CHAPITRE DEUXIEME
et en fait religieusement enlever les vases sacrés, les reliques des saints, les cendres d'Hildegarde, femme de Charlemagne, celles de Louis le Débonnaire, des deux Othons, de Zwentibold, roi de Lorraine, de plusieurs princes et princesses, et d'autres grands personnages, pour les déposer dans l'église des dominicains, où un mausolée de marbre blanc leur est consacré.
Guise prit encore d'autres dispositions pour assurer la place qui lui était confiée. Ayant prévu que les ennemis dirigeraient leur principal effort contre un point situé entre la porte Champenoise et la plate-forme Sainte-Marie, il avait fait diligence pour construire avec les démolitions « un gros mur de la hauteur d'un homme : « S'ils nous baillent des pois, disait-il, nous « leur rendrons des fèves ('). »
Le 15 septembre, Guise, prévenu que l'empereur, avec toute son armée, était à quinze lieues de Metz, fit
1. Ambroise Paré, dans son Voyage à Metz, raconte qu'une ruse du prince lorrain attira sur ce point l'attention des assaillants, qui d'abord avaient entrepris de faire brèche d'un autre côté. Guise aurait, selon lui, écrit à Henri II, avec l'intention calculée de la faire tomber entre les mains de l'empereur, une lettre dans laquelle il mandait qu'en s'opiniâtrant à suivre le plan primitif, Charles rendrait la levée du siège infaillible, mais qu'il y aurait lieu de craindre une issue toute différente si, par malheur, l'ennemi portait son attention vers un certain point subtilement indiqué dans la dépêche. Cousue avec une apparence affectée de mystère, sous le pourpoint d'un paysan assez maladroit, cette lettre était destinée à passer sous les yeux du duc d'Albe, dont un poste ne manqua pas, en effet, d'arrêter et de fouiller l'infortuné messager, qui fut pendu.
alors évacuer les troupes de cavalerie et les fit rentrer dans la ville après avoir donné ordre d'emporter tout le fourrage qui se trouvait dans le pays et de brûler les restes des récoltes ainsi que les granges, pour que rien ne tombât aux mains de l'ennemi. Le roi nourrissait le secret dessein de se porter de sa personne au-devant de l'empereur. « J'ai demandé mes pensionnaires, écri- « vait-il à Guise qui lui avait demandé des renforts, « les deux cents gentilshommes de ma maison et les « archers de ma garde, et dépesché vers mon cou- « sin le duc de Vendomois pour lui faire retirer son « armée en France, affîn de faire acheminer mes forces « du costé où vous estes, en délibération de m'y trou- « ver moy-même en personne. »
Au commencement d'octobre, la ville était en état complet de défense, et, bien qu'elle dût être assaillie par une armée de plus de cent mille fantassins et de vingt-trois mille chevaux, de cent vingt pièces de canon et de sept mille pionniers, Guise avait pris ses dispositions de telle sorte, que sur chaque point Charles-Quint allait trouver devant lui une énergique résistance. La place était vaste et le nombre de ses défenseurs très limité. Afin que le trouble et l'incertitude dans l'action ne lui fissent rien perdre de ses forces, il avait d'avance divisé avec précision le soin de la défense entre ses principaux officiers; le duc d'Enghien et le prince de Condé commandaient depuis la porte Saint-Thibaut