CHAPITRE SIXIÈME
qu'il a prises à l'égard des capitaines et de ses compagnies pour éviter les abus, et lui donne la situation exacte de la dette contractée envers les Suisses. Elle s'élève « à six vingt-neuf mille six cents livres; sur quoi, dit-il, je leur ai fait prêter seulement six mille et cinq cents livres; et s'ils nous demandent un mois de bataille, ce sera autant de recruté. » Plus loin, il lui dit encore: «Je suis bien aise que M. le maréchal de Brissac puisse être bientôt en Normandie, pour assurance que j'ai du bon ménage qu'il y va faire. » Dans cette même lettre, il se plaint du mauvais temps, et dit que partout ce n'est qu'eau; «sans cela, ajoutait-il, je « serais plus avant... Nos pauvres soldats sont extrê- « mement pauvres, et si mal vêtus qu'ils ne pourraient « porter deux de ces mauvaises journées, lesquelles je « laisse un peu passer. »
En effet, les chroniques du temps nous apprennent que pendant cet hiver, qui fut des plus rigoureux, les pluies furent si abondantes que les armées ne pouvaient plus marcher sur les routes détrempées. Les éclairs et les tonnerres étaient effrayants, les esprits crédules assurèrent que pendant une de ces nuits où le ciel était en feu, on vit clairement deux armées en bataille et s'entr'égorgeant avec furie. Cela fit penser que la guerre n'était pas près de finir.
Catherine de Médicis qui n'avait pu refuser à Guise d'aller faire le siège d'Orléans, restait fidèle à sa poli-
tique en essayant avec Condé, par l'intermédiaire de l'évêque de Troyes, des négociations qui ne pouvaient aboutir, ce prince étant par sa situation dans l'impossibilité de garantir que les places occupées par les révoltés, et surtout par les étrangers, seraient rendues au roi.
Après la bataille de Dreux, le prince avait été amené près de Chartres; mais, ayant tenté de s'évader, il fut conduit à Loches par d'Anville chargé de le surveiller étroitement.
Cependant le duc de Guise, sans s'arrêter aux intrigues de la reine, opéra sa marche en avant; il s'empara d'Etampes, traversa la Loire à Beaugency et se présenta le jeudi 5 février 1563 devant Orléans. Son camp fut dressé entre les villages d'Olivet et de Saint-Aubin. Quatre jours auparavant, Coligny, qui le sentait approcher, était sorti de la ville, emmenant avec lui les reîtres; et, passant par Trehon et Bernay, il vint camper à Saint-Pierre-sur-Dives, où il pilla les églises et commit de véritables actes d'iconoclastie. Favorisé par l'arrivée de la flotte anglaise, il s'empara de Caen, après avoir permis au marquis d'Elbœuf, frère du duc de Guise, une capitulation honorable.
A propos de cette marche rapide de Coligny dans la Normandie, Guise pressait M. de Gonnor et la reine d'envoyer le maréchal de Brissac dans cette province. Mais le maréchal se plaignait de n'avoir pas de troupes
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