‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 25 sur 142 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

arriva qu'un esclave appartenant à Louis d'Avila, général de la cavalerie espagnole, se réfugia dans la ville assiégée avec un magnifique cheval, volé à son maître. Celui-ci ayant réclamé, le duc de Guise lui renvoya le cheval avec une lettre où il disait : « Quant à votre serviteur, il ne peut vous être rendu: tout esclave devient libre dès qu'il entre dans le royaume de France. »

Avant l'arrivée de Charles-Quint, les Français firent encore de brillantes sorties contre les troupes du duc d'Albe et du marquis de Brandebourg.

Le 20 novembre, Charles-Quint se présenta à son tour devant Metz. Malade de la goutte, il ne pouvait se tenir sur ses jambes. « Il avoit, dit Salignac, le visage fort pâle et défait, les yeux enfoncés, la tête et la barbe blanche. A sa venue il se feist une grandissime salve d'arquebuses, artillerie, le bruit desquelles fut cause de faire mettre toute la ville en armes ('). »

L'arrivée de l'empereur fut le signal de l'attaque. L'artillerie de siège tira contre la ville, en une seule journée, quatre mille coups de canon. Cette vive canonnade ne produisit pas toutefois les effets auxquels s'attendaient les assiégeants.

Charles-Quint et le duc d'Albe avaient surtout dirigé les coups de leur artillerie sur une vieille muraille située entre la porte Champenoise et la plate-forme Sainte- Marie. Guise s'y attendait, nous l'avons vu.

1, Mémoires,

Dès le 26 du mois de novembre, cette muraille est battue par une artillerie formidable qui la perce en trois endroits. Le lendemain, les efforts des assiégeants redoublent d'énergie, et, le 28, cette première défense s'écroule subitement dans les fossés toutefois en « ren- « dant la montée malaisée pour venir à l'assaut ».

Les ennemis, à ce spectacle, manifestent par leurs exclamations une joie vive et bruyante; mais lorsque, en se dissipant, la poussière ne les empêche plus de reconnaître le rempart élevé de huit pieds au-dessus de la brèche, ils éprouvent « autant et plus de fascherie « comme ils avoient reçu de plaisir à veoir tomber la « muraille». A leur tour les Français se mettent à crier au dehors: « Au regnard, au regnard! » et à échanger «mille injures» avec eux. Mais Guise fait aussitôt défense, sous peine de la vie, d'adresser aucune parole aux assiégeants, de crainte qu'il ne se trouve quelque traître qui profite du tumulte pour leur donner des avis; et ses soldats imaginent alors d'attacher au bout de leurs piques des chats vivants dont les cris aigres et discordants narguent les ennemis.

Afin d'augmenter encore la force de ce rempart, hommes, femmes, jeunes filles se mettent à travailler, la nuit comme le jour. Ceux qui n'ont pas de hottes emploient des chaudrons, des paniers, des sacs, «des linceuls(l)»,et tout ce qu'ils peuvent trouver pour

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