‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 81 sur 141 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Gravité des événemeats en 1585. — Dam ville se rapproche du roi de Navarre et de ses partisans. — Opinion émise à ce sujet par Duples^is-Mornay.— Manifestes des Ligueurs et de Henri III. — Réponse du roi de Navarre, — Il cherche à consolider sa position dans le 'midi de la France. — Il nomme Chastillon gouverneur du Roucrgue. — Chastillon assiège Compeyre. — Lettres de lui à sa Temme pendant le siège. — Chastillon s'arflige de la conduite répréhensible de son frère Charles. — Retour de Chastillon à Milhau. — Diverses opérations militaires. — Nouvelles lettres de Chastillon à sa femme. — Il revient h Montpellier. — Insurrection des habitants de Milhau. — Répression. — Le roi de Navarre annonce à Chastillon qu'il devra bientôt^ à la tête d'un corps expéditionnaire, aller rejoindre au loin une armée de secours prête à pénétrer en France.

Avec Tannée 1585 s'ouvrit une ère de commotions et de luttes formidables, au sein desquelles allait grandir, de jour en jour, le rôle déjà saillant de Chastillon. Homme de foi et de dévouement, chef militaire de premier ordre, organisateur fécond en ressources, il allait, redoublant d'énergie, au service de la cause qu'il avait embrassée, déployer désormais son activité et sa valeur sur un plus vaste théâtre que celui dans les limites duquel il était jusqu'alors demeuré circonscrit.

Henri HI venait, par le néfaste traité de Nemours, de livrer à la merci des Guises et de la Ligue non seulement la roytauté, mais encore la France, et de sacrifier les droite des réformés. Un impudent défi était porté à la conscience chrétienne par une poignée d'ambitieux saps frein, d'implacables fauteurs de désordres, et par des hordes de fanatiques poussant, dans le paroxysme de la haine et de l'intolérance, un fantôme de monarque, instrument dégradé de leurs effroyables passions, à interdire, sous peine de mort, l'exer-

cîce de toute religion autre que la religion catholique, apostolique et romaine.

Sous le double coup du défi et de l'outrage se redressèrent avec indignation Ghastillon, ses coreligionnaires et leur chef. Groupés autour du roi de Navarre, ses fidèles lieutenants, le fils de Coligny en tête, se montrèrent prêts à affronter tous les périls d'une guerre acharnée, que suscitèrent des hommes de sang.

A ces lieutenants, sur le concours desquels il savait pouvoir compter, le roi de Navarre vit bientôt se joindre un homme dont les antécédents versatiles contrastaient avec la droiture et la fixité des leurs. Cet homme, dans sa repu- . diation d'un passé en partie regrettable, pouvait être sincère, et, cette fois, il le fut, en déclarant à Henri qu'il se ralliait à lui pour toujours. Quels motifs avaient décidé Damville, car c'est de lui qu'il s'agissait, à une démarche dont l'importance, pour le parti réformé, en même temps que pour lui-môme, était capitale? D'Aubigné nous les fait connaître en ce peu de mots * : « Montmorency, repentant » de sa défection d'avec le roi de Navarre, d'une part, pour )) désirer la bonne grâce de ce soleil levant, d*autre part, » voyant le triste coucher de celui qui régnoit, joint à cela » l'exaltation des ennemis de sa maison, tout cela le fit sou- » venir plusieurs fois des remonstrances par articles qui lui » avoient été présentées à Pézenas. »

A peine le prince que, dans cette circonstance, d'Aubigné qualifiait, à si juste titre, de soleil levant^ eut-il accueilli l'adhésion du puissant gouverneur auquel ses contemporains attribuaient la pompeuse qualification de roi du Languedoc ', qu'un rapprochement sans arrière-pensée s'opéra

i. Hht. Univ., t. II, liv. V, ch. XVII.

2. « Le niareschal de Montmorency, gouverneur, ou, pour mieux dire, roy du Languedoc. » (P. de l'Estoile, Mêm., édit. de 1875, l. II, p. 127.)

FRANÇOIS DE GHASTILLON. 229

entre Ghastillon et ce roi d'un nouveau genre, contre lequel, on s'en souvient, il avait, sur le territoire même de son prétendu royaume, combattu deux fois avec succès, mais eii la personne duquel il ne voulait plus voir, à l'avenir comme dans le présent, qu'un membre de sa famille renouant des relations d'amité qu'il eût dû ne jamais interrompre.

L'intime conseiller du roi de Navarre, Duplessis-Mornny, ne pouvait manquer d'applaudir, surtout au point de vue de la défense des droits et des intérêts des réformés français, à la réconciliation de son maître et de Ghastillon avec Damville. Il était en correspondance avec le fils de Coligny \ dont il connaissait le zèle pour la cause de ses coreligionnaires ; aussi, à propos de la position nouvellement prise par le duc de Montmorency et de celle qu'occupait Ghastillon, tant en Languedoc qu'au sein du conseil du roi de Navarre, écrivit-il * : « Au bas Languedoc les églises tiennent Nismes » et Montpellier, et maintenant jouissent de l'amitié étroite » de m!, le maréchal de Montmorency, auquel la leur est » nécessaire, se pouvant asseurer, hors deux ou trois places, » de tout le Languedoc, qui est la plus riche et la plus

» importante province de France En icelle province M. de

» Ghastillon, seigneur de grande espérance, fils de feu mon- » sieur l'amiral, veille sur la conduite des affaires, accom- » pagné du sieur d'Andelot, son frère, et assisté de plusieurs

» notables conseillers et capitaines Ledit sieur de Ghas-

» tillon est gouverneur de Montpellier En toutes et cha-

» cune les provinces susdites, il y a conseils establis pour )> la direction des affaires de la religion, lesquels rapportent » tout au conseil du roi de Navarre résidant près de sa per-

1. Voir, notamment, l'importante lettre qu'il adressa à Ghastillon sur les affaires du Languedoc, le 14 novembre 1584. {Mém. et corresp. de Momay, 1624, in-4<», t. 1, p. 298)

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