Voir à V Appendice, n
2. Il est à remarquer que Hautefort ne soumit aucune question qui concernât la famille de Coligny aux diverses assemblées de cantons dans lesquelles il fut appelé à parler, de mai 1573 à mai 1574. (Voir les comptes rendus ofûciels de ces assemblées dans le recueil intitulé .* Amtliche Sammlung der aliem Eidgenossischen Abscheide, Band 4, abtbeilung î. — 1® Gemein Eidgenossische Jahrrechnungs'Tagsazung. Baden, 31 mai 1573; ^S^» Gemein Eidgenossische Tagsazung. BadeD, 14 februar 1574;— 3» Conferenz der V Katholischen Orte, Lucern, 9 marz 1574; — 4° Confèrent der V Katholischen Orte, Lucern, 29 avril 1574; — 5« Gemein Eidgenossische Tagsazung. Baden, 9 mai 1574 ; — 6^ Conferenz der mit Frankreich ver àùndeten JX Orte. Solothurn, 25 mai 1574.)
Cependant, dans le calme relatif dont elle jouissait, la famille de Goligny ne cessait de se préoccuper du sort de ceux de ses membres dont elle était séparée par la force des circonstances.
Elle souffrait de voir demeurer sans le moindre résultat efficace toutes les démarches accomplies en vue de faire cesser la captivité de madame Tamirale.
Elle se désolait de son impuissance à délivrer le jeune Charles du servage qui pesait sur lui, dans un couvent de Marseille, où le roi et Catherine de Médicis le tenaient enfermé*, après l'avoir arraché, au château de Châtillonsur-Loing, des mains de sa seconde mère, et lui avoir fait subir, pendant quelque temps, le funeste contact de leur cour. Nulle communication, môme par écrit, n^était permise au pauvre enfant avec un membre quelconque de sa famille ; et, dans son isolement, il demeurait, par ordre supérieur, exposé sans défense aux obsessions de gardiens fanatiques, dressés à fausser ses idées et à étouffer dans son âme tout, respect pour les enseignements sacrés qu'il avait reçus de son père.
Les anxiétés des enfants de l'amiral et de ceux de d'Au-
delot étaient grandes aussi, au sujet du jeune prince, leur
cousin, sur lequel, depuis le jour néfaste de la Saint-Barthé-
, lemy, s'appesantissait, à la cour de France, une odieuse
compression, alliée aux visées secrètes d'une astuce raffinée.
Mais il n'en était pas de Condé, à son âge et avec son caractère, comme d'un débile enfant tel que Charles de Coligny. Le fils de Louis do Bourbon et d'Éléonore de Roye avait fait preuve d'énergie en réponse à ces trois mots :
1. (< Per quanto, si dite, sara dato Tabito délia certosa c'i uno flgliuolo deir ammi- » raglio moi to, e â tre altri putti che vennero qui in sua compagnia ; e saranno u lenuti solto buona guardia, se bene, per essere piccoli, per qualclié tempo si » doverra dubitare poco di loro. » (Pelrucci à François de Médicis, Î2 octobre 1572. Ségoc, diplomat, de Finance et Toscane, t. III, p. 852.)
FRANÇOIS DE GHASTILLON. 127
« Messe, mort ou Bastille », que Charles IX, dans un accèâ de fureur, lui avait jetés à la face ; et si, plus tard, par une défaillance regrettable, il s'était prêté, pour la forme, à conférer avec le ministre apostat Sureau des Roziers ; s'il avait même plié sous la main de ses oppresseurs jusqu'au point de déserter extérieurement sa foi, ce n'avait été qu'en se réservant, au fond du cœur, le droit de désavouer, un jour, avec éclat, une abjuration que la contrainte seule lui avait imposée. Sans doute, quelque formel que pût être à cet égard un désaveu ultérieur, il n'en devait pas moins laisser subsister la tache du coupable pacte de conscience qui l'avait précédé ; mais il est juste de reconnaître, à l'honneur de Gondé, que, sans prétendre d'ailleurs effacer cette tache indélébile, il aspirait avec ardeur à se relever de sa chute, et comptait, pour y réussir, sur la miséricorde et les directions providentielles de Dieu.
Dans les premiers mois de l'année 1574, la famille de Coligny passa de l'anxiété à l'espérance, lorqu'elle vit venir enfin, pour ce jeune prince, le jour d'un relèvement digne de lui et du nom qu'il portait.
Les faits, sur ce point, parlaient d'eux-mêmes.
En un an, de 1572 à 1573, les protestants français, qu'on croyait d'abord perdus sans retour, avaient relevé la tête ; La Rochelle, Nîmes, Montauban, Sancerre et d'autres villes encore avaient tenu en échec les troupes royales * ; la cour s'était résignée à certaines concessions inscrites dans le
1. ff Après le meurtre de tant de généraux^ la dispersion de tout ce qui resloit » de noblesse parmi les protestans, l'effroi des peuples dans toutes les villes, il n'y » avoit personne qui ne regardât ce parti comme absolument ruiné. Cependant, » contre l'attente de tout le monde et contre l'opinion de ceux même qui avoient » pris les armes plutôt malgré eux que de dessein prémédité, cette guerre, dont » les commencemens parurent si foibles, rétablit, en moins d'un an, les affaires » des protestans sans le secours d'aucun prince étranger et malgré la disette d'ar- » gent où les avoit réduits le pillage de tous leurs biens. » (De Thou, Hist. univ., t. IV, p. 668.)
traité dit de La Rochelle^ ; coQcessions envisagées bientôt comme insuffisantes par les assemblées de Milhau ', de Montauban' et de Nîmes*, qui, en les répudicmt, avaient élevé, dans une série d'articles que leurs députés présentèrent au roi ', des revendications dont l'étendue et la hardiesse effrayèrent Catherine de Médicis elle-même *•
Cette étendue et cette hardiesse étaient parfaitement justifiées par la gravité des circonstances.
L'une des revendications dont il s'agit intéressait directement les enfants de l'amiral , comme ayant profondément à cœur la réhabilitation de la mémoire de leur père.
11 avait fallu composer avec des adversaires comptant désormais non seulement sur leurs propres forces, mais en outre sur l'appui que leur prêtait le parti des 'politiques. ayant à sa tête les Montmorency et Cossé. La question d'une pacification avait été vainement agitée : la mauvaise foi et l'insatiable ambition de la reine mère avaient mis obstacle
1. Édit de juillet 1573, art. 4. u Et pour donner occasion à nos sujets, manans » et habitans de nosdites villes de La Rochelle, Montauban et Nismes, de vivre et » demeurer en repos, leur avons permis et permettons l'exercice libre de la reli- » gion prétendue réformée dans lesdites villes, pour iceluy laire faire en leurs » maisons et lieux à eux appartenant, hors toutefois des lieux et places publiques, » pour eux, leurs familles et autres qui s'y voudront trouver. » — Art. 5. « Et » quant à tous les autres de ladite religion prétendue réformée qui sont demeurés » en icelle religion jusques à présent, leur permettons se retirer en leurs maisons, » où ils pourront estre et demeurer, et par tous les autres endroits de nostre )• royaume aller, venir et vivre en toute liberté de leur conscience. » (La Popelinière, IHsL, t. II, liv. V, f» 183. — Mém, de lestai de France sonbs Chartes /A', t. H, p. 459 et suiv.)
2. La Popelinière, /iw^, t. H. liv. XXXV, f« 185. - Mém, de Vestat de France soubs Charles IX, t. II, p. 5o2.
3. 25 août 1573. La Popelinière, Wst., t. Il, liv. XXXVI, fo« 186 et suiv. - Mém. de Vestat de France soubs Charles /X, t. II, p. 554 et suiv.
4. Mém, de Vestat de France soubs Charles /X, t. U, p. 553, 554.