchant si près de leurs maisons, et que » tous ceulx du pays, comme M. de Beauvoyr, sieur de La Nocle, asseu- » roient estre impossible que Tartillerie passast par le Nivernois, et aussy » peu faisable que Tarmée peust vivre en ce quartier-là ny dans le Morvan. » Toutesfois je fis instance envers M. de Bouillon de mettre encore le fait » en délibération, que si c'estoit la volonté du roy de Navarre, il le falloit » faire résolument, et quoy qu'on dist, les Allemands feroient ce qui seroit » raisonnable.
y> Je tins ces mesmes discours à Mongla ; et à la vérité, si j*eusse bien » pensé que Tintention du roy de Navarre eust esté telle, j*eusse bien faict » en sorte que cela eust esté. Car nous obtinsmes bien des Allemans et des » Suisses des choses aussi dlfûciles, et plus que cela. Mais on marchoit tous- » jours sans avoir une résolution ceftaine de ce qu'on debvoit faire, et Ton » aima mieux prendre conseil sur les occasions, que de prévoir par le dis- » cours ce qui estoit le meilleur.
3> Les Allemans voiant ces incertitudes blasmoient nos irrésolutions, for- V moient de nouvelles plaintes sur l'ordre de marche et des logis, sur le ù deffault de nos promesses, protestoient de ne marcher plus avant si on n'y » remédioit.
D La forme du logement qu'ils désiroient estre gardée tenoit du triangle, n donnant une des ailes pour les reistres, l'autre, qui seroit du costé de » l'ennemy, pour les François, le milieu pour le général de l'artillerie et les » Suisses.
» Cette délibération estant remise de jour à autre, les fascheries et les » incommoditez de l'armée s'augmentoient à vue d'oeil.
» Sur ces entrefaites on bastit l'entreprise de La Charité, conduite par le » seigneur de Lanocle, et luy bailla-on tant de gens de pied et de cheval » autant qu'il en demanda. L'entreprise fust différée d'un jour pour quelque » deffault. Ce délay donna loisir au roy d'y envoyer des gens de guerre, )> lesquels y arrivèrent comme les nostres, et ainsi on fut contraint sans » rien faire.
» Sur cela je feis desseing avec les Allemans d'aller à la guerre, espérant » par mesme moyen favorizer le retour de nos gens, si tant estoit qu'il leur » fallût tourner teste. Je voulois aller voir Cosne, parceque c'estoit l'aproche » de leur chemin; mais, à cause du logis des reistres, je fus contraint d'aller » droit à Neufvy. Le mareschal de camp des reislres et le colonel Bourg » vindrent avec deux mil chevaulx.
7> Nous faillismes de rencontrer M. d'Espernon, qui passa la rivière près » Neufvy pour venir donner sur quelque logis de nostre armée, et sy les reis- » très n'eussent voulu espargner leurs chevaux, on eust là fait quelque chose.
» Ceste nuict mesme, M. d'Espernon donna sur nostre camp et se ren- » contra au quartier de nostre infanterie dont j'avois tiré une partie pour » Tentreprinse de La Charité. Il y feit fort peu, puis retourna à Cosne et » ramena le capitaine Benouvrier fort blessé entre les autres. Nous eussions » attaqué ceste place sy elle n'eust esté si bien pourveue d'hommes.
474 FRANÇOIS DE GHASTILLON.
» Le lendemain, comme il fcit jour, nous vismes les troupes du roy D logées delà Peau, Sa Majesté à Lezay. Le soir toute nostre armée arriva, » et la nuict suivante, le roy feit faire de grands retranchemens au gay de » Neufvy, les garnit de force d'barquebuziers et mosquetaires, et pour les » favoriser fit conduire trois frégates. La rivière de Loire avoit esté gayabie » partout jusques alors, et à ceste heure-là y avoit encores du gay, maisn^y » avoit ordre de passer parceque Tarmée du roy bordoit la rivière. Ce fat » bien un malheur pour nostre armée de séjourner si longtemps par les » chemins à ne rien faire. Il sembloit que par nostre paresse et négligence » nous cherchions nostre ruine, car nous pouvions estre passez la rivière en » tel lieu que nous eussions voulu avant que le roy feust party de Paria, » lequel s*attendoit sur la promesse que M. de Guise luy avoit donnée d*eni- 0 pescher le passaige de nostre armée.
» M. de Bouillon vint le matin tenir le conseil à Neufvy, où M. le baron A de Dhona et La Huguerie firent, au nom des Allemans, plusieurs plaintes » de la quantité des sauvegardes qu'on donnôit tant aux gentilshommes » catholiques que de la religion, en faveur desquelles ilz tiroient en leurs » maisons tout le bien du villaige où Tannée estoit logée, si bien qu'on » ne pouvoit tirer commodité quelconque dans les logis, et Tarmée en estoit » affamée, soubz couleur de faire plaisir à des particuliers ; qif il falloit n*en » donner point du tout, ou les taxer en argent pour Tarmée ; qu'on gardast » Tordre proposé en Allemagne, et qu'on résolût d'achever aux reistres la ') paie d'un demi-mois qu'on leur avoit promise, sinon qu'ils ne passeroient » pas outre; que de passer la rivière et d'aller contre-mont, il n'y auroit » point d'apparence, veu que les François mesmes leur avoient fait entendre » qu'ils ne pourroient vivre ny dans le Nivernois, ny dans le Morvan, et )) qu'estant arrivez en Forestz ou à la source de Loire, ilz sçavoient bien » qu^ils n'y trouveroient pas le roy de Navarre comme on leur avoit promis; » que si on eust creu leur advis d'aller faire la guerre en Cbampaigneet tout » le long de la rivière de Seyne et vers la Picardye en faveur de Sedan, on ne » feust tombé aux extrémitez où on estoit maintenant ; que Thy ver s'apro- » chait et qu'on n'avait plus que deux mois de temps pour tenir la cam- » pagne; qu'ils vouloient eux mesmes envoyer vers le roy de Navarre, ne » pouvant croire que on luy dépeschast sy souvent, comme on disoit, et » qu'on luy feist entendre Testât de l'armée, et partant, qu'on adviseroit aux » moïens de le tenir adverty promptement de tout, pour pourveoir à leurs » nécessitez.
» M. de Bouillon print résolution avec les François de les prier qu'ils )) pri usent un peu de patience, que Ton pourvoiroit à leurs plaintes, qu'on » dépescheroit vers le roy de Navarre pour le prier de s'acheminer en son » armée, ou seul, ou accompaigné, au plus tost ; en attendant, qu'on iroit » faire séjour en Beausse, où il y avoit grande quantité de bleds et de four- » raiges, si bien que l'armée s'y pourroit rafreschir commodément, mais » qu'il n'estoit possible aux François de fournir présentement aucuns deniers, i> et que s'approchant de Paris, on en tireroit des commoditez, comme aussi » au Vendosmois où le roy de Navarre avoit plusieurs terres.
« Les AUemans se contentèrent de cela, pourveu qu*on dépeschast promp- » tement au roy de Nayarre; ils promirent de patienter jusqu*à ce qu*on n eust de ses nouvelles. On fit les quartiers, ce soir-là pour le lendemain, » el fut toute Varmée logée sur mes terres ; ce que j* offris librement^ pour monS' » trer Pexemple aux autres, de préférer la commodité de Parmée à celle des » particuliers.
D M. de Bouillon, avec ceux du conseil, vint à Gbastillon pour adviser » aux affaires de Tarmée.
» Quelques jours auparavant, Tilman, colonel du régiment de Berne, » estant décédé, Bonstet, son lieutenant, escrivitune lettre à M. de Clervant, V au nom de tous les régimens, par laquelle il luy mandoit que les Suisses » estoient résolus de faire entendre au roy les raisons pour lesquelles ils D estoient venus en France, et, pour cet effect, envoyer vers Sa Majesté des n ambassadeurs. Ils le prièrent de le faire trouver bon à M. de Bouillon. Il )) remonstra qu'il ne pouvoit trouver bon ce voïage, a quelque prix que ce » fust, pour ce qu'il estoit très-dangereux. Toutefois, on. ne laissa pas, peu y> de jours après, sans autre délibération du conseil, au moins qui soit venue y* à ma cognoissance, de condescendre à leur volonté, disant que cela ne » pouvoit apporter aucun préjudice, et mcsme on leur dressa leurs mé- » moires. Et pour ce que Bleneau avoit fait quelque résistance au baron de D Dohna, et qu'il fut contraint de le forcer, cela nous arresta deux jours » autour de Chastillon.
» Cependant les nouvelles nous vinrent que M. de Guise approchoit avec » toutes ses forces et se debvoit venir loger à Chasteau-Regnard, qui est à » moy, distant de Chastillon trois petites lieues. Le soir, cette nouvelle me » fut confirmée par un gentilhomme qui me vint trouver exprès, et sur les » onze heures du soir, je fis tout ce qui m'estoit possible pour persuader à » nos chefs que une plus belle occasion ne se pouvoit présenter pour investir }) M. de Guise, Mais les ungs alléguoicnt une difficulté, les autres une autre, 9 si bien qu'à la fin rien ne se faisoit. Je ne laissai pourtant do monter à » cheval avec quinze ou vingt chevaulx, et tout dcspité de ce qu'on estoit si » froid aux occasions qui se présentoient, m'en allay résolu de donner jus- » ques aux portes de Chasteau-Regnard. Nous prinsmes quelques-uns du » lieu qui nous disoient ledit sieur de Guise en estre parly, une heure ou » deux heures devant, qu'il avoit logé dedans la ville avec deux ou trois » cens chevaulx seulement, et avant qu'en partir, avoit mis garnison au » chasteau; qui me fcitun extrosme desplaisir de veoir une si belle occasion » perdue, laquelle nous estoit en main et ne se pouvoit faillir, si on eust » fait diligence. Je prins, à mon retour, vingt-cinq arquebusiers à cheval, » lesquels je menai à M. de Bouillon. Par eulx nous apprismes que M. de n Guise estoit party pour aller joindre M. Dumaine, son frère, et que toutes » les compagnies, tant de pied que de cheval, estoient es quartiers par les 0 villaiges d'autour.
i> J'estois d'advis que nous tournissions cest estât de nostre armée droit » vers ces MM. de Guise, et demandai qu'on nous donnast deux mil reistres » avec quelques François pour aller relever les logis, les uqgs après les
» autres, et obliger ces messieurs au combat avant qu'ils s'approchassent » dadvantaige de Tarmée du roi ou de Montargis, qui les pouvoit favorizer. 9 Mais là-dessus on dit qu*on ne se pouvoit approcher d'eux qu^ils n*eus- » sent le vent de nostre venue, qu*ils se retireroient et gaigneroient les lieux » qui leur seroient asseurez avant que nous pussions estre à eux ; que nous » apporterions de grandes incommoditez à nostre armée parceque, nous r^ mettant entre les rivières de Loing et de Seyne, nous ne pourrions pas » trouver des passages pour sortir de là quand nous vouidrions; qu'appro- D chant de Paris, la peur de nostre armée contraindrait peut-estre le peuple » de recevoir MM. de Guise avec leurs forces dedans; ou bien, si, sans » avoir rien fait, nous estions contraints de retourner le mesme chemin » que nous faisions, nous le trouverions tout mangé et ruiné, si bien que » nostre armée soufTriroit beaucoup en ceste façon. Tous estant contraires à » mon opinion, il me falloit laisser emporter.
r> Nous allasmes loger tout autour de Montargis, prenant la main » gauche de la rivière de Loing pour gaigner le chemin de la Beaulce. On » logea à Landon, à Vimory et autres lieux des environs. C'estoit un » chemin de marais fort rompu, tellement que les chariots des reistres et )> les chariots des François s'embarrassoient parmi ces chemins estroits, » pleins de boues et de fondrières, et furent les reistres contraincts de D séjourner là.
D MM. de Guise et Dumaine, avec leurs troupes se vindrent loger à » Montargis et èa environs, au delà de la rivière de Loing, laquelle nous I» empeschoit d'aller à eux et leur donnoit commodité de venir à nous comme » ils vouloient, pour ce que les passages et guets de la rivière estoient » à leur dévotion. Ils firent donc dessein de venir donner ^ Vimory » où le baron Dohna estoit logé avec sept ou huict cornettes de reistres, r> pour ce que ce lieu estoit distant seulement d'une petite lieue et demie » de Montargis; les ennemis y arrivèrent sur Theure du souper, les reistres » se rallièrent à leurs cornettes, cependant que les gens de M. de Guise » s'amusoient par les rues au pillage, le baron Dohna feit plusieurs » charges tout à l'infanterie, et firent si bien que plusieurs gentilshommes » signalez tant de la suite de M. de Guise que de M. Dumaine y demeurèrent » morts sur la place, avec beaucoup d'infanterie. La cornette de » M. Dumaine fut prinse et deux autres. Le logis demeura aux reistres.
» Le jour venu, le baron Dhona, avec ce qui estoit logé à Vimory et le D régiment des lansquenetz, qu'il envoya quérir toute la nuict, s'alla pré- » senter devant Montargis, ne voyant paroistre personne, il s'en retourna.
» J'estois monté à cheval pour aller à ceste allarme ; il y avoit trois » lieues de mon logis, j'arrivai comme les reistres deslogeoient. Je donnai » jusque au village où je trouvai encores quelques-uns des ennemis que nous » prinsmes. Je veis une grande quantité de morts, plus beaucoup de Fran- » çois et de reistres. Je m'en retourne, faisant la retraite de ces sept » cornettes, lesquelles approchant de leur logis je laisse, et prenant le » chemin du mien, je trouve l'artillerie toute seule, en grand hazard, D parcequ'elle n'étoit qu'à une petite lieue de Montargis. Je l'accompagne
M jusqu^à ce qu'il fust une heure ou deux heures de nuit et que, ne pouvant » plus aller, on feust contraint de la dételler au milieu des champs. J^envoye >) les chevaux repaître en quelque villaige là auprès. Je laisse cinquante » harquebuziers à cheval pour faire garde à Tartillerie toute la nuit, je » m'en retourne en mon logis oîi je n'arrive qu'à une heure après minuit.
» Là je trouve, par le retour d'un trompette qui yenoit de l'armée du n roy, les nouvelles de la défaite de M. de Joyeuse, l'heureux succès que le » roy de Navarre avoit eu contre luy, comme toute la cour en estoit en » deuil. Nous fusmes bien aises, d'nn costé, de cette nouvelle, mais de » l'autre non; pour ce que nous jugions bien que cette victoire retarderoit ù sa venue.
» Le 30 d'octobre, je m'en allai trouver M. le baron Dohna, à Préfon- •) taine où il estoit bien empesché après ses reistres mutinez, tant pour la y> perte qu'ils avoient faite à Vimory, que pour le refus du logis qui leur » avoit esté faict à Chasteaulandon. Il faisoit tout ce qu'il pouvoit pour les )> apaiser, et me conseilla de leur offrir d'aller investir, à l'heure mesme, ») Chasteaulandon ; et pour cest effect, j'envoyai quérir mon infanterie, et » cependant, pour donner loisir à M. le baron Dohna de conférer avec les » reistres, en attendant M. de Bouillon, je m'en alloi recognoistre Chas- » teaulandon. Aiant donné les quartiers aux capitaines, je m'en retournai à » Préfontaine où je trouvai M. de Bouillon arrivé et les reistres assemblez, )) qui faisoient entendre ne vouloir passer oultre, parcequ'ils voioient qu'on «) les menoit perdre; qu'on ne se soucioit point d'eux; qu'on les logeoit à la » teste de l'ennemi, sans avoir les François pour les garder; qu'ils n'avoient .) point de nouvelles du roy de Navarre; qu'ils ne sçavoient s'ils avoient un ji maistre ou non ; qu'ils pensoient qu'il fust mort à ceste deffaite de M. de )) Joyeuse, comme ils l'avoient apprins de quelqu'un venant de l'armée du » roy; qu'ils avoient perdu une partie de leur bagage; que leurs serviteurs )) leur demandoient de Targent de leurs gages, ou les vouloient quitter ; » somme, qu'ils n'avoient plus moïen de servir, et demandoient leur congé.
9 Les Suisses nous aidèrent de beaucoup à appaiser ceste mutinerie, » leur remonstrant particulièrement qu'ils avoient faict accord ensemble, >) auprès de Chasteauvillain, qu'ils ne pourroient se séparer que à la fin de » la guerre. •
D Cela fut appaisé avec promesse que firent les François de trouver entre » eux une somme de deniers pour aider à remettre en équipaige ceux qui )) avoient esté démontez à Vimory.
» A la fin du conseil, vint un jeune homme appelle Le Pau, pour parler » à M. de Clervant. Il avoit quelque temps auparavant envoyé des lettres » de créance du roy de Navarre audit sieur de Clervant et à M. de Guitry, ï> par lesquelles il mandoit s'assurer de son service et qu'on le favorisast » en quelque dessein qu'il avoit. 11 estoit desjà venu quatre ou cinq fois en ) l'armée, avoit fait entendre qu'il nous vouloit amener son régiment, qu'il » avoit aux troupes de M. de Guise, lequel il n'avoit dressé pour aultre » intention que pour le service du roy de Navarre, et que, en prenant son r> party, il vouloit encores luy faire plus de service que cela, en se saisissant
» de quelque place ; qu'il en avoit eu le moyen en Bourgogne, mais que le » passage de Tarmée ne Tavoit point favorisé, et que maintenant il pouroit » prendre Montargis, ainsi qu'il nous avoit fait entendre, à CbastillOD, » d*un desdits sieurs qu'il nous avoit envoyez; qu^il avoit sa compaignie dans » le chasteau, laquelle M. de Guise y avoit mise pour son asseurance, 0 lorsqu'il estoit logé en la ville ; que maintenant que nostre armée avoit » marché, M. de Guise, qui nous costoyoit de delà la rivière de Loing, le » pressoit de partir de là avec sa compagnie pour le venir trouver; qu'il ne se 9 pouvoit plus excuser d'obéir à son commandant; par ainsi, qu^on advisast » si on vouloit prendre ceste occasion.
» Je luy dis quo tout ce qui venoit de la part de M. de Guise m^estoit » fort suspect ; touteffois que, s'il vouloit se gouverner tout ainsi que je luy » dirois, que on y pourroit envoyer.
» 11 respondit n'estre là pour aultre effect que pour faire ce que nous » vouldrions.
» Il fut résolu qu'on iroit. M. de Glervant fut de la partie : il print deux » ou trois cents harquebuziers et trois cornettes de reistres pour aller à » cette exécution.
» Estant sur le lieu, nous fismes venir le sieur de Pau, puis visiter le » chasteau où logcasmes les harquebusiers sur les portes ; mais, comme nous » estions sur le point de donner, je me doubtay, sur le rapport de mes » gens, qu'il y avoit quelque trahison. Je commande à mes soldats de res- » sortir, tellement que les ennemis se voiant descouverts, ils jouent leur » jeu et firent sauter en l'air les portes et les ponts par où nous devions » passer, avec cannonades et harquebuzades sans nombre. Estant de retour » au logis, nous rendismes grâces à Dieu qu'il nous avoit préservés de ce 9 danger.
)) M. de Bouillon, avec messieurs du conseil et leurs mareschaux de )) camp, estoient allez devant Ghasteaulandon. Ils y avoient fait acheminer » l'artillerye; ils avoient advisé du lieu où Ton la debvoit asseoir. Au lieu de » me reposer de la course, il me fallut travailler autour de ces pièces et » les garder pour ce qu'il n'y avoit ni Suisses, ni lansquenets. Nous com- » mençasmes la batterie. Parceque on m'avoit laissé tout seul, j'escrivis à » M. de Bouillon de faire venir les mareschaulx de camp et les chefs de » l'armée pour adviscr aux choses nécessaires. Sur les deux heures, deux » de nos pièces s'osvcntèrent en faisant ceste batterie. Sur le soir, on fit )) semblant de donner un assault; ils se rendirent à la discrétion, la vie » sauve. Pour conserver les logis des reistres et éviter la confusion, je ne » voulus point faire entrer les compaignies dedans et y mis quelques geny> tilshommes et capitaines pour garder le désordre et advertir M. le baron » Dohna de s'y trouver de grand matin, mais il ne vint point, ni M. de » Bouillon, et ne me trouvant assisté de personne, ayant affaire aux Fran- » çois, reistres, Suisses, lansquenetz, je ne pus empescher que tout n'allast » au pillage. Toutesfois je fis tout ce que je pus pour tirer de l'argent des » prisonniers, et ce qui s'en put avoir, je le bailloy dospuis au baron de Ts> Dohna.
» Le mardi, 3^ de novembre, j'allai trouver M. de Bouillon pour » lui rapporter les confusions qui avoient esté audict Ghasteaulandon ; le 9 mauvais ordre duquel j'avois veu marcher toute Tarmée, ce jour-là ; les » feux qui avoient esté mis quasi par tous les villages où Tarmée avoit D logé; Tartillerie, qui estoit sans garde, demeurant au beau milieu des » chemins; que si on ne pourvoyoit mieux aux affaires de Tarmée, il n'^en ï) pourroit rien réussir de bien.
» On alla loger le long de la rivière qui passe à Estampes, pour avoir la » commodité des moulins, tant pour les Suisses que pour les reistres, les- » quels se trou voient rompus en ce logis. Montclat et les autres qui avoient » esté depputez vers le roy de la part des Suisses retournèrent, lesquels » firent rapport que le roy leur avoit commandé de parler à M. de Nevers, )) qui leur avoit remonstré le tort qu'ils faisoient à TalUance ancienne quUls » avoient avec le roy, de porter ainsi les armes contre Sa Majesté, le danger 9 auquel ils mettoient leur république d'estre troublée pour les occasions d qu'ils donnoient au roy de se ressentir de leur entreprinse ; mais qu'ils » pouvoient aisément remédier à cela et se retirer de tant d'incommoditez » et nécessitez auxquelles ils sçavoient bien qu'ils estoient, et que, s^ils :) vouloient prendre résolution de s'en retourner en leur pays, il moyenne- » roit pour eulx envers le roy qui leur donneroit quelque argent, avec toutes » les sûretés qu'ils pourroient désirer. Après leur avoir parlé de ceste façon, » il les présenta au roy qui leur feit mauvais visage, les reprenant fort » aigrement de l'offense qu'ils luy faisoient contre leur serment, de s'armer » contre luy qui estoit roy de France; qu'il portoit la couronne sur la teste ; » qu'il n'estoit point fantosme. C'estoit luy mesme qui opposoit sa personne » et ses moïens contre ceulx qui les avoient employez; qu'il pensoit bien » qu'ilz avoient esté prévenuz soubz un faux donné à entendre, mais, puis- -> qu'ilz le voyoient, et partant ilz ne pouvoient ignorer ce qui en estoit, et » dévoient s'asseurer que Sa Majesté les feroit poursuivre en justice devant ù leurs seigneurs, desquels il espéroit plustost occasion de contentement » que de guerre. Aquoy les Suisses disent avoir respondu : Que c'estoytpour » soutenir la couronne de France qu'ils avoient prins les armes, pour s'op- » poser aux desseings de ceulx de la Ligue, lesquelz Sa Majesté avoit cy- » devant déclarez pour ennemys, tant par ses lettres, que de bouche; que, » suivant cela, ils n'avoient peu moins faire, à la requeste du roy de Na- » varre, que de l'accompaigner, en une si juste querelle, adoptant sur ce » subject tout ce qu'ils pensoient y pouvoir servir. Mais, nonobstant cela, » soit qu'ils fussent estonnez des menaces du roy, ou que aulcungs d'entr'eux » feussent jà gaignez par argent, on congneut bien, depuis leur arrivée, » qu'ils changèrent le couraige à leurs compagnons qui commencèrent à se » mutiner tout ouvertement et à demander deux ou trois mois de paie, ou » congé.
» M. le baron de Dohna, avec tous les colonels, s'emploièrent fort fîdèle- » ment pour leur remonstrer le tort qu'ils se faisoient et à leur nation, de T> chercher querelles pour se séparer et d'eux et de nous, et qu'ils ne le pou- 9 voient faire, en bonne conscience. Puis on arresta que, le lendemain,
48a FRANÇOIS DE CHASTILLON.
j» M. de Bouillon et ceux du conseil se trouveroient avec M. le baron de 9 Dohna au quartier des Suisses, pour adviser de les remettre ; où estant -^ arrivez, après plusieurs disputes et altercations, il semble qu'on avoit » gagné quelque chose sur eux, parceque tous les cappitaines et colon- D ncls dirent qu^ils renvoyeroient leurs ambassadeurs vers le roy, seulement » pour luy demander des passeports pour aller trouver le roy de Navarre » et sçavoir de luy s'ils portoient les armes contre la couronne de France. » S'il disoit que non, ilz luy feroient service, pourveu qu*il les payast. » S'il disoit aultrement, ils prendroient congé de lui et le supplieroient de » se contenter du passé. .On reçut telles paroles en paiement, n'en pouvant )> avoir aultre chose ; car ilz disoient tousjours estrê si nécessiteux et en si 0 pauvre equipaige que, si on ne leur donnoit de Targent, il estoit impos- » sible qu'ilz peussent marcher dadvantaige.
» Je demeurai pour ce soir au quartier de M. de Clervant, pour ce qu'on » avoit advertissement que ceulx de la garnison d'Estampes dévoient venir » donner sur quelque quartier de Suisses; aussi qu'ils avoient fait le jeune ^9 auparavant, ce qui toutefois ne fut point.
» M'en estant retourné le lendemain en mon quartier, je trouvai un » advertissement que nos ennemis debvoient venir sur nos gens de pied ; ce )> qu'advint, et allay pour les secourir, où Dieu me favorisa de façon qu'ils » ne firent rien ; seulement prindrent-ils le sieur de Cormont, lequel fut in- » continent mené à M. d'Espernon qui commandoit la troupe. Ils se servi- » rent de luy despuis pour négocier avec nous le débandement de nostrc V armée.
» Le quinziesme novembre, on fit un autre logis approchant de Chartres, )) là où on s'assembla pour adviser si l'armée devoit passer plus avant pour » favoriser la venue de M. le prince de Conty, duquel on avoit des nouvelles » par le sieur des Essarts qui avoit passé chez luy en venant de la part du » roy de Navarre, et lequel n'apporta point de lettres aux reistres, ny aux » Suisses, dont ilz furent merveilleusement offensez. On alla loger à deux » petites lieues de Chartres. M. d'Espernon, avec l'avant-garde du roy, se » logea tout audevant de nous, à Bonneval. C'estoit le seul passaige que )> nous avions, si nous eussions voulu descendre plus oultre, le long de la » rivière de Loire.
» De là je party, estant commandé d'aller audevant de M. le prince de » Conty, lequel arriva environ le 20® novembre, à Prunay, où tout le monde » le vint trouver. On luy fit entendre les grandes contrarietez où nous » nous trouvions, tant pour estre l'armée du roy devant nous et sur noslre » passaige, comme aussy pour avoir M. de Guise sur nostrc main droite et » nous estre trouvez enfermez desdites deux armées; que si nous voulions » tourner teste, il nous falloit rebattre le mesme païs par où nous avions )) passé, combattre avec les forces de M. de Guise et avoir trouvé l'armée )> du roy en queue, ou passer par la forestz d'Orléans; que les Suisses nous 0 menaçoient de nous quitter, ce que nous n'avions moïen de faire. Toutes » choses débattues. Ton se résolut de partir le plus soubdainement qu'on tt pourroit, et gaigner le haut de la Loire, à grandes journées.
)> Le leDdemain, estant de nouveau assemblez au conseil, M. le baron de )> Dohna envoia faire entendre par La Huguerie que le meilleur et le plus > expédient estoit de partir sur la nuict ensuivante; mais, pour ce que le D chemin n'avoit point encore esté résolu, et qu'il n*y avoit assez de temps » pour advertir tous les quartiers de Tarmée, le partement fut différé au )> 24* de novembre, disant qu'il falloit attendre le jour ; qu'il n'estoit pas » honorable de partir la nuict, comme gens emportez d'effroi.
D Sur cela, les ambassadeurs que nos Suisses avoient envoyez vers le roy, » retournez, firent entendre que, à ceste dernière fois, ils avoient trouvé du » changement aux discours qu'on leur avoit tenuz, parcequ'ilz n'avoient point 0 eu affaire avec M. de Nevers, et que le roy leur avoit commandé de s'adresser ^ à M. d'Espernon, adjoustant ces propres mots : Nous n'avons point esté » maniez par ceux de la Ligue, ceste fois-cy; de façon qu'il sembloit, et à » leur contenance et à leurs discours, qu'ils avoient quasi honte d'estre 0 entrez si avant en négociations avec le roy; et suyvant une lettre que le roy » avoit escrite, que le sieur de Valleroy avoit escript du quartier des Suisses » après leur arrivée, il donnoit quelque espérance de racoustrer toutes cho- )> ses, et que nous le pourrions bien retenir avec nous, si nous voulions. La » Huguerie proposa, de la part du baron Dohna, qu'il estoit nécessaire pour » le contentement des Allemans d'asseurer par toutes voies de les arrester » avec nous , et allégua pour principale raison que ce grand corps s'en ') allant emmèneroit avec luy quelque troupe de reistres, lesquels pouvoient )) esbranler les autres et les rendre plus difficiles à faire ce qu'on voudroit.
D M. de Bouillon demanda les advis à chacun, l'un après l'autre. Tous » s'accordèrent en cela qu'il estoit meilleur de laisser aller les Suisses que » de les arrester, parceque c'estoit un corps si poisantet si mal aisé à recou- » vrer, que l'ennemi nous pourroit obliger à quelque combat désadvanta- )) geux, et que, sans eulx, nous yrions beaucoup plus légèrement gaigner le » haultde la rivière; que c'estoit le seul chemin asseuré que nous eussions- » Je représentay qu'une séparation telle ne se pourroit faire sans une grande » altération de tout le reste et qu'on y debvoit penser plus de quatre fois ; » que ce seroit un changement bien estrange et commencement de dissipa- » tion qui amèneroit une mauvaise fîn; que si on le faisoit, les Allemans le » feroient de mesme, à la moindre occasion ; que les Suisses n'estoient point » inutiles ; qu'avec eulx on pouvoit faire un grand effort, voire combattre toutes » les forces des François, ce que nous ne ferions sans leur espaule ; que le » roy de Navarre nous avoit monstre quel conseil il falloit prendre en telle » extrémité ; que de mesme nous debvions prendre une belle résolution de » tourner la teste de nostre armée droict à M. de Guise, le contraindre au » combat, ou l'investir, en quelque lieu qu'il fust, lequel nous emporterions » aisément, pour ce qu'il n'avoit de bonnes villes autour de lui ; qu'il ne » falloit point douter que nos Suisses n'allassent fort librement, car, au » milieu de leur plus grand mescontentement, ils monslreroient désir de » combattre avec ceux de la Ligue. Si nous prenions ceste résolution, oultre » ce qu'elle estoit digne de gens de guerre et fort faisable, je m'asseurais » que Dieu nous assisteroit comme il avoit fait au roy de Navarre.
» La plus grande voix fut de les laisser aller et nous séparer d*eulx au
» plus tost que nous pourrions.
» Il fut arrestô que, pour nous retirer, on prendroit le chemin le plus » court; qu'on parliroit le 24, de bon matin. Les Suisses demandoient D qu'on leur sign<ist leurs rooles, afin, disoient-ils, que, si les corps se sé- » paroient, les alTections demeurassent et que, en ce cas, ilz jureroient et » promettroient au roy de Navarre d'amener deux ou trois régimens de » Suisses, en temps et terme qui leur seroit ordonné. On s'arresta sur une » lettre que M. le baron de Dohna avoit escripte, par laquelle il mandoii » que, si on ne donnoit asseurance de la paie aux Suisses, qu'ils quittoient » chacun leur serment et service à leur maistre. On ne feroit point distinc- » tion de bons serviteurs d'avec les mauvais. Par ainsy on les remit d'un » jour à aultre afin qu'on pust couler tout doucement l'occasion de ce qu'ils » demandoient.
)) Le jour du parlement estant venu, M. de Guise, soit qu'il eust faict le n dessein do soy mesme ou par advertisscment, marcha toute la nuict ; il » jeta des harquebusiers dans un chasteau qui cstoit à Aulneau où les païa sans s'esloient retirez et avoient fait accord avec les reistres de leur don- >) ncr ce qu'ils avoient besoin. Les gardes du baron Dohna ne les descouvri- 1» rent point. M. de Guise, avec le reste de ses troupes, attendit, sur la » pointe du jour, que les chariots des reistres commençassent à sortir et que » les gardes fussent levées, puis parties. Puis il fait donner, en mesme temps, » du coslé du chasteau et fait entrer par la porte du chasteau les harquebu- » siers qui la trouvèrent toute ouverte et sans aucune résistance, pour ce » que tout le monde estoit en son logis prest à monter à cheval. Ils donné- » rent parmy les rues; dans les premiers logis, les reistres prenant l'alarme, » montent à cheval, trouvent la porte saisie, les rues empeschées de leurs » chariots, de sorte que pour estre le village fermé, ils ne purent jamais ny » se mettre ensemble, ny gagner la campagne.
» Le baron Dohna suivi de quelques sept ou huict et se trouvant des pre- D miers à la porte, passa au travers de ceux qui entroient. La port€ fut ^ aussitôt fermée. Ceulx des reistres qui cstoient à cheval couroient autour » des murailles pour chercher quelque passaige, montèrent sur la selle de » leurs chevaux, de là sur les murailles; ils se jettèrent dedans le fossé; et » ainsi eschappèrent quelques-uns. La Rennefanne^ qu'ils appellent la cor- » nette générale, fut sauvée par ce moyen, et une autre encore. Mais tous » les gentilshommes de ces deux cornettes et de cinq autres, avec tous leurs » gens, armes, chevaulx et chariots, furent entièrement prins et tuez.
» Comme je partois de mon quartier, on me vint dire qu'il y avoit queln que chose à Aulneau. Je m'y en allai soudain. Je trouve le baron Dohna » avec le reste des reistres qui faisoient halte, à demi-lieue dudit Aulneau. » Les Suisses estoient en bataille auprès de luy. Sa perte estoit plus grande » qu'il ne le pouvoit dire. Je mis en avant d'aller quérir le reste de l'armée, » faire venir l'artillerie et aller investir, à l'heure mesme, le villaige, m'as- » seurant que fort aisément nous l'emporterions, les soldats estant encore au » pillage; que nous debvions l'entreprendre d'autant plus résolument et
a courageusement, que nostre perte estoit grande, fraische et signalée. Mais, » par J3 ne sais quel malheur qui accompagnoit ordinairement ceste armée,
V je ne trouvay aucun courage auprès ny des AUemans ny des François, » assez gaillard pour faire un si bon effort; de façon que, M. de Bouillon n estant arrivé, on ne prit autre résolution que de faire son chemin.
» Je fus envoie, le soir, avec M. de Clervant, au quartier des reistres,
> pour les consoler de leur perte, et les faire résouldre à continuer le » le chemin qui avoit esté arresté, leur remonstrant que par une belle réso- » lution de combattre, si nous estions pressez, et par nostre diligence, nous » surmonterions bravement toutes les difûcultez qui se pourroient présenter » pour nous garder d'aller joindre le roy de Navarre.
» Nous nous arreslasmes toute la nuit en leur quartier pour, le lende- » main, parler, en marchant, avec les colonels. Et comme nous parlions au » colonel Buch et à ses reistres-mattres, il se fit quelque mutinerie entr'cux, 0 ils disoient qu'ils s'en vouloient aller trouver les Suisses, pour avec eux » s'en retourner en Allemagne: et, de faict, nous les vismes détourner leurs 9 chariots et prendre leur chemin.
a Nous retournasmes porter ces nouvelles à M. le prince de Conty et à
> M. de Bouillon ; mais à quelque heure de là, le baron Dhona, manda que » le sieur de Clervant et moy retournassions vers eux, et qu'il avoit faict i» qu*ils se trouveroient au rendez-vous. Là nous représentasmos qu'il ne n leur seroit honorable de se retirer ainsi, sur une perte fraische, et qu'il y
V avoit peu de seuretô pour eux en ceste résolution; qu'il leur valoit mieux » venir avec nous qui estions assez en bon nombre pour combattre ceulx D qui nous vouldroient attaquer; dadvantaige, que le chemin que nous » prenions estoit le plus droict pour se retirer en Allemaigne.
» Ils résolurent de venir, jusque au rendez-vous le lendemain, où ils de- » mandèrent tous les François, et là, traitèrent toutes choses.
» Quelqu'un- de mes amis m'avoit mandé, de l'armée du roy, quelque » chose d'important à me dire ; je communiquai sa lettre à M. de Bouillon, » et à ceulx du conseil, qui furent d'avis que j'y envoyasse quelqu'un qui me » fust fidèle pour sçavoir ce que c'estoit.
» Je retournai lors avec M. de Clervant, lequel nous apporta des ofTres » que le roy nous faisoit de nous donner seurcté à nous retirer en Alle- » maigne ou en noz maisons, avec plusieurs choses que noz amis qui » cstoient en l'armée nous mettoient en avant, tant pour le bien de l'Flstat, » que pour le service du roy de Navarre, mais, pour ce que nous marchions » on ne pouvoit pas dépescher cela si promptement.
» Nous craignions d'estre suiviz des deux armées : voilà pourquoy on » mit en avant de persuader aux reistres de brusler tous leurs chariots et » mettre tant d'hommes qu'ils pourroient sur leurs chevaulx, et que les » François en feroient de mesme. Je proposai, sur ce sujet, qu'on me fist i> bailler des chevaux pour monter mes harquebiisiers, qui ne pourroient » suivre à faire de si grandes courses, ou qu'on pcrmist d'en prendre autant » qu'il en seroit besoin pour les monter tous. J'avois moïen de mettre encore » mil bons harquebusiers à cheval, avec lesquels nous ferions nos retraites
» devant tout le monde ; mais, ou Tayarice, ou la négligence, ou la mauvaise » volonté des François empescha Teiïet de ma proposition, et quoy que je )> pusse remonstrer, je n'en pus obtenir autre chose.
» Je demandai qu'on me laissast de petites pièces, et les pièces à garder, 0 veu que personne n*en vouloit prendre seing; ce que on ne feit, non plus » que le reste.
» Au lendemain du rendez-vous, on traita avec les reistres que, dans * vingt jours, on leur feroit voir le roy de Navarre.
» Le jour d'après, nostre rendez-vous fut à Landon , à quatre lieues de » Montargis, un lieu le plus mal propre qu'il estoit possible, pour ce qu'il » nous falloit passer un petit pont estroit, dans le village. Les chariots, les » cornettes, les gens de pied et de cheval estoient tous pesle-mesle dans les M rues; les uns repoussoient les autres, voulant aller; ils s'entre-poussoient A les ungsles autres, de manière qu'on ne vit jamais une plus grande conr> fusion.
» Cependant on faisoit les quartiers de l'armée : je m'y trouvai pour 0 dire qu on donnast ordre à la retraite de ce jour et pour le lendemain, car » j'estois commandé d'aller essayer de prendre Gien, s'il se pouvoit.
» Les embarras me firent perdre beaucoup de temps , je pense que cela )) mesme feit esgarer quelques gentilshommes qui me debvoient monstrer le » chemin, lesquels je n'ay peu jamais trouver, et me fallut aller à veue de a païs, sur la foy de quelques païsans qui me perdit; et je demenray » six heures à faire quatre lieues. J'eus encore d'autres empeschemens en » mon chemin; c'est qu'estant encore à une lieue et demie de Landon, un 0 Allemand me vint advertir que les ennemis donnoient sur les lansquenets » et que leur colonel l'avoit envoyé pour venir quérir de la cavalerie au plus » tost.
)) Je tournay bride, mais aussitost le sieur de Lanocle et plusieurs r> aultres vinrent après moy, me disant que les reistres, qui entendoient /» mieux l'allemand que moy, disoient que ce n'estoit, et me firent retourner. » Cependant, si je y fusse allé, ce jour-là, ne se fussent perdus beaucoup » de lansquenetz qui furent tuez et prins; et le lendemain, le reste des » lansquenetz, ni l'artillerie ne se fussent perdus, car no se trouvant à la n queue personne pour faire la retraite, je me fusse bien gardé d'en partir, » que je n'eusse le tout conduit en lieu de seureté, ou qu'on n'y eût envoie » d'autre en ma place.
y> Je retournai donc à mon chemin , où je fus si mal mené, que je me » trouvai sur la nuict, à cinq grandes lieues de Gien. Ledit sieur de Lanocle » me remonstra qu'il seroit impossible que je y fusse à temps, et à mon » grand regret, son conseil estant suivy de l'advis des principaux qui » estoient avec nous, je fus contrainct de remettre nostre desseing au lenjt demain.
» Je logeai au quartier de M. de Guitry, et cnvoyay nos gens au mien. » Le jour venu, je luy parlai du danger où estoit l'artillerye, laquelle estoit » demeurée sans garde dans la forest; je luy remonstray qu'elle estoit si )> importante à l'honneur de l'armée, qu'il nous feroit reproche, toute nostre
j» vie, sy nous n^allions y donner ordre et que je raccompagnerois pour y » aller donner ordre. Il n'y voulut jamais venir, et s*en vouloit descharger » sur nioy, qui ne luy pus persuader en façon quelconque d'y aller, quoique » je luy remonstrasse que nous n'avions rien de plus pressé et que M. de » Gorbigny, qui estoit présent, iroit faire les quartiers de Tarmée, si bien » que, à deux ou trois heures de là, toute nostre artillerye et toutes nos mu- » nitions furent prinses, et plus de mil ou douze cents lansquenetz désarmez, f> et quelques-uns blessez par vingt chevaulx seulement.
» J'avois toujours faict la retraite jusqu^à ce jour et depuis Tay toujours » faicte, jusques à ce que Tarmée se soit séparée, sans y avoir failli queceste » fois, estant commandé ailleurs.
» Je logeai ce jour-là à La Bussière, où tous ces équipages de charre- » tiers avec les chevaulx qu'ils avoient pu sauver arrivèrent en si grand » effroy, que j'avois peine d'asseurer noz soldats. Je dépescbay par tous les » quartiers de la cavalerie pour les advertir qu'ils se trouvassent, du matin, 9 en mon logis, pour la retraite du lendemain; car je medoubtois que nous )) aurions le lendemain l'ennemi sur les bras; mais personne ne vint, et fus » contrainct faire la retraite avec cinquante ou soixante hommes armés et » pour le plus six ou sept vingt harquebusiers à cheval.
» Je fis halte longtemps devant La Bussière, pour retirer les pauvres •> lansquenetz qui venoient à la foule; ce qui donna loisir à l'ennemi de > venir jusques à moy. Comme j'entrois sur le grand chemin de Bonni où )» estoit nostre rendez-vous, les voïant venir le long du parc, nous nous » préparasmes au combat, de quatre en quatre. Ils firent semblant de nous » charger. M. de Mouvant qui menoit mes coureurs avec M. do Saint-Auban, ^ me manda qu'ilz estoient bien deux cents chevaulx. Je renforcay mes )) courreurs de huit ou dix armez qui estoient avec M. de Lyramont, et leur )) mandai qu'ils marchassent tousjours le petit pas, après moy. Les enne- » mis nous pressant, je fis mettre Tespée à la main de tous, et tournant t> vers eulx, comme ils s'arrestoient, je reprins mon chemin. Ils nous sui- » virent trois grandes lieues comme cela.
» J'avois envoïé, comme l'ennemi s'estoit présenté, un des miens à M. le n prince de Conty ; et vint M. de Bouillon avec cinquante ou soixante che- 0 vaulx, luy aïant dit comme les ennemis nous avoient suivis, et comme » nous avions fait, je lui feis entendre les beaux moïens qu'il y avoit de » leur faire une bonne charge, s'ils avoient passé un petit ruisseau que » nous avions laissé derrière, il le trouva bon et me promit de me suivre. Je » voulois attendre les ennemis où nous estions, mais M. de Montluet, que rt j'avois toujours laissé derrière, me fit veoir qu'il se doutoit de quelque 0 chose. Pour le mieux juger, luy et moy nous passasmes une baye qu'il y n avoit et commençasmes à parler à eux pour les amuser ou les faire venir » à nous. Nous vismes qu'ils faisoient mine de se retirer, ce qui nous feit » résouldre de leur faire charge. M. de Montluet, avec mes coureurs, » se mesla si bien avec eux, qu'il les mena battant jusques au ruisseau, et » en demeura de morts sur le champ 17 ou 18. Je les suivis à toute bride. » M. de Bouillon me manda par un gentilhomme sur ce que je pensois
486 FRANÇOIS DE GHASTILLON.
)> faire, que les reistres estoient à plus de quatre lieues de nous, et le reste » des François; que M. de Nemours et M. de Nevers estoient là, et M. d*Es- » pernon ; que si j'allois plus avant, il me laisseroit là et s'en retourneroit. » Cela me contraignit de faire trêve; et me rencontray près d*un petit bois )> où 50 ou 60 harquebusiers à cheval des ennemis s*estoient jetés. Je dépe»- » chai pour retirer mes coureurs, et afin que ces harquebusiers ne leur x) coupassent chemin , au retour, je voulus donner à eux, mais je fus assez » mal suivi. M. de Bouillon me renvoya messager sur messager, que je me » retirasse ; que Tennemi estoit là en gros ; que j*estois perdu, et qu^ii s*en » alloit. Cela, qui se disoit tout haut, effrayoit tellement ma troupe, que » j*avois toute la peine du monde à les ramasser et faire tenir ensemble, ji leur remonstrant qu'il ne pouvoit estre, et quand il seroit que nous serions » obligés de retirer nos coureurs. Enfin ils arrivèrent à moy, et me retiray V bien fasché de ce que nous avions fait charge à demy, car j'appris par )) plusieurs personnes qu'il n'y avoit que M. de Nevers et M. de Nemours en » une troupe que nous avions veue, laquelle bransloit fort, comme leurs » coureurs estoient revenus sur leurs bras.
» Je fus trouver M. de Bouillon pour luy remonstrer, à bon escient, la » faulte qu'il avoit faite de ne me suivre, et plus grande encore de me garder » que je ne laissasse perdre mes coureurs en m'en revenant ; que je ne sçavois » point qui estoient ses conseillers, et que je ne pouvois que penser que la » peur les feist parler ainsy; qu'en trois lieues de retraite que j'avois faicte, a je pouvois bien avoir veu que nous venions de perdre l'occasion de recou- » vrer l'honneur de nos armes et noslre artillerie perdue, le jour de devant, «occasion qu'on ne relrouveroit jamais; et que, une aultre fois, il ne )) fauldroit plus croyre ceux qui donneroient tels conseils, qui manquoient » de fidélité au service du roy de Navarre.
» Il se trouva que ce avoit esté de M. de Beauvoir, sieur de Lanocle, qui, » l'espée on la main, avoit retenu ceux qui me vouloient suivre, et alloit criant » partout que, ce jour, je voulois perdre la noblesse françoise.
» Voilà comment tous les eflfectz estoient empeschez par des opinions )> estranges.
» Cependant, ce peu que nous feismes empescha que les ennemis ne vins- » sent plus donner sur nostre queue.
» Co soir, l'armée alla loger à Anglures. De là, et le jour d'après, nous » commençasmes d'entrer dans le Morvan, qui est un païs fort couvert de » bois épais et si peu fréquenté, que à peine pou voit-on aller, ung à ung, 0 par les chemins.
a On feit un rendez-vous des chefs pour ouïr la créance de M. de Cor- » mont, qui estoit : que le roy nous donneroit telle seureté que nous desire- * rions, pour faire retirer les re'«stros en Alleuiaigne, et les François catho- » liques, ou qui voudroient vivre catholiquement, en leurs maisons, avec » main-levée de leurs biens; les autres, de la religion, qui se voudroient » retirer hors de France, pourroient jouir de leurs biens, ne portant point » les armes. 11 est vrai que, pour tesmoignage de nostre obéissance et de » nos intentions, lesquelles nous avions déclaré ne tendre qu'à son service.
3 le roy vouloit que les François luy rendissent leurs enseignes et cor- » nettes.
» Toutes choses débattues d'une part et d'aultre, on se résolut de rece- D voir les offres, en remonstrant au roy qu*il luy pleust nous laisser nos 9 enseignes, comme il fait ordinairement quand il laisse des compaignies » qu'il ne veut plus entretenir ; de façon que, par nostre response, nous » attachions le roy aux offres qu*il nous faisait; et, sur le faict des enseignes » et des seuretez, il estoit en nous de les pouvoir rompre toutes les fois que » nous vouldrions.
)) Les raisons qui nous contraignoient à cela estoient que nous veoyions )) un grand effroi en nostre armée, et une telle négligence et laschet^î, qu*il » n'y avoit plus moyen de tenir ordre de geris de guerre, ny parmi les r. François, ny parmi les reistres. Plusieurs gentilshommes françoîs s'en » estoient allés el se retiroient, tous les jours, en leurs maisons. On n'estoit 3» point asseuré de ceux parmi lesquels on estoit ; il n'y avoit résolution » aucune pour le combat; les chemins estoient pleins de cuirasses tant des 0 Allemans que des François ; les chevaulx estoient harassés ; il nous falloit » faires de longues traites pour éloigner Tennemy, et, quand on arrivoit, » on ne trouvoit aucun guide pour monstrer les villaiges; de sorte qu'on )) domcuroit quelquefois autant à trouver le logis que à faire deux ou trois » lieues, et la pluspart demeuroient audedans les bois et au bord des pre- )) mières maisons qu'on trouvoit, sans avoir ny pain pour les maistres, ny :) fourraige pour les chevaulx. Plusieurs montures demeuraient ruinées, à >) faulte d'estre ferrées. 11 nous falloit passer quatre journées par les bois. Y) Nous avions besoin de beaucoup d'harquebusiers pour mectre et à la » queue et à la teste; nos gens de pied demeuroient derrière, et, oultre, 1) tout le régiment de M. de Villeneuve estoit desbandé depuis trois jours, » pour ce que leur mareschal de camp estoit prisonnier. Il n'y avoit pas 0 cent hommes à celuy de M. de Mouy. Ceulx que j'avois amenez de Lan- » guedoc, pour n'estre montez ainsi que j'avois souvent proposé, ne pou- ;> voient suivre, ou, pour faire le chemin que nous faisions, estoient con- » traints de jeter leurs armes; la pluspart n'avoient point de pouldre; il » n'y avoit ordre d'en recouvrer, la pluspart des arquebuses de ceulx qui » on avoicnt estoient avec la clef ou le serpentin rompu, desquelles on ne )) pouvait se servir ; on n'avoit ni le loisir, ni les artisans pour les racous- » trer ; de façon qu'on ne pouvoit faire estât, au plus, de deux cents harque- » busiers en toute nostre armée. Des lansquenets nous en avions encore » quinze cents ou deux mille corselets, avec piques et hallebardes, et la )) pluspart sans espées. Il falloit se résouldre que, après avoir combattu une » heure ou deux seulement, ou pour gaigner un passage, ou pour le défen- » dre, il n'y avait plus moïen de rien faire, que l'espée en la main.
» On estima estre meilleur de conserver les hommes pour faire service » au roy de Navarre une autre fois, que de donner ceste gloire aux enne- » mis d'avoir entièrement deffaict notre armée, ce qui leur estoit très-aisé. » On passa jusques là qu'à l'extrémité, il valloit mieux que nostre prince )} eust nos drapeaux que les palsans nous les ostâssent.
488 FRANÇOIS DE CHASTELLON.
» M. de Cor mont fut despeschô sur cela. Cependant nous adrancions » chemin, tous les jours. M. d'Espernon nous suivoit avec sept ou huit coïts » chevaulx et tout ce qu'il avoit peu mettre d*harquebusiers à cheval. Lors » nous avions seulement une lieue devant luy; sur la fln, nous en avions » quatre ou cinq.
9 Depuis la résolution de rebrousser chemin, jusques au conseil, il y eut » huict jours entiers. Depuis ceste résolution jusqu'à Lency, en Maçonnais, » où Tarmée se desbanda, nous marchasmes cinq jours, et Tarmée se sépara » le sixième décembre.
» Le rendez-vous fut donné, où tous les reistres et les François se trou- » vèrent. Le sieur de Cormont estoit retourné le soir, et, quelque temps » après luy, arriva le sieur de L'Isle-MarivauU, envoyé exprès de M. d'Es- -> pernon. Les chefs s'y trouvèrent, avant les troupes. Ils conférèrent entre * eux de ce qui se debvoit traiter là, car chascun en estoit adverly.
» On apporta un petit papier où estoit la liste de plusieurs compaignies ^ de gens d'armes et de plusieurs régimens de gens de pied qui estoient » devant nous pour nous empescher de passer en Forestz. On disoit dad- » vantaige que un homme venant du Vivaretz avoit asseuré que l'armée de )) M. de Mandelot avoit esté contrainte de se retirer, à cause des neiges, de )> façon qu'il n'y avoit moïen de passser. L'un disoit que tout estoit perdu, » l'autre qu'il ne sçavoit qu'en dire, voïant ce qu'il veoyoit. On s'entre-re- » gardoit l'un l'autre, sans sçavoir à quoy se résouldre, sinon qu'il en falloit )> passer par où le roy voudroit, puisqu'il n'y avoit aultre moïen.
» Je remonstray que toutes les nécessitez qui nous pressoient, lorsqu'on » fut d^avis de recepvoir les conditions que le roy nous donnoit, cessoient; » que nous avions passé le plus malaisé et plus dangereux de nostrc chemin, t étant eschappez les forestz et chemins, que nous serions en quatre joui^ » en estât de seureté. Je monstray les montagnes de Vivaretz, que nous » voyions, où nous aurions, dans vingt-quatre heures, M. de Chebault avec » quinze cents harquebusiers; que je sçavois les moïens de M. de Mandelot: » il n'estoit pas en son pouvoir de mettre ensemble les forces qu'on disoit ; » que cela estoit des menteries et des artifices pour effrayer le monde ; qu'il à en estoit aussi peu de la neige; que, si on me vouloit croire, j'obligerois » ma teste de conduire toutes les troupes, sans danger, en Vivaretz ; qu'on » séparast l'armée en deux ; qu'on meist la moitié des François et des rei- » très à la teste, ce qui seroit de bagage et dont on ne se pourroit passer, » après; qu'on retranchât tout le reste et qu'on coupât les jarrets à une •M infinité d'haridelles qui faisoient un enipeschement estrange, que l'autre » moitié de l'armée marcheroit après ; qu'on se résolut de charger tout ce » qui se présenteroit à la teste ou à la queue; que, faisant ainsi, il ne fal- 3» loit doubter, avec l'aide de Dieu, que nous ne battions tout, à cette heure à que Dieu nous avoit tirez céans, par la main, des grands dangiers; que » M. d'Espernon estoit derrière nous, à une journée, M. de Guise, à trois, » le roy delà la rivière; qu'il n'y avoit rien devant nous qui nous pusi ;) nuire ; qu'il n'estoit pas raisonnable que nous prinssions des conditions » plus desadvantageuses que celles qu'on ofTroit lorsque nous avions plus
» de choses à craindre; que, tant qu'il y auroit quelque espérance de passer, » on ne devoit prendre des conditions si honteuses ; que des chrestiens de- » vroient avoir horreur d'en avoir parlé auparavant; que le roy offroit seu- A reté pour nous retirer où nous vouldrions; la main-levée des biens de <> ceux qui se retireroient en leurs maisons, vivant catholiquement, et ceux » qui ne porteroient point les armes, vivant en liberté hors de France; seu- » reté pour les estrangers de se retirer en leur pays avec leurs cornettes et » enseignes, demandant seulement celles des François ; qu'il falloit bien )> qu'il y eust des traistres parmi nous qui nous vendoient; car je sçavois » bien que M. d'Espernon n'a voit pas cinq cents chevaulx avec iuy et cinq ^ cents harquebusiers ; qu'il en faisoit bien venir à pied après Iuy, mais, » s'il les attendoit, il ne nous attrapperoit jamais; s'il venoit sans eux, il ^ seroit bien battu; et de fait, nous voyions bien qu'il ne le feroit pas, car » il n'avoit oser se bazarder lorsqu'il estoit plus près de nous et que le païs » estoit plus à son advantage ; somme, que nous estions hors de péril, si » nous le sçavions cognoistre; et mesme, il n'y avoit rien d'asseuré pour » nous, que de passer ; car, pour se retirer en Allemaigne, il falloit passer i> la Saône qui ne se gayoit seulement, et ne se passoit que sur des ponts, » dans les villes occupées par M. du Maine et dedans des bacs, dans son n gouvernement, et à sa discrétion ; qu'il ne seroit en la puissance du roy » de nous sauver des mains de ceux de la Ligue.
» M. le baron Dhona et tous ses colonels trouvèrent cela fort bon, et de » faict me vinrent toucher en la main, me promettre de venir, et me prièrent ■» de l'aller proposer à leurs reistres. Mais, comme je bastissois, d'un costé, )) il venoit des François qui desfaisoient, de l'autre, disant que l'envie que ^ j'avois de retourner en Languedoc, voir ma femme, me faisoit trouver » toutes choses aisées, et que, pour asseurer mon chemin, j'estois bien aise « d'une compaignie ; que cela seroit bien bon pour qui le pourroit faire ; » mais qu'il estoit impossible, tant pour la neige que pour la stérilité du » pays, où on ne trouveroit rien à manger ny pour hommes, ny pour che- » vaulx; que les reistres perdroient leurs chevaulx par les marests où il 9 falloit passer à la file, par des précipices où les païsans seuls du païs » estoient suffisans pour nous assommer.
» Comme je parlois au commung des reistres, on me vint advertir que » ces propos se tenoient à des colonels. Je y allai aussitost et fus contraint » de me fascher contre ceulx qui parloient ainsy, leur remonstrant que ilz » debvoient avoir honte, et qu'il sembloit qu'ilz eussent peur, ou qu'ilz eus- » sent perdu toute l'alTection qu'ils dévoient porter au service du roy de » Navarre.
» Quelqu'un me répondit tout hault que personne ne Iuy en pouvoit rien » apprendre et qu'il monstreroit, au hazard de sa vie et à la pointe de son » espée, qu'il n'y avoit pas un plus fidèle serviteur de Sa Majesté que Iuy.
i> Je Iuy respondis par deux fois qu'il le monstrast et qu'il ne pourroit > Iuy en rendre plus de tesmoignage qu'à cette heure, en persuadant aux y> reistres de venir, que les autres en croiroient ce qu'ils vouldroient; mais, » quant à moy, je ne croirois jamais qu'il fust son serviteur, s'il ne le
9 moDStroit autrement. Il me dit, encore un coup, que personne ne luy en » pouvoit rien apprendre. Alors je luy dis que si ferois^je bien, moy, et que, » s^il me vouloit suivre, je luy monstrerois le chemin que son honneur » Tobligeoit de tenir, qui estoit d^aller trouver le roy de Navarre, et que » j*y irois avec mes amis, et que je m^assurois que Dieu me feroit la grâce » de passer.
y> Et pour que je ne gagnasse les reistres, ils allèrent dire, je pense, à » L'IsIe-Marivault qu'il rabattit quelque chose de ce qu'il leur avoit exposé, » et ils allèrent solliciter les reistres de Toyr parler, ce qu'ils demandèrent » et firent sans leurs colonels.
» Il leur proposa ou d'emporter les cornettes et jurer de ne retourner » jamais en France que pour le service du roy ou de l'empereur, ou de rendre )) leurs cornettes et s'en aller en liberté.
» Je m'en allay, au travers de la presse, pour oyr ce qu'il disoit, et sur » la proposition, je remonstray qu'il n*avoit point de pouvoir de traicter, )> ni par charge qui pust obliger le roy; et de ce qu'il disoit lors qu*il n'y .) avoit aucune seureté en cela, quoique ce fust pour le croire des François » qui maintenoient les reistres, il y avoit là beaucoup de désordre. Et » comme je luy représentois que le roy nous devoit offrir la condition telle » que gens de guerre pouvoient recevoir, et non pas de si honteuses qu'il » sembloit forcer nostre religion et notre honneur, il me respondit que d nous avions cncores obligations à nostre prince qu'il nous faisoit grâce » et miséricorde. Je ne me pus garder de reprendre ce mot de miséricorde; » mais la frayeur avoit tellement saisi le cœur de tous ceux qui estoient là, ^ que laschement et honteusement ils disoient : Nous sommes perdus, il » est impossible que nous puissions passer et, quand nous le pourrions faire, » nous mourrions de faim, nous et nos chevaux.
B Sur ces propos, les Allemans disoient : Nous recevrons l'une de ces * deux conditions, et dirons laquelle dans ce soir.
» M. le prince de Conty, avec sa cornette blanche, se prépare et s'en va » retirer dans un chasteau qu'il y avoit là auprès.
:» On ne se contentoit point d'avoir prins une si lasche résolution, mais d aussy on venoit pour destournor ceulx qui vouloient venir avec moy, » mesmes par offres et en me représentant le danger de quatre costez.
y> Mais après avoir faict ce que je pus pour représenter à M. de Bouillon )) le danger auquel il mettoit sa vie, son estât et son honneur, le voyant » long à se résouldre, et recognoissant que la longueur de mon partement » donnoit loisir aux ennemis d'empescher mon passaige, après avoir prins » congé de luy, je me séparai pour aller à la teste de ma troupe qui m'at- » tendait. Et en allant, vingt cinq ou trente reistres me vinrent quérir, » disant qu'ils vouloient parler à moy. J'ay opinion qu'à la résolution de n quelqu'un ilz me vouloient retenir, et de faict, estant au milieu d'eux, ils » en parlèrent et j'entendis bien qu'ilz disoient n'avoir point asseurance » de leur paiement, et que les François leur en dévoient donner seureté.
» M. le baron Dhona me dit par deux fois, tout bas : Allez-vous-en ; 9 M. de Gourcelles aussi.
» Je commençay à dire : Il est raisonnable qu*on vous donne asseurance » de Yos paiements, quant à moy, je m*obligerai et ferai tout ce qu*on » Youdra; mais il faut avoir M. de Bouillon, je m*en vais le quérir; et en s disant cela, ils me font jour, et je prins le galop, faisant semblant de » m'en aller vers luy. Je gagnai la teste de ma troupe, feis mettre les armes » à la main à tout le monde, et feis quelque deux mille pas au trot. Je » pensois que MM. de Clervant et Montluet deussent yenir, mais je ne sais » ce qui les empescha de se rendre à Saint-Laurent où estoit mon quartier » pour le soir et je les attendis jusque à minuict, d'où je partis, et en cinq » jours je me rendis en un chasteau en Vivaretz appelé Retorcou, où il y a » garnison pour nous, ayant rencontré de trôs-grands dangers sur mon » chemin, desquels Dieu, par sa grâce, m'a retiré.
o De Montpellier, ce dernier décembre 1587. »
Échec de Mayenne dans son entreprise sur Tours. (P. Matthieu, Bist. de France, t. I, liv. VIII, p. 761, 762, 763.)
« Il n'y a autre bruit à Paris, sinon que la Ligue n'avoit pas voulu » prendre le roi à Blois, pour lui donner le temps d'attirer le roi de » Navarre à Tours, où ils seroient pris tous deux. On n'entendoit autre » bruit que du triomphe qui suivroit une si belle prise. En effet, le duc de » Mayenne, ayant pris et forcé Vandosme avec le grand conseil, et Saint- » Ouen avec le comte de Breau, faisoit marcher la teste de son armée droit » contre Tours.
)> Il découvrit son dessein par la forme de l'exécution, attaquant la » ville du côté du pont le plus fort et, au jugement de tous, imprenable, » car la rivière empêche de venir à la brèche et à l'assaut; or, il pensoit )> que le roi, sur cette grande et soudaine esmeute, se présenteroit des » premiers à la porte, pour sortir et encourager les siens, et que la Ligue » exéculeroit l'intelligence, fermeroit la porte au roy et le laisseroit à la » merci de l'enclume et du marteau.
» Le roi, mieux advisé, demeura ferme, empêcha par sa présence le » remuement des habitans, entre lesquels il y en eut qui, désireux de » changer de maistre, comme ceux de Paris, crièrent sourdement : Vive la j> Ligue et se firent tuer sur place. II y eut plus de peine à prendre les » maisons qui estoient autour des faubourgs qu'à gagner les fauBourgs » mesmes. Chaque grange se faisoit battre et ne se rendait qu'à la vue de la 3 couleuvrine qu'on roulait de maison en maison.
9 Le roi, adverti de l'acheminement du duc de Mayenne, fit loger les » régimens de ses gardes dans le faubourg qui est au bout du pont de la y> rivière de Loire et s'étend du côté de la main droite jusque à Mar-
» moutier, et de l'autre, le long du costeau et de la ririère ; il monta à » cheval pour aller reconnaître les advenans, avec les princes et seigneurs » qui estoient auprès de luy et quelques-uns des Quarante-cinq et ayant » ouï la messe à Marmoutier, il reprit le chemin par le haut du costeau, » pour rentrer dans les faubourgs, du côté où Ton a maintenant bâti les » capucins, et, estant au môme endroit où Musnier fort échauffé lui vint » dire que Tennemi était là et quMl venait droit à lui. Il envoya reconnaître » que c'estoit, et on lui rapporta que Ton avoit vu, à la tête des gens de » cheval, Sagoran, maistre de camp de la cavalerie légère du duc de » Mayenne.
1 S'il y eust eu de Tintelligence, il eust esté fort aisé de donner advis de » la sortie du roi de Tours pour aller à Marmoutier, et celte première » troupe n*eust pas eu beaucoup de peine à s^avancer pour l'attraper. Le » roi, qui étoit en pourpoint, se retira et passant dans le faubourg com- » manda au maistre de camp de se préparer à recevoir Tonnemy.
3» Le retour du roi apporta l'allarme en la ville, avec beaucoup d'eston- » nement ; et tout incontinent le duc de Mayenne fit attaquer les deux » faubourgs par Tinfanterie. Le régiment du marquis de Meignelay donna » à la main droite et celui de V... à la gauche, bien que le roy, rentrant » dans la ville, eust laissé deux exemps sur le pont, avec commandement de » ne laisser passer personne.
» D'Ambleuil, le baron de Neubourg, La Curée et Desplaces allèrent voir -j que c'estoit, et les exempts, les voyant à pied et sans autres armes que » leurs espées, les laissèrent passer. Ils se trouvèrent en la première » chaleur de Tesearmouche, et La Curée remarquant que les ennemis » avoient fait avancer des leurs derrière une maison et que, se couvrant » d'un gros chesne abattu dans un chemin, ils faisoient beaucoup de mal
» aux du roy, dit à un sergent que son advis seroit qu'il prist vingt
« hommes pour les deslogcr de là. Ceux qui donnent des conseils périlleux » n'en peuvent mieux persuader l'exécution que quand ils s'offrent d'avoir T» leur part du péril. Ce sergent dit à La Curée : «Si vous yvoulez venir avec » moy, j'y iray. — Allons, dit La Curée. » 11 y fut avec les trois autres cavaliers, » l'espée en main, chassèrent l'ennemi et lui firent quitter le chesne, où ils » laissèrent sept ou huit hommes....
» Le roy envoya Dampierro et Montigny pour soutenir et modérer Tim- ■jt pétuosité de cette'première escarmouche, et luy même vint en une maison » du faubourg, pour rendre ce combat ou plus heureux ou plus hardi.
)) On avoit logé quelques pièces du costé de la rivière et en l'isle qui est > au milieu, et cela ne faisoit effet qu'à travers de petites ruelles qui » séps^roient les maisons.
» La Trimouille et Chastillon, qui venoient trouver le roy, de la part du » roy de Navarre, oyant le bruit de ce combat, voulurent avoir leur part et » et du péril et l'honneur, premier que de parler de leur légation.
» La Curée, qui avoit fait venir deux paires d'armes, les leur présenta, » mais voyant que luy mesme n'en avoit point, ils ne les voulurent prendre. » Le Cluseau mena mal tout ce qui s^advança, et fit quitter à Rubeauprô
1 une maison au-dessus du faubourg, proche d'un chemin creux, lui fit I) recevoir deux arquebusades, et delà, descendu dans le faubourg, força la 1 première barricade, attaqua la seconde, où il trouva une verte et forte ■ résistance, par l'arrivée de la Trimouille et de Chastillon ; mais, à la fin,
• elle fut forcée, comme la première, et Paul , Florentin, y fut blessé à
1 mort, d'une arquebusade - dans la gorge. La Trimouille, Chastillon et j La Curée le voulurent retirer de la, n'estimant raisonnable de luy laisser 1 rendre les derniers soupirs en la puissance des ennemis; mais ils le trou- " vèrent si pesant, que Grillon qui survint les pria de le laisser là, et que
> ce n'étoit plus qu'un sac de terre.
• Les serviteurs du roy, estants contraints de se retirer aux faubourgs,
> firent monter sur la porte sept ou huit hommes pour la desfendre avec a ceux qui esloient aux maisons, des deux costés. Le Cluzeau fit passer par
• derrière les maisons quinze ou vingt arquebusiers, qui montèrent sur le
• costeau, plus haut que la maison, et voyant par derrière ceux que Grillon 9 avoit mis sur cette porte, en choisirent trois ou quatre, qu'ils tuèrent ; les j les autres effrayés descendirent promptemenl et n'y voulurent remonter ; » ils furent contraints de se retirer en arrière et de faire une autre barri- ' cade; mais ceux qui estoient sur le costeau ne les traitèrent pas plus doun cernent; tellement que le roy fit finir l'escarmouche, commanda à Grillon
I de se retirer, et, passant de borricade en barricade, il y fut blessé d'une
> mouaquetade à travers le corps, dont il demeura malade dix-huit mois,
• n'adoucissant le visible péril de la mort que de l'assurance d'une immortelle A réputation que ce grand service lui acquèroit.
> Après que tout fut retiré, le roy fît rompre le pont, et voyant venir j Chastillon et la Trimouille, les loua de cette grande preuve de leur cou- B rage. Ils dirent au roy qu'ils en estoient obligez à La Curée, qui les y
II avoit invités, et que, comme il estoit témoin de leur action, ils l'estoient
> aussi de la sienne, asseuranl le roy qu'elle avoit esté très courageuse.
« Chastillon pria La Gurée de lui donner les armes qu'il luy avoit offertes
• dans le faubourg, et il les avoit, le jour qu'il fit le combat de Saveuse. Les
> braves courages n'obscurcissent jamais les actions généreuses. Ils le dirent n le lendemain au roi de Navarre, qui leur répondit que La Curée estoit de » sa nourriture.
■ Le roy se voyant aussi pressé par te duc de Mayenne, manda au roi de ï Navarre de le venir trouver en diligence, et au duc d'Ëpernon, qui estoit à I Blois, de faire avancer ses troupes.
> Sitost qu'on fut averty de l'arrivée du duc de
> du roi accoururent à Tours, pour lui rendre I " et que cette grande nécessité requèroit.
» Mayenne, trouvant plus de résistanco da » qu'aux premières, par les troupes qui ètoient D d'estre assiégé, au lieu qu'il assiégeoit, résolu
Dispense de prestation de serment pour la charge d*amiral de Guyenne,
du 31 juillet 1590.
(Du Bouchet, Hist, de ia maison de Coligny^ p. 672.)
« Henry, par la grâce do Dieu roy de France et de Navarre : à nos amez 9 et féaux les gens tenant nostre cour de parlement séant de présent à » Tours, salut. Par nos lettres pattentes données à Laval, le XVII« jour de H décembre dernier, nous aurions pourvou nostre très-cher et bien-amé cou- » sin, le sieur de Ghastillon, comte de Coligny, de Testât d'admiral de » Guyenne, que nous tenions auparavant nostre advénement à la couronne, y> et par icellès vous est mandé que iceluy nostre cousin, duquel nous aurions » pris et reçu le serment en tel cas requis et accoustumé, vous ayez à mettre » et instituer en possession et saisine dudit estât, et l'en faire, souffrir et » laisser jouir, ainsi quMl est plus à plein porté par nosdites lettres cy- » attachées sous le contrescel de nostre chancellerie; mais d'autant que vous » en pourriez faire difficulté, à faute de les vous présenter en personne, et » de prester encore le serment pardevant vous, ce que le service qu'il nous » fait en ccste nostre armée ne luy pourroit encore permettre, et que ne » voulons que cet empeschement procédant de cause qui lui doit apporter » faveur en ses affaires, luy redonde à dommage et détriment : Nous, à ces » causes, désirans luy subvenir en cet endroit, vous mandons et ordonnons, » par ces présentes, que vous ayez à recevoir et instituer nostredit cousin » audit estât, et d'iceluy le faire jouir selon la forme et teneur de nos lettres, » sans attendre qu'il ait preste ledit serment pardevant vous, dont, attendu » celuy qu'il a preste en nos mains, et les empeschemens susdits, nous » l'avons dispensé et dispensons, pour un an, dans lequel temps il sera tenu » aller faire ledit serment, personnellement, pardevant vous, ainsi qu'il est » accoustumé; voulant qu'il soit procédé par vous à l'exécution de nostre » volonté susdite, en vertu desdites présentes, que vous prendrez pour se- » condc, tierce et finale jussion, et sans attendre autre plus exprès mandei> ment de nous pour co regard. Mandons en outre aux conseillers tenant le » siège de ladite admirante à la table de marbre, et à tous autres juges ou » commissaires establis sur le fait d'icelle, qu'ils aient fi faire enregistrer y> nosdites lettres ôs greffes de leurs jurisdictions , et à nostredit cousin >> obéir et entendre, es choses touchanset concernans ledit estât, nonobstant », comme dessus, et quelconques ordonnances et lettres à ce contraires; car » tel est nostre plaisir. Donné au camp, à Saint-Denis, le dernier jour de » juillet, Tan de grâce MDXG, et de nostre règne le premier. (Signé) Henry, » et plus bas : Par le roy, Revol. »
Décision royale da 18 décembre 1589»
(Du Bouchet, Hist. de la maison de Coligny.)
a Henry, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre : à nos amez » et féaux les gens de nos comptes establis à Rennes,, trésorier de France » et général de nos finances, ou commis à Texercice d'icelles, séneschal du- /) dit Rennes ou son lieutenant, ainsi qu'à chacun d'eux appartiendra, salut. r> Gomme, entre nos plus spéciaux serviteurs nostre intention soit de reco- '» gnoistre nostre cousin le sieur de Chastillon, et mesmement le soulager » des pertes qu'il a souffertes en ses biens et terres situés en nostre pays et 1) duché de Bretagne; et ayant sceu que Jean de Gomdor et damoiselle du « Quengo, sieur et dame de Boisglé, sa femme, sont du party de ceux lesi> quels se sont eslevez contre nostre service, pour raison de quoy leurs » biens, meubles et immeubles doivent estre saisis en nostre main, pour )} en jouir à nostre profit, et que lesdits sieur et dame de Boisglé sont detr » teurs à certains particuliers, habitans de la ville de Paris, de la somme » de quatorze mil escus, prinse à rente constituée et arrérages en dépen- 10 dans, les biens desquels habitans de Paris, pour estre notoirement re- » belles, suivant les édits et déclarations faites contre iceux, nous sont » acquis, de la jouissance desquels biens appartenans auxdits sieur et dame » de Boisglé, et de la somme de quatorze mil escus avec les arrérages res- )> tans, nous avons fait don à nostredit cousin le sieur de Chastillon, par » ces présentes signées de nostre main, subrogeant en outre ledit sieur de y> Chastillon en tous les droits, noms, raisons et actions, sentences et conn damnations que François Gotteblanche, marchand de Paris, a obtenu con- » tre le sieur et dame de Boisglé et pour lesquels il s*est constitué plege et » caution vers lesdits particuliers bourgeois de Paris. — A ces causes, nous » mandons à vous gens de nos comptes et trésorier de France et général de » nos finances, ou commis à ladite trésorerie de France, que vous ayez à }> faire souffrir et laisser jouir nostredit cousin dudit don de quatorze mil » escus, des arrérages en restans, et jouissance des biens desdits sieur et D dame de Boisglé, à quelque somme et valeur qu'ils se puissent monter, et » les présentes vérifier sans en faire difficulté aucune, nonobstant que tels 9 et semblables dons ne doivent monter à si grande somme, par les ordon- » nances anciennes et modernes, auxquelles et à la dérogatoire des déroga- 3» toires, nous avons dérogé et dérogeons par ces présentes, que voulons » servir de première et dernière jussion, en tant que désirez avancer le bien y> de nostre service ; et à vousdit séneschal de Rennes, ordonnons procéder » à la saisie des biens meubles et immeubles appartenans audit sieur et » dame de Boisglé, mettre et establir gens solvables au régime et gouver-
» nement desdits biens, et en faire délivrer le revenu en provenant à nostre- » dit cousin le sieur de Chastillon, et que pour le paiement de la susdite » somme de quatorze mil escus et arrérages en dépendans, ledit sieur et » dame de Boisglé soient convenuz et appeliez pardevant vous ou vostre » lieutenaot et gens tenans le siège présidial à Rennes, et contraints au » paiement de ladite somme et ce qui en dépend, par toutes voyes d'exécu- » tion, vente et inquantement de leurs biens meubles et immeubles, non- » obstant que les personnes et biens ne soient du destroit, ressort et juris- » diction de nostre séneschaussée de Rennes, et siège présidial dudit lieu. )> Voulans en outre que nostredit cousin le sieur de Chastillon, ou gens de v> par luy, soient mis en maisons fortes appartenans ausdits sieur et dame » de Boisglé, par les gardes, et maintenir à nostre service, et tous autres y D cstans en estre estez et mis hors. Mandons à nostre cousin le prince de » Dombes, nostre lieutenant général en nostre armée et pays de Bretagne, » et tous autres qu*il appartiendra, y tenir la main. De ce faire donnons à )) vousdits gens de nos comptes, trésorier de France, séneschal de Bennes et » gens tenans le siège présidial audit lieu, tout pouvoir, autorité et mandeu ment spécial. Mandons et commandons à tous nos autres officiers et » sujets qu^à vous, en ce faisant, soit obéy, et au premier nostre huissier » ou sergent faire tous exploits requis et nécessaires ; car tel est nostre plai- » sir. Donné à Laval le XVIII« jour de décembre, l'an de grâce MDXXCIX, » et de nostre règne le premier. Signé Henry. »