‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 76 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

réprimer comme un attentat contre la société ellemême.

« Cependant si le gouvernement avait le droit d'empêcher la propagation de la nouvelle doctrine, il devait exercer ce droit avec équité, modération et sagesse, et, sans dire encore s'il le fit toujours, il convient d'observer, pour pouvoir ultérieurement apprécier sa conduite, que la législation pénale était alors très sévère à l'égard de toute espèce de délits ; que les hommes de ce temps habitués à jouer sans cesse leur vie sur le champ de bataille, en tenaient peu de compte et qu'ils punissaient de mort les moindres infractions à la loi sociale ; que dès lors on ne devra pas s'étonner si le fait des hérétiques, qui portait l'atteinte la plus grave à l'ordre établi, fut soumis au droit commun, et puni de peine capitale. »

La politique de Catherine de Médicis n'avait point la franchise de celle des Guises. Elle entendait tenir la balance égale entre les deux partis. Aussi l'accusait-on de pencher vers les doctrines nouvelles.

Disait-elle une parole un peu trop expansive à quelque chef du parti réformé, aussitôt on répandait le bruit que la reine-mère avait la volonté de tourner le dos à la messe et de venir entendre prêcher la parole : de là de longues explications de sa part avec leroid'Espagne, avec le pape ; on le voit par ses lettres. C'est par une de ses lettres adressées au pape que, dans ces querelles

religieuses, on sent jusqu'où elle voulait pousser l'esprit d'arrangement, d'entente, de négociation. Elle essaie de tous les moyens : elle est ingénieuse à l'extrême, elle propose des rites nouveaux, qui sans blesser trop peut-être les catholiques, contenteraient peut-être les protestants. Catherine, par esprit de politique, se fait théologien : comment saurions-nous cela sinon par cette lettre au Saint-Père où elle émet un projet de réunion entre les partisans de la religion réformée et les catholiques romains, au moyen de concessions relatives aux cérémonies du baptême, au culte des images, à la fête du Saint-Sacrement, au chant des psaumes (T) ? Il faut avouer, d'ailleurs, que Catherine de Médicis était condamnée à se défendre perpétuellement. Sa crainte pour la guerre était si grande, qu'il n'était pas de dissimulation dont elle ne fût capable pour l'éviter.

A un moment où les grands troubles n'étaient pas encore dans l'ardente et fiévreuse période qui fera de

i. « Ils ne sont (les calvinistes), ni anabaptistes, ni libertins (libres- « penseurs), dit-elle dans cette lettre, ils croient les douze articles du « symbole. Aussi plusieurs personnes de piété pensent qu'on ne devrait « pas les retrancher de la communion de l'Église, pour ne pas blesser « la faiblesse de quelques-uns ; quel danger y aurait-il d'ôter les images « des églises et de retrancher quelques formules inutiles dans l'adminis- « tration des sacrements ? Ce serait encore un grand bien d'accorder à « tous les fidèles la communion sous les deux espèces, d'abolir les messes « basses et de permettre que l'office divin se fît en langue vulgaire. Du « reste, on convient qu'il est à propos qu'il n'y ait rien d'innové dans la « doctrine et dans la hiérarchie, et que l'on conserve toujours pour le « Souverain-Pontife le respect et l'obéissance qui lui sont dus. »

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