‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 89 sur 141 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Circouslances ayant motivé la formation de l'armée étrangère^ dite armée de secours,

— Organisation défectueuse de cette armée. — Elle pénètre en Lorrùne. — Ravages qu'elle y exerce. — Ghastillon quitte le Languedoc, traverse le Daupliiné, la Savoie^ et arrive à Genève. — Accueil chaleureux qu'il reçoit dans cette ville et à Berne. — Ses entretiens avec Th. de Bèze et de Lanoue. — Lettre des Bernois. — A Genève, à Berne et ailleurs^ on avance à Ghastillon, pour la solde et l'entretien de ses troupes, lors de leur passage en Suisse, diverses sommes au remboursement desquelles il affecte toute sa fortune personnelle. — Lettre de Ghastillon à sa femme, relative à son court Si^jour en Suisse. — Arrivé en Lorraine, il occupe le château de Gréziliea d'où l'ennemi tente vainement de l'expulser.

— Ghastillon informe de son arrivée à Grésilles les chefs de Varmée de secours»

— Délibérations^ au sein du conseil de celle-ci, sur la question d'un envoi de troupes à Grézilles, pour assurer la jonction de Ghastillon avec l'armée. — Getie jonction s'opère. — Déception de Ghastillon, à la vue de l'état dans lequel il trouve l'armée.

Quelles circonstances avaient provoqué la formation de l'armée de secours dont il s'agit?

Le roi de Navarre, ayant constaté l'insuccès des ambaissades envoyées de Suisse et d'Allemagne à l'effet d'obtenir de Henri III l'exécution de l'édit qui devait assurer aux réformés français, sinon le bienfait d'une réelle liberté religieuse, du moins la concession d'un régime de tolérance, s'était, vers le mois d'octobre 1586, affermi dans la conviction qu'il devait ne rien attendre désormais que de la vigueur avec laquelle, les armes à la main, il soutiendrait la lutte contre la Ligue et les forces militaires du souverain dont elle faisait l'instrument de ses desseins pernicieux, en attendant qu'elle fit de lui un esclave et qu'elle l'annihilât totalement. Aussitôt, il chargea des négociateurs, sur le zèle et l'habileté desquels il pouvait compter, de se re

auprès des princes -protestants d'Allemagne, et de réclamer d'eux, en sa faveur, un concours sérieux, dans le conflit qui, engagé depuis plus d'un an, prenait alors des proportions formidables.

Trois de ces négociateurs, régulièrement investis de pouvoirs étendus, Pardaillan, Glervant et Guitry, réussirent à assurer au prince, dont ils servaient activement les intérêts, le concours qu'il désirait obtenir, en signant, le 11 janvier 1587, à Fridelsheim, avec le duc Jean-Casimir, une convention aux termes de laquelle celui-ci, à qui 150,000 florins étaient promis, s'engageait à amener en France, au secours du roi de Navarre, une forte armée composée de reistres, de fantassins allemands et autres, à laquelle viendrait se jpindre uncorps de quatre mille arquebusiers français, commandés par François de Chastillon. La convention portait, en outre, que, de son côté, le roi de Navarre mettrait sur pied une armée de quinze mille fantassins et de deux mille cavaliers.

Plusieurs mois s'écoulèrent avant la mise à exécution de cette convention, qui ne commença qu'en mai 1587, alors que par un traité spécial, le baron de Dohna, délégué du duc Jean-Casimir, et divers colonels allemands, s'engagèrent, vis-à-vis d'un agent du roi de Navarre, à opérer des levées.

Vers la même époque, Clervant conclut avec les cantons protestants de la Suisse un accord pour la levée de plusieurs milliers d'hommes, dont l'efTectif s'ajouterait à celui des troupes allemandes.

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gentilshommes français réfugiés en pays étranger. Quelques jours plus tard, les Suisses, au nombre d'environ douze mille hommes, que commandait Glervant, à titre de colonelgénéral, opérèrent leur jonction avec les Allemands et le corps du duc de Bouillon.

L'effectif total des troupes ainsi agglomérées était à peu près de vingt-cinq mille hommes.

Composée d'éléments disparates et sans cohésion entre eux, cette armée, dite de secours, aVait, pour répondre à sa destination, essentiellement besoin d'un chef expérimenté dont la main, munie de l'unité de commandement, rapprochât ces éléments les uns des autres, les contînt avec fermeté, les assouplît par d'habiles ménagements, appropriés à la différence des nationalités, et les dirigeât librement, dans la voie précise d'une action commune, vers le but à atteindre.

En présence de ce besoin impérieux, qu'advint-il? Le roi de Navarre, poussé, comme on le croit, par un sentiment de secrète jalousie *, écarta du commandement en chef de Tarmée de secours un prince tel que Gondé, qui avait donné maintes preuves de capacité et de courage, pour en investir imprudemment le duc de Bouillon, jeune prince sans expé rience et, par cela même, sans autorité.

Non seulement le duc de Bouillon était incapable d'exercer un grand commandement, mais, de plus, il avait à ses côtés des chefs de corps enclins à se prévaloir de son incapacité pour s'arroger une indépendance d'action. Le baron de Dohna, notamment, homme brave sans doute, mais d'une médiocre capacité militaire, invoquait sa qualité de représentant du duc Jean-Casimir, pour tenter de s'affranchir des liens de la subordination vis-à-vis du commandant en chef, qui n'était pour lui qu'un supérieur purement nominal.

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