‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 60 sur 141 · U Popelinière, Hist., t. n, liv. XXXIX, fot · texte numérisé non relu

U Popelinière, Hist., t. n, liv. XXXIX, fot

» faire instante requeste vers M. le duc de Savoy e pour la » délivrance entière des corps et biens de madame l'admi- » raie, pareillement de tous ceux de ladite religion, détenus » prisonniers aux galères dudit sieur duc, à cause de ladite » religion, tant ses sujets que autres. »

Le roi ayant, le 5 avril, entendu les délégués porteurs de cette requête, déclara n'être disposé à accueillir que quelques-unes des demandes qu'elle contenait. Les délégués, sans mandat pour n'accepter qu'une admission partielle de leurs réclamations, se retirèrent afln d'en référer à leurs commettants. Us avaient sollicité, à cet effet, et obtenu le délai qui leur était nécessaire.

Alors se tint à Montpellier une assemblée générale des représentants des confédérés, à la suite de laquelle furent dressées « par un conseil esleu » des instructions secrètes qui spécifiaient, d'une part, ceux des chefs de demande, antérieurement présentés , du maintien desquels on ne devait pas se départir, et, de l'autre, des chefs secondaires, à l'égard desquels quelques concessions pouvaient être faites *.

Ghastillon, dont la piété filiale et la situation personnelle commandaient partout Testime et la sympathie, fut nécessairement consulté par les auteurs des instructions secrètes dont il vient d'être parlé, en oe qui concernait la réhabilitation de la mémoire de son père et lui-même ; car on lit dans ces instructions : « La demande concernant le 45* ar- » ticle (de la requête ci- dessus mentionnée) pourra être » mise en surséance, de Vadvis de M. de Chastillon, à la

1. «« Inslrnctions secrètes dressées par le conseil esleu, suyvant Tadvis, réqai- » sition et délibération de l'assemblée générale dernièrement tenue en ceste \ille » de Montpellier, pour estre suivies, gardées et de point en point observées par » tous les depputez de ce party, en tout ce qui concerne les négociations de la » paix et ce qui reste à traicter avecques Sa Majesté pour la pacification des troubles, » divisions et guerres civiles de ce royaulme..., 17 septembre 4575. » (Bibl. nal., mss. I. Ir., vol. 3,250, !« 57 et suiv.)

» charge d'obtenir déclaration par laquelle son fait se puisse » trouver entièrement compris sous le 44** article *, avec » provision par laquelle il lui soit permis de faire revoir le » procès et procédure de feu monsieur T admirai, son père, » si et quand et par telle des justices souveravws imparties v> qu'il advisera. »

Les négociations ayant, par le mauvais vouloir du roi et de la reine mère, complètement échoué, Condé se vit contraint de recourir à la seule voie qui lui restât ouverte, à celle des armes; et, pour mieux Taborder, il quitta la Suisse, sous rimpulsion des graves événements qui venaient de se produire en France^.

En effet, le duc d'Âlencon, réussissant à s'évader de In cour et se déclarant, vis-à-vis d'elle, en état d'hostilité, s'était, dans un manifeste, érigé en protecteur des Français,, sans distinction de culte. Condé, au sujet de Tévasion de ce prince, adressa de Strasbourg, le 21 septembre 1575, au conseil de Bâle la lettre suivante * :

« Magnifiques seigneurs, estant asseuré que vous vous » esjouirez de tout cœur avec nous de la prospérité de nos » affaires, je n'ay voulu perdre ceste occasion de vous ad- » vertir comme monseigneur, frère du roy de Franco, s'est » sauvé de Paris, le jeudi, quinzième de ce mois, en ung » coche, s'estant retiré en la ville de Dreux, 0(1, de ceste » heure, il peut avoir environ deux mille chevaux, sans de » grandes forces que luy amène M. le prince Dauphin, mon » cousin, qui s-'aohemine pour l'aller trouver, dont nous » espérons, avec Tayde de nostre Dieu, que cela causera ung » toi bien et advancement de nosditos affaires, que ce sera

i. L'article 4i avait trait à l'annulation des procédures suivies et des sentences rendues contre les réfonn(^s.

2. Archives de Bàle, Zeitungen, 1570 bis, 1579, f» 773. — Une lettre écrite par C(Midé, le même jour, à Tavoyer et au conseil de Berne était conçue d«ins des termes ideBti<|Qes. (Archives de Berne, Frankreich, vol. 1), f« 547.)

iô2 FRANÇOIS DE' CHASTILLON.

» là le moyen de rétablir toutes choses en nostre pauvre » France et la faire revivre en sa première splendeur. Au » reste, j'ay bien voulu aussy, par mesme moyen, vous mer- » cier bien affectueusement de tant de faveurs et courtoisies » que j'ay receues de vôstre république, desquelles j'aurai à » jamais mémoire pour, par quelques bons offices, le reco- » gnoistre envers vous, en général et en particulier, les » occasions s'offrant. »

Un traité d'alliance, conclu, le 27 septembre, avec Frédéric III par Gondé \ tant en son nom, qu'en celui des nombreux alliés et partisans qu'il comptait dans l'élite de la noblesse française, mit à la disposition de ce prince des troupes que devait lui amener et commander, sous ses ordres, le duc Jean-Casimir, fils de l'électeur palatin.

Bientôt Gondé put compter, en outre, sur Tadjonction d'un corps d'autres troupes, à la levée desquelles*, sous l'impulsion de La Graffinières et de Beutrich, contribuèrent puissamment, de leurs personnes et de leurs bourses, des hommes résolus et dévoués, appartenant aux premières familles de Berne, tels, entre autres, que d'Erlach, deBonstetten, A. do Mulinen, de Graffenried, avec lesquels Ghastillon, pendant son séjour en Suisse, avait soutenu d'intimes rapports. Aussi, du fond du Languedoc, ne manqua-t-il pas d'applfiuidir à leur zèle et à leur habileté ^

1. Deux originaux de ce traité se conservent, l'un à Paris (Bibl. nat., mss. V« Colbert, vol. 399), l'autre à Genève. (Archives, porte!, histor., n^ 1,968.) Le texte de cet important document, dont certaines clauses excessives ont soulevé de justes critiques, a été récemment publié par Térudit secrétaire général de rinstitat national genevois, Mr Henri Fazy, dans sa très rec^mmandable publication sur Genève, le parti huguenot et le traité de Soleure, 1 vol. in-4o. Genève, i883, p. 146 et suiv.

2. On trouvera d'Intéressants détails sur les circonstances dans lesquelles s'effectua cette levée à \ Appendice, n» 27.

3. Voir, sur les tentatives infnictueuses de l'ambassadeur Hautefort et des cantons catholiques pour contrecarrer la levée dont il s^aglt, 1» une lettre de Hautefort au roi du 11 décembre 1578 (Bibl. nat., mss., V« Colbert, vol. 427, fo toi);

Saisie d'effroi, à la pensée des dangers auxquels l'exposait l'union d'un frère du roi avec les confédérés, la cour s'empressa de mettre en liberté les maréchaux de Gossé et de Montmorency ; et, par l'intermédiaire désintéressé de ce dernier, elle réussit à conclure, en novembre, avec le duc d'Alençon une trêve de six mois*, mais ce n'était là qu'un piège tendu à la bonne foi des confédérés par leurs adversaires.

La violation de cette trêve par le roi et par sa mère décida Gondé à agir.

Avant de quitter Strasbourg, où il résidait depuis trois mois, il écrivit, le 14 décembre, au conseil de Bâle*: « Magnifiques seigneurs, étant par la grâce et bonté de » Dieu, après bien longues poursuites, parvenu à faire que » je me trouve prêt de monter à cheval pour m' acheminer » en France, avec une belle et puissante armée, je n'ai voulu » partir sans vous faire ceste présente et par icelle vous prier » très-affectueusement de m'escuser si je n'ay eu la commo- » dite de vous aller visiter, pour vous faire mes (remercî- » ments), en réponse à votre bonne amitié, etc. »

Dans les premiers jours de janvier 1576, Gondé, accompagné de Jean-Gasimir, entra en France par la Lorraine, à la tête de dix-huit mille hommes, et rejoignit dans le Bourbonnais le duc d'Alençon, à qui il remit le commandement.

— 20 Conferenz der VII Katholischen Orte. Willisau, 3 december 1575; Conferenz der VII Katholischen Orte Samml. Bern, Bern, 7 december 1575; Gemein Eidgenossischen Tagsazung. Baden^ 18 december 1575. (Amtliche Sammlung der altern Eidgenossischen Aàscheide, Band 4, abtheilung 2, p. 583, 584, 585, 586, n^ 480, 481, 482.)

1. Au début du mois de novembre 1575, Cbastillon se rendil à Niiiies, où il Ut un court séjour. « Il avoit pris son logement dans la maison de P. Bozel, docteur » et avocat, qui lui fournit pour cela tout ce qui lui estoit nécessaire, ainsi qu aux » gens de sa suite. La ville, voulant indemniser ce particulier, délibéra, le jeudi » 3 de ce mois, de lui donner 10 livres tournois. » (Ménard, Hist. de Nimes, édit. de 1875, t. V, p. 122.)

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