Chapitre sixième
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Après la bataille de Dreux. — Le siège d'Orléans. — L'ambassade de Castelnau. — Prise du Portereau. — Assassinat du duc de Guise. — Poltrot deMéré. — Complicité de Coligny. — Funérailles du duc de Guise. — Jugements portés sur ce grand homme. — Coligny et son rôle en France durant les guerres de religion.
LORSQUE l'on reçut, à Paris, les pre- [ mières nouvelles de la bataille de Dreux, il y eut aussitôt un moment de détresse. L'alarme avait été grande ; non moins saisissantes furent la surprise et la joie à l'arrivée de Losse, capitaine des gardes, apportant de la part du duc de Guise la relation et les trophées de la victoire. Le titre de sauveur de la patrie sortait encore une fois de toutes les bouches ; on se flattait d'avoir, grâce à lui, atteint le terme de la guerre: « Cunctando restituit rem gallicanam et calkolicam, » disait-on. « Si cette bataille eust esté perdue, a écrit Montluc dans ses Commentaires, crois que c'estoit fait de la France, car l'Estat eust changé et la religion; car à un jeune roi, on fait faire ce que l'on veut. » L'allégresse publique était éclatante et pure ; pourtant à celle des courtisans, de la reine surtout, manquait le sentiment
de la reconnaissance. Sans doute Catherine n'aimait pas Condé, mais par la défaite du prince se trouvait rompu l'équilibre, ménagé jusque-là avec tant d'efforts, au profit de l'influence de la mère de Charles IX. Celle-ci sentait peser de nouveau sur elle une puissance, aussi modérée dans ses formes qu'absolue de fait et redoutée. Des prières solennelles dans toutes les églises, des feux de joie au coin des rues furent néanmoins ordonnés. De plus, il était impossible en l'absence du connétable, de dénier à François de Lorraine le commandement en chef, et la confirmation du titre de lieutenant général lui fut portée, le 22, par des courriers chargés d'annoncer aux provinces le succès des armes du roi.
En quittant Dreux, Guise vint à Rambouillet, afin d'obtenir de la reine et de son conseil, les subsides et les hommes dont il avait besoin pour faire le siège d'Orléans. Il sut faire avec tant d'à-propos l'éloge de ses rivaux, et se montrer si modeste dans la victoire, qu'il obtint une déclaration assurant que jamais ni le roi ni la reine-mère n'avaient perdu leur liberté, ni n'avaient été contraints à faire quoi que ce fût contre leur volonté; que tous les bruits répandus à ce sujet étaient faux; que la reine-mère n'avait point ordonné aux protestants de prendre les armes, ni sollicité des princes de l'empire d'envoyer des troupes auxiliaires en France. Catherine de Médicis espérait
qu'après cette déclaration les princes allemands observeraient les traités de paix signés entre la France et l'empire germanique, et n'accorderaient plus de secours à des sujets révoltés contre leur souverain.
Un édit semblable à celui qui avait été lancé après la prise de Rouen, et par lequel le roi faisait grâce à tous ceux qui se remettraient en son obéissance fut également envoyé à tous les parlements.
Pour entreprendre le siège d'Orléans, Guise n'avait qu'une artillerie insuffisante, et il avait si peu d'argent disponible qu'il écrivait à Gonnor, surintendant des finances (4 février 1563), que «pour apaiser les Suisses il fallait qu'il empruntât six mille écus pour faire bailler cent livres par compagnie ». Dès qu'il eut obtenu de la reine et du conseil l'autorisation d'entreprendre le siège d'Orléans, il ne laissa pas à la régente un seul moment de repos, jusqu'à ce qu'il eût mis son armée sur le pied de guerre qu'il avait arrêté; mais après avoir quitté la cour à la tête de ses troupes, il continua d'avoir avec Gonnor une correspondance active au sujet des finances de l'État et de toutes les affaires du royaume.
C'est dans une de ces lettres, datée de Messas, qu'il parle au surintendant « du dégât que font les Suisses, principalement de chausses et de souliers», et de l'emprunt qu'il va être obligé de faire pour les contenter. Dans une autre lettre du 17, il lui annonce les mesures