CHAPITRE CINQUIEME
bataillons réformés, impuissants à soutenir le choc.
Dandelot, retenu par la fièvre hors de la scène du combat, s'aperçut néanmoins le premier de la gravité de son issue. Dépouillé de ses armes, vêtu d'une robe de chambre fourrée, il s'élança pour contribuer à arrêter la déroute, et, considérant le bon ordre qui régnait dans la réserve de Guise :
— Voilà, s'écria-t-il, une queue qui sera bien difficile à écorcher !
Le prince de Condé cherchait vainement à rallier sa cavalerie que paralysait le feu continuel de huit cents arquebusiers postés par le maréchal de Saint- André.
Le carnage devint effroyable ; Condé perd son cheval, tué d'une balle, et, à l'instant où il veut changer de monture, il est blessé à la main droite ; enveloppé par le marquis d'Elbeuf, il est contraint à se rendre au fils du connétable, d'Anville, ardent à venger son père.
Le maréchal Saint-André, qui n'avait pas quitté le duc de Guise pendant toute la journée, s'avisa sur le soir d'attaquer avec une cinquantaine de cavaliers une troupe de huguenots battant en retraite.
Ceux-ci, enragés de bataille, se jettent sur l'escorte du maréchal, repoussent les gentilshommes, et s'emparent de lui.
Désespéré d'être pris ainsi, le soir d'une victoire, en poursuivant les fugitifs ; inquiet de se voir aux mains
d'un homme qu'il a cruellement outragé, le maréchal appelle à grands cris le prince de Porcien qui passe non loin de là et lui déclare que c'est à lui qu'il se rend. Mais un soldat lui casse la tête d'un coup de pistolet.
Parvenu à rallier quinze ou seize cents chevaux dans un petit vallon, à la faveur d'un bois taillis, l'amiral de Coligny était revenu à la charge avec fureur dans l'espoir de délivrer Condé et de rompre les escadrons de Guise. Celui-ci l'attendait avec deux mille arquebusiers. La rencontre fut terrible ; la cavalerie du duc plia d'abord ; lui-même courut les plus grands dangers; mais le feu des fantassins protégea le ralliement des escadrons et força l'amiral à mettre fin, par une retraite régulière, à cette lutte acharnée qui durait depuis midi. D'ailleurs, ses reîtres allemands prétendirent que leurs pistolets avaient besoin de réparations, que leurs chevaux étaient déferrés, et qu'eux-mêmes préféraient se porter sur les riches abbayes du Berri, où ils pourraient recueillir, sans risque et sans danger, du butin pour leurs chariots.
Ainsi fut terminée cette mémorable bataille que le connétable de Montmorency avait failli perdre par son ineptie, et dont le gain demeura incontestablement au duc de Guise, le prudent capitaine. Elle décidait du sort de la France. Mais on ne prévoyait pas encore l'avenir, et l'arquebuse de Poltrot allait une fois encore tout remettre en question.