Archives de Genève, portef. histoF., n^ 2,ûi
» secrétaire, les présens porteurs, vous diront de ma part, » y adjoustant entière foy, comme si moi-mesme vous w parfois, et aviser ce que vous trouverez raisonnable pour » ceux qui m'ont accompagné à vostre service. Nous pren- » drons vostre volonté, laquelle nous sçavons estre tousjours » balancée avec la justice et raison digne de vous, et les » marques de Tautorité que Dieu vous a donnée, laquelle » je le prie vouloir vous augmenter et vous continuer ses » grâces, tous les jours de vostre vie. »> Quant à Condé, il écrivit au conseil de Genève * : « Messieurs, sachant la dépesche que mon cousin M. de » Ghastillon vous faict présentement par le sieur de Rouault, » je suys très-aise de me trouver icy (Montpellier), à propos » pour vous en rendre par mes lettres l'effect aultant recom- » mandable que je le luy désire et congnoy qu'il en a » besoing, soit pour le regard de Tadveu, qu'il vous prie luy » moyenner, sur la levée qu'il a faicte en vostre faveur, le » deffault duquel sans doubte le pourroit mettre en beau- » coup de peine, soit pour son remboursement très-rai- » sonnable des grands frais et despenses nécessaires aux- » quelles ladite levée Ta réduit. Je vous prierai donc, de » toute mon affection, luy donner tel contentement sur Tune » et l'autre de ses demandes, qu'estimant très-bien employée » la dévotion qu'il a eue prompte de servir à la conservation » de vostre Estât et repos, il puisse, avec plus de moyens et » d'occasions, continuer au mesme 'désir, et les autres, en » occurence semblable, dont je supplie Nostre-Seigneur vous » préserver, se monstrer et rendre de pareille volonté; par M ceste recongnoissance, en laquelle m'asseurant bien que » vous entrerez, et pour ce que mondit cousin vous en » requiert avec raison, et qu'en vostre endroict j'accom-
1. Lettre du 18 octobre 1588. (Archives de Genève, portef. histor., n» 2,049.)
» pagne sa prière et la mienne, je ne Testendray davan- » tage, afin de vous dire que les nouvelles certaines de » l'accord de vostre différend avecq M. le duc de Savoye » m'ont, comme à l'ung de vos meilleurs et plus cer- » tains amys, esté très-agréables, et ne désire rien tant » que d'en sçavoir la continuation par vous-mesmes; de )) quoy, si vous prenez la peine de m'advertir, aux commo- » dites qui s'en offriront, je ne seray moins songneux d'em- » ployer celles que j'auray de vous escripre; et cependant » vous trouvères tousjours en moy la mesme disposition à » tout ce qui regardera vostre aise, repos et contentenient, » de laquelle je vous ay cy-devant rendu tesmoignage, et de » bouche, et par mes lettres, etc. »
Dans quelle mesure fut-il satisfait aux justes demandes que Ghastillon avait formulées avec tant de modération, (*t que Condé avait si fortement appuyées? C'est ce qu'en Tabsence de documents précis il est impossible de déterminer avec exactitude. Toutefois, le maintien des bons rapports préexistant entre Ghastillon et les Genevois, postérieurment aux demandes dont il s'agit, porte naturellement à croire que ceux-ci ne négligèrent rien de ce qu'ils avaient à faire pour prouver à leur généreux ami combien leur était cher le soin de son honneur.
Revenu de Suisse en Languedoc, où ses fonctions de gouverneur de Montpellier, et une série de devoirs militaires, administratifs et religieux à accomplir exigeaient la continuité de sa présence, Ghastillon ne pouvait, de longtemps, s'absenter de cette province *.
Vint un jour où il lui fut particulièrement pénible de s'y
1. Ghastillon devait parfois quitter Montpellier pour se rendre dans teUe ou telle ville du Midi, où des circonstances de diverses natures l'appelaient à séjourner. C'est ainsi, par exemple, à ne parler que d'une seule ville, qu'il arrivait, le 7 avril 1583, à Bc^ziers pour y conférer avec Damville; qu'il y revenait, le 2 juin suivant» accompagné de sa femme; et qu'il y retournait encore le l^r octobre.
FRANÇOIS DE GHASTILLON. 219
voir confiné : ce fut celui où allait s'accomplir, au loin, une solennité de famille à laquelle il serait privé de prendre part.
Sa sœur, M""" de Téligny, après un veuvage de onze années, consentait à unir désormais son sort à celui d'un prince que l'amiral de Goligny avait personnellement connu et toujours tenu en haute estime; elle allait quitter la France pour se rendre à Anvers, où devait se célébrer son union avec l'illustre Guillaume d'Orange. Chastillon, qui eût été si heureux de l'assister de sa présence et de son affection dans cette solennelle conjoncture, comme elle-même l'avait assisté, en sœur aimante, lors de son union avec Marguerite d'Ailly, dut se résigner à la laisser quitter, sans lui, le sol de la France. Libre de s'absenter, son cousin, le comte de Laval, put du moins le représenter auprès de Louise de Goligny et de Guillaume \ '
Peu de mois après le mariage de sa sœur, Chastillon connut, pour la première fois, les douces joies de la paternité *. Le fils dont Marguerite et lui accueillirent la naissance dans un sentiment de vive gratitude envers Dieu reçut, avec l'assentiment du roi de Navarre, le nom de Henri ^
« Là, étant à la Croix-Blanche, il y fit prêcher un ministre. Les catholiques firent ») faire un verbal qu'ils envoyèrent à Toulouse. » (Journal de Charbonneau, a p. AubaïS, Pièces fugitives t. II, p. 2 et suiv.)
1. Leur mariage fut cêléhré à Anvers le 12 avril 1583. — Beau-frère de Téligny, de Lanoue, alors prisonnier des Espagnols dans les Pays-Bas, conservait une telle amitié pour Louise de Goligny, qu'il tint à lui en donner la preuve en se faisant représenter par sa femme à la solennité du 12 avril.
2. « Le 12 août 1383, Chastillon, qui étoit allé conférer avec le roi de Navarre »» au sujet des villes d'otages, qu'on devoit rendre, retourna à Montpellier, ou sa ». femn)e étoit accouchée d'un garçon vers le 5 août 1583. » (Journal de Charbonneau, ap. Aubaïs, Picres fugitives, t. II.)
3. '« Le 28 octobre I58i on baptisa, à Montpellier, le fils aisné de Chastillon, qui » avoit quinze mois, et qui avoit pour parrain le roi de Navarre, lequel le fit tenir » par Lesdiguières, général des protestans en Dauphiné... On fit grands honneurs « à Lesdiguières, et y eut de grandes réjouissances à Montpellier. » (Journal de Charbonneau, ap. -Aubaïs, Pièces fugitives, t. II, p. 7.)
L'année 1583 se termina, pour Chastillon, par uc denil qui l'affecta profondément : sa tante , M"* d' Andelot , fat ravie à son affection. En elle il perdit Fun des plus sûrs appuis de son enfance et de sa jeunesse, la noble femme dont la sollicitude et la bonté s'étaient constamment étendues sur lui, comme sur ses frères et sœurs.
Au commencement de Tannée 1584, Ghastillon se rendit en Béarn, auprès du roi de Navarre, pour lui communiquer ce qu'il venait d'apprendre au sujet de diverses menées des cours d'Espagne et de Savoie, hostiles à la France et à son souverain. Henri III en fut promptement informé par Duplessis-Mornay, que Henri de Bourbon envoya vers lui à cet effet, La conduite de Ghastillon en une si grave circonstance fut, ainsi que l'atteste Duplessis-Mornay luimême *, hautement approuvée par les deux souverains.
Alors qu'il était à Pau, Ghastillon rencontra, à la cour du roi de Navarre, un envoyé de l'électeur de Gologne, et frappé de l'attitude spéciale que venait de prendre cet électeur en rompant avec son passé ecclésiastique, il crut devoir lui adresser la lettre suivante • :
« Monseigneur, je m'estime fort heureux et remercie Dieu » de la grâce qu'il m'a faicte de m'estre trouvé icy tout à » propos pour y voir M. Bunois, vostre ambassadeur, lequel » a esté fort bien receu du roy de Navarre, avec tout ce que » vous luy avez commandé de luy dire, comme j'espère que » les effects do sa négociation vous feront croire certaine-
4. Mémoirt*'! H cunrfip. de D.-Mornay, édU. de ISii, t. II, p. 53S et suiv. —Voir aUSHl IfiH MCmoirt'M dt» M»* hup/ems-Mornay^ tHIil. de 1868. On y lit (t. I, p. 147, liU) : « Lt* roy iW NiiMirn* eut u\U doA iiiouveniens du roy d'Hespagne et da duc >> do Savo>()... 11 n'uppt'la d m\ dtHllH>rntion que M. de Ohastillon et M. Dnplessis... » CoinnHMira dt>N lor» Sa Mnjimli^ (lo roi do Franco) d'avoir M. de Chaatillon en >' quolnui; \m\m odiMir. ••
5. (ircMUi van PrlnnliMiM*, fiurrup. de lu maison d'Orangc-yassau, l'c série, SupplOntont, p. SIH.
» ment. Tous les gens de bien ont grande occasion de louer
» Dieu de la grâce qu'il vous a faicte de vous mettre au
» chemin que vous estes ; il ne reste que de continuer aussi
') courageusement ce que vous avez très-bien commencé,
» et ne fault doubter que vous ne soyés secouru de Celuy à
» à qui vous serves et de tous ses serviteurs, au rang des-
» quels, puisque j'ay cest honneur d'estre, je ne craindray
)» de asseurer Vostre Excellence de mon service très-humble,
» et vous puis témoigner avec vérité que jamais ma volonté
» ne donnera de repos à mon âme, que premier je ne vous
» aie faict ung bon service, dont pour m'en acquitter je ne
» laisseray une seule heure du jour passer, sans que je
» songe à disposer, selon mon petit pouvoir, les choses, en
» sorte que vous me voyés plus tost près de Vostre Excel-
» lence, pour y despendre les moyens que Dieu m'a donnés
» et la vie, que mes secondes lettres, afOn de vous y rendre
» le ser\âce qu'y doibt vostre très-humble, très-obéissant et
» très-fidèle serviteur,
» Chastillon.
» A Pau, le il» de mars 1584. »
A quelque temps de là, Chastillon assista aux délibérations d'une assemblée des églises réformés de France qui se tint à Montauban, et dans laquelle fut rédigée une requête au roi de France, que signa, pour sa part, le roi de Navarre, le 7 septembre 1584 '.
Pendant le séjour qu'à cette époque il fit à Montauban, Chastillon fut témoin du ridicule incident que souleva,
I. Mémoires et corresp. de D.-Mornay, édit. de 18î|, t II, p. 606 à 665. — La reqaéte dont il s'agit se termine ainsi : « Fait et arresté en rassemblée desdictes >» églises réformées, convoquées par la permission du roy en la ville de Montauban, >. où estoient lesdicts seigneurs roy de Navarre, M. le prince de Condé, MM. do » Laval, de Chastillon, de Turenne et aultres seigneurs et gentilsbommes, et les » députés desdictes églises, à sçavoir (suivent les noms), à la requeste desquels n ledict seigneur roy de Navarre s'est ci soubs signé le septiesme septembre 1584. » (Signé) Henry, et plus bas, Dufay* »
dans cette ville, le consistoire, au sujet de la coiffure de jyjmo Dupiesçis-Mornay, au moment où elle et le fils de Coligny se disposaient à présenter ensemble un enfant au baptême *.
L'année 1584 s'était ouverte, pour la princesse d'Orange, par un événement heureux, la naissance d'un fils. Chastillon, en partageant le bonheur de sa sœur, venait, une fois encore, de goûter celui d'être père % quand tout à coup il apprit, en Languedoc, que le prince d'Orange, frappé à mort sous les yeux de sa femme par un lâche assassin, avait, après une courte agonie, rendu le dernier soupir.
Quelle navrante épreuve pour la fille de l'amiral de France, victime, ainsi que son gendre, des fureurs de la Saint-Barthélémy, que celle d'un veuvage ainsi imposé pour la seconde fois par des mains sanguinaires ! Quelle infortune que celle do cette jeune femme, vouée à l'isolement sur la terre étrangère, avec un enfant au berceau! Emu à la pensée des amères souffrances de sa sœur, Chastillon voulait accourir auprès d'elle pour la soutenir dans sa détresse ; mais, hélas ! il ne le put. Quand il eut acquis la triste certitude de demeurer impuissant à surmonter les obstacles qui s'opposaient à la réalisation de ses désirs, en paralysant ses eflorls et ses instances, il se fit un devoir d'appeler sur Louise de Coligny la sympathie et la protection du comte
1. « Comme M"" Duplessis partoit de son logis, à l'heure du presclie du matin. • pour aller tenir un enfant avec M. de ClinsHllon, M. Maguignon, avec un autre » ancien du consistoire de Montauban, la vinrent prendre, au sortir do la porte de » son logis, luy disant qu'il y avoit longtemps qu'ils l'altendoient, et". •» (Voir 1»^ mémoire rédigé par M"*' Duplessis-Mornay sur l'incident dont il s'agit, dans ses Mémoires, édlt. de 1869, t. 11, p. 276 â 305.)
2. n Gaspar,mon second fils, nasquit à Montpellier l'an MDLXXXIN Me XXVI juillet, » au jeudy, à la pointe du jour; et luy fut donnée, à sa naissance, une c<jm[>d^iîe » d'infanterie entretenue dans la garuison de Montpellier... « (Extrait d'UQ livre manuscrit contenant les naissances de quelques enfants de M. de Cliastillon et de Xlmc Marguerite d'Ailly, sa fenmie, ap. du Houchel, lliat. de la maison de Cofigny, p. 699.) — Cet enfant eut pour parrain son cousin le comte de Laval.
Jean de Nassau, considéré, depuis la mort de son frère Guillaume, comme chef de la maison d'Orange.
« Monsieur, lui écrivit-il \ après la tristesse que vous » ressentes de la perte que vous avez faicte, de laquelle je » m'asseure que vous estes consolé avec Dieu, le meilleur » tesmoignage que vous pouvés rendre de Tamitié frater- » nelle que vous portiés à feu M^ le prince d'Orange, c'est » d'avoir soing du bien de ce qui luy estoit plus cher » en ce monde, qui est de sa femme et de ses enfans. Voilà » pourquoy j'estime que ce sera plustost satisfaire à mon » devoir de vous recommander ce qui me touche de sy près, » que d'eschauffer vostre volonté à ce qui naturellement » vous est si cher. Je vous suplie donc, monsieur, ne .trouver » point mauvais, ne pouvant estre sur les lieux, pour satis- » faire à ce que je doy, sy je m'adresse à vous pour vous » demander, avec toute l'affection qu'un frère peut apporter » à une sienne sœur, et l'amitié qu'un oncle doibt à son » nepveu, ce don, qu'il vous plaise prendre soin de M"" la » princesse d'Orange, ma sœur, et de son fils, à ce que la » nécessité de leurs petites affaires n'adjouste beaucoup à ») leur perte et à la grande affliction qu'ils souffrent par la » volonté de Dieu. Vous ferés un œuvre méritoire devant )) luy et adjousterés à ce que vous devés à la mémoire de » feu monseigneur le prince, vostre frère, l'obligation de « beaucoup de gens de bien et seigneurs qualifiés de ce » royaume, auxquels j'ay ce bien d'appartenir, oultre le ') service que, toute ma vie, je vous en rendray. »
Frappé dans ses affections les plus chères par l'immense infortune de sa sœur, Chastillon le fut encore, à peu de temps de là, par les 'persécutions et les souffrances que madame l'amirale eut à subir en Savoie.
1. Groen van Prinsterer, Corresp. de la maison d' Orange-Nassau, 1« série, t.'VlQ, p. 470. Lettre du 9 octobre 158i, datée de Monlpelliçr.
Au duc Philibert-Emmanuel avait succédé Charles-Emmanuel, qui, ne tenant aucun compte des conditions expresses sous lesquelles s'était opéré, en 1575, un rapprochement entre son père et Jacqueline d'Entremonts, prenait à tâche de harceler cette dernière. Appréhender un jour, par Tintermédiaire d'un afQdc qu'il aurait imposé, sous le titre de mari, à Béatrix de Coligny, les biens qui proviendraient à la jeune femme du chef de sa mère , tel était le honteux projet arrêté dans l'esprit du nouveau duc de Savoie. Vainement manœuvra-t-il pour en assurer le succès. Les déceptions réitérées de cet homme pervers ne pouvaient manquer de le pousser à un éclat. En effet, outré de l'inébranlable résistance que madame l'nmirale opposait à la brutale injonction d'allier sa fille à un servile courtisan indigne d'elle, le duc arracha Béatrix, encore enfant, à sa mère, et fit impitoyablement jeter celle-ci en prison, sous le poids d'une accusation aussi odieuse qu'absurde. Peu importait à ce haineux et cupide autocrate d'accumuler sur sa victime des souffrances imméritées, pourvu que, tôt ou tard, il réussit à extorquer ses biens.
Quelles ne furent pas l'indignation et la douleur de Chastillon à l'ouïe des scandaleuses violences subies par la mère et par la fille ! Que n'eût-il pas fait pour les soustraire au joug de leur tyran, s'il lui eût été possible d'arriver jusqu'à elles! Mais la gravité des circonstances qui, en Languedoc, l'enserraient alors, sans qu'il pût, un seul instant, se dégager de leur étreinte, le réduisait, sur ce point, à une impuissance qu'il déplorait. Pour un cœur ardent, généreux, sympathique, tel que le sien, le sentiment de cette impuissance équivalait à une véritable torture. Plus ses pensées se reportaient sur sa seconde mère et sur Béatrix, plus il s'affligeait de demeurer sans communications possibles avec l'une et l'autre ; plus aussi il s'alarmait pour
leur avenir. La suite des faits ne confirma que trop réellement ses alarmes, surtout quant à Jacqueline d'Entremonts ; car l'existence de la noble compagne de Gaspard de Coligny s'éteignit dans la captivité, après de longues années d'indicibles souffrances. Ainsi l'avait voulu un oppresseur, dont le nom demeure indissolublement uni au souvenir de l'un des plus lâches, des plus révoltants attentats qu'ait stigmatisé l'histoire.
Tout en s'identifîant de cœur et de pensée avec les inexprimables douleurs imposées à la princesse d'Orange et à madame l'amirale, Ghastillon ne se laissa .pas absorber par Taffliction qui ulcérait son cœur de frère et de fils : aussi, loin de faiblir dans l'accomplissement de la mission qui lui était assignée en Languedoc, y demeura-t-il fidèle. Le secret de sa fidélité résidait dans ce fait d'intime expérience, à savoir : que la foi, suprême ressort d'une incomparable énergie, donne au chrétien dont Tâme s'incline avec résignation, sous les dispensations les plus austères, une puissance de relèvement qui non seulement le soustrait aux défaillances de la torpeur morale, mais qui de plus affermit ses pas dans la voie du devoir.
Une éclatante manifestation de cette vérité se rencontre dans les phases les plus solennelles de la vie de Ghastillon; vie semée d'épreuves ardues dont aucune ne l'abattit, parce qu'en Dieu seul il puisait sa force. Ce qu'avait cru, ce qu'avait éprouvé, ce qu'avait accompli son pieux et héroïque père, il le crut, il l'éprouva, il Taccomplit à son tour; tant fut grande sur un nls tel que lui la puissance de l'exemple, tant fut ardente son aspiration à recueillir, au soutien du grand nom qu'il portait, de toutes les hérédités la plus précieuse, la triple hérédité des saintes convictions, du dévouement et de l'honneur.
L'un des traits caractéristiques de cette précieuse héré-
dite fut, chez Chastillon, un respect de la liberté relig-îeuse identique à celui qu'avait constamment professé et pratiqué Tarairal. Aussi importe-t-il de reproduire ici le sérieux hommage que rendirent, à cet égard, au jeune gouverneur de Montpellier, des hommes sur lesquels s'étendait sa protection et qui étaient particulièrement en position d'apprécier ses sentiments et ses actes.
« Sire, écrivaient, le 15 avril 1585, au roi de France, » ses gens des comptes en Languedoc establis à Mofitpeltief^\ » ayant pieu à Vostre Majesté ordonner pour gouverneur en » ceste vostre ville le seigneur do Chastillon, pour ieelle » tenir soubz vostre obéissance et faire vivre les habitants ») d'icelle, d'une et d'aultre religion, suivant vos édicts de j> paix, il s'y est très-bien employé et a faict que, Dieu » grâces, il n'y a aucun catholique qui n'aye occasion de » contentement et qui en effect ne s'en contente très-bien *; » car quelles esmotions et nouvelles eslévations d'armes » qu'il y ait eu en ce pays depuis qu'il y commande, Testât M de la ville n'a esté altéré, et a esté et est l'exercice des deux » religions libre à tous ; et, bien que ce qui advint derniè- » rement à vostre ville d'Alet (Alais), et ce qui est advenu, » ces jours passez, en celle de Marseille, eust pu donner » frayeur à vos subjects catholiques estant en ladite ville, il » y pourvut si saigement et nous a tellement asseurez, que » nous louons Dieu et luy rendons grâces et à vous, sire, de » ce que nous avons un si sage seigneur pour gouverneur. »