‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 26 sur 142 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

porter la terre. Guise donne ses ordres avec une gaieté communicative et sème de toutes parts les encouragements. Il distribue à propos des paroles obligeantes, des éloges ou des promesses de récompense, et, ayant rassemblé sur ce point tout ce qu'il y a de braves dans la ville: «Je me réjouis, dit-il en montrant la brèche « large de quatre-vingt-six pieds, je me réjouis de voir « que les ennemis ont enfin renversé cette barrière qui « arrêtait votre valeur et qui leurestoit plus utile qu'à « vous. Il est bien juste qu'après que vous les avez « esté si souvent chercher jusques dans leur camp, ils « viennent du moins une fois recognoistre ceste ville « qu'ils s'estoient vantés d'emporter si facilement. « Voici une occasion d'acquérir de la gloire qu'ils ne « vous offriront pas souvent. Profitez-en et apprenez « à toute l'Europe, dont les yeux sont maintenant « ouverts sur vous, qu'il n'a pas esté impossible à « un petit nombre de François d'arrêter un empereur « qui les assiégeoit avec trois armées et qui se van- « toit de n'avoir pu estre arresté par les colonnes « d'Hercule. »

Charles-Quint ne manquait pas d'une certaine fanfaronnade ; il en avait fait preuve maintes fois dans ses discours contre François Ier. On rapporte qu'en parlant de la ville qu'il allait assiéger avec toutes les forces de l'empire, « il se proposoit de la battre de façon à la « mettre sur la tête de M. de Guise, faisant aussi peu

« d'estat de toutes les autres placesque le roi pouvoit « avoir par deçà » .

Mais ce premier échec le fît souffrir dans son orgueil. En vain Charles-Quint, pour rallumer le courage de ses soldats, s'était-il porté au milieu de leurs rangs ; au lieu d'avancer, ils reculaient. « J'ai été autrefois suivi dans les combats, dit Charles-Quint, le cœur navré ; mais je vois que je n'ai plus d'hommes autour de moi; il me faut dire adieu à l'empire et me confiner dans quelque monastère ; avant trois ans je me rendrai cordelier. »

Tandis que le duc de Guise, sur la brèche sans trêve ni relâche, faisait face à tous les dangers, déjouait les ruses de l'ennemi et tenait en échec l'armée impériale, le connétable de Montmorency quittait la Lorraine et venait en Artois pour s'emparer d'Hesdin qui était retombé au pouvoir des Flamands. Toul et Verdun étaient mieux défendues. Le duc de Nevers, Saint- André et Vieilleville faisaient à la tête de lçur cavalerie de vigoureuses charges contre les Impériaux, dont ils interceptaient les convois et auxquels ils faisaient nombre de prisonniers. Les paysans lorrains, de leur côté, accueillaient à grands coups de faux les maraudeurs du marquis de Brandebourg, qui, poussés par la famine, désertaient leur camp pour ravager les pays voisins. Le froid, la maladie, le manque de vivres décimaient chaque jour l'armée de Charles-Quint.

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