‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 48 sur 141 · Voir à VAppendice, n · texte numérisé non relu

Voir à VAppendice, n

6. « Cela lut reçu des uns avec admiration, des autres avec colère, de U roine » mère principalement, qui voyant le mauvois succès de ses conseils, déclamolt » d'estrange force, disant : Si le prince de Gondé (Louis de Bourbon) estoit en vie, » qu'il eust pris Paris ou la moitié des villes du royaume, avec 20,000 chevaux et » 50,000 hommes de pied en la campagne, il ne voudroit pas avoir demandé la » moitié de ces articles insolens. » (D'Aubigné, Hist, unie, t. II, liv. II, eh. u.)

à sa solution et provoqué , de la part des mécontents, un mouvement dont ils espéraient que le duc d'Alençon, le roi de Navarre et Gondé prendraient la direction. Les deux premiers de ces princes ayant échoué, en wlblts 1574, dans une tentative d'évasion, étaient retenus à la cour, en une sorte de captivité, tandis que les maréchaux de Montmorency et de Gossé demeuraient incarcérés à la Bastille *. La formation, en Normandie, en Poitou, en Dauphiné et en Languedoc, de divers corps d'armée destinés à agir contre les protestants et ^leurs alliés venait d'être ordonnée, et un nouveau conflit allait s'engager.

Ge fut alors que Gondé, ayant, en avril, par une fuite que tout légitimait, recouvré sa liberté d'action, rompit avec la cour, et se posa résolument, vis-à-vis d'elle, en défenseur des opprimés.

De la Picardie, où il était en tournée comme gouverneur titulaire de cette province *, il réussit à gagner Strasbourg, avec l'un des Montmorency, Thoré ^

A son arrivée dans cette ville, il fit publiquement, « en » l'église des Français * », profession de son retour à la

1. Voir, snr leur incarcératioD , quatre lettres de Cbarles IX, dont trois du 4 mai 1574 à Matignon, à Mandelot, à Sarlaboz, et une dn 7 mai 1574 au parlement de Paris. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,266, f» 89; vol. 2,704, f» 96; vol. 3,201, f» 73; et ibid., collect. Dapuy, vol. 590, P 27.)

2. Voir une lettre, qu'en cette qualité Condé adressa, le 15 septembre 1573, à de Humières, gouverneur de Péronne. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,209, fo 96.)

3. U Popelinière, HisL, t. U, liv. XXXVIII, p. 227. — Charles IX écrivait, le 15 avril 1574 à Mandelot (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 2,704, fo 93) : « Je ne veux » oublier à vous dire que mon cousin le prince de Condé, ayant eu quelque » frayeur pour luy avoir esté donné à entendre que je tenois prisonniers mes » frères (le duc d'Alençon et le roi de Navarre), est sorti d'Amiens et s'est retiré du » costé des Ardennes, ainsi que je l'ai entendu. Mais j'ajoute que, comme son par- » tement a esté fondé sur un faulx donné à entendre, quand il sçaura la vérité » des choses, comme j'ay donné ordre à la luy faire sçavoir, il s'en retournera » audit Amyens pour continuer à pourvoir aux affaires de son gouvernement. »

4. « Gondœus praesens nuper publiée professus est in ecclesid gallicâ, qua est » argentorati, se gravissimè Deum in eo offendisse, quod, post illam parisiensem » stragem, metu mortis, ad sacra pontiflcia accesserit, et petiit à Deo et ab Ecclesia s ut id sibi ignosceretur. » (Buberti Langueti episU, lib. I, p^. 19. 24 junii 1574.) —

religion réformée, jura d'en soutenir, à l'exemple de son père, les sectateurs contre leurs adversaires, et il informa aussitôt les églises du Languedoc et d'autres provinces de de rengagement solennel qu'il venait de contracter.

Une lettre de lui à ces églises,- en date, à Strasbourg, du 4 mai 1574, portait* : « ... D'autant que Dieu m'a fait ceste » grâce de me conduire en ce lieu, pour servir à sa gloire, y » recevant ordinairement tant d'offices d'amitié, qu'il sem- » ble que Dieu ait réservé ceste occasion pour nous rendre » certains et asseurez, qu'à ce coup , il veut délivrer son » Eglise de tant de povretez et afflictions, je vous ay bien » voulu escrire la présente pour vous prier de croire que » ma résolution est d'embrasseï^ tellement la protection » des églises de France, en ensuivant les récentes vestijjes » de mon seigneur et père, que j'emploieray tout ce qui sera » en ma puissance, voire ma vie propre, pour ne me dis- » joindre d'avec vous, que nous n'aions une heureuse et » asseurée paix. Pour à quoy parvenir, je tiendray la main » que la levée qu'on vous avoit promise, vôire plus grande, » sera poursuivie par des plus grands d'Allemagne affec- » tionnez à la gloire de Dieu, à nostre protection et délivrance » des oppressez ; avec des moïens qu'ils ont de plus patiem- » ment attendre leurs paiemens qui devront suivre le pre- » mier, moiennant que vous donniez ordre de promptement » faire tenir les deniers que vous aviez promis, et que tous » vous esvertuiez à en faire lever le plus qu'il sera possible ; » vous asseurant qu'il y sera usé de tels ménagemens, que » vous aurez occasion de vous contenter. Et tant plus vous » userez de diligence, et plustost vous congnoistrez que Ton )) s'efforcera de nous présenter la paix, laquelle, avec une

La Popelinière, Hist,, t. II, liv. XXXVIII, p. 2î7. — Mœder, Notice historique sur la paroisse réformée de Strasbourg, p 14. 1. La Popelinière, //«/., loc, cit.

» belle et forte armée, asseurerons si bien, que nous serons, » avec l'aide de Dieu, remis aux mêmes libertés que nous » avons désiré d'estre en nostre patrie. »

Charles IX s'alarmait, à la pensée que Condé pourrait se concerter, en Suisse, avec les fils et le neveu de l'amiral, et de là pénétrer en Dauphiné et en Languedoc, pour y fomenter des hostilités; aussi, écrivit-il, le 15 mai, à Mandelot, gouverneur du Lyonnais * : « Parce que présentement ^* y^Y 6u advis que mon cousin le prince de Condé est parti » de Strasbourg pour s'acheminjer en Suisse, où il doit » trouver le comte de Laval et les enfans du feu admirai, » ayant pratiqué quelques troupes de soldats françoys » ramassés qui sont maintenant vers Saverne, il est à » craindre qu'il n'ayt faict quelque dessein pour passer » avec lesdites troupes en quelque endroit de là, afin d'aller » joindre celles de Dauphiné et Languedoc qui sont de son » party, en quoy je vous prie avoir l'œil. » • Le roi était mal informé : car Condé , en ce moment, n'avait pas quitté Strasbourg pour se rendre en Suisse.

A quelques jours de là, une femme dévorée d'ambition, non une mère, Catherine de Médicis, en un mot, ne voyant qu'un instrument machinalement docile dans un roi moribond, et n'ayant, en présence des souffrances qui l'étreignaient, d'autre souci que celui de s'assurer une régence ardemment convoitée, contraignit Charles IX à signer, le 29 mai, sur son lit d'agonie, une lettre aux gouverneurs des provinces dans laquelle * elle lui faisait dire, d'accord avec des lettres patentes signées en même temps : « Vous avez » cy-devant entendu mon indisposition, laquelle depuis un )) jour en çà est fort accrue. Je suis aujourd'huy en tel

i. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 2,704, i^ 97. — Mandelot répondit an roi, le 23 mai, qn'il ponvait compter sur sa vigilance. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 2,704, fo 358.) 2. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,256, f^ 92.

)> estât, que j^attends ce qu'il plaira à Dieu faire de môy. » en la main duquel sont toutes choses humaines, estant » tout prest de me conformer à sa sainte volonté ; cepen- » dant j'ay prié la royne, madame ma mère, que, suppléant » au deffault de ma maladie, elle veuille avoir plus grand » soin que jamais de mes affaires et de ceux de mon royaume, » ainsy que très-dignement elle s'en est acquittée jusques » icy, désirant qu'elle soyt obéye en tout ce qu'elle comman- » dera, tant durant ma maladie, que là où il plaira à Dieu » faire son saint commandement de moy, jusques à ce que » le roy de Pologne, mon frère, qui est mon légitime sue- » cesseur, soit arrivé de par deçà, etc. »

Le lendemain, 30 mai, Charles IX rendait le dernier soupir, et, quelques heures après, Catherine annonçait aux gouverneurs des provinces qu'elle venait de prendre possession de la régence. Son langage était celui de l'hypocrisie jouant la douleur *.

A peine eut-elle tourné ses regards vers la Suisse, que, sans être mieux informée que ne l'avait été récemment Charles IX, elle conçut de vives inquiétudes, à la seule nouvelle que des partisans de Condé s'assemblaient dans les environs de Genève, de Morges, de Lausanne et de Neuchâtel \

Hfiutefort s'efforçait, du reste, de prouver à la cour de France qu'il s'attachait à sonder les intentions de Henri de Bourbon et à épier ses actes, en écrivant, le 3 juin* : « L'occasion pour laquelle j'ay envoyé Vallier devers le » prince de Gondé avec une lettre a esté principalement » pour savoir qui est avec luy, et, s'il est possible, pour

1. Lettre du 31 mai 1574. (Bibl. nat.^ mss. f. fr., vol. 3,Î56, f» 94.)

2. Lettre de Catherine de Médicis à Mandelot du 24 juin 1574. (Bibl. nat. mss. f. fr., vol. 2,704, fo 103.)

3. Mémoire de Hautefort du 3 Juin 1574. (Bibl. nat., mss. L (r., vol. 10,011, fo 185 et suiv.)

» apprendre quelque chose de leurs desseings, au'ssy pour » veoir s'il nous donneroit quelque argument d'entrer plus » outre en propos, comme le sieur de Vésines y est allé, ;> après m'en avoir donné advis. »

Tenter de nouveau de circonvenir le jeune comte de La^ yal était également l'un des principaux soins de Hautefort^ car il ajoutait, dans sa communication confidentielle :

« En attendant que j'aye plus de loysir d'aller jusques à )) Berne, j'ai faict venir Lavallière, qui est auprès de M. le » conte de Laval, pour sçavoir ce que c'estoit de ce qu'on » avoit adverty le roy que le seigneur de Thoré estoit allé à )) Berne pour subourner ledit sieur conte, mesme pour le » faire rendre caution de ce que M. le prince de Condé doibt » promettre à certams reistres. — Ledit Lavallière m'a as- » sure qu'il n'est du tout rien que ledit sieur de Thoré ayt » esté à Berne, ne mesme qu'il ayt mandé audit conte ne » homme, ne lettre qui soit. Qu'il est bien vray que ledit » sieur de Laval a reçu une lettre dudit sieur prince, comme » ont faict presque tous les gentilshommes françois retirez » en ces quartie;*s, par lesquelles (lettres) ils sont incitez à » l'aller trouver ; dont ledit sieur conte s'est excusé, m'as- » seurant ledit Lavallière que l'intention dudit conte n'est » point d'y aller, ains se contenir audit Berne, suyvant la )) permission de Sa Majesté ; qu'il ne luy a jamais esté parlé » de se rendre pleige, ne d'obliger ses biens pour aucune » levée de reistres, et moins est pour y entendre. — Je ne )) luy ay voulu pour encore parler du dernier point qui est » contenu en la lettre que le rpy m'a escrîte par le capitaine )) Redig, à sçavoir de se retirer en France dans troys mois, » pour le doubte que j'ay eu que celal'efTaroucheroit; d'au- >) tant qu'il est à croire que, s'il en a faict deffault et refus, » alors que toutes choses estoient en France plus douces et » en meilleure espérance, que M. de Montmorency es^

» délivré et M. le mareschal Damvîlle en grâce, il en fera » encore davantage maintenant, de sorte que, se trouvant » avoir une fois désobéy sur le commandement qui luy aura )) esté faict de retourner, cela mesme le pourroit faire pas- » ser oultre à se mectre aux champs. Que si néantmoins, » après que Sa Majesté aura entendu le doubte que je y » fais, elle persiste que je passe oultre, il y aura assez » temps de le me commander, et à moy de le faire entendre » audit sieur, conte de Laval. — En somme, j'ay estimé qu'il » y avoit du danger à se haster, et à attendre, il n'y en avoit » point du tout ; ains les choses demeurant plus tost en leur » entier. — Cependant, je n'ay point failly d'advertir ledit » Lavallière, con\me je feray encore ce jeune seigneur, du » préjudice qu'il se feroit et du danger où il se mettroit en » y contrevenant. »

Ce danger, Laval le brava : au langage comminatoire que lui tint Hautefort, il répondit par la déclaration formelle qu'il persistait dans son refus de quitter la Suisse pour retourner en France.

Il y eut plus : les représentants du canton de Berne approuvèrent si bien cette déclaration du jeune comte que, pour en assurer les effets et sauvegarder l'exercice de ses droits sur les biens importants qu'il avait en France, ils intervinrent en sa faveur auprès du roi et de la reine mère. Ils écrivirent à celle-ci * :

« Madame, s'estant M. le conte de Laval depuis ung an » retiré en ceste nostre ville par les moyens et par les occa- » sions que nous faisons entendre au roy très-chrestien, il a » par sa vertu et louables mœurs, aussi pour la vraie affec- » tion que nous avons remarqué qu'il avoit au service de » Voz Majestez, tellement attiré à luy l'amitié et bienveil-

1. LetU-e du 16 octobre 1574. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 16,011, !» 237.)

» lance non-seulement des principaux de nostre république, » mais de tous ceux qui ont entendu son bon renom, qu^il » nous a semblé ne le devoir priver du tesmoignage de sa » bonne volonté et modestes comportemens tel que le ren- » dons au roy et à vous, madame, que nous supplions, tout » ainsi que faisons Sa Majesté, qu'il vous plaise avoir agréa- » ble sa demeure encore pour quelque temps en ceste nos- » tre ville, ou aux terres de notre obéissance, pour y para- » chever ce qu'il* a si heureusement commencé pour se » rendre à Tadvenir digne du seii'vice de Vo'z Maj estez, le » faire, s'il vous plaist, conserver en la jouissance de ses » biens et revenus *, à ce qu'ils soient employez selon sa » raisonnable intention, et, à ceste fin, qu'il vous plaise faire » adresser la commission en vertu de laquelle a esté arrestée » la somme de trente-cinq mille livres sur son revenu, pour » le dommage qu'il enporteroit de plus grande conséquence » que la mesme somme, ainsi qu'il nous a fait entendre et » que nous le remonstrons à Sa Majesté, avec l'asseurance » de l'affection et fidélité de M. le conte de Laval envers » Voz Majestez; vous suppliant très-humblement, madame, » que, pour. ceste occasion, et pour l'amitié que luy portons » soubz ce mesme subject, il vous plaise de faire que ne » serons esconduits de ceste nostre humble requeste, et » nous en demeurerons très-obligez à Voz Majestez, comme » si c'estoit un bien faict à nous et à toute nostre repu- » blique. »

Du reste, dans les relations personnelles qu'il avait trouvé moyen d'établir, en Suisse, avec quelques-uns des plus notables réfugiés français, Hautefort ne réussissait pas mieux vis-à-vis d'eux que vis-à-vis du comte de Laval, par ses

1. Lès biens, sis en France, des plus jeunes enfant^ "étaient pas

moins compromis, encore en 1575, que ne Tétaier' aîné, le

comte de Laval. (Voir à VAppendice, n^ 21.)

i36 FRANÇOIS DE CHASTILLON.

arguties et ses promesses, à les convaincre de Topportanité d'un retour en France *, car tous savaient quels dangers les y attendaient.

Cependant Condé correspondait, en juin, avec de Lanoue et les Rochellais, pour obtenir leur concours ', et il adressait de Strasbourg à Tavoyer et au conseil de Berne, le 7 juin 1574, ces lignes ' expressives :

» Magnifiques seigneurs, Tasseurance que j'ay que vous » avez entière cognoissance des affaires du pauvre royaume » de France, et nommémeiit des pratiques et menées de ceux » qui, l'ayant mis en Testât qu'il est, ne craignent rien plus » que d'estre descouverts, et, pour ceste cause, taschent, » de tout leur pouvoir, à empescher le restablissement » d'iceluy, m'a fait vous adresser la présente pour vous » prier, au nom de Dieu, que, suivant l'aflfection que, de » tout temps, messieurs des Ligues ont portée à la couronne » de France, vous employez tous les moyens possibles et que » Dieu vous a donnés et mis en mains, pour nous secourir et » aider à remédier à ces maux, tandis que l'occasion se pré- » sente, et surtout pour ce que nous entendons que quelque » levée se fait ou est desjà faicte pour courir sus à ceux » qu'ils appelloient rebelles et qu'ils nomment maintenant » conjurateurs, laquelle levée finalement se trouvera tendre » tant s'en faut à la conservation, mais à parachever la » destruction du royaulme, vous suppliant de bien considérer » le tout et le remonstrer à qui il appartient. De ma part, » non-seulement comme vray François, mais comme premier

i. Voir, à ce propos, une lettre remarquable adressée du cbàtean de Wuiland, en Suisse, par Beauvoir-Lanocle à Hautefort le 29 avril i574. (Bibl. de rinstitui de France, collect. Godefroy, vol. 236.) — La collection Godeiroy, môme volume, contient une lettre de Charles IX à Hautefort, du 23 mai 1574, fort bonorable pour Beauvoir-Lanocle.

Page 1