‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 98 sur 141 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Déclaration de Chaslillon. — Il vient en aide à l'armée en diverses circonstances. — Il échappe h un g^uet-apens organisé par le duc de Guise. — Combats de Viroory et d'Aunau. — Énergie de Ghastillon. — Il tient tête à l'ennemi en phisicars rencontres. — Los Suisses capitulent et se retirent. — Effroi, impéritie et démoralisation des chefs de l'armée. — Ghastillon les rappelle à leur devoir. — En dépit de ses efforts et de ses conseils^ ils se soumettent à une honteuse capitulation qu'il refuse de signer. — Il déclare que, les armes à la main, il saura b'cn se frayer un passage à travers les lignes ennemies pour rejoindre le roi de Navarre. — Les rcltrcs cherchent en vain à mettre obstacle à son départ et à se saisir de sa personne. — Il part avec un petit nombre d'hommes courageux. — Récit de son héroïque retraite. — Il arrive à Montpellier.

Force fut aux chefs avec lesquels Ghastillon se trouvait en contact de s'incliner devant une déclaration que, dès les premiers jours de son arrivée, il fit entendre en plein conseil. Comme on y parlait des ravages récemment exercés, en Lorraine, par Tarmée, qui semblait avoir été conduite plutôt aux déprédations et à Tincendie qu'au combat : « Je » m'estonne bien fort, dit-il*, d'une si cruelle et barbare » guerre. Bien que j'aye de grands sujets d'animosité parti- » culière contre toute la maison de Lorraine, et que frais- » chement ilz m'ayent donné grande occasion de me res- » sentir de la peine qu'ilz ont prise pour m'avoir et faire de » ma personne à leur plaisir, si ne m'en voudrois-je jamais » prendre au bois et à la pierre; mais si je me fusse trouvé » au Pont-Saint-Vincent, j'eusse exposé ma vie, pour ne » perdre une si belle occasion, et j'eusse bien fait danser » tous ceux qui avoient lors mal au cœur. »

i. La Huguepye, Mémoires, t. III, p. 186.

La leçon était sévère, mais méritée; nul n'osa y contredire.

Alors que, depuis son départ de Prez-sous-la-Fauche, Tarmée, fréquemment harcelée par l'ennemi, se traînait péniblement de localité en localité, Chastillon s'efforça de lui venir en aide, tant par ses conseils, en dépit des contradictions que soulevait Guitry \ que par sa valeur dans divers combats qu'il soutint ou livra.

Lorsque l'armée, quittant les régions voisines de Chaumont et de Bar-sur-Aube, arriva en vue de Châtillon-sur- Seine, Lachâtre tenta de s'opposer à son passage. Il fut repoussé par Chastillon qui, à la tête de ses arquebusiers ^ exécuta contre lui une charge vigoureuse.

L'armée ayant ensuite traversé -successivement la Seine et l'Yonne, s'avança vers Auxerre et Gravant, puis vers La Charité, pour tenter de franchir la Loire. Mais il fallut bientôt renoncer à la tentative projetée, en présence des troupes royales, que leur nombre mettait en position de défier toute attaque et se replier sur Neuvvy, pour s'y concentrer.

Ce fut non loin de là que Chastillon, à la vigilance de qui rien n'échappait, faillit surprendre le duc d'Epornon. Ce dernier, n'osant pas attaquer directement un chef aussi redoutable que l'était le fils de Coligny, profita du moment où il se trouvait avec cinq cents arquebusiers et quinze cents reîtres au quartier de Bony, pour chercher à s'emparer des drapeaux qu'il avait laissés derrière lui à la garde de quelques soldats d'élite. Mais ces soldats, dont

!. « Guitry étouflfoit de vanilé les bonnes parties qu'il avoit. Il estourdil le » conseil de ceste année. Il avoit plaisir de contredire Chastillon. >. (D'Aubigné, Hist, Univ., t. III, liv. î, chap. xix.) — Voir, sur les contradictions soulevées par Guitry contre Chastillon, 1^ les Mémoires de La liuguerye, et 2° un autre écrit dont La Huguerye est également l'auteur, intitulé : Prothocolle Journal de toutes les actions, délibérations, çt conseils du dernier voyage de guerre fairt en France pour te secours des églises réformées dudict royaulme, (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. i-,142.)

%. Mém, de P, de Saint-Auban, ap. du Bonchetf loc. cit., p. 651.

le duc s'imaginait avoir facilement raison, se défendirent avec une telle vigueur qu'il échoua dans sa tentative '.

Gbastillon se rendit alors à Ghâtillon-sur-Loing, où il laiss€^ généreusement vivre sur ses terres, à ses propres dépens, les troupes qui le suivaient. « Toute Tarmée, a-t-il » écrit lui-même *, fut logée sur mes terres; ce que j'offris » librement, pour monstrer l'exemple aux autres de préfé- » rer la commodité de Tarmée à celle des particuliers. »

Du château paternel où, pendant trois jours, il s'était tenu en observation, à proximité de l'ennemi, il se porta du côté de Château-Renard, à la rencontre du duc de Guise qui, disait-on, y campait ; mais, en atteignant ce point, il apprit par quelques prisonniers tombés entre ses mains que Guise était parti dès le point du jour '.

Pourquoi ce départ? Il se liait probablement à un épisode qui entache, à un haut degré, la mémoire du coryphée de la Ligue.

Pour un tel homme, trop souvent dépourvu de loyauté dans la lutte, tout, à la guerre, était de mise contre Tennemi, même le guet-apens, le mensonge et la trahison. Redoutant Ghastillon autant qu'il le haïssait, ce qui n'est pas peu dire, et voulant, à quelque prix que ce fût, se défaire de lui, Guise avait soudoyé un traître, nommé Despaux, pour donner moyen à des affidés de s'emparer de sa personne. A ce effet, Despaux devait proposer à Ghastillon de lui livrer le château de Montacgis, mettre tout en œuvre pour le décider à y entrer, sans défiance, et quand il y serait entré, pour le livrer, ainsi que son escorte, à la merci de six à sept cents arquebusiers que le chevalier d'Aumale y tenait enfermés.

i. Mém, de Saint^AubaUt ioc. cit,, p. 653.

S. Voir à VAppendice, n» 34, le discours de ChastiliOD.

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