‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 23 sur 46 · I.R SIKOK DIî LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

I.R SIKOK DIî LA ROCHELLE

sentent la Nouo comme un roué (1), abusant de la confiance du Roi pour pousser les Rocliclois à la résistance.

Ce dernier reproche ne tient pas debout. Si la Noue avait été « cause de ce qu'ils tindrent », il n'aurait dépendu que de lui d'exercer dans la ville une vraie dictature, et d'éclipser Montgommery. Pour l'autre grief, aux raisons morales que signalent Goulart et Barbot, nous en pouvons ajouter d'autres. S'il eût voulu trahir les Rochelois, eût-il rendu leur faible milice capable de résister à la puissante armée de Monsieur? eût-il, par l'institution des prêches dans les compagnies, mis aux mains des ministres une arme qu'ils pouvaient retourner contre lui? Le jugement définitif sur sa conduite a été porté, longtemps après l'événement, par les catholiques modérés : a Ni le Roi, dit le sage de Thou, n'eut ,*\ se plaindre de ses services, ni les Rochelois de sa loyauté ».

Si l'on peut adresser un reproche à cet homme d'une honnêteté scrupuleuse, c'est d'avoir manqué de foi. Il n'a pas, suivant l'expression de son apôtre favori, espéré contre l'espérance. La Rochelle, aux yeux de la sagesse humaine, était perdue. La Noue ne crut pas au miracle qui devait la sauver, les violents y crurent, et le miracle se fit. Le 29 mai, le duc d'Anjou apprit son élection au trône de Pologne. Le nouveau roi ne pouvait aller prendre possession

(1) Brantôme, M. de la Noue. SaulxTavannes (Petitot), II, 393. C'est un peu aussi l'avis de Davila; il emploie, pour expliquer l'acceptation par la Noue du commandement de la Rochelle, des formules à la Tacite : « o chè,.. o chè... »

de sa couronne tant que la Roclielle restait invaincue. Aussi en juillet 1573 parut un célèbre édit de pacification a dressé par le Conseil secret pour sauver l'honneur du Roy de Pologne (1) ».

Mais si la Noue avait désespéré de Dieu, il n'avait trahi ni le Roi ni les siens. Les Rochelois finirent par le reconnaître. Tant que dura le siège, il vécut au camp en simple particulier. Dès qu'on parla de paix, il oublia les affronts dont on l'avait abreuvé et s'entremit en faveur des rebelles. Il prit une part active aux négociations, et, ce qui achève de prouver que la cour ne blâmait point sa conduite, il y figura au nombre des délégués du Roi (2). Un jour qu'il parlementait aux avant-postes avec les échevins, « ses laquays entrèrent en la ville, et en retournant leur fut baillé a chacun une bouteille de vin pour le disner de son maistre ». Depuis, il entra souvent dans la ville et y fut fort bien reçu. Il allait bientôt donner aux Rochelois de nouvelles preuves de son affection.

« Il arriva alors au vieux soldat mutilé, dit un des biographes de la Noue, ce qui était arrivé à d'Andelot et à l'amiral de Coligny, ce qui arrivera plus tarda Agrippa d'Aubigné. Tous quatre, vieux, chargés de famille, couverts de blessures, pourchassés par la persécution, virent de belles jeunes femmes ambitionner l'honneur d'élever leurs enfants et de partager avec eux l'exil, la prison et la mort (3). »

fl) Est. de France.

(2) Barbot, 291.

(3) M"" C. Vincens, p. 169. Notons que la Noue n'était pas n vieux »; il avait quarante-deux ans.

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l.e cœur d'une Ibinino no s'y osL pas trompé. C'est bien vers 1573 que la Nouo trouva dans l'amour de Mario do Juré (1) un précieux appui pour les luttes qu'il allait avoir à soutenir. Mariée d'abord à M. de Mouy (2), elle avait été en Angleterre, après Jarnac, commo otage de ceux do la relij^ion ontro los mains d'Elisabeth ; elle y resta trois années, pondant lesquelles elle soulïrit de la misère et do la faim. Lorsqu'elle revint, son mari était mort, assassiné par le tueur du Roi. Elle pensa de bonne heure à épouser la Noue, qui semble être devenu veuf, de son côté, vers 1571 . — Au lendemain de la Saint-Barthélémy, M'"*' de Mouy se sauvait de chez elle, déguisée en paysanne, pour échapper aux massacreurs (3). Un seigneur catholique l'arrête, et la veut épouser ; elle refuse, en disant « qu'elle avoit promis sa foy en mariage au seigneur de la Noë de Bretaigne (ce qui estoyt vray)... », et cède à ce prétendant évincé une partie de ses terres, pour obtenir de lui qu'il la mène à Genève. Deux ans plus tard, la Noue était son mari, et c'est dans l'une de ses terres, au Plessis-les-Tournelles, près de Provins, qu'il prépara la levée d'armes de 1574 (4).

(1) Et non de Luzé, comme l'imprime l'éditeur de Cl. Haton.

(2) C'était déjà, d'après Haton, p. 639, son troisième mari.

(3) Haton, p. 693.

(4) Id., p. 758. C'est donc tout à fait à tort que Marchegay {Corresp. de Louise de C, p. 26) place, sans preuves, la mort de Marguerite de ïéligny vers 1578.

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