‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 2 sur 141 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Colîgny et Charlotte de Laval en 1557. — Naissance de lenr fils François. — Son éducation. •— Mort de Charlotte de Laval en 1568. — Séjour de Coligny et de ses 'enfants à Ch&tillon-sur-Loing, iSi Tanlay et à Noyers. — Il se réfugie avec eux à La Rochelle^ que bientôt il quitte, & raison de la reprise des hostilités. — Mort de d'Ândelot. — Lettre de Coligny & ses enfants et à ceux de son frère. — Les jeunes princes de Navarre et de Condé font, sous la direction de Tamiral, leurs premières armes. -^ Dispositions prises par Coligny, à l'égard de ses enfants, dans un testament rédigé en 1569. — Seconde lettre de lui à ses enfants et ti ceux de d^Andelot. — Il se retire au milieu d'eux, & La Rochelle, après la paix de 1570. — Intimité des enfants de Tamiral avec leur cousin le prince de Condé, et avec la fille et le fils de Jeanne d'Albret. — L'amiral épouse, en secondes noces, Jacqueline d'Entremonts, & La Rochelle. — Mariage de Louise de Coligny avec Téligny, dans cette même ville.— L'amiral se rend auprès du roi, k Blois, où il est rejoint par madame Tamiralc. — Tous deux se retirent de Blois à ChAtillon-sur- Loing, où ils restent avec leurs enfants pendant l'hiver et le printemps de 1572.

— Jeanne d'Àlbret, assistée par Coligny k ses derniers moments, meurt k Paris.

— Dernier séjour de Tamiral k Châtillon. — Son retour dans la capitale. — Attentat commis sur sa personne par Maurevel. — Meurtre de l'amiral k la Saiot- Barthélemy. .

Deux nobles existences, celles de Gaspard de Coligny, amiral de France, et de Charlotte de Laval, sa digne compagne , ' se reflètent dans la courte mais belle vie de leur fils François. En lui, comme en eux, la foi chrétienne engendra la grandeur de caractère. De tout deux il tint une générosité de sentiments, une énergie morale, une supériorité intellectuelle, qui jamais ne se démentirent. Il déploya, dans la carrière des armes, une indomptable

valeur ; dans le maniement des affaires publiques , une droiture et une sagacité qui firent de lui le légitime héritier de Théroïsme et des patriotiques vertus de son père.

La vie de François de Chastillon , dans sa brièveté , fut bien remplie. Elle demeure, après celle du grand homme dont il soutint glorieusement le nom, féconde en hauts enseignements que Thistoire a pour mission de recueillir.

Du mariage de l'amiral avec Charlotte de Laval étaient issus déjà trois fils et une fille, lorsque naquit, le 28 avril 1557, François, leur quatrième fils*.

Un intérêt particulier s'attache à quelques-unes des circonstances qui précédèrent ou suivirent immédiatement la naissance de cet enfant.

Alors qu'en 1557 une guerre entre la France et l'Espagne était imminente, l'amiral s'efforçait d'atténuer, dans la vaste étendue de son gouvernement de la Picardie, les désastreux effets de l'incurie du roi et du connétable à l'égard de cette province , la plus délaissée et cependant la plus exposée de toutes aux attaques de l'ennemi.

Fortement préoccupé de la santé de sa femme , que , depuis plusieurs mois, il avait dû laisser au château de Ghâtillon-sur-Loing, et qui, en avril, touchait au terme d'une grossesse pénible, il souffrait de ne pouvoir l'entourer de ses soins et avisait aux moyens de recevoir, aussi promptement que possible, les dépêches qui lui apporte-

1. Louise de Montmorency (M«« la maréchale de Châtillon), mère de l'amiral, mentionnait sur un livre d'heures qui existe encore aujourd'hui (voir Êulletin de la Soc. de Vhist. du prot. fr., t. Il, p. 4, S, 6), les événements de famille au souvenir desquels elle attachait une haute importance. L'amiral, devenu, à la mort de sa mère, possesseur du livre d'heures de celle-ci, y consigna, à son tour, diverses mentions relatives aux membres de sa famille. Celles qui concernent les naissances de ses trois premiers fils portent les dates, pour l'ainé, du 4 juillet i5i9; pour le second, Henry, du 10 avril 1551; pour le troisième, Gaspard, du 28 septembre J554. Quant à la naissance de la première fille, Louise, elle est mentionnée à la date du 28 septembre 1555.

raient àe ses nouvelles , pendant une tournée d'inspection qu'il allait entreprendre.

Ses inquiétudes furent allégées par la présence de M™® de La Rochepot auprès de Charlotte de Laval. Une lettre de cette tante vénérée, sur Taffection de laquelle il comptait plus que jamais, lui causa un soulagement de cœur qui se traduisit dans la réponse suivante , où le dévouement et les délicates prévenances du neveu s'alliaient à la sollicitude du mari * :

« Madame, j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'es* » cripre par le retour de mon laquais , et croy que vous ne » doubtés point du plaisir que j'ay quand j'entends de vos » nouvelles et du lieu où vous estes (Châtillon) , et mesme- )) ment de sçavoir la bonne résolution que ma femme a » prise d'attendre en bonne patience l'heure qu'il plaira à » nostre bon Dieu la délivrer. Je fais mon compte de partir » après-demain d'icy pour m'en aller visiter l'autre bout de » ma frontière ; je ne lerré pas pour cela à vous mander » souvent de mes nouvelles. Je regarderé à ce que je pourré » commodément loger dedans Ancre, et vous asseure, » madame, que j'aurai tel soing pour voz terres, soit de » bois ou d'aultres choses, que je n'en aurais pas davan- » tage, s'ils estoient à moy... je sçay combien ceste guerre » vous couste, etc.D'Abbeville, ce 21 d'avril 1557. Vostre » obéissant nepveu et bien parfait amy, Ghastillon. »

Quatre jours plus tard, Coligny , s'adressant de nouveau à sa tante , lui écrivait de Péronne ' : « Je m'en vais visitant » cette frontière , de place en place , espérant que pourré » avoir achevé à la fin de ce moys ; puis je m'en iré passer » par la court , où le roy m'a mandé de l'aller trouver, mais » ce ne sera pas pour y faire long séjour... j'attends de vos

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