‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 86 sur 141 · Du · texte numérisé non relu

Du

>» M. de La Place, la vérité de ce qui s'est passé en celte ») ville. Vous verrez par là si ceux qui m'accusent le font » légèrement ou malicieusement ; et si ceux qui ont veu la » peine en laquelle je me suis trouvé ne le tesmoignent, ils » desrobent cela à mon honneur. Il est fort aisé de reprendre, » mais il malaisé de faire mieux, sans moyen et sans auto- » rite : ceux qui l'ont et ne le font pas sont à blasmer; mais » ceux qui ne peuvent et qui veulent et le montrent, sont » à louer.

» Je suis icy venu en tels termes que, sans une extrême » rigueur, il n'y a moyen de jouir de nos soldats. J'entends » que ceux qui vous ont parlé de désordre, ce sont eux- » mêmes qui le font, et desquels on se plaint, à ceste heure )) qu'ils sont partis. Advisez comme j'en suis, ils font la » chattemite, ot sous main ne laissent rien à prendre. Mais » j'ay jure un bon serment que je tueray tout roide ceux de » qui on se plaindra, comme desjà j'ay commencé; et c'est » ainsy qu'il le faut faire. Je suis résolu de n'épargnor le » velours; le premier qui me dosrobera passera par là.

» Vous me faites un grand plaisir de m'en mander la » vérité, car ce sont des pointes qui viennent bien à propos » pour m'eschaufer davantage à mon devoir; continuez seu- » lement. Un homme qui se propose le bien, aime estre » repris, car nous ne sommes pas parfaits. Croyez que vous » m'avez fait le plus grand plaisir du monde, car je ne » serois pas à mon aise, si je sçavois qu'on m'eust blasmé » de quelque chose, et que mes amis me l'eussent teu. Qui » m'aime me découvrira le vérité; qui me la cachera, je le » tiendray pour ennemy. Vous faites bien et faites mal, en » ce que vous estes en doute si je le recevray bien. Dieu » m'aidera; je le connois, car il faut que vous pensiez que )) j'ay si bien fait mon profit de cela que vous m'avez escrit- » que, jour et nuit, je ne fais que songer comme je po»

» me bien conduire pour estre diligent à rechercher le mal, ») à le chastier, et chasser ce blasme qu'on me donne, et » faire changer de visage à ces calomnies; car j'ay appris » de Sénèque, que celuy qui veut estre estimé homme de » bien, il faut qu'il le soit premièrement.

w Au reste, vous sçavez bien que je ne sçay comme venir » à bout de mon frère, car il veut faire tout à sa teste. » Pour son impatience, il est cause que j'ay perdu Severac ; » car, s'en étant allé, contre le gré de M"' d'Arpajon, qui » est une vraye Proserpine, elle a donné moyen de sortir par » une trahison les soldats qui estoient au chasteau : car, » dimanche dernier, ceux de la ville venans au chasteau >, pour faire les prières, n'estans point soupçonnez des sol- » dats, entrèrent aisément, jusques au nombre de trente ou » quarante, qui furent armés des armes que ladite fille du » Cerberus tenoit dans le chasteau, montèrent au corps de » garde des soldats et se saisirent do leurs armes, et là » sortirent du chasteau de ceste façon.

)) Sçachant ceste nouvelle, j'y allai incontinent, avec une » compagnie et mes arquebusiers à cheval , après avoir » séjourné deux jours, s'entend, à la ville, où j'ay encore » laissé la compagnie de M. de Saint-Laurons. Nous avons » fait quelque appointement , signé, par lequel je pense )> avoir sauvé la place , qu'elle ne tombera point entre les » mains des ennemys.

» Voilà comme on traite les gens en Rouergue, après s'en » être servv.

» Je croy qu'on eustpeu en faire de mesme en ceste ville, » si je n'y eusse pris de fort près garde. Mais cela n'est » rien : Dieu me fera la grâce, par quelque moyen, de » recouvrer ceste perte.

» Je suî^ <^"»** on peine de la peste, qu'on dit estre tout » autor cellier. Gardez-vous bien. J'escris aux

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