‹ Franc̜ois Ier et la renaissance 1515-1547Chapitre 15 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

SSt FRANÇOIS I*'

oie : TottI est perdu fors Fhanneur, mail elle Mt noble et digne ; c< * Madame, pour vous faire sgavoir le reste de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que Thonneur et layie qui est sauve; et pour ce que en vostre adversité , cette nouvelle vous sera un peu de réconfort ^ j'ai prié que l'on me laysast vous eserire cette lettre, ce que l'on m'a aisément accordé, vous suppliant ne vouloir prendre l'extra mité, vous mesme en usant de vostre accoutumée prudence. Car j'ay espérance à la fin que Dieu ne m'abandonnera point; vous recommandant vos pe<* tits enfants et les miens en vous suppliant faire donner leur passage à ce porteur pour aller et retourner en Espagne; car il va devers l'empereur pour fiçavoir comme il vouldra que Je sois traicté. Et sur ce va me recommander très^humblement à votre bonne grâce , votre très-humble et trèsH>béia» saut fils , Faàiiçots. »

Indépendamment de cette lettre que son devoir de fils lui faisait adresser à Louise de Savoie, François V% dans les premiers loisirs de sa capti\ité, écrivit en vers l'histoire de cette campagne dans une

* BiM. Roy,, collea. dea )te« deColb., vol. 71-72, cot. Seignelai, n^" 4 53 ( aulogcspbe ).

curieu&Q épître où, roi, poëte et acteur dea événe** mentSy il décrit les moindres incideata de cette far taie expédition. A peine a-t-il quitté TarmurQ de bataille, qu'il songe à l'impression quei vft faire à sa oour la nouvelle de sa captivité ; il y a laissé non* seulement sa mère , mais encore des femmes qu'il aimait, une maîtresse chérie *i comment vontr-ellea juger le pauvre chevalier captif? Sans doute ce n'est pas la première fois que, dans les annales de ohe* Valérie, les preux sont tombés au pouvoir de l'ennemi : Renaud de Montauban ^ Renaud, Amadis de Gaule ^ ont subi tous cette fatale destinée. Ce que le roi veut donc prouver à sa mie, c'est qu'il a glo« rieusement combattu, et que s'il est captif, il faut en accuser la destinée plutôt que son bras» u Je yeux te faire savoir, lui écrit^il, ma fortune bien dure, n'en prends point do mélancolie; pardonnez-moi, car conter une mésaventure, c'est ladoucir; je ne suis point indigne de t'aimer; d^r, honneur^

* M. GhampoUion fils» qui m's^ commuiûqué ce poème en Mss. (Bibl. du Roi, n® 30^ ), croil que eeUemaitreise chérie est mademoiselle d'Helly (Anne de Pissele» , depuis du^iesse d'Ëtampes).

Par quoy je viens par triste escriptuie

Te déclairer ma fortune tant durej «

Te requérant par nostre aC[ection

Invincible de nulle division,

Point ne vouloir prendre melancolye

affection^ amour, je garde encore ces quatre compagnons. Quand je partis^ c'étoit pour défendre mon paysj'avois autour de moi de braves chevaliers affamés d'honneur et de gloire^ et c'est ainsi que je me hâtai de passer la Durance. Je voulois combattre l'Espagnol en Provence, il ne m'attendit pas; en vain il assiégea Marseille , et refoulé vers les Alpes y il repassa en Italie. Voyant donc la grande difficulté de le rejoindre, nous résolûmes de franchir les hautes montagnes; moi, le roi, je répétois aux soudards : Amis, puisque la fortune nous a jette en ces lieux, ne craignons pas la hauteur de ces monts; si les premiers nous sommes en Italie, la guerre sera finie sans combats. Hélas ! ce fut alors que je connus que tous n avoient pas au cœur courage et vertu, les hautes montagnes leur firent peur, ils préférèrent la route de la Durance ; et cela nous fit perdre un très-grand temps. Enfin nous aperçûmes les champs lombards, et la flotte qui devoit

De mon escript , n'aussi de fascherie , Car tu gçoii bien, qu'en grande adversité Le recorder donne commodité.

A tous mes gens Je faiz grande feste et Joye Pour esprouver ceste nouvelle voye, En leur disant .- G souddartz et amys »

Puisque fortune on ce lieu nous a mis ,

ET LA RENAISSANCE. ZUi

nous seconder alla bien lentement; au lieu d'attaquer la Sicile, elle resta sur la côte. Cependant Milan est repris; je croyois la victoire certaine lorsque le mauvais vouloir de mes chefs m'enleva tout mon triomphe. Un surtout^ entraîné par la passion^ fit tout le contraire de ce que je lui ordonnai. Oh! combien peut se dire heureux un prince dont les sujets de vertu ne font vice et ne connoissent de profit que son service. Au lieu donc d'exécuter mes ordres^ nous allâmes nous placer devant Pavie; il nous fut impossible de prendre cette cité; nos ennemis résolurent de la secourir^ et nous nous décidâmes à vaincre ou à mourir. Je voulus faire une diversion, j'envoyai à Naples une bande de mes gens, avec ordre de faire tonte diligence, et ils furent paresseux et d'une indicible négligence. Tout cela nous prit du temps; il y eut si peu d'ardeur dans notre camp, que pendant trois semaines nous fûmes si près de l'autre armée qu'on eût pu

Favorisons la sienne volonté ,

Par la verta de nostre bonnesteté ,

En ne craignant des grants montz la hantesse,

Vous asseurant sur ma foy et promesse,

Que si premiers sommes en Italie

Que sans combat guerre sera finie.

Et s'il eustplea dés lorslà Dieu ptrmeotre

nous preadre pour des amis et des voisins. Mes soudards se refroidirent beaucoup, et ce fut alors que rennemi nous attaqua par le parc; déjà nous étions en bataille 9 notre artillerie intrépide brisa leurs rang8> et alors je marchai avec Tespérance d'un succès certain. Derrière moi je fais rester treize enseignes de gens d'armes avec les Allemands ; je ne conduis que trois enseignes ^ les plus courageuses et les plus hardies. On put voir par nos coups que nous prisions moins la vie que le devoir ; leurs gens d'armes étoient quatre fois plus nombreux , nous les combattîmes , et ils fuyoient ces ennemis à toute bride ! Nous voilà donc à leur poursuite; après eux nous trouvâmes les lansquenets , les arquebusiers , et hardiment nous les attaquâmes encore. Hélas ! notre espérance fut bientôt amortie, les enseignes que nous avions laissées perdant honneur et vertu s'enfuyoient sans combat! Que

Que de tous cœurs J'eusse été le maistre Pour m'obeyr en tdie dlllfgeiioe

Poial ne fusia ant Espalgnoli lonbnits , Souli prison triste eslolRnant mes amys , Sans Roy ne ftist notre noble France Ne si longae n'enst été mon absence.

Et là Jt f«i tongtaemtnl CMotata

ET Li RENAISSANCE. M)

leur mémoire soit flétrie I malheureux I qui vous ftvoit réduite à abandonner fuyant en désarroi, honneur, pays^ amis et votre roi I Je sais que ces méchants racontent partout leurs mérites et leurs haute faite I et qu'ils se déchargent de leur infamie sur ceux qui se sont fait tuer ou prendre* Entouré de quelques compagnons j'ai longtemps combattu ^ mon cheval s'est abattu sous moi.

(c Alors , amie , je fus dépouillé par violence des présents que tu m'avois généreusement faits} j'étois sous mon cheval à terre au pouvoir de mes ennemis et ainsi me trouva le vice-roi, je ne puis le nier; vaincu > je me rendis prisonnier ^ on me promena en tous lieux ^ comme pour me montrer. Oh I quelle douleur lorsque je n'eus plus l'espérance de retourner en France voir mes amis I Je doutai que l'amour de ma mère pût résister à cette douleur; et ma sœur et mes eufants, d'uû Ige si

Et mon cl»? Il Btori Muli mol abilo.

Mais que Yittll forov M ou Ht f feiefiot Emporler faolt rerreur par patienoe.

De toittM part loradMpooltléJe tu, Riett n'y f«rvyt deffeoM al refiu.

Lési (|a«l togreten moti ci»itr fut bouté QuaM sans deffenoe ainsi ma fait osté Llivamn prisoni, par lequel i« promis Point no fooyr d«f Ml moi tnnettli.

tendre. Mais^ amie^ le souvenir de ton amour me vint aussi; je perdis l'espérance à la fois de revoir mère 9 sœur, enfants, amis et la France. »

Cette curieuse épître du roi, ses plaintes douloureuses, signalent qu'il n'était pas content de tous ses hommes d'armes durant cette campagne. Il dénonce une sorte de trahison qui amena le désastre de Pavie : des ordres mal exécutés, des succès perdus, des expéditions mal ordonnées. Sans doute, il faut faire la part des amertumes du roi captif, des irritations naturelles qui arrivaient à cette âme aigrie par le malheur, fatiguée par la fortune ennemie; et ce n'est pas la première fois que les grands chefs de guerre accusent la trahison de leurs armées et même la défection d'un pays. Toutefois il faut croire que, dans cette campagne, tous les dévouements ne furent pas égaux, et qu'il se manifesta des trahisons sourdes et secrètes. Une con-

Las! qaediray, cela ne vauU nyer Vainca je saiz el rendu prisonnier.

G quel regret je soustins à cette heure !

Quant je congneus plus ne faire demeure Ayecques moy la tant doulce espérance De mes amys retourner veoir en France ; Trop fort doublant que l'amour de ma mère , Ne peut sofflrir ceste nouvelle amère ,

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spiration venait d'éclater tout récemment; le connétable de Bourbon n'était pas seul dans un complot qui avait pour but de reconstituer la féodalité. Ce connétable était dans l'armée ennemie; il devait conserver des relations naturelles avec plus d'un chef et plus d'un gentilhomme des troupes de François ^^ De cette situation devait naturellement résulter plus de mollesse dans les accidents de la campagne^ plus d'incertitude dans l'exécution des ordres^ et certainement quelques trahisons secrètes dans les rangs des gendarmes qui se pressaient autour de François P'.

La captivité de François P'' fit cesser les batailles dans le Milanais. Le roi était tout dans cette che-» Valérie : captif, elle était captive elle-même; vaincu ; elle n'existait plus; un roi tel que François ¥' aux mains de la fédération italienne , c'était la monarchie qui, tout éplorée, s'agenouillait devant son ennemi le plus implacable. Charles-

Et qu'en ma sœur ne demourast poovoir Pour telle dame et à son mal pourveoir , Et si me feist la pitié lors entendre De mes enffans la jeunesse tant tendre.

Dont tout d'un coup je perdis l'espérance De mère, sœur, enfans, amye et France.

Qaint avait cela de supérieur sur ses ennemis que , sans oolère ni passion, il allaita ses fins d'une manière froide et polie, et savait atteindre un but politique aveo une inflexibilité presque oruelle. La bataille de Pavie, comme toutes celles que livrèrent les Français I fut marquée de ce caractère chaleureux et intrépide qui fait leurs succès comme leurs re*^ vers* La faute capitale fut d^avoir éparpillé des troupes qu'il fallait d'autant plus resserrer que le pays n'était pas pour elles, et qu'en s'éloignant du oentre des opérations , elles s'affaiblissaient d'au** tant. Après la prise de Milan, au lieu dWiéger Pavie, François V^ devait marcher sur les confédérés f briser leur armée et prendre le temps où le connétable était allé recruter des soldats en AU lemagne, pour en finir avec Lannoy et Peschiere. Une fois victorieux,* il aurait assiégé les villes, ou pour mieux dire, elles seraient venues à luL Les Vénitiens, les troupes pontificales se seraient joints à son armée, et quand le connétable serait arrivé d'Allemagne aveo ses bandes , François P% allant droit à lui y l'aurait facilement vaincu. Au lieu de cela, l'ambition de se montrer en vainqueur dans quelque belle cité lui fait disperser ses meilleurs soldats ; alors, par un mouvement de concentra-

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tion , les confédérés lui font accepter la bataillé , non point dans ses retranchements, mais au milieu de la plaine^ et dans cette bataille où tout est courage et désordre^ le roi demeure captif et la monarchie avec lui. La défaite de Pavie est comme la dernière image de la chevalerie qui s'en va , vaincue par \i tactique moderne qui surgit et triomphe. La tactique est dans le connétable de Bourbon et le marquis dePeschiere) la chevalerie dans François V\ Oh ! qu'il avait raison , messer Arioste , lorsqu'il faisait jeter dans les profonds abîmes de la mer l'arquebuse^ cette arme terrible qui devait anéantir en Europe l'esprit d'honneur chevaleresque I

J'ai parcouru depuis, avec une vive et triste curiosité, le champ de bataille de Pavie. Quand on a laissé le vieux château de Binasco , prison et tombeau de Béatrix de Tenda, latorre del Manganso et la splendide Chartreuse, on arrive par les canaux jusqu'au Tésin; c'est dans cette plaine couverte d'une si belle verdure qui enlace ces murailles en ruine, autrefois orgueilleuses de leurs cent tours, que le roi François I" avait dressé son camp ; ces campagnes, aujourd'hui inondées pour les riches récoltes du riz , virent les banderoles fleurdelisées; ici tombèrent de vaillants hommes, l'orgueil de la chevalerie ; à

travers ces chemins fleuris où les troupeaux bondissent comme dans une bucolique de Virgile, François P' fut conduit captif jusqu'à la Chartreuse^ fondation admirable de Jean Galeazzo Yisconti. Dans ce chœur tout de marbre sculpté en mille bas-reliefs, Resplendissant d'inimitables peintures du Pérùgin et du Guerchin où je contemple des religieux qui

prient plus immobiles que la statue de Yisconti sur son tombeau i dans cette basilique du silencci du travail et de la mort, le roi de France s'agenouilla couvert de poussière et de sueur, comme pour rêver sur la fragilité des œuvres du monde à la face du grand Dieu !

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