Archives de M. le duc de La Trémouille
FRANÇOIS DE GHASTILLON. 91
» cesse, de laquelle vous estes partout merveilleusement re- » commandée. A cette cause, madamoiselle, après vous avoir » très-humblement remercié du très-grand bien et plaisi » qu'avons promptement receu par vostre moyen, des sainctes » consolations et vertueux enseignemens qu'il vous a pieu » nous adresser par vos lettres, avec les offres tant honnestes » et amyables, accompagnées d'une vifve démonstration de » la charité chrestienne que pouvons espérer et attendre de » vous, nous vous supplions très-humblement, madamoi- » selle, nous faire cest honneur de croire que mettrons si » bonne peine et diligence, avec la grâce de Dieu, à suivre » le droit chemin de vertu et vraye piété, que toutes les con- » trariétés et grandes difficultés qui se présentent à nous, » en ce bas âge, ne pourront nous en fermer le passage. » Que si nostre bon Dieu, prenant compassion de nostre » calamité , comme avons bonne espérance qu'avec le » temps il fera, nous relève de ceste oppression très-dure et » et qu'ayons moyen de vous faire très-humble service, nous » osons bien vous promettre , madamoiselle , que jamais » n'aurés serviteurs plus humbles, ni plus affectionnés pour » recevoir et obéir à tous vos commandements, quand il » vous plaira les nous faire entendre, et sur ceste asseurance » d'avoir cest honneur que serons creus de vous, madamoi- )) selle, nous supplions l'Éternel nostr^ bon Dieu qu'il luy » plaise vous maintenir très -longuement, madamoiselle, )) en très-bonne santé et heureuse vie pour servir à sa » gloire et à la consolation et soulagement des pauvres » affligés.
» Vos très-humbles et obéissans serviteurs,
» Chastillon, Andelot.
» De Uasle, ce 1" juin 1573. »
92 FRANÇOIS DE GHASTILLON.
Alors que la Suisse, en dépit des menées hostiles mais impuissantes, soit de Bellièvre, soit de son frère Hautefort, ne cessait d'être, pour les enfants, la belle-sœur et les neveux de l'amiral, une terre hospitalière, la Savoie, qui d'abord avait paru telle à Jacqueline d'Entremonts et à Louise de Goligny, allait se montrer à elles sous un tout autre aspect que celui de l'hospitalité, dès la première partie de l'année 1573.
Avant cette époque, la famille réfugiée à Bâle avait pu échanger enfin quelques communications avec les deux veuves et obtenir d'elles, sur leur séjour en Savoie, de décembre 1572 à février 1573, divers détails d'un haut intérêt, qui peuvent se résumer ici dans les énonciations suivantes :
Le 21 décembre 1572, madame l'amirale était accouchée, à Saint-André-de-Briord, d'une fille à laquelle elle avait donné le nom de Béatrix, que portait sa mère, la comtesse Pacheco d'Entremonts*. Dès qu'elle avait, après la naissance de son enfant, recouvré assez de forces pour prendre la plume, elle s'était fait un devoir d'adresser, le l**" janvier 1573, de Saint-André-de-Briord, au duc de Savoie ces Kgnes touchantes ' : « Monseigneur, envolant ma mère, M. de Martel, » vers Vostre Altesse, j'ay pris la hardiesse de vous escrire « ceste, pour vous remercier très-humblement m'avoir per- » mis me retirer avec M"""* la comtesse d'Entremonts, ma- » dite mère, vous suppliant, en toute humilité, avoir pitié de » moi et de ma petite fille orpheline, et ne trouver mauvais » que j'aie amené avec moi M"" de Téligny, pour estre vostre » très-humble sujette et destituée de tous moïens, suppliant
i. « Le 31 décembre 1572 fut née Béatrix de Goligny, ma fille, à dix heures du D matin, à Saint-André-de-Briord, en Savoie. » (Livre d'heures de Louise de Montmorency, loc. cit.)