S4 FRANÇOIS DE CHASTILLON
» consuls de faire bonne garde, à ce que le danger n'y » entre point.
» Je mande à M. de Montmorency ce que vous m'avez » escrit. J'envoye aujourd'huy mesme à Rodez et à Nant, » pour avoir le commerce libre, afin de pouvoir faire )> apporter mon sel. Si je l'obtiens, comme je pense, outre )) le soulagement qui reviendra au pays, j'auray bientost » débité tout autre avec profit.
» Il m'est impossible de vous envoyer la partie de Rat; » il faut qu'il ait un peu de patience. J'ay envoyé partout au )» recouvrement des deniers. J'en auray bientost, si Diou » plaist. J'escris à M. de Montmorency pour mon estât.
» Mon cœur, sois la meilleure mesnagère que tu pourras, »> et te souvienne que la femme édifie ou ruine la maison. » Songeons à nous acquiter ; car, si la paix peut venir, il » faut faire quelque chose que je pense, il y a longtemps. » Prions Dieu, il nous aidera.
» J'ay beaucoup de discours à vous faire de la façon que » tout le monde vit avec moy , mais le papier me man- ») queroit plustot que le sujet. A la première veue, cela se » dira.
» Je vous recommande mes trois fils, et à Dieu vous et » eux. C'est
» Vostre bon mary et meilleur amy,
» Chastillon.
» A Milhau, ce li (l^ novembre 1586. «
Lorsque Joyeuse fut, avec son armée, sorti du Kouergue pour entrer en Gascogne, Chastillon, qu'il n'avait pas osé attaquer dans Milhau, licencia son infanterie, et ne retint, en cette ville, qu'une compagnie.
Bientôt, ainsi que les circonstances l'y autorisaient, il se rendit à Montpellier, où l'appejait le soin des afl'aires publi-
ques, et où il eut, après une assez longue séparation, la joie de revoir sa femme et ses enfants.
Impatients du joug de toute autorité régulière, les habitants de Milhau profitèrent de l'absence de Chastillou pour s'insUrger; mais la répression ne se fit pas attendre. Elle commença pur un aete de vigueur de Saint-Auban pour les punir d'avoir tenté un coup de main dont, suivant le plan arrêté entre eux, il devait être la première victime. « Ce » peuple de Milhau, rapporte-t-il ', se voyant sans danger » de siège, et saouls d'un gouverneur qui ne dépcndist >• d'eux, se résolurent, par une grande perfidie et marque » d'ingratitude, à me tuer dans le presche, et après, de " chasser la garnison; mais Dieu voulut que j'allay à Saint- >) Roman, et, à mon retour, trouvay les portes de Milhau ■I fermées, ayant iceulx donné un eoup de pétard à la porte " de Leyrolle où estoit l'artillerie, et forcé un caporal qui la " gardoit avec dix soldats. M. de Chastillon avoit donné » charge de ladite garde et de celle du chasteau au capi- » taine Saurin de Gonisson, lequel fut prins au collet et i> traité fort indignement; tellement qu'ils chassèrent ladite )> garnison et retinrent partie de leur bagage et tout le i> mien, pour récompense des bons services que je leur avois » rendus... Mondït seigneur de Chastillon estoit pour lors à >> Montpellier, et Dieu sçait si ces messieurs de Milhau » eussent été bien drappez, si je n'eusse bien pourveu à la » porte ; mais la hayne qu'ils conçurent contre moy fut >i cause que je fis abattre leur faubourg qui estoit un très- » bon logis pour les ennemis, en cas de siège. "
Un écrit, d'autant plus intéressant à consulter qu'il y a tout lie ui-
mème, les
méfaits commis par la population de Milhau, depuis qu'il fut nommé gouverneur du RouergueV
Tout en étant retenu en Languedoc par d'impérieux devoirs, Chastillon prit, en ce qui dépendait de lui, les mesures nécessaires pour obvier à toute reproduction de mouvements insurrectionnels dans la ville de Milhau.
De leur côté, les membres d'une assemblée des églises réformées du Languedoc tenue à Nîmes, en janvier 1»587 *, « ayant entendu les désordres commis à Milhau, tant par » le récit qu'en fit M. de Chastillon, que par le témoignaj^e » du sieur de Saint-Auban, lieutenant de sa compagnie, et. » d'aulcuns gentilshommes, capitaines et autres person- » nages dignes de foi, qui se trouvèrent à Milhau, au temps » de la sédition, furent tellement offensés et scandalisés, » qu'ils députèrent les sieurs de Rudonnelle et Villetle pour » se transporter vers losdils de Milhau, pour leur remons- » trer combien l'assemblée avoit trouvé la faute qu'ils nvoienl » commise injurieuse et de mauvaise conséquence; et leur » escrivit l'assemblée des lettres par lesquelles les églises » leur remonstroient qu'elles ne pouvoient interpréter autre- )> ment la fin des avertissemens que lesdits de Milhau leur » avoient envoyés auparavant, qu'à ung dessein et propos » jà délibéré de venir à la voye de fait dont ils avoient usé » à rencontre dudit sieur de Chastillon, les pryant de luy » faire raison de ce qui luy estoit dû, luy rendre tout ce » qu'ils luy avoient pris et retenu, et au surplus se confor- » mer, pour le bien, aux saii^ctes exhortations et bons con- » seils desdits sieurs Rudonnelle et Villette, députés'. »
1. Voir à V Appendice, n*» 3î, l'écrit intitulé : « Discours véritable des actions et com- » portemens de il. de Chastillon pendant le temps qu'il a esté à Millau, en Ronergue, » et de la sédition que les consuls et habitans auroient esmeue »^ rencontre de luy. *♦
2. Il existe des instructions données à Chastillon par le roi de Navarre, relativement à cette assemblée. {Mém. de D.-Momay, édit. de 1824, t. III, p. 38 à 112.)