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Archives de Zurich. Lettre du 20 décembre

Ils n'y donnaient assurément aucune prise à la critique ; loin de là : dans leurs rapports, soit avec les autorités de la ville, soit avec ses habitants, ils se conciliaient par la simplicité, toujours digne, de leur mode d'existence, par la noblesse de leurs sentiments, par l'affabilité de leurs manières et de leur langage, une estime et une sympathie générales.

Au foyer domestique. M"* d'Andelot répandait autour d'elle, par sa bonté, ce charme et ce bien-être dont une mère chrétienne, plus que toute autre, a le secret. Entourée de ses enfants et de ses neveux, chérie de tous, elle affermissait leurs jeunes cœurs par l'exemple et la douce autorité du, sien, maintenait entre eux une affection mutuelle, qui s'accrut avec les années, et veillait, en un mot, dans sa nouvelle retraite, sur tous ces êtres bien-aimés, comme déjà, à une autre époque d'isolement, elle avait veillé sur eux, à la Rochelle.

Vainement, alors que s'exerçait ainsi la ferme et tendre vigilance de M"° d'Andelot, Charles IX conçut-il le projet de séparer le jeune comte de Laval de sa mère. S'appuyant sur on ne sait quels prétendus indices, qu'il interprétait à sa manière, le crédule monarque écrivit, le 9 mai 1573, à Hautefort * :

« Quant au regard du sieur de Laval, ayant sceu par- ) ticulièrement la bonne volonté qu'il a de s'en revenir, ) j'ay donné ordre que le sieur Dasserac, qui a charge de sa tutelle, s'acheminera, dans quelque temps, pour l'aller quérir. Il est vray que c'est chose que je désire que vous teniez secrète, et n'en parlez à personne du monde, mesmement à Argenlieu, de peur que ceulx qui seroient plus- ) tost bien ayses qu'il demourast dehors que dedans mon

1. Bibliothèque de Tlnstitut de France, fonds Godefroy, vol 258.

» royaume, sçachant cela, n'essayassent à le détourner de » sa bonne volonté. »

Dasserac vint-il, en effet, en Suisse, pour tenter d'en faire sortir son pupille? On ne sait. Ce qui est certain, c'est que Laval avait si peu l'intention de quitter sa mère, ses frères et sœur et ses cousins, que non seulement il resta avec eux tous à Bâle, mais qu'avec plusieurs d'entre eux il alla, plus tard, se fixer définitivement à Berne.

Quelque ardues et diversifiées que fussent les circonstances qui pesaient sur sa situation et sur celle de sa jeune famille. M"" d'Andelot, fidèle aux volontés de son mari et de l'amiral, tenait à ce que ses fils et ses neveux, formés en France à l'habitude du travail, y persévérassent sur la terre étrangère, et que leur instruction avançât, sgus la direction de Legresle. Elle avança, en effet, et le zélé précepteur, au terme de sa mission, trouva dans le succès de leurs études, et surtout dans l'heureux développement de leur caractère, la juste récompense de ses soins éclairés et de son dévouement.

Fortement attachée à ses convictions religieuses, M"*" d'Andelot désirait ajouter, pour elle et pour sa famille, les ressources du culte public à celles du culte privé. Elle entretint ses enfants, ses neveux et Legresle d'un projet qu'elle avait conçu à cet égard. Ce projet obtint naturellement leur adhésion, et fut bientôt suivi d'un résultat pratique, le jour où elle et eux s'unirent à divers réfugiés français, leurs coreligionnaires, pour organiser à Bâle, dans un local déterminé, la célébration publique du culte réformé. Ils réussirent dans leurs démarches, en rencontrant chez les autorités baloises un esprit de support, qui rompait avec les préjugés et les prohibitions d'une intolérance récente.

Telle fut l'humble origine de l'égliçe réformée française de Bâle, qui, depuis le xvi" siècle, s'est si bien <

dans cette ville, qu'elle y signale aujourd'hui, sous la direction de pasteurs dévoués, le maintien de son existence par le bienfait d'une influence évangélique légitimement acquise * .

C'était déjà beaucoup, sans doute, pour les membres de la famille de Coligny réunis à Bâle que d'y goûter le calme d'une vie en commun; toutefois il leur fallait plus encore : ils aspiraient à atténuer, autant que possible, la distance qui les séparait de chers absents. On comprend aisément le besoin qu'ils éprouvaient de correspondre avec les parents et les amis qui leur restaient; mais comment y satisfaire? Toute communication avec la Savoie leur étant originairement fermée, ils voyaient le temps s'écouler, sans rien apprendre du sort de madame l'amirale, ni de celui de M"** de Téligny. A peine les amis qu'ils comptaient encore en France pouvaient-ils recevoir d'eux, çà et là, une lettre, ou leur faire parvenir quelques lignes à Bâle : tant les communications épistolaires étaient alors difficiles de Suisse en France, ou réciproquement.

Elles l'étaient moins avec quelques-uns des pays étrangers, notamment avec le Palatinat. Aussi, Ghastillon et son frère d'Andelot profltèrent-ils de cette circonstance pour écrire à l'électeur palatin et à Charlotte de Bourbon, qu'ils savaient être à Heidelberg. Us connaissaient la chrétienne sympathie de Charlotte pour les affligés, et la vénération qu'elle avait constamment professée pour leur père. Aussitôt leur parvinrent ces lignes tracées par la pieuse princesse ', le 12 mars 1573 :

1. Voir, snr Torigine de l'église rérormée française de Bâle, les faits cités au n« 12 de ï Appendice.

S. La lettre écrite à Ghastillon et à d'Andelot par Charlotte de Bourbon, le 13 mars 1573, est ici intégralement reproduite d'après l'original que M. le duc de La Trémouille possède dans ses riches archives, et qu'il a bien voulu me communiquer.

« Messieurs, pour estre affligée par la mesme cause qui a » réduit vos affaires en telle extrémité comme elles sont , » vous ne pouviez pas à qui mieux vous adresser qu'à moy » pour ressentir vostre peine et vous y plaindre infiniment, » n'en faisant point seullement comparaison à la mienne , » mais l'estimant selon qu'à la vérité l'on peult juger ne » vous en pouvoir advenir de plus grande ; mais j'espère que » les moyens qui vous sont cachez à cest' heure pour en » pouvoir sortir ce bon Dieu vous les descouvrira lors qu'il luy » plaira vous en retirer. De ma part, si je puis quelque chose » pour cest effect, je my emploiray de bien grande aS^ection, » tant pour le mérite du faict que pour celle que j'ay » toujours portée à feu monsieur l'admirai vostre père, dont » le zèle et piété qu'un chacun a recongneu en luy me fait » honnorer la mémoire. Incontinent donc que j'ay receu vos » lettres et celles que vous escriviez à monsieur l'Électeur, » j'ai esté les luy présenter, lequel a fait congnoistre les » avoir bien agréables et vouloir Son Exelence embrasser » l'affaire dont luy faictes requeste avec'une singulière affec- » tion, ce que vous pourra dire le gentilhomme qui l'est » venu trouver de vostre part, à qui il a parlé de façon que je » vous puis assurer Son Exelence estre résolue à faire bien » tost la depesche tant pour madame l'admirale que pour » vostre regard telle que vous la pouvez désirer, ce que je » ne fauldray de luy ramentevoir si je congnois qu'il en soit » besoin, comme aussy madame l'Electrice m'a fait enten- » dre estre en pareille volonté, en sorte que vous ne pouviez » pas choisir un meilleur et plus favorable recours que celuy » de Leur Exelence qui sçavent peser les causes selon la » droiture et équité, et ont tousjours les mains ouvertes pour » donner ayde aux affligez. Je prie Dieu, messieurs, de vous » oster de ce nombre et bien tost vous remettre en tel heur,

» bien et félicité que vous vouldroit veoir celle de qui vous

» recevrez les affectionnées recommandations à vos bonnes » grâces et la tiendrez pour

» Vostre affectionnée et meilleure amye , » Charlotte de Bourbon.

» A Heydelberg, ce i% mars. »

L'excellente et judicieuse princesse avait découvert promptement ce à quoi « elle pouvait s'employer, de bien grande » affection ». Elle réussit à concilier à ses jeunes correspondants la protection de Frédéric III et celle de Télectrice.

La réponse des deux frères à Charlotte de Bourbon fut celle de cœurs émus de reconnaissance. On y saisit aisément, comme plus accentuée en 1573 qu'en 1571, la touche délicate qui déjà s'était révélée dans deux lettres adressées à Renée de France *.

« Madamoiselle, disaient-ils ', la prompte et briefve expé- » dition de nos affaires en la cour de monseigneur l'Electeur » nous est assés suffisant tesmoignage de la grande sollici- » tude et bonne vigilance qu'il vous a plû prendre d'icelles ; » mais surtout les lettres qu'il vous a plû nous escrire ren- » dent la preuve si certaine de vostre charitable affection » envers nous, que nostre ingratitude seroit la plus extrême )) qui fust oncq, si nous ne sentions à bon escient combien » nous sommes obligés à reconnoistre par tous très-hum- » blés services, quand Dieu nous en donnera les moyens, le » très-grand bien et faveur que recevons de vous, madamoi- » selle, qui estes esmeue et incitée à nous bien faire, par la » seule inclination naturelle d'une grande et vertueuse prin-

1. Les lettres adressées, le 2i octobre 1571, par François et Odet de Coligny à Renée de France, duchesse de Ferrare, ont été ci-dessus reproduites. (Voir eh. i.)

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