‹ Franc̜ois Ier et la renaissance 1515-1547Chapitre 1 sur 17 · LA COUR DE FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LA COUR DE FRANÇOIS I

François I" à vingt-cinq ans. — Louise de Savoie, sa mère, Claude de France, la reine. — François, Dauphin. — Marguerite d*Alençon , sœur du roi. — Madame de Chateaubriand. — Les grandes races. — Les Bourbons. — Les d'Armagnac. — Foix.

— Les braves capitaines. — Le connétable. — La Trémoille.

— Bayard. — Montmorency. — Mœurs et coutumes. — Goût des bâtiments et palais. — • Amboise. — Fontainebleau. — Chambord.

— Saint-Germain-en-Laye. — Le château de Villers-Cotterets.

— Paris. — Achat des Tuileries. — Le Louvre. — Forêts. — Chasses. — Édits. — Costumes. — Tournois à Romorantin. —

— Cartes. — jTarots. — Échecs. — Dires et plaisanteries.

Parmi les plus belles œuvres du Titien, l'admiration distingue la tête de François T'qui brille même II. 1

à, côté des portspiits de Ghfu^l^grQuipf , ^n connétable de Bourbon , du luxurieux Arétin et de quelques doges de Venise^ de la main du même artiste. Le roi peut avoir de vingt-cinq à vingt-huit ans * ; sa tète est ^t)spluii)^nt rfl^é^| ear tqij» s^s (^hevepx font tombés à la suite d'und blessure qu'il a reçue sup la nuque ; son front , un peu ramassé^ est ennobli par la ligne de son nez aquilin , trop avancé néanmoins sur la lèvre supérieure amincie; sa lèvre inférieure domine d'ui|Q fia^q ^Qt\A^ , pqqfiat|§ et railleuse ; son œil est fin et très-éveillé , plein de désir et de

sensualisme; son menton, un peu bombé, est fini par une barbe longuç et pqintue; dangson e^semUfi ççttç figura est «b^valeresqus- U uy b^ pai jusqu'à

M petit bonnet jeté sur Toreille par la fantaisie du Titien^ qu| n'ait ^^ grâce. Le gf»nd artiste w^\ que 1a tête ; mais les modèles qui nous sont restés reproduisent François y^^ d'une stature plu^ qu'ordinaire ^^ et ses épaules parfaites; s^ ^ille Qit bien prise, la jambe un peu mince et grêle, mais fortifiée par un exercice journalier aux armes ou dans les grandes forêts à lacba&se* Son caractère s'était tout

* Cia pQrlrQît e^t ^ncme dans la vieille galerie du Louvre. Titien est le peintre national de Venise, o^lui qui avec le Tiptofet a rçpro* duit les plus hauts faits de la sérénissime république.

ET LA HENiaSSANGE. %

à coup développé avec le pouvoir et la couronne} plein d'esprit et de saillie^ il avait un goût indicible pour la science, les nouveautés^ les découvertes de Vinteilligeuce ; sa sphère était les grandes aven- Itur^s^ }es prouesses telles qu'il les ayait lues aux romans et belles histoires d' Amadis de Gaule , de Holand et de sou cousin Olivier ; colère^ vindicatif, il aimait à se défaire de ses ennemis| comme il faisait peu de cas de sa vie j^ il tenait peu à celle des autres 9 et c'était le temps* Il y avait du despotisme dans cette tète et ce cœurj chevalier par caractèrf , il ne pomprepait pas la résistance, surtout lor&p qu'elle u'avaitpaspour principe la force» le courage; g' expliquant bien un coup de lance , mais s'irritant 4e8 remontrauçes des bommes de justice et de par* lementi qui accusaient sa prodigalité et sa volonté absolue ^ •

Ainsi le rai était parvenu à vingt-cinq ans , loyal et franc chevalier » laissant à Madame sa mère les affaires du royaume. Louise de Savoie méritait bieu , par sou indicible amour pour son fils , cette cou-

' Le caractère de François l" se révèle dans ses écrits mêmes. Le roi est l'auteur d'un poë'me en vers français , dans lequel il se met toujours en scène et en nom. Il fut écrit pendant la captivité de Madrid. Yoy. Bibl* Royale, Mss. fonds Lavallière, nM36,

/i FRANÇOIS l"

fiance royale. Nul ne pourrait comprendre les émotions de cette femme aimante, de cette mère adorée, s'il ne suivait attentivement son admirable journal : wLe 13 de janvier 1516, mon fîlsresvenant de là bataille des Suisses, me rencontra auprès de Sisteron , en Provence , sur le bord de la Durance , environ six heures au soir, et Dieu scait si moi pauvre mère feus bien aise de veoir mon fils sain et entier, après tant de violences qu'il avoit souffertes et soutenues pour servir la chose publique. Le 3 février 1 51 6, mon fils estant à Tarascon, ouït les nouvelles de la mort de Ferdinand roi d'Espagne. Le 4 de février, à six heures après midi 1516, mon fils fit son entrée à Avignon, et le 1 1 , à Montlymard, et le 1 4 à Valence. Le jeudi, 8 de mai ,1516, mon fils et moi , environ une heure après midy , montasmes à la Roche de la Balme, au Dauphiné, à deux lieues de Crémieux. Le 28 de may 1516, environ cinq heures après midy , mon fils partit de Lyon pour aller à pied au Saint-Suaire , à Chambéry. Le 7® jour de juin 1516, ma fille Claude, à la Tour-Dupin , en Dauphiné , commença à sentir en son ventre le premier mouvement de ma fille Charlotte. Charlotte, fille de mon fils, fut née à Amboise , le 23 d'octobre , à 6 heures 44 minutes

avant midy, 1516. Le 17 janvier 1517, le roy, mon fils, la reine^ ma fille Marguerite, Saint-Mesmin et moy arrivasmes à Saint-Mesmin , près Orléans, et le lendemain le roi fit son entrée en ladicte ville Le 23 septembre 1519, mon fils, qui estoit allé à la chasse à la Chapelle-Vendomoise , près de Blois , se frappa d'une branche d'arbre dedans

les yeux , dont je feus fort ennuyée Le mardi,

5 juin 1 520, arriva le roi d'Angleterre à Guines , et la reine , ma fille et moi arrivasmes à Ardres , et ledict jour, le Rouge, parent de Tripet, archer de la garde de mon fils, vint audict lieu pour me veoir, et convenir avec moy de plusieurs choses. Le 7 de juin 1520 , qui fut le jour de la festedeDieu, environ 6, 7 et 8 heures après midy, mon fils et le roy d'Angleterre se virent en la tante dudict roy d'Angleterre, près Guy nés. Le 9"" jour de juin 1 520 , mon fils et le roy d'Angleterre se trouvèrent en campagne, chacun cinquante hommes, et prinrent leur vin ensemble environ cinq heures et demie après

midy Le 6® jour de janvier 1 521 , feste des rois,

environ quatre heures après midy , mon fils fut frappé d'une mauvaise bûche sur le plus hault de ses biens, dont je feus bien désolée, car s'il en fût mort, j'étois femme perdue : innocente fut la maiu

qtli le frappa j mai^ , par indiscrétion , elle fut en péril avec tous les autres membres. Le jour de la conversion de saint Paul, de Tan 1 521 , mon fils fut en grand danger de mourir. Le 1B d'avril ( si nous Comptons selon la coustume romaine ) , mon fils fit son entrée à Dijon. Le 22 d^avril, mon fils fit son entrée à Troyes , et là më trouva avec mes filles, la reine et la duchesse d'Âlencon. »

Dans ce journal si naïf, si beau, si profondéiïient senti, il n'est pas un événement de famille qui ne jiréoccupe Louise de Savoie, toujours craintive, comme toutes les mères, qu'on lui enlève l'âmôur de bon fils et l'autorité sur sa personne. C'est tin digne et chaud sentiment datis ce noble eœur ; Inais aussi, comme tout ce qui est ardent , il est abdôlii; Louise de Savoie veut gouverner François î*' sans partage J elle a tant fait pour lui ! Dé là ses incertitudes, ses ressentiments contre tout ce qui tend à prendre puissance sur l'âme chevaleresque du toi de France. C'est dans ce dessein qu'elle a favorisé le mariage de ïnadame Claude de France avec François I*^ t la noble fille de Louis XII, mal faîte, disgracieuse, n*a rien de cette éclatante beauté qui séduit par seâ prestiges et gdtlterne par les caresses j Sdiî câfâctère, d'une

ET LA RËIfAISSANGE. 1

doticeul* âng^li<|ti6^ est capable de faire le bonheur fiand jftiiiàiâ s'imposer coniitie une opinion ou une néisessitfi. Gë caraetère plaît à Louièie de Savoie^ la fégetitd; élld voudrait que l'amour de François l'^ s'absorbât dans madame Claude, et c'est arec jdië qu'elle l^euâtate dtt fé<ioiidlté4 Riche héritière de Fl^ilcëî mAà&tûé Clattdë a un {ïuiââaiit lignage % et Louise de Satoie notiS r&Coiite qu^ ce fui à la Totir-dil-t^iti eb Dàuphiné^ i|ue la reine BMtil mouvoir eu ion sein sa petite fille Gharlottë > qui naquit m ^hàtebu d'Âttiboise* L6 premier ènfanl lâàle du roi) qui prit le nom de François, Datiphia du Yiennois > naquit onke mois après^ tdUjout*s atl «hàteaù d'Amboisëi Au bout d^uu an tint au moùdi un second fils du nom de Heiiri , Dauphin éusùitd après la mort de son frère ^. Riche fécondité que eëlle de tnâdame Claude , si bonne , iï douée ; et

* Leé ëtifktltâ de f rânçôiâ I^, en i m , étaient : Louise, née i Âmi)diâè le a â(ïût ISIB; C3iarldtte, hèè d Âmboise le 23 octobre Iit46 ; françois^ bauphiii de Viennois, né à Amboise le î% féVriéf IftiS ; Henri, hé k Saifit-Oerchain-en-Laye, le 34 inafs 1849; Msl-^ delainë, née à Sâirit^âermaif), le 10 adùt 4520.

* Lettre de t'rdflçoiô I" à Mbns. dti Bouchage, 1 fâl-2. — Mss. de Méthtifië, toi. ^t. ^190, tb\. 7.

« Monsieur du Bouchaige, je vous escripvis naguerres que pour

8 FRA]NÇQIS I"

la reine régente s'en félicitait^ comme l'aïeule d'une longue ligpée qui pourrait fixer la légèreté de François P*^} elle suit pas à pas la vie de son bienaiméj elle voit et n'entend que lui depuis qu'il est au monde.

Le roi , tendrement respectueux envers sa mère, partage son amour de famille avec Marguerite , sa sœur , l'épouse du duc d' Alençon ; comme François P'' , elle était fille de Charles d'Orléans^ duc d'Ângoulème , et de Louise de Savoie ; plus âgée de deux ans que son frère^ elle conservait un certain ascendant sur son caractère et son esprit. Intelligence supérieure y elle fut nommée la merveille (la Marguerite) , pierre précieuse de la cour de Louis XU^ où enfant, elle étonnait par son ex-

les grands affaires que j'avais à supporter pour le faict de mes guerres, je voullois et entendois, qu'il ne fust employé pour la despense de la maison de mes enfants en toutes choses, que la somme de vingt cinq mille livres , depuis j'ay entendu par Mons. Tadmiral, ce que avés communiqué par ensemble a son passer par Amboyse, du faict de la maison de mesd. enfans, suivant ce que lui en avois pareillement escript, et cognois bien que pour la conduite de lad. maison, seroit bien requis ordonner plus que lad. somme de vingt-cinq mille livres ; néantmoins mes affaires sont tels et si urgens, que je no puis ordonner pour mesd. enfans que la somme de vingt quatre mille livres tournois^ pour l'année commancée au premier jour de janvier dernier passé, laquelle somme de vingt-quatre mille

trème facilité à parler toutes les langues, l'italien, l'espagnol et même l'hébreu ; on ne peut dire la tendresse de François V" pour celle qu'il appelait sa mignonne, la Marguerite entre les Marguerites ; elle se faisait remarquer non-seulement par la science, mais par l'élégance de ses vêtements et la grâce indicible de son langage. L'amour qu'elle avait pour son frère tenait de l'étrange ; elle le suivait des yeux comme quelque chose qu'on craint de perdre ; femme du duc d' Alençon , elle n'aimait qu'Amboise et résidait à l'abri de ses tourelles. Le vieux libertin énervé, le sire de Brantôme, si conteur de scandale, dit que « Marguerite de Valois , en fait de joyeusetés et de galanterie, montroit qu'elle en savoit plus que son pain quotidien. »

livres je veux etentens être convertie et employée pour la despense ^e bouche et autres parties accoutumées, estre comptées ez espices du bureau de la chambre aux deniers par les maistres d'hostel de mesd. enfans, et non ailleurs; a ceste cause je vous prie et ordonne, surtout que dezirés me faire service, tenir la main à ce que lad. despense soit réduite, de sorte qu*elle n'excède lad. somme de vingt quatre mille livres, car croyés que si passe y a , je ne ferai pas état d'en payer un denier, et si aurai cause de ne me contenter de ceux qui n'auront ensuivi mon vouloir et intention. Et a Dieu, Monsieur du Bouchaige, que vous ait en sa garde. Escriptà Saint* Germai n-en-Laye le neuvième jour de feuvrier.

« Françoys. »

lO PttAfîÇOIS I*'

Mais qui peut croire encore à toutes les médisances diu sire de Brantôme, le plus grand menteur de ce tempSy vieux chevalier en rétraite , inventeur blasé de petites aventures ? Marguerite n'était-élle pas éontetlse comme lui, aimanté, lettrée et joyeuse de propos , pbuf flaire rire à gorge déployée son boti (tète le roi, ehëvàliei* aventureux, dîgné dé Âoii <i(Éut et de sa fàéé ^

Cette tendresse de mère, si forte dans Louise de Savoie, cette amitié de sœur si dévouée dans Marguerite, duchesse d'Alençon, furent fortement mises en émoi par une passion ardente et subite qui vint au cœur de François 1". târmi les femmes qui entouraient madame Louise de Savoie, il en était une fort belle, fille de Phébus de Foix, de là race des grands diseurs de chasse. Françoise de ^oix ^ , de cette illustre lignée qui avait des droits à la eouronne de Navarre, s'était uBie> eiifant en-^ core, à Jean de LàVàl de Mohtnlbreticy , seigneur de Chateaubriand ; son éducation s'était faite danft les vieilles iolituded dé la Bretagne. Lorsque Louise de Savoie, pour égayer ses cours plénières^

' Le maréchal de Foix (Lautrec), Lescun et Lespârre étaient frères de la comtesse de Chateaubriand.

eut rangé autour d'elle les plus nobles dames du royaume , Françoise de Chateaubriand fut invitée aux plaiéirs et aux fêtes d'Amboise. Si Ton en croit la légende d'ambuî* , lé sire dé Laval, jaloux et soiipÇôntieuï, ne voulut point consentir à conduire sa femiiié à la cour d'Amboisé; or, pour là préserver, Il avait ^ait deux âtiiieàui de son scel : Tun, Il avait dit â Sà femme Aé le porter pour l'amour de lui; l^âiiii^è il l'avait gatdé, et Françoise de Châteàubfiând ne dêtâlt véiiir à la cour que lorsque son ma^i lui enverrait lé second anneau dans ùiié lettre scellée de des armes. L'ànnéau fut dérobé par François 1**^ et Françoise de Chateaubriand viiil à là côtir , presque à l*insu du siré dé Laval; l'amour lé plus tendre, lé plus vif, couronna les sentiments dii rdi de France , qui aima passionnément là comtesse. Il iiiiit sa devisé â là sienne : la salamandre en feii à la pourpré et à l'hermine de Laval. Bientôt tout le mdndé connut la passion dû roi, et la plus vive douleur fut au cœur de Louise de Savoie, là mêrè chérie. Quand on a aimé exclusivement un être eh ce monde , quand il a échangé avec vous ses sentiments, la plus grande douleur est d*appréndre pour la première fois qu'il partagé avec un autf e l'amour qu'il

VOUS avait voué ; ainsi fut Louise de Savoie lorsqu'elle vit son royal fils s'attacher à la comtesse de Chateaubriand. Dès ce moment^ la lutte s'établit entre la mère et la maîtresse.

Cette ardente et tendre jalousie , Louise de Savoie la portait à tout ce qui s'approchait de François V\ Charles, duc de Bourbon, si célèbre sous le nom du connétable, alors dans toute sa force et sa puissance, était non-seulement Thomme d'armes le plus brave , le plus digne de donner et de recevoir un coup de lance, mais encore le capitaine le plus expérimenté, le plus capable de choisir un champ de bataille , chose plus rare alors , car quel était le chevalier qui ne savait remplir une lice? A la bataille de Marignano , le connétable de Bourbon avait tracé l'ordre de la journée et dirigé ses mouvements de stratégie; il avait conduit fièrement les reîtres et les lansquenets dans leur attaque contre les Suisses ; savant dans l'art de la guerre, il avait de plus cette parole vive , ce naturel qui parlait au soldat. Le roi le jalousait déjà; car dans le camp il était plus question parmi les soudards du brave connétable que de son suzerain légitime le roi de France. A côté de Bourbon est Armagnac, glorieuse et triste race; que de larmes dans son blason ! Ar^

magnac venait aussi d'un connétable de France, celui qui avait embrassé dignement le parti de Charles d'Orléans contre les ducs de Bourgogne. De cette lignée était issu Jean d'Armagnac * , le compagnon de Dunois; péniblement absorbé par un de ces sentiments qui pèsent sur la vie comme la fatalité des anciens^ il aima sa sœur, la séduisit , et voulut même légitimer cet ardent amour par le mariage comme dans la vieille Egypte ; Armagnac^ banni par arrêt du parlement, avec ses terres confisquées, devint le chef des bandes armées, ces grandes Compagnies que Louis. XI prit à sa solde et proscrivit tour à tour; il mourut assassiné au ^ siège de Lectoure ^. Charles d'Armagnac, son frère, avait vu les cachots de la Bastille et les tours du Châtelet, où il resta quatorze ans, les fers aux mains et aux pieds; il n'en sortit que pour sceller la charte de donation de ses fiefs au duc d'Alençon, son petit-neveu ^. Désormais les d'Armagnac prirent le titre de ducs de Nemours; et c'est un duc de Nemours qui se trouvait dans la grande noblesse

' Jean V succéda à son père Jean IV, dans le comté d'Armagnac, versUSO.

« Le 5 mars U73.

* Charles d* Armagnac mourut en U97,

Mk FRANÇOIS l^

aqtour de Louis XII. Louis d'Armaguac^ duc de Nemours , venait de ce Bernard comte de la Marche, le gouyeraeur de Louis ^I; fils du malheureux duc de Nemours^ mort sur l'échafaudS par layolontié impérative du roi, tueur de toutp la \k^\\% poblespe, Louis de Nemours > imprudent cl^evaUer, perdit 1q foyaum^ de Naples et toml^a upe ))aU9. espagnole au cœur ^ ; son eomté^pairie fvit érigé en duché au proiit de Gaston de Foii^^ fils d^ Jean 49 Fûii: , vicomte de Narbonne et d^ Ma^ie d'0|*léans. (îloire à pe digne chevalier mort avec ses comp^i?g^OQs à Ravenne! Rayonne, noble victoire qui ^\ yerser tant de larmes à la gentijhommerie de Frfipce ! |1 fut dignement remplacé dans sa ligoéo par Qdet de Foi^ , plus cqnuu sous \e nom de Lau^-^ trefi , up des brayes chçîfs dii régne de François ^^

Çe.Ue noble cour du roi de France était riche en digues capitaines. Acpoure?; d'abord wus icii dans» la mémûir^ des âges, brave la Trémoille % sife de layicQi^té de Tl^Quars et de la priueipauté de Tal- ^^QUt j yot^e fief d'origine poitevine se attachait au

* {scqu«s d'Arm^gnsPi due de Neq^urs, fyt décapité sux balles leiaoûtU77.

* A la bataille de Gerignole, le 28 avril 4503, > Louis de la Trémoille ét^t pé f^ U60«

ET U BWSTAISBANCE. 15

llQFce^ude \^ inonarohie; yos oïeux ayaient coonu Ifi BriflPQ ?îoir au tpmp^ ^ea grauflepi batailles; vieill^f 4 déjà, epmbie^ de ponihat^ avaiept noirci 1^ front 4e la Trémoill» (ïçpuis auptout ^oi^ gloF^em: P*?9ftge (îfis Ap^»mn§, où il parqt tpHe^ient bl%fwdé dp poudf a fit dp jH0H3quetprici que Ch^ffles YI|I q^ le re(?Qpnnt pas, jwaqw'à la bataille deMarignana, 9^ il yengea 8e« pcbeca sw lea compères Ips Suiescia. 4 m çôtéSi çt ^v fldilieu 4p« coulevrine^, était

|;Qffl})il8 pywpfl 4e Talmoqt, sou fila aîpé, l'e»pé,?apçp 4e p* waifioi). Voici Ip capitaine pierre

du Terr^il, pire 4e Paywd/ : yous qui ayp? parcouru le DaupbiBé 4ap!3f la vallée de Grésiyaudap ft^î «ipQtagpea, you8 aye?i aperçu quelques panade ipur^illea^ ruines. 4e l'anpien phàteau du capitaine Bayard? au milieu de pe^ débris ou siffle le vent des gr^u4eft Alpep 8'éleyaient autrefois quatre tours féodales ^^ yql de f^upon, juri4ietion moyenue* qu^i^qu'il s'agtt 4'uQe aueienne pbevalerie^ éclat de la noblesse ; elle n'était pas riche ^ et ses enfants eher-

cbaipnt fortune dans le^ bautps maisons; Bayard,

p^e du duc 4e Slayoie , entra donc coiume bomme

* Bayavd était né en 4476. On pogeède sa vie. écrite par boq seqrét^ir^, ^v» leppm du Lç^yn^ mvit^m, ?an% iVXJ^ M^

d'armes dans la compagnie du sire de Ligny, duc de Luxembourg; chaque grande race avait ainsi une compagnie de lances qu'elle confiait au plus fort. L'adolescence chevaleresque deBayard se passa dans le royaume de Naples, au temps de la conquête des Français; le dernier, il y était resté avec sa compagnie dans un château fortifié sur le beau golfe; et les annales chevaleresques retentissaient encore du défi de Bayard et de Soto May or le fier Espagnol. A chaque époque il faut un type d'honneur comme il faut un type de couardise; les sentiments hauts et bas ont besoin de se personnifier; et c'est ce qui explique la vaste renommée de Bayard. 11 ne suffisait pas d'en faire un chevalier sans peur comme du connétable ou du comte de Saint-Pol, ou bien un chevalier sans reproche, comme le vieux laTré-

moille; Bayard reçut la double renommée d'un chevalier sans peur et sans reproche; pieux de sentiment, exalté d'honneur, il reproduisait le modèle

de ces nobles et grands chevaliers dont les belles histoires traduites en prose faisaient les délices des castels sous François P'. Il n'était pas de plus petit homme d'armes qui ne parlât des prouesses du capitaine Bayard, soldat brave et digne, mais très-médiocre conducteur d'armée, comme la plu-

part des gens d'armes. Le capitaine Bayard n'était plus qu'un vieux soudard purifié par la lecture des romans de chevalerie et du Théâtre ou Verger d^ honneur ^ par maître André de la Vigne.

Anne de Montmorency * devait ce prénom désormais patrimoine de sa race à la reine Anne de Bretagne , femme de Louis XII ; comme Bayard , la Trémoille et Gaston , il avait commencé sa car-> rière en Italie^ là où se donnaient les vaillants coups d'épée. Italie I théâtre éternel des batailles de la chevalerie de France^ aux temps anciens comme aux époques modernes , belles terres disputées comme un vêtement de soie et d'or ! Anne de Montmorency avait combattu à Ravenne^ à côté de Gaston de Foix ; à Mézières , acceptant le défi du comte d'Egmont, il lui fit mesurer la terre à six pas. Montmorency fut fait maréchal de France , dignité fort haute et fort restreinte; de trois ^ les maréchaux sous François V% furent élevés à quatre seulement et le sire de Montmorency fut merveilleusement distingué parmi eux. C'était certes bien quelque chose de se placer hors ligne dans cette grande

' Anne de Montmorency était né à Chantilly, en 4493. Les Montmorency possédaient TIle-Adam, Chantilly et Enghien, qui tombèrent ensuite dans la lignée des Condé^ (tlvx ; ^ Vu ^^^7 / A* "^ '^■*'

clievalerie^ qui comptait la Police- Chab^Qa6«| L^l^^ree t Fleurapges y sans oublier Iqs dignes fL\$ 4p h maison (}e Lorraine , cbafs dç ces compaguie» de lansquepets, Nu| ne pput iqécoun^itre la gr^u-^ Affjxr des Guisç 44ns notre histoire j les Guise, sauveurs du peuple et si digues de ^a courpi^ne I P^ff^j cette chevalerie , rhpmme peiffi-ètr^ qui inspira \f pjpiç djB cpufiapee au ^oi , ce fut un gentilhoninjs {Je bonne spuch^ du nom de Mottier de LafayçftQt Pl^ti^fil» de ce brave de Lafayette , le compagfipR 4§ Charles Yll 4ans la recouvrancp dç squ Jiéri- ^gl^. Lorsqu'on parpourt la correspondance intijqi^e d(9 Fpançqis Y'j on trouve plus de cent lettfçf g^fessi^es par le roi a M. de Lafayette, alors gouyerf^pfif de Picardie et des villes maritime^ qui bQl^ daie^t le? côtes ep face de l'AnglefiQrre * ; est-c9 l^iDppr^f^P^ <lo cette position pu bî^P Tainitié pef- 9QUnelle du qiionarque pour LafayettQ , qui appi>» liait cette correspoudance? Le gouverneur de Picai^ die était biçn posé pour surveiller tputes les démarches des Anglais; d'Amiens Ton pouvait aiu^i apunaître la situation des Pays-Bas lespagnpls, T^tat des esprits aux villes de France , et de là toute la

* Elles sont presque toutes dans le recueil des Mss. de Béthune,

ET LA R^AISSANGË. 19

E^UÎpitude 4e M. de Lafayette , deyenu pour Fran-* sois l" oê qi^e M. Duboucbage était pour son ami Louis XI f rbomme de çopfiaace et de bon eouBeil.

flntoufé de eette poble et brillante famille de ehevalerie , Fraïaçois P' devait gouvernw sa monarcbie, et les mœur^, l^s habitudes d$ sa cpur à^ vaie^l; s'en ressentir. Les règnes ie sen prédéPMK ^eurs avaient été empreints d'un e^ri^ct^re tout dif* firent; Louis XI avait doppé aux Jiabitpdee rpyslw, à la vi0 de château un caractère naorpe^ ^ilenoippi^f le§ fétep étaient banpies des sopil^res niapoir? i^Pr tpnr^s de roprailles épaisses , dç popt-leyis et ^9 ch^îpes : pommant fête][* le^ jpiçs de la vie quap|i|i on p'entepdait autour des tourelles du Plessis quç le qjri ies pxchers de la g^rde, pt d^-ps les veilles de la ppit^ la cloche du pouyre-fei^ op le batten^ep^ 4es ailes des mille corbe^px voltigeant autour dep crevasses festonnées par Iç t^nips* 3pp^ l^opis XI, tout fut pour ainsi dire trapsformé en prisop.

A ce prince succéd^. Charles YIII; la gentilhommerie longtemps comprimée^ ^ besoin de resH pirer l'air des champs, les courses lointaines. Do là cette campagne en Italie et cette course vers Na^ pies, véritable souvenir des croisades. On s'est ennuyé de solitude, de crainte et de silencieuses

méfiances; vient alors un prince jeune , aventureux , qui présente à la chevalerie ardente un but lointain de conquêtes sous un beau ciel. Quand les trompettes sonnent^ l'étendard royal court vers Naples^ et les jours de malheur ne sont point venus encore ! Le règne de Louis XII est comme une con-* tinuation et un développement de l'époque de Charles YIII. Sous la branche d'Orléans se forme cette riche pléiade de chevaliers qui combattent et meurent au champ de guerre: Gaston de Foix^ la Trémoille j Bayard. Louis XII n'a pourtant qu'un côté de la chevalerie : c'est au demeurant un prince processif, procédurier, qui préfère une bonne ordonnance à un tournoi. Ces habitudes de judicature ne favorisent pas les plaisantes coutumes de cour, la vie des châteaux d'Amboise et Blois est monotone ; on se préoccupe* trop de parlement et de lois de justice pour songer à la chevalerie.

Maintenant voici François I" aux nobles manières. Les jeux et les folles joies ont commencé déjà sous la régence de sa mère; Louise de Savoie a fait pénétrer les caprices de femmes dans la cour; non pas qu'on doive croire, comme le récite Brantôme, à une publique dissolution de mœurs, à ces liaisons honteuses dont le récit semble tant com*^

plaire au vieux conteur débauché ; la cour de François P"^ est galante , les femmes y prennent de Tiafluence et font dominer les goûts de plaisir et de petites choses. A Timitation des chevaliers du moyen âge^ le roi choisit une dame de ses pensées^ et ses compagnons de bataille Timitent; on a, et on l'avoue , une noble maîtresse dans cette vie de cour et de tournoi qui domine la génération. Or, l'enfance de François l" s'était passée dans le royal château d'Amboise ou dans la belle cité d'Angoulême. La Touraine , pays de plaisance^ séjour des rois depuis Charles VII, pauvre roi réfugié à Orléans, à Blois, puis à Bourges! Le pays de la Loire était semé de châteaux au milieu de magnifiques campagnes, semblable à de "beaux diamants sur un ru-« ban d'émeraudes. Non loin du sombre Plessis-lès- Tours s'élevait Amboise, souvenir si bien conservé des manoirs féodaux de l'époque de Charles VIII *; les grandes tours à ponts-levis, les portes à herse, les cours d'honneur, les salles de festin et de banquet : noble château d'Amboise ! si les vieux chevaliers se levaient de leurs tombeaux, ih recon-

* Le châleau d'Amboise est un des monumenls qui rappellent le mieux la manière de Charles VHL

flftttràient encore debout Tantique donjon qui vit leurs fêtes, et tes cours qui retentirent de leurs joyeuses passes d'armes ! Dans ce manoir d'Amboise, François T' scella sa première charte sous là tutelle de Louise de Savoie, sa mère ; plus avancé dans laTie> il jeta non loin de là les premiers foûdéments du château de Chenonceaux * , car déjà il aimait le luxe des bâtiments et les magnificenceà Bouveraines. Amboise, Chenonceaux et Chambord me paraissent signaler les trois manières d'architecture du xiv* au XVI* siècle; Amboise, c'est la vieille forme toute féodale , à tourelles fortifléëÉi, comme on en voit les débris sur le Rhin et lé Rhône ; Ghenonceaux Signale un peu plus cette influence italienne qu'oil appela k i*enaissancé. Un mélange de tobs les styles se retrouve dans Chambord avec ses parcs, ses vastes bâtiments. Que de souvenirs pour cette belle terre de Tourâihe ! Le tombeau de saint Martin lui a porté bonheur ! Si la vieille abbaye de Marmoutier rappelle l'époque gauloise, leGhâteau-Regnault,si gracieux, et les murailles si élevées de Loches nous reproduisent le moyen âge. Ces tours de Loches que la

* Le château de Ghenonceaux est à deux lieues d'Amboise.

ET LA Renaissance. 2S

grande main du temps a fauchées ou sillonnées de îuines, virent deilx souvenirs de la monarchie. A Loches y Agnès Sorël aima son royal amant potiir Ia première fois * , et sut lui inspirer l'héroïque ëttëi'gie des hatallles. A Loches aussi, le vieux cardinal de la Bàlue fui enfermé dans la cage de fer c|ne Louis XI fit tout exprès construire par messirë DubouchagCy son spécial ami. Marche^ marché^ J)èleriti des rtiînes! vois-tu ce château gottiqûe, dont leë {)àns de tourelles debout ressemblent à cies géants qui se défièfat sous Id voûte dU eiel? c'èsl' le château de Latigeais^ jeté sur la frontière de âr&tâgrie; au xv* sièôle, Il s'y passa de belles lioces; les diëeurs de science gaie firent entendre leur^ vieilles fiatterieâ , car Anhe de Bretagtie époiisait le noble roi Charles VIIL Chiuôn fut aussi le chàtéàti de plaisance d'Agnès Sotel, et il me semble toir au milieu de ces débris l'étendard de la sainte fille (Jui balança les trois fleurs de lis su^ le front yoyaldeCharleëVÎI*.

Le goût des grands bâtittients est une passion que Ftançoiâ I** rapporte de son premier voyage en îta-

* Letombeaui ou pour parler plus exactement, le souvenir H'Agâds

Sorel 8*y trouve encore tout entier.

^ Le grand railleur Rabelais est aussi de Chinon.

lie , des palais de Gènes> de Florence et de Milan ; il a jeté les yeux sur plusieurs points de ses domaines qu'il veut agrandir et orner. Chambord et Chenonceaux seront ses demeures de Touraine, où enfant il a joué. Maintenant c'est dans le Parisis même qu'il va déployer sa magnificence; François T"" porte à la dernière exaltation le goût de chasse; partout où des bois immenses se mirent dans des étangs ou dans les mares du cerf aux abois ^ il aime à s'abriter; antique coutume des rois chevelus. Est-il un pays plus couvert de noires feuillées que le Parisis! A quelques lieues seulement vers la Normandie, l'immense forêt de Saint-Germain , solitude druidique , tant les ombrages en sont épais ; le sanglier y trace ses pesants sillons, le chevreuil bondit et le faisan bat ses lourdes ailes, comme l'autruche au désert. A Saint-Germain , François V^ veut élever un rendez-vous de chasse, sorte de pied-à-terre pour la vénerie; c'est presque là toujours l'origine des maisons royales et des magnifiques palais. Au midi, il trace déjà le plan d'une reconstruction de Fontainebleau, antique manoir qui vit Philippe Auguste enfant ; il s'y égara un jour sur son cheval de varlet, et il courut tant qu'il y prit une pleurésie, selon le récit des chroniqueurs

de Saint-Denis * . François 1*"^ voulut gi^andir cette demeure des ancêtres ; tout rempli de ses impressions de Milan , de Venise et de Gènes , il conçut dans sa pensée un vaste plan de château, qu'il accomplit dans une autre période de son règne. Au nord, le manoir de Villers-Cotterets fat jeté au milieu des forêts qui se liaient à Compiègne : qu'êtesvous devenue, magnifique demeure des Valois?

Quelle destinée vous a été réservée dans la tempête des âges? Vous êtes aujourd'hui une prison de mendiants; mieux vaut pour les monuments de rhi&toire cette grande destruction à coups de boulets que la colère de Richelieu imprima au front des hautes tours de Pierrefonds , aux mêmes solitudes de Compiègne. Au moins ces ruines ne sont pas dégradées.

Comme tous les rois ses ancêtres , François l*' voulut les embellissements de Paris; la vieille cité formait alors un tout bien ramassé autour des murs que Philippe Auguste avait fait construire , et que Charles VI avait agrandis. Paris en l'île avait successivement grimpé sur la colline par le pèlerinage de Sainte-Geneviève et de Saint-Étienne du Mont ;

' Voyez mon travail sur Philippe Augu$te.

vers le village de Saint-Marcel, au midi; ôtpal* l'autre point la tnélifiànte université avait ses jardins^ ses prés fleuris^ où s'esbattaient les clercs et étii-* diants privilégiés^ jusqu'à la tour de Nesle* En pas-sant la Seine par le pont Notre-Dame^ tout couvert de moulins municipaux, et le Pont-au-Change poi^ tant maintes maisons , près du Chastelet^ on descendait dans le quartier des ouvriers et dignes mar-^ ehands , sous la protection de leurs maîtres i^aiiit Denis et saint Eustache , où se voyait le cimetière des Innocents , et quelle belle dignité bourgeoise que celle de marguillier de Saint-Eustache ! Entre la Bastille et Saint-Gervais y le roi Charles V , de sage mémoire , avait élevé un bel hôtel entouré de vergers et de beaux treillis qu'il baptisa du nom de Tournelles , à cause de la multitude de tours. Cet hôtel y bien situé > non loin de la rivière et de la Bastille Saint-Antoine ^ avait deux entrées > et la principale du côté du Pas-de-la-Mule ^ car on né pouvait y entrer qu'à che^al^ et les dames sur mule et haquenée.

Toujours sur la rivière de Seine et en, longeant était le Louvre^ enl face de la tour de Nesle^ . Vaste

* Pour prendre une juste idée de Paris à ce femt»s ^ il faut tou-

efalteàii tourelle, sorte de pont fortifié pour défenflre la porte Sàint-Honoré ; le Louvre était la deflâetire des t»ois , comme Plessy-lès-Tours , la Bastille et Vin(5ennes. Plus "tard ils avaient préféré les Touf^neilei^ avec leurs jardins , fontaines, préstux et treillis épais Où petidaieht les beaux fruits d'automtie. Soit ijùe le terrain dti Marais fût trop bas et htinlide , ëoit que les bâtiments fussent vieil- Us, Louise de Savoie désira pour elle et pour son fils une autre demeuré : irait-on se loger en la tour du Loilvrè ou dti Temple ? il n'y avait là aucun dSbàttement j on advlsa doûc Tin terrain fort large et fort beau, en dehors de la porte Saint-Honoré , et (jui âppartetiait au sire de Neuville ; il s'appelait les Thuilleries, à cause que irês-ancientiement on y faisait des tuiles et ardoises. 11 fut donc passé une curieuse convention entre le roi et le sire de Neuville : « Comme depuis deux mois de séjour en ttotre boiine ville et cité de Paris , avec notre trèschère ettrès-amée compagne, laroyne et notre trèsôhère dame, fait cotitiuilelle résidence en nôtre maison des Tournèlles , assise près la Bastille Saint-

jours recourir à ce plan admirable presque en relief, hôtel par hôtels trouvé à Tabbaye de Saint-Germaih-des-Prés. Je préfère cette manière aui froids tracés des plans modernes.

Anthoine^ en laquelle notre dame et mère s'est, par aucuns jours , trouvée mal disposée de sa santé corporelle^ tant à l'occasion de la situation du lieu qui est humide y paludens et en basse assiette, voisin et près des immondices et esgoûts de l'un des quartiers de notre ville qui autrement et à ces causes nous ayons par aucuns nos principaux officiers et serviteurs fait voir et visiter plusieurs lieux, places, maisons et édifices à l'entour de cette dicte ville, et nous même en personne ayons veu et visité certaines maisons, édifices, cours et jardins, clos de mur , appartenants à notre amé et féaul conseiller , secrétaire de nos finances et audiencier de France, Nicolas de Neuf ville, scituez et assis éz fauxbourgs de la porte Saint-Honoré et de la rivière de Seine, sur le chemin allant de la porte à nos bois de Boulogne et Saint-€loud, lesquels nous avons trouvé de notre part bien édifiez et à nous trèsagréables, et principalement pour ce que notre dame et mère jouit aucuns jours, s'est continuellement tenue esdite maisons, tient encore à présent, et trèsbien trouvée en bonne disposition et santé de sa personne, au moyen de quoi elle a désir et affection de soy y tenir, etc., ce qu'ayant fait entendre audit sieur de Villeroy, avons donné en échange la terre

de Cbantelou près Chartres , sous Mon tlery, estimé quatre mille livres contre lesdites maisons estimées six mille livres, et vulgairement appelées les Thuilleries \ »

Ainsi furent acquises les Tuileries. Les parcs et les jardins , artistement dessinés ^ étaient fort rares alors ; on préférait les grandes forêts aux épais ombrages; les jardins à compartiments étaient délaissés pour les vergers où pendaient en espaliers la pêche et le bon raisin de chasselas, comme aux treilles de Fontainebleau^ si connues des archers de la garde. Ces symétries de parcs et d'arbres chevelus étaient inconnues au vieux temps ; on s'occupait beaucoup plus de l'individu que de la majesté des masses. Les beaux jardins potagers étaient à Tusage du peuple, les arbres chevelus à l'usage des grands; les uns^ symboles d'utilité pratique , les autres^ des systèmies et des théories de la féodalité.

Sous les Carlovingiens , comme à l'époque des Capets, on comptait une haute hiérarchie d'officiers de palais, entièrement confondue dans l'organisation féodale. Fallait-il donner la coupe au suzerain, tenir son cheval de bataille , sceller ses chartes , il y

• PariSjl Si février 1 51 8, CoMectton Fontanieu, portef, ad ann. 4 54 8.

rer

ao • PRANÇPÎS V

levait pour chacun de ces offices iiu tenancier de la couronne ; dans la marche du temps chacun de cen seryices du suzerain avait pris une plus grande extension , et s'était en quelque sorte civilisa* P'abord la vénerie : quel plus no]}le dél^ssemept qn^ la phasse aux bois épais? François P% fou 4^ <?purir U cerf à travers les taillis , aimait 4 franchir les mares d'e^u sur un coursier fougueux, sans s'inquiéter de8 périls. Le roi s'était heurté plus d'une fois ^\\j, troncs d'arbres, et son corps était couvert 4e meurtirissures» La vénerie aux toiles se composait de cent arçhefs S0U6 un capitaine , qui suivaient le roi au^L catups pour dresser ses tentes; paf mi eux étaient çl^oisis les six valets de limiers et les douze veneurs experts sur tous les faits du courre, selon le livre de Mgr* Php^ bus 9 et a ladite vénerie devaient être constamment attachés cinquante chiens courants de belle pres^ tance * .

* « Le roy a une vénerie, qui s'appelle la veperie des toiles là où sont cent archers sous le capitaine des toiles à cent sols le moi^, qui ne servent que de dresser les toiles et portent grand vouges à pied , et sont tenus les dits archers quand le roi va à la gi^erre ea personne aller avecq lui pour tendre ses tentes, et sont compris du nombre des gardes, quand le roy est en camp, et à cinquante chariots, six chevaulx à chacun chariot qui ne servent que de mener les toiles par tout où le roy va et les planchas pour leç tentes* Ce

Ne confondez jamais la vénerie et la faulconneriei noble éducation des dames, des jeunes pages dans le castel. Courir le cerf, suivre à la trace le sanglier ,, faire la louveterie à travers les plus épaisses fopétSi c'était Tart du maître veneur. Le faulconnier avait pour mission de dresser les fiers oiseaux de ehasse : adressez-vous pour cet art h messire Raoul 4e Cessé, premier panetier de France; élevé au titre de grand faulconnier, il commande à cinquante gentilshommes, tous très-habiles à dresser le faucon, et à cinquante faulconniers aydes. Aux volières royales voltigent plus de trois cent^ oiseaux tous bien dresoés, la crête a la tête et l'éperon à la patte* TousmarchaiidB d'oiseaux doivent tribut ai) grand faulconnier^ et nul n'oserait les vendre sans la licence dudit officier. C'est lui qui préside à la mue, et alors toute la faulconnerie est suspendue^ si ce n'est qu'on laisse quelques faulcons pour voler sur les perdrix \ Oh I

capitaine a aussi 6 valets de limiers, et douze veneurs à cheval et son lieutenant, et a cinquante chiens courans et six valets de chiens pour les pencer. » { Fleuranges, cy devise de Vestat de la vénerie.)

* « Quand ce vient à Testé, ils vont mettre leurs oiseaulx en mue; mais toujours il en demeure quelques uns pour voler les perdreaux avec les vautours, les lenerets et les tiercelets, et à une autre façon de faire merveilleusement belle la vénerie et la faulconnerie ; car

rer

qui nous rendra ce noble art de la faulconnerie, où sont les fiers oiseaux parés de leur bec et ongle d'argent^ par les gracieuses mains des damoiselles?

Il n'y avait donc nul art plus plaisant au roi que la vénerie; et dans l'état militaire des châteaux^ les veneurs formaient une des quatre compagnies , à savoir ; vénerie, faulconnerie, gardes et artillerie. Les gardes se composaient de deux cents gentilshommes, (c gens expérimentés et hommes qui ont bien servy es bandes porteurs d'enseignes, guidons et vaillants hommes , qui ont tenu place pour mettre autour de la personne du roy , et ont lesdicts gentilshommes cent pour cent, et un chef un capitaine, dont est pour l'heur présente le grand sénéchal de Normandie, et

quand se vient à la Sainte Croix de may qu*il est temps de mettre lesoiseaulx en mue, les veneurs viennent tous habillés de vert avec leurs trompes, et les faulconniers hors de la cour, pour ce qu*îl fault qu'ils mettent leurs oiseaulx en mue, et le temps des veneurs approche pour courir les cerfs à force, et quand ce vient la Sainte Croix de septembre, le grand faulconier vient à la cour, pour ce qu'il est temps de mettre les chiens aux chenils, et chasse tous les veneurs hors de la cour, car les cerfs ne valent plus rien ; mais le roy qui est à présent, faict tout autrement, car il chasse hyver et esté, et prend beaucoup plus plaisir à la vénerie, qu'il ne fait à la faulconnerie, et peut monter la despence de la fauconnerie à trente six mille francs sans Testât dudict grand faulconnier.» (Fleuranges, cy devise de l'estat de la faulconnerie du roy deFrance.)

l'autre le vidame de Chartres , qui sout deux grands gentilshommes bien fondés de rentes , et on baille ' tousjours lesdictes charges à gens de grosse maison, et ont d' estât lesdicts capitaines chacun deux mille francS; et les gentilshommes sous eux vingt escus le mois y et portent haches autour de la personne du roy et font garde et guet la nuit quand le roy est au camp; mais en tout temps ils le font le jour^ et tous asseure quand lesdictes bandes sont en armes , que c'est une bien merveilleusement forte bande, car il y a es deux bandes quatorze ou quinze cents chevaulx combattants , et la pluspart tous gens expérimentés. Après cette garde, vous avez les plus prochains de la personne du roy , vingt-cinq archers écossois , qui s'appellent les archers du corps * . » Pourquoi, parmi ces gardes, y a-t-il un si beau privilège pour les Écossais ? c'est que, depuis Charles YII proscrit et sans ressources, les gardes écossaises avaient donné le plus noble témoignage de fidélité à la couronne? Le roi Louis XÏ, si méfiant pour tous, s'abandonnait à la garde écossaise, à ces dignes archers qui s'abritaient dans les caseniates des tourelles. Les gentilshommes , les archers des

* Fleuranges : « cy devise de Vestat des gardes du roy de France. < II. 3

s» FRANÇOIS I*»

Tilles, pouvaient aisément conjurer contre la vie du suzerain si tristement murée à Plessis-lès-Toursj mais les braves archers de la garde écossaise obéiasaient en aveugles sans rien s'enquérir. Leur coa-« tume était pittoresque et bien riche; ils portaient * (c un sayon blanc à une couronne au milieu de la pièce devant Testomac , et sont lesdicts sayons tout couverts d'orfeverie depuis le hault jusques en bas, et sont lesdicts archers sous la charge du sieur d'Âubigny y et couchent les plus près de la chambre du roy. Ledict sieur d'Âubigny est capitaine de tous le^ Écossois qui sont dans ces vingt-cinq, et encorea cent hommes d'armes qui ne sont point compris ôa gardes , et lesdicts Écossois incontinent qu'il est nuict et que le capitaine de la porte avec ses archers a'en est ^Ué p va quérir les clefs le capitaine des cents Écossois 2 mn pas des vingt-cinq, et ont en garde la porte * , » Les archers écossais étaient donc les véritables gardes des corps royaux avec charge de veiller sur la personne du monarque.

A leur côté étaient quatre cents archers franeaia avec hoquetons aux couleurs du roi, tout couvert d'orfèvrerie, rangés par compagnies de cent hommes,

' Fleuranges ; « cy devise de Vestat des gardes du roy de France, »

ainsi que les Suisses des ligues et cantons auxquels les portes étaient confiées. Enfin , venaient les gardes de la prévôté, qui assistaient le prévôt dans ses jugements pour les délits commis en l'hôtel. L'artillerie du roi formait une bande et compagnie à part, sous le grand maître; et qui aurait nié la belle ténue de l'artillerie , arme nouvelle qu'on cultivait avec ardeur sous M. de Genouillac? On façonnait les Iongués coulevrines semblables à des dragons de feu ; les mortiers à bombes venaient d'être essayés au siège de Bresse ; le canon jetait des boulets de pierre de soixante livres pesant; l'artillerie était destinée à d'autres miracles.

Quand la guerre appelait au loin ces nobles compagnons de batailles , rien de mieux; ils passaient les Alpes , les Apennins , pour saluer Milan , Bre&cia, Venise, Naples, et leur incessante activité était ainsi préoccupée par la gloire. Mais que faire de ces bouillants gentilshommes lorsque la paix oisive les retenait aux châteaux du roi ou dans leurs propres manoirs : comment les distraire par des délassements dignes d'eux ? La chasse au courre , au cerf était bien une image des aven^ tures à travers champs , mais dans ce plaisir de la solitude le seigneur ne brillait que par ses meutes,

ses limiers^ ses chevaux ardents. Il fallait un luxe de cours plénières^ d'armoiries , de festins^ à ces gentilshommes^ pour se grouper en joyeuses bandes, se voir, se visiter, essayer en troupes dans des rencontres militaires si leur bras était toujours fort et leur armure de fine trempe; ce qui donnait grande popularité aux tournois. Une erreur historique serait de reporter plus loin que Charles VU l'époque la plus brillante des tournois. Au xii® siècle^ on se heurtait^ sans doute ^ en combats singuliers^ mais les joutes , les fêtes, les carrousels ne prirent une empreinte royale^ une solennité grandiose qu'au temps de la chevalerie galante depuis Charles VII jusqu'à François P^

Le peintre^ l'artiste, le régulateur de ces tournois y ce fut René d'Anjou * , le digne comte de Provence, imagination fertile, singulière, qui passe sa vie à colorier la belle image des fêtes , à grouper l'amour, la malemort, les mystères de la Fête- Dieu, l'enfer, le purgatoire, le paradis, sorte de Dante artistique et décorateur. René d'Anjou , dans les loisirs de la ville d'Aix en Provence, avait écrit

* René d* Anjou, né le 46 janvier 4 408, mourut à Aix, le 40 juillet 4 480; il portait les titres de roi de Jérusalem et de Sicile, d'Aragon, duc d'Anjou, de Bar, comte de Barcelonne et de Provence.

de sa main et Cnluminé un beau livre qui prend le titre des Tournois du roi René \ On le dirait un vieux roi d'armes , chargé de résumer le code des joutes d'armes. Ecoutez , vous tous , les solennités de ces passes de camp ? Lorsqu'un prince ou roi veut donner fête et tournoiement à la chevalerie , il doit mander les messagers en tous lieux pour annoncer ses nobles intentions; les varlets d'armes qu'il choisit pour messagers doivent être polis ^ bienséants , et ne porter armes de guerre , car ils sont envoyés de paix et de plaisir. Sur leur poitrine et sur leur bonnet ils doivent arborer l'écu armorié de leur seigneur , car chacun montrera ses cimiers y ses supports de blason ; le royal artiste a dessiné toutes les armoiries avec un fini parfait. Les messagers arrivent en face de la tourelle ; les archers du seigneur les aperçoivent et la trompette sonne : que veulent donc ces beaux varlets , ces écuyers qui viennent de loin sur leur coursier? ils requièrent remettre charte scellée de leur sire au comte ou au châtelain de séant. «Entrez prud'hommes sous cette herse^ et vous serez les bien accueillis! Sénéchal y menez ces messagers en la cour,

* Il est à la Biblioth. du Roi Tune des plus riches curiosités.

S8 FRANÇOIS l^

festoyez les avec du vin nouveau etTlu pain d'épice, ou de la cervoise. » Un genou en terre, les messagers remettent leurs lettres scellées au seigneur du castel, qui porte en son écu Bourgogne, Champagne, ou Anjou.

Le tournoi sera brillant! Quels préparatifs!

quelle fête ! les prud'hommes , vieux chevaliers , sont arrivés comme juges du camp; ils n'ont pas revêtu encore les armes de guerre; leur pacifique justaucorps est serré; ils ont couronné leur chef d'une toque surmontée d'une plume de héron. A quelle distance s'élève l'estrade pour les seigneurs, les dames, les jeunes varlets ? est-elle assez haute, assez largement posée ? le bois est bon , très-reluisant , on le garnira d'étoffes ; les banderoles flottantes diront les couleurs de chaque chevalier. La lice est-elle parfaitement ordonnée ? le terrain estil uni 9 sablé ; les cordes qui tiennent les chevaux sont-elles de bonne nature, et les prud'hommes qui briseront à coup de haches d'armes ces faibles obstacles en donnant le signal sont-ils suffisamment experts? Il faut maintenant visiter les écus, les pièces d'armes du blason , afin que nul chevalier discourtois ou rustre ne s'introduise dans une si belle compagnie : celui-ci porte une barre de bâtar-

' dise; celui-là un lambel de lignage* . Par les pièces de l'écu f on savait les actions , la vie ^ la famille de chacun; certificat vivant de l'honneur des chevaliers de toute une lignée. La foule incessante encombre la cour d'honneur ; le champ clos de la chevalerie; on se presse , on se réjouit d'espérance, lorsqu'on entend le son aigu des trompettes et bucines annonçant la passade ou pas d'armes , qui indique les lieux que traversera la procession des chevaliers avant de se rendre aux tournois. Quelle noble mêlée , quelle poussière glorieuse ! La scène des tournois est bien dessinée paf le roi René , véritable tumulte de chevaliers qui se heurtent, se précipitent; leurs coursiers, entièrement caparaçonnés, gênent un peu leur mouvement; leur tête est surmontée d'un casque et cimier parfaitement travaillés où apparaît un symbole

* L'art du blason est le plus doux passe-temps des âmes élevées; hélas! que de fausses pièces aujourd'hui. Le hibou a niché dans le noble nid du faucon. Sur la chevalerie il n*est rien de plus précieux que le livre de Sainte-Palaye , noble cœur à l'érudition naïve et sainte. J'oublie toutefois les beaux travaux du père Ménestrier, de l'ordre des Jésuites ; sa Méthode raisonnée du blason, son Traité de la chevalerie ancienne, Paris, 4683; et son Traité des tour-" nois et joutes, Lyon, 4 669, sont de remarquables travaux d'histoire.

iO FRANÇOIS V

et souvent l'armoirie entière * . Leur corps est cou- . vert de toute piècç : cuissards , cuirasse , brassards, sans qu'on puisse apercevoir les moindres jointures. Le roi René a poussé l'exactitude si loin qu'il a crayonné à part toutes les pièces de Tarmurepour que les prud'hommes puissent les comparer et les examiner à bon droit.

Si le règne de François P' est l'époque de la chevalerie forte et galante^ elle est également celle des armoiries et des devises qui se lient et se touchent dans le blason. C'est du xiv® au xvii® siècle que les armoiries se régularisent par des signes héréditaires. Jusqu'ici les blasons se montrent irréguliers^ capricieux; on ajoute des pièces aux écua sans motif. Mais à mesure que les titres deviennent fixes, les dignités plus certaines^ les marques distinctives prennent un autre caractère de perpétuité.

* Voici quelques pièces sur les riches vêtements des tournois.

Quittance Sune somme payée au pîumassier du roi. — 49 août 4517. Collection Fontanieu, portefeuille.

« En la présence de moy.... notaire et secrétaire du roi notre sire, Claude Coquet pîumassier suyvant la court dud. seigneur a confessé avoir eu et receu de Jehan Testu , conseiller et argentier d'icelluy seigneur, la somme de dix-huit livres tournois pour le payement de 4 xii°*' plumes simples toutes blanches acheptées de luy dès le moys de novembre mil cinq cens et quinze pour servir au roy .notre d. seigneur, et douze autres gentilshommes retenuz par icelluy sei-

ET LA RENAISSANCE. ki

On commence à distinguer exactement les couronnes de duc^ de marquis, de comte, de vicomte et de baron sur le chef; les supports reproduisent de bizarres souvenirs, la licorne si svelte, le griffon ailé, le lion lampassé; les émaux sont régulièrement écartelés de gueules, de sable, de vair, d'or, d'argent , d'azur avec l'opale , les cimiers hauts et parlants. Chaque blason porte désormais son cri d'armes qui exprime le caractère, la valeur, le souvenir des ancêtres. Ce grand symbolisme des devises, François P*" en travaille le sens et la portée; il se complaît à en composer avec sa sœur, la Marguerite bien-aimée *; il est peu d'armoiries qui n'aieat leurs cris d'armes, depuis Mont-joie Saint-Denis, du grand blason de France, jusqu'à ces petites devises

gneur, pour estre de sa part à combattre à pied à la barrière avec et contre luy en la seconde cour du chastel de Vigesve le jour du Tournoi qui fist en lad. ville a courir la lance à l'annel pour la venue des seigneurs magnifiques JuUien et Lorens(de Medicis) frère 6t nepveu du pappe notre saint père. »

« Quittance pour le tailleur du roy d'une somme à lui payée pour fournitures à façons d*acoustremens qui dévoient servir à un Tournoy au château de Vigevano et qui fut donné à Romorantin. »-3 février 4548. Collection Fontanieu, portefeuille.

• Marguerite avait plusieurs devises : 4« Un souci tourné vers le soleil avec ces mots : Non inferiora secuius; T Un lis entre deux marguerites, avec cette inscription : Mirandumnalurœ opus.

de Dieu soit en ayde^ Fortis et fidelis^ si répétées sur les blasons de chevalerie.

Deux grands tournois, magnifique spectacle, furent donnés , dans cette première période de François V% Tun à Romorantin ayec toute la so« lennité de la chevalerie, et dont il est partout question dans les chroniques ; il occasionna sans doute de fortes dépenses, car plusieurs acquits de pel-leteries , soies, draperies, en sont restés à la Cham-bre des comptes. Romorantin, cette belle contrée du Blaisois, peuplée de nobles châteaux ^ était parfaitement située pour les solennités d'un tournoi ; il s'y prolongea quinze jours et il s'y brisa soixantehuit lances. Depuis le pas d'armes de Baudricourt et ses gorgiales festes, on n'avait rien vu de si merveilleux que cette incessante mêlée de chevalerie où François V^ assista en juge du camp. Le second tournoi fut célébré dans l'entrevue du Drap d'pr, lorsque Henri VIII, roi d'Angleterre, vint saluer le roi de France ; il s'y brisa également de bonnes lances , avec cette jalousie nationale qui séparait depuis des siècles les Anglais des chevaliers de France. A Romorantin , tout fut courtois comme dans une fête; mais au camp du Drap d'or on se combattit en véritables ennemis, avec ce terrible

ET LÀ RENAISSANCE. Ad

acharnement des hommes de bataille. Le sang coula et Ton eut à réciter des douleurs de part et d'autre. La chasse, la guerre, les tournois, formaient comme la trilogie dans la vie de ces vaillants compagnons. Cependant à ces hommes étrangers aux cultures de l'esprit , il fallait sous le foyer domestique des jeux, des distractions, le soir, lorsque la lampe d'hiver éclairait la salle du château. Lq jeu le plus antique^ 1q plus vénérable dans les us et coutumes, c'était les échecs : comme le jeu des osselets, avait-il son origine dans les souvenirs de la Grèce et de Rome? ou bien fut-il transporté en France de l'Orient avec les présents du calife? Les pièces colossales des échecs du trésor de Saint-Denis se rattachaient à la période carlovingienne^ il semble voir encore ces preux compagnons du grand Charles remuer de leur large main gantée de fer les pièces diverses de l'échiquier, le roi, le fol, la tour; crier de leur voix retentissante cette expression de victoire : Echec et maty comme aux champs de guerre ils annonçaient la chute du gonfanon ennemi. On reportait l'origine des cartes à la folie de Charles YI, et le trésorier des épargnes n'avait-il pas payé : « à Jacquemin Gringonneux, peintre, cinquante-six sols parisis pour trois

kk FRANÇOIS P'

jeux de cartes en or et à diverses couleurs , pour l'esbatement du pauvre roi? » Aux romans de chevalerie f il est dit que les varlets et pages s'esbattaient avec les cartes et peintures. Durant les émotions à Paris^ sous les Bourguignons et les Armagnacs, les cartes en prirent les couleurs et les souvenirs^ en reproduisant les costumes de Charles Y à Charles YI ; les rois tons fourrés d'hermine : Alexandre, César, David, Charlemagne se montrent avec le trèfle ou fleur de lis des champs , la pique des batailles , le cœur d'amour et le carreau de l'arbalète. Â leur côté, les nobles et chastes dames Judith la forte , Rachel la pure , Pallas l'antique , et Ârgine le poétique nom des romans de chevalerie. Quant aux varlets , sous leur riche costume qui ne reconnaît le brave Lahire , l'Hector d'Homère, Ogier le Danois de l'époque carlovingienne, et le fier Lancelot du Lac, des traditions de la Table ronde ? Les cartes reproduisaient par leur nombre les troupes de chevalerie, les compagnies des hommes d'armes sous les varlets, car. le titre de servant et de varlet n'était alors nullement vil, et il y avait de nobles hommes qui le portaient, la tète fière et haute. Maintenant mêlez les cartes , coupez, faites le jeu : que signifient ces quatre qua-

ET LA RENAISSANCE. ft5

drilles^ si ce n'est les factions qui déchiraient le royaume à l'époque de Charles YI, les partis de France , d'Angleterre , de Bourgogne et d'Isabeau de Bavière * ?

C'est la représentation de tout un mystère que le jeu des tarots : l'empereur, la reine, le chevalier de la coupe et de l'épée, la tour si haute, le fol du roi, le pendu à la triste figure, et la malemort de la danse macabre. Merveille avoir que tout cela s'agiter dans les combinaisons du jeu qui plaisait tant aux dames dans les longues soirées d'hiver; sorte de reproduction vivante des actes de la vie. Laissez aux vieux chevaliers les échecs qui brisent le crâne par les combinaisons; aux soudards, aux Suisses, aux lansquenets, les dés qui bruissent dans le cornet de cuir, comme les ossements d'un pendu qu'agite le vent; les dames, les jeunes gentilshonames , sous François V , préférèrent les cartes peintes, enluminées d'or et de carmin, qui amu-

* Il existe de savantes Recherches historiques sur les cartes à jouer, par BuUet, Lyon^ 4757, petit in-S"*, dédié au marquis de Paulmy. y**, aussi Eclaircissements historiques sur Vinvention des cartes à jouer, par l'abbé Rive, dans sa Notice d^un manuscrit de la 6t6ltothèque du duc de la yaUière, intitulé le roman étArtus, comte de Brctaigne, Paria, 4779, in-4*.

sent les yeux et délassent Tesprit , car cette société aimait les jeux, l'agitation, les plaisirs. Quand on parcourt le journal de Louise de Savoie, si tendre, si alarmée sur la vie de son fils, on ne voit que souvenir de blessures que François P' a reçues en jouant et s'esbattant comme un fol page qu^il était. On se séparait en troupes : « Il faut , disaient les pages, assiéger le comte de Sain1>-Pol, le sire de Bourbon dans son hôtel où il dort pleinement. » Et alors tous ces jeunes hommes s'armaient de bâtons, de roseaux, se groupaient en troupes pour escalader les murs, et Ton dirigeait la guerre à coups de pommes et de boules de neige, si l'hiver était en froidure. La dure empreinte que François P' gardait au front , cette cicatrice qui l'avait obligé de raser sa tète, il l'avait reçue' dans ces fols jeux de bâtons et d'épées; plus étourdi qu'un page, le roi ne craignait pas le péril, il se jetait l'esprit en joie, partout en aveugle, et c'est ce qui alarmait sa tendre mère.

Cette société festoyait incessamment carnavals^ coutumes, feux de joie, anniversaires: étiez-vous de la basoche , clercs, escoliers , que de fêtes et esbatements dans les prés et champs, et folies pour les jours de fêtes? Ici les masques^ momerie et

charivari ^ ; puia la chevauchée de Tàne faite en la ville de Lyon ^^ ou le plaidoyerde maris ombrageux' sur le privilège des masques qui tiennent les dames en exhaussement et bonne émotion ; là le bœuf gras qui fait sa procession en toutes les villes * ; la fête des fous % et la Mère Folle de Dijon. Le fondateur de cette fête fut un comte de Clèves^ allié de la maison de Bourgogne; et plus de cinq cents bourgeois s'amusaient tous portant le bonnet à trois couleurs ^ signe de la marotte des fous; la Mère Folle avait cinquante hommes pour sa garde^ syndics de la ville de Dijon^ par mandement de monseigneur de Bour-

* L'origine des masques, mommerie, bernez et revenez es jours ffTùs de caremne prenant, menez sur Vasne a rebours et charivary, h jugement des anciens pères et philosophes sur le subject des mas^ quarades, le tout extrait du livre de la mommerie de Claude Noirot, juge en matrertè de Langres, A Langres, par Jehan Chaveau, imprimeur ei libraire, 4609.

' Recueil de la Chevauchée faieie en la ville de Lyon le dix sepiiesme de novembre 4578, avec tout l'ordre tenu en icelle, A Lyon, par les trois supposts.

* Plaidoyer 52, tles arrests d'amours, % vol, in-8", Amsterdam,

^ Voyez l'origine du bœuf gras dans un ouvrage d'Alexander ab Àlexandro intitulé Genialium dierum, lib. VI.

* Mémoire pour servir à l'histoire de la fête des fous, qui se faisoit autrefois dans plusieurs églises, par du Tilliot, Lausanne, 4744,iih4%

us FRANÇOIS !•'

gogne. A chacune réception on disait mille folies ^ dans le brevet de maîtrise : « L'an mil courant , après celui climatérique de la rocelle , au mois où les volailles sont de saison , les enfants de par mère mirélifîques et superlatifs loppinants de l'infanterie ; à tous fous , archifous , lunatiques , vieux et non* veaux almanachs, sans calendriers, passavants, sans arrêts, présents, futurs et à venir, salut \ » En tout le royaume n'existait-il pas la confrérie des enfants sans souci^, en lutte perpétuelle contre maistreEn^ nuy le plus blême de tous les hommes? et le prince de plaisance , le prince d'amour , le prince de la plume •, puis l'abbé des comards d'Évreux * qu'on

* Lettres originales d'un gentilhomme de Boui^ogne (du Tilliot), sur rinstitution de la compagnie de la MèreFoUede Dijon, insérées dans le Mercure, janvier 4724.

* Qément Marot, qui avait passé une partie de sa jeunesse avec les enfants sans souci, a composé pour eux une ballade (4642).

Qui sont ceux-là qui ont si grand'envie Dedans leur cueur et triste marisson Dont cependant que nous sommes en yie De maistre Ennuy n'escoutoni la leçon ?

> Voyez Traité de la chevalerie ancienne et moderne , par le père Ménestrier.

* Abhas cornadorum,Les triomphes de Vabhaye des comards, sous le receveur en décimes fagot, abbé des comards, contenant les criées et proclamations faites depuis son advénement jusqu'à Van présent, pius l'ingénieuse lessive qu'ils ont conardement montré^ awo jour^

menait promener dans la yille et les villages de la banlieue , monté sur un âne ^ et si grotesquement habillé. Quelles folles paroles^ quels joyeux propos : « De notre bon âne, du meilleur^ du plus excellent, nous devons faire la fête; en route il trouve un chardon et lui coupe la tête. * . » Quel bon réveil que celui de Roger Bontemps ^, type d'une époque réjouie : dévidez le jeu de la pelote , bons chanoines d'Auxerre ^ A chaque fête, à chaque anniversaire son divertissement; à la Saint-Jean, un pétillant feu de joie; à la Saint-Martin , à Noël, à Pâques, danses et banquets joyeux.

La plus belle , la plus réjouissante de toutes ces fêtes , était celle de l'antique et magnifique ville d'Aix y qu'institua le bon roi René d'Anjou; une procession était alors le dénombrement de la cité , l'expression d'un noble souvenir. A Beauvais, à la Fête-Dieu , les femmes précédaient les hommes en souvenir de Jeanne Hachette, la courageuse fille.

gras en Van 4540. Rouen, 4587, petit in-8* (très-rare). — Voyez une savante explication sur ce sujet dans le Mercure d'avril 47^5.

* De asino bono nostro En revenant de Gravignariâ ,

Meliori et optimo Un gros chardon reperit in via;

Debemus faire fête. Il lai coupa la tétc.

• Mercure, décembre 4737.

* Mercure, mai 4726.

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