Archives de Baie, Registre L, 159, n» 8, p
et qui, peu après, fut reconnu 'par les confédérés comme leur chef suprême.
Tandis que le prince et le duc s'acheminaient dans le Gâtinais, le roi de Navarre, qui, lui aussi, s était échappé de la cour, le 3 février 1576*, entama des hostilités dans T Anjou et le Maine.
A ce moment, Ghastilion, dont les capaiàtés militaires et administratives avaient été, depuis son arrivée en Languedoc, hautement appréciées, venait d'être appelé à un commandement dans le Lauraguais * : mission de confiance dont, à tous les égards, il était digne, et dans laquelle il déploya une maturité d'esprit et une vigilance remarquables. Ce n'était encore là, pour lui, que le prélude d'une carrière dans laquelle il devait se signaler, sur un plus vaste théâtre, par une longue suite d'actions d'éclat, et d'insignes services.
Les confédérés, par la supériorité de leurs forces, rendirent la lutte impossible pour leurs adversaires : aussi Catherine de Médicis et Henri III se résignèrent-ils à subir une paix ' qui leur fut imposée \ Prodigues d'engagements écrits, qu'ils
1. Cliarles IX écrivait à Mandelot, gouverneur du Lyonnais, le 5 février 1576 (Bibl. nat., rass. f. fr., vol. 2,704, f^ 138) : « Le roy de Navarre, mon frère, estanl » party d'icy devant hier, 3 de ce mois, sur le prétexte d'aller à la chasse, au lieu » de me venir trouver, comme il m'a mandé ce jourdhuy par le sieur de Saint- » Maiiin qu'il avoit esté adverty que j'avois délibéré l'arresler prisonnier quand il '. seroit retourné, sur quoy je luy ay renvoyé ledit sieur de Saint-Martin avec le « sieur de Souvray, maistre de ma garderrobe, pour le prier de n'adjouster foy à si » malheureuse supposition, s'asseurant que c'estoit chose à laquelle je n'avois >' jamais pensé... » (Suit l'ordre donné à Mandelot, si le roi de Navarre veut traverser le Lyonnais, de s'opposer à son passage.)
2. u Le 3 février 1576, le fils de Tadmiral de Ghastilion arriva à Castres, d'où il u (ut à Fuylaurens, ayant été établi général dans le Lauraguais. » (Aubaïs, Pièces fugitives, t. 11, p. Il, ann. 1576.) — « Le 3 février, François de Coligny arriva à >• Castres suivi de cinquante maistres et cent arquebusiers à cheval, venant prendre » possession du gouvernement de Lauraguais, qui ne dura guères par la conclusion H de la paix qui enipescha la conclusion de la capitulation de la Crousilhe, qu'il '• attaqua pendant sou séjour, après laquelle il se retira près du maréchal. >» (Mém, de J, Garhes. Bibl. nat., mss. f. fr., n» 7,879, 1° 280.)-
3. L'électeur palatin Frédéric 111 donna, à ce sujet, au roi de sages conseils. (Voir à VAppendicCt n*» 28.)
étaient secrètement résolus à ne pas tenir, ils accordèrent nominalement aux confédérés, dans Tédit de paix de mai 1576, connu sous le nom de paix de Monsieur * , des conditions beaucoup plus favorables que celles qui jusque-là avaient été consenties dans les précédents édits de pacification ^
Parmi les clauses inscrites dans Tédit de mai 1576, figuraient celles : — du libre exercice de la religion prétendue réformée^ ^ en tous lieux du royaume, à l'exception de Paris et des résidences royales ; — de la tenue des synodes ; — de la liberté d'enseigner et d'écrire ; — de l'admissibilité à tous emplois, charges et dignités, sans distinction de culte ; de la création de chambres mi-parties ; — de la concession de places de sûreté ; de la convocation des états généraux, à Blois, dans le délai de six mois ; — de la réintégration du roi de Navarre, du prince de Condé et de leur adhérents dans leurs charges, offices et possessions; — du désaveu formel des massacres et excès de tout genre commis dans la capitale et dans les provinces, à dater du 24 août 1572 ; — de la restitution des biens confisqués sur les victimes, à leurs veuves et à leurs enfants, avec exemption d'impôts pendant six années ; — de l'annulation des sentences rendues depuis le règne de Henry II contre les réformés, et spécialement contre Goligny, Montgommery, Montbrun. Briquemaut et Gavagnes.
En ce qui concerne l'amiral et ses enfants, l'édit (art. 34) portait: « D'autant qu'au moyen de nostre susdite déclaration » (consignée dans l'art. 33), tous arrests et jugemens donnez » contre le feu sieur de Chastillon, admirai de France et » exécution d'iceux sont nuls et de nul effest, comme
1. Ce nom ligure dans divers écrits du.lemps. (Voir entre autres les Mémoires (le J, Gâches sur l'année 1576, mss., f^ 245.)
2. « Cette paix (de 1576), dit d'Aubigné, cxcédoit en avantages, pour les réformés, » les concessions précédentes. {Hist. univ,, t. II, liv. II, chap. xxvn.)
3. Telle fut la qualiflcation donnée, pour la première fois, à la religion réformée.
» chose non faicte ny adveneue, nous, en conséquence » d'icelle déclaration, voulons et ordonnons que tous lesdits » arrests, jugemens, procédures et actes faits contre ledit »> sieur de Ghastillon, soyent rayez, biffez et mis hors des » registres des greffes, tant de nos cours de parlements que >» de toutes autres juridictions, et que tant la mémoire dudit » admirai, que les enfans d'iceluy, demeurent entiers en » leurs honneurs et biens pour ce regard, nonobstant lesdits » arrests portant réunion et incorporation d'iceux biens au » domaine de nostre couronne, dont nous ferons expédier » auxdits enfants plus ample et spéciale déclaration, si bon » leur semble. »
Ce traité de paix, qui, au triple point de vue du droit social, du droit public et du droit privé, donnait satisfaction à des revendications légitimes, était en lui-même impuissant à calmer Texaltation des esprits, dans les rangs du parti catholique, à faire taire les animosités, à réfréner les artisans de troubles, et à rétablir Tordre matériel; tâche ardue, à la hauteur de laquelle eût seul pu se tenir un chef d'Etat à la fois clairvoyant, impartial et énergique. Or, un tel chef ne se rencontrait pas en France, et la crise momentanément apaisée, en apparence, allait de nouveau sévir avec intensité.
Outrés dos larges concessions nominalement faites aux réformés, et plus disposés que jamais à soulever contre eux et, au besoin, contre la royauté elle-même, les haines populaires, les agitateurs du parti catholique. Guise en tête, répondirent au traité de pnix par Torganisation d'une ligue générale qui, dans les provinces comme à Paris, prit rapidement d'énormes proportions et exerça sur l'ensemble des affaires publiques et privées une pernicieuse influence.
Et d'abord, le traité de paix demeurant, sous la pression du mauvais vouloir de la cour et de ses agents, à l'état de
lettre morte, les réformés ne furent mis en possession ni des droits, ni des garanties que ce traité leur reconnaissait.
Eliminés, au mépris de promesses formelles, des gouvernements de Guyenne et de Picardie, le roi de Navarre et Condé exprimèrent, dans de vives remontrances adressées à la cour, rindignation que leur causait le scandale d'un tel affront ; et le premier de ces princes en se retirant dans ses Etats y offrit à Tautre un asile. Tous deux pressentaient qu'approchait le moment où ils seraient contraints de reprendre les armes.
De son côté, Chastillon, qui avait profondément à cœur la réhabilitation de la mémoire de son père, échoua dans ses tentatives pour obtenir l'exécution du traité de paix sur ce point, sans se préoccuper d'ailleurs de l'insuccès réservé, peut-être pour longtemps, à toute demande, de sa part et de celle de ses cohéritiers, en restitution des biens paternels.
Retenu par les exigences de sa situation dans le midi de la France, il aspirait à s'y voir rejoint par ses frères. Le premier des deux qu'il eut la joie d'y accueillir, fut d'Andelot, qui, dans le courant du mois d'août 1576 *, était rentré en France avec M™** de Téligny * et qui ne tarda pas à se diriger vers le Languedoc, pour s'y associer à la carrière de
son aîné.
Quant à Charles de Coligny, qui, au terme de sa captivité, avait été, vers le 31 mai 1576, remis aux mains du baron de Meuillon% gouverneur de Marseille, ce ne fut