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René d'Anjou , ce roi artiste qui dessina son beau blason de Hongrie ^ face d'argent et de gueules ; de Sicile^ d'azur semé de fleurs de lis d*or ^ au lambel de gueule ; de Jérusalem» d'argent avec une grande croix intencée d'or ; d'Anjou^ d'azur semé de fleurs de lis d'or, bordé de gueules , et sur le tout, d'Arar gon d'or à quatre pals de gueules. Ce René , qui façonnait les tournois, les passes d'armes, voulut aussi laisser les statuts de sa belle procession en la ville d'Ak^n Provence, représentation de tout un itays^^ tère du moyen âge*
Au doux mois de mai, quand le souffle tiède du printemps a ranimé les fleurs , le peuple se rassemble ; les gentildiommes doivent élire le prince des amoureux, et le peuple son dictateur ; et avec ceux-^ ci se fait élection du roi des cabaretiers , des maquignons, des manouvriers. Ces choix accomplis, chacun va prendre à l'hôtel de ville son costume bigarré comme un blason. Ce cri aigu des fifres et des tambourins, c'est la passade qui annonce la procession de la Fête-Dieu * : partout s'agitent les
* Explication des cérémonies de la Fête-Dieu d'Aix, par Antoine Ruffi, de Marseille, 4655.— -Espnï du cérémonial d'Aix en la célébration de la Fête-Dieu, par Pierre Joseph de Haitze ; Aix , petit m-42,
bannières) le tottége va suWre cette rxxef ce caitéfour. Enfants, peuple et bons bourgeois, la fêle s'an^nonce : quel est ce personnage la couronne au front^ le sceptre en main , qu'une multitude de démons harcèlent? il saute de droite et de gauche comme un possédé ; une femme est pai^mi les démons et j représente la concupiscence ; la multitude donne à ce foi le nom d'Hérode , expression de la royauté abrutie arec ses mauvaises passions et ses instincts vicieux. Â quelques pas vient Varmetté du la petite àtne « enfant gracieux , ntl cotnme le Jésus de la crèche. Ainsi ^ à côté de la royauté sensuelle^ l'in-^ nocence pei'sécutée portant sa croit j heureusement, pour la préserver s'offre l'ange gardien, et tous deux se réfugient sous le signe de la rédemption; en vaiti les démons les poursuivent en exprimant la passion charnelle. Peuple inconstant, voici ton ingratitude : Moïse montre les tables de la loi aux Juifs réunis qui se groupent sous le veau d'or; alors un d'entre eux jette un chat vers les cieux , image de la trahison et de la gourmandise; souvenir del'Égypte et de la longue cap* tivité; à ceux qui adorent le veau d'or on peut bien
4758. —. Explication des cérémonies de la Fête-Dieu d'Aix en Pro^ venoe; Aix, in-4SI, fig., 4777.
rappeler la servitude des bords du Nil. Alors se montre la reine de Saba, l'admiratrice de Salomon^ celle qui loua sa sagesse ; noble , richement parée , ses contours sont moelleux et cadencéis. Le roi René a composé lui-même l'air de la reine; ses trois dames d'atour dansent autour d'elle^ tandis que son chevalier tient l'épée nue surmontée d'un petit château de carton , symbole et attribut de la royauté féodale. Ce beau mystère de la ville d'Aix représentait encore les trois mages, le massacre des Innocents ^ la purification du temple, la passion du Sauveur du monde; saint Christophe, expression des géants; les chevaux frux ou fringants, jeux des nobles gentilshommes qui multipliaient les évolutions alertes dans des chevaux de carton richement caparaçonnés.
La cérémonie de la Fête-Dieu d'Âix, ou pour parler plus exactement, la représentation du mystère , est la plus exacte expression des jeux , des folies de l'époque de François V% où tous les plaisirs étaient bruyants et les cérémonies agitées. Temps curieux ! à côté de la dignité de roi de France , il y avait celle de roi des ribauds , de pape des sots , d'abbé des cornards; on raillait, on plaisantait sur lés choses même saintes ; la langue n'avait pas ce
caractère de précision et de chasteté des époques plus raffinées ; et au-dessus de tout cela une fidélité, une croyance de gentilshommes , qui faisait considérer comme une action lâche, déshminête, le manquement à sa parole. A la première époque de François P' commence l'élégance des formes et des costumes véritablement chevaleresques : en guerre , Tarmure pesante et lourde ne se distinguait que par la trempe de Tacier-et le fini du travail, si admirablement façonnée avec des représentations de bataille, comme sur le bouclier d'Achille ; au castel , à la cour, les gentilshommes avaient un costume d'apparat pour les fêtes et les délassements. Les hommes portaient la tête rasée , le front haut et nu , la barbe longue et pointue; le roi avait peu de cheveux^ et jamais l'imitation ne se fait attendre quand le souverain a pris un costume ; sur cette tête rasée on portait habituellement un bonnet de soie ou de velours, relevé d'une longue plume; on l'appela chapel , comme diminutif de chaperon ; la calotte fut laissée aux clercs , le mortier aux magistrats. Louis XI seul avait adopté un moment la calotte, car il tenait peu à la dignité du costume; la médaille de la Vierge, en plomb, relevait seule cette coiffure de cuir ou de soie salie par l'usage et le temps.
Ce changement notable dans le costume dont j'ai parlé , s'opère surtout dans la première période de François I" : le pourpoint et les culottes furent tailladés, les nnanches plissées et touffues sur l'épaule. Le roi, un peu gros des épaules et du cou, voulait dérober ce manque d'élégance. On ne couvrit plus son corps d'un ample manteau, alors raccourci selon la méthode italienne } le soulier à la poulaine tombait en désuétude comme un vieil usage de Charles YI. Sur la poitrine , chacun portait ses armoiries , afin de dire à tous son origine. Un chien en laisse , un faucon sur le poing , étaient le témoignage vivant de la race noble.
Les femmes, sous François V, changèrent également leur vieux oostume du xw"" siècle. Sous Philippe le Bel , les miniatures nous les représentent un bonnet énorme et pointu sur la tète, comme aujourd'hui encore les femmes du pays de Caux. Du haut de cette coiffure pend un riche voile de gaae très-flne, qui dérobe les cheveux; le cou et une partie de la gorge se voient à nu. Au xv* siècle
déjà, cette mode s'est modifiée: voici le costume d'Isabeau de Bavière ; cette femme si élégante et si légère porte un bonnet en cœur fort élevé , surmonté d'une aigrette d'où pend un long voile; par-
tout d'étincelantes pierreries sur le cou , au bras. Les dames étaient très-déréglées dans leurs caprices ; (( surtout les accoutrements de tète étoient fort étranges * ; car les dames portoient de hauts atours de la longueur d'une aune ou environ , aigus comme des clochers, desquels descendoient par derrière de longs crêpes à riches franges , comme étendard. » Ce genre de coiffure excita vivement l'anathème des prédicateurs ; un carme fit tant de bruit qu'ai^cune femme n'osa paraître à ses sermons avec ses hennins. «Mais, après le sermon, elles relevèrent leurs cornes comme les limaçons , lesquels, lorsqu'ils entendent quelque bruit, re« tirent et ressèrent tout bellement leurs cornes , et ensuite , le bruit passé , les relèvent plus grandes que devant. Lors firent les dames après le département du carme. »
Rien de plus coquet que le costume des femmes sous François V^ : on détacha les cheveux en boucles surmontés d'une petite toque à l'espagnole; on éehancra les tuniques de manière à mêler l'éclat de la chair aux feux des pierreries; un corset prit exactement la taille ; Charles YIII apporta d'Italie la robe de velours courte qui laissait voir les pieds. Ainsi était vêtue M"""" de Chateaubriand. Ces petits
* Paradin , Annaks de Bourgogne,
détails ne sont point étrangers à la grande peinture d'une époque ; ils y entrent comme des éléments essentiels ; les faits généraux ont une physionomie uniforme , monotone ; l'histoire ne prend d'intérêt que par ces tableaux de mœurs et d'habitude. Quand les temps ont passé sur les générations mortes^ oui aime à reproduire toutes les traces qui les font connaître : ne vous est-il jamais arrivé de vous arrêter dans une vive et profonde contemplation devant ces tombes^ux des vieux âges , où se trouvent représentés un seigneur et safemme, les mains jointes, froids comme le marbre^ et priant ainsi le Dieu éternel de les recevoir dans sa miséricorde? Ces cœurs que la tombe a refroidis, ces corps que les vers destructeurs ont dévorés, vivaient pourtant à ces brillantes cours : il y a quelques siècles, que, revêtus de riches habits, ils assistaient aux fêtes de chevalerie, aux bruyants tournois; notre imagination ne peuple-t-elle pas ces tombeaux de fantômes brillants, couverts de justaucorps , de pourpoints et de capels de velours ? Telle est l'histoire : elle se complaît à pénétrer dans les vieux temps pour les faire revivrçj et on ne les fait revivre qu'en dessinant tous les traits mêmes les plus indifférents d'une époque.