‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 75 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

que si nos curés en faisaient seulement la moitié, le christianisme ne se trouverait pas dans la confusion où il est aujourd'hui. Ils faisaient souvent dans leurs églises des collectes d'argent, auxquelles contribuaient promptement et largement toutes les petites gens, et cet argent était remis par eux aux grands et aux moyennes gens. Sans ce secours, les princes n'auraient pu suffire aux dépenses qu'ils faisaient ; car ces dépenses sentaient plus le roi certainement que le petit prince et le simple gentilhomme. Or, il résultait de cette organisation et de ces intentions ainsi associées une volonté concordante, une union si grande entre eux, qu'elle les rendait prêts à obéir sur-le-champ, à s'entendre l'un avec l'autre, et très prompts à exécuter ce qui leur était commandé par leurs supérieurs. Ils purent ainsi à un jour et à une heure déterminés, susciter, avec un grand secret, des troubles dans chaque partie du royaume, en se levant pour une guerre cruelle et périlleuse pour chacun. »

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans une dissertation philosophique à propos des droits et des devoirs des gouvernements en matière de religion. Mais pour déterminer la doctrine qui fut, pour ainsi dire, la règle de conduite des Guises, princes catholiques, et absolument catholiques, il suffira de citer une page de M. de

Chalembert ('), qui est comme la synthèse de leur politique.

« Dans l'ordre moral, en laissant chacun libre de décider ce qui est bien et ce qui est mal, et en professant en outre que la foi sauve sans les œuvres, Luther enlevait aux consciences le frein salutaire que la religion leur impose.

« Dans l'ordre intellectuel, son enseignement n'avait pas des effets moins désastreux ; s'il n'anéantissait pas entièrement la raison, il en diminuait la puissance dans des proportions faciles à déterminer.

« Dans l'ordre politique, l'hérésie luthérienne, en ébranlant les croyances, relâchait tous les liens sociaux, et détruisait l'unité morale de chaque Etat, en y introduisant un germe permanent de trouble et de division.

« Ainsi le protestantisme était une doctrine aussi fausse dans son principe que funeste dans ses conséquences. Mais ce n'était pas là le seul motif pour lequel la France devait le repousser de son sein.

« La France était une nation catholique, dont les croyances, les mœurs et les institutions reposaient sur la religion catholique. Dès lors, toute attaque dirigée contre la religion catholique apportait dans les conditions d'existence de la société française une perturbation que le gouvernement avait le droit et le devoir de

i . Histoire de la Ligue.

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