‹ Franc̜ois Ier et la renaissance 1515-1547Chapitre 4 sur 17 · L'ART A UÉPOQUE DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

L'ART A UÉPOQUE DE LA RENAISSANCE

Les dernières années de Tart du moyen âge. — Les cathédrales du XV* siècle. — Les miniatures des Mss. — Les Heures de la reine Anne. — Les tournois du roi René. — Les décors. — Les tombeaux. — De Fétat de la peinture en Italie. — Les écoles vénitienne, — florentine, •— toscane. — La sculpture. — L'architecture. — La ciselure* -^ Les nielles. — L'orfèvrerie.— L'école allemande. — La Flandre. — La Hollande. — L'art des bâtiments. — Influence en France. — François I*' et Léonard de Vinci. — Benvenuto Gellini. ^— Primatice. — Rosso. — Ouvrages d'or, d'argent. — Ivoire. — Monuments publics. — Constructions. «^ Influence comparative des écoles.

L'étude approfondie des siècles écoulés constate aux yeux de tous^ qu'il existait un art remarquar ble et puissant au moyen âge ; les immenses cathé* drales qui nous entourent encore de leur splendeur^ les riches miniatures des Manuscrits, les grands poëmes de chevalerie^, disent suffisamment que

cette période eut ses merveilles dans les productions de l'intelligence et de l'art. Cette intelligence, cet art spécial du moyen âge , jettent leur dernier éclat au xv* siècle , époque où de nouvelles formes arrivent dans la société avec les proportions grecques et romaines. Quelques cathédrales du xv* siècles se ressentent déjà de cette influence : ce n'est plus r ogive pure, cette forêt de colonnettes qui marient leurs rameaux comme un vaste berceau de pierres; ce ne sont plus ces légendes incrustées sous les portails des cathédrales; il se fait un mélange de l'art vieilli avec les premières impressions de la renaissance ; on consulte les modèles antiques, on mêle tous les genres ; la cathédrale de Milan me paraît le chef-d'œuvre de cette confusion première. Dans son cintre et ses vastes voûtes, c'est le moyen âge ainsi que dans ses ogives et dans ses colonnettes ; puis, si vous étudiez cet extérieur tout de marbre, cette prodigieuse myriade de clochetons, de statues, de cariatides musculaires à la manière des études anatomiques de Michel-Ange Buonarotti , vous reconnaissez immédiatement ce caractère de la renaissance qui vous enlace en Italie par tous les côtés. Ce type se manifeste aussi daus la cathédrale de Pise; les dômes de Florence, de Sienne,

la Chartreuse de Pavie , avec leur prodigalité de marbre^ signalent une richesse d'ornements d'un goût qui n'a plus ni règle ni genre. Le Saint-Marc de Venise est le lien qui unit le style byzantin à Tarchitecture latine.

De cette confusion, se détache comme une magnificence sans nom, Saint-Pierre de Rome; en vain, dans ce grand œuvre, vous chercheriez les traditions des basiliques primitives qui vous ravissent à Saint-Jean-de-Latran , ou le souvenir des cathédrales du moyen âge; Saint-Pierre, avec ses proportions gigantesques, ne trouve son explication et son symbole que dans l'idée immense que le peuple se faisait de la papauté ; on voulut élever un monument dans la proportion de cette image; le Panthéon antique seul pouvait en donner l'inspiration et les formes , et l'admirable portique qui l'entoure est encore un souvenir de ces places publiques de Rome , où les sénateurs venaient, accompagnés de leur client , disserter à l'abri du soleil et du siroco , sur les affaires de la cité. Saint- Pierre est un géant dont la lignée s'est perdue ou rapetissée à mesure que la réforme ravage les croyances.

Dans les œuvres de peinture , la transition du

moyen âge à la renaissance se révèle en France par deux monuments d'un fini et d'une perfection remarquables : les Heures de la reine Anne de Bretagne et les miniatures du livre des tournois du roi René * . Ce n'est déjà plus l'infinie perfection de détails des vieux Manuscrits : la rose purpurine, les oiselets bleus suspendus aux mille branches du verger, la cerise, les fruits coloriés sur un fond d'or, vignettes si gracieuses du moyen âge; l'artiste s'occupe moins de ces détails que des proportions générales, telles que l'imposent les exemples sévères de l'école grecque et romaine; ranimation morale de la figure, l'expression des traits et la majesté des contours entrent dès lors comme étude principale. Les ornements et les décors eux-mêmes ont subi une certaine innovation dans leur engencement, et il en existe un exemple dans les vieilles gravures sur les funérailles d'Anne de Bretagne, et les fêtes populaires données au roi François 1** par la cité de Paris, à son avènement ou lors de son entrée dans la bonne ville. La cité municipale éleva des arcs de triomphe à six endroits différents : aux Toumelles, à la porte Saint-Denis, au

* Ces deux Mss. sont à laBib. dupoi.

cimetière des Innocents , à Notre-Dame , au Parloir des Bourgeois et au Pré-aux-Glercs * ; et chacun de ces arcs de triomphe fut artistement élevé à la manière italienne. Si vous avez visité dans le vieux Milan la place Saint^Charles Borromée avec ses maisons antiques et découpées , ses fontaines grar* cieusement monumentales, vous pouvez vous faire une juste idée des ornements et des décors de ces arcs de triomphe municipaux : ici des feuillages jetés dans des portiques de fer avec des faunes , des satyres^ des dragons étincelants; là des figures^ allégoriques , la Fortune , la Gloire couronnée de lauriers , les Muses à côté des personnages de l'An* men Testament ; plus loin, des fontaines de vin^ qui retombent par de petits jets en vaste nappe ) mélange de l'école florentine, du moyen âge et de la sévérité des lignes grecques et romaines.

Dans cette confusion de genres, un monument du goût le plus épuré s'élève pour annoncer un magnifique talent, souvenir de l'antique; c'est le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne à Saint* Denis : la composition en est simple ; les portiques sont surmontés d'une vaste pierre sur laquelle gl-

* Ils dont condervés da&d des gravures contemporaiûesjBIbl.^du Roi, collection des estampes].

sent les statues couchées de Louis Xil et d'An ne de Bretagne, unies dans la vie comme dans la mort; aux diverses faces du monument, on voit assises d'admirables figures empruntées aux traits de Técole d'Athènes (de Raphaël), tètes d'apôtres ou de philosophes qui semblent méditer sur la vanité des choses humaines. On ne peut douter maintenant que ce tombeau ne soit l'œuvre de Jehan Juste * , dont l'habile ciseau avait créé tant de merveilles. Sans doute le tombeau de l'empereur Maximilien, àlnsprûck^estune œuvre plus achevée comme détail; les bas-reliefs n'ont rien de comparable; mais le travail de Jehan Juste, même au milieu de tous les autres, doit tenir une large place. L'aride la sculpture antique est revenu avec sa perfection de physionomie, de contours et d'admirables lignes. La véritable source de ces monuments de l'art, c'est l'Italie où les écoles de Rome, de Florence, de

* On peut s*en convaincre par une lettre de François /", insérée dans ses comptes ( Archives du royaume).

« Monsieur le légat ; il est deu à Jehan Juste , mon sculteur ordinaire, porteur d'icelle, la somme de 400 escus, restans des 1200 que je lui avjoye pardevant ordonnez, pourTaménage etconduicte, de la ville de Tours au lieu de St-Denis en France, de la sépulture de marbre des feux roy Loys et royne Anne que Dieu absoille, etc.»

Venise demeurent dans une uQble rivalité. Le XVI* siècle s'achevait sous l'influence des grands maîtres et sous la protection des pontifes et des Médicis. Que de puissants génies à Florence, depuis Giotto , qui peignit le Campo Sànto^ le monument municipal de Pise, sa gloire, sa richesse, jusqu'à Michel-Ânge Buonarotti, gigantesque comme ses conceptions, sculpteur, peintre, architecte à la fois ! Buonarotti avait abandonné Florence pour Rome, où la magnificence des papes le tenait captif sous le dôme de la chapelle Sixtine. Saint-Pierre seul pouvait abriter ce vaste génie.

L'école florentine comptait alors des maîtres célèbres : Bandinelli Baccio * , Bronzini Angelo '*, Fra Bartolommeo *, lui-même , quoiqu'il se fût consacré plus tard à sa nouvelle patrie , Venise , fière aussi de son école de peinture dirigée par Bellini Giovanni % et Sebastiano del Piombo ^. Nul artiste, Florence, ne pouvait égaler ton Andréa

* Bandinelli Baccio, né à Florence en 4487, mourut en 4559.

* Bronzini Angelo, né à Florence en 4520, mourut en 4570.

^ Fra Bartolommeo, surnommé de Saint-Marc, né à Florence en 4469, mourut en 4547.

* Bellini Giovanni, né à Venise en 4425, mourut en 4545.

» Fra Sebastiano del Piombo , né à Venise en 4 485, mourut en

del Sarto, ton Leonardo de Vinci, le vieux ami de Michel-Ange. Vannucclii * , que la coutume surnomma del Sarto f parce que son père était tailleur, appartenait à Técole florentine pure; enfant, il •avait montré une ardeur active pour le dessin , et ses progrès étonnèrent bientôt les plus grands maîtres. C'est souvent dans les plus obscurs recoins de ritalie qu'on trouve les œuvres de ce maître célèbre, la gloire de Tart ; lorsque le voyageur parcourt les galeries du cloître de la compagnie dello Scalzo ou le monastère des Servîtes de l'Annunziata, partout se révèlent à lui des peintures en grisaille d'André del Sarto; avec un incessant besoin de gagner quelques écus d'or, Andréa del Sarto multiplia les tableaux de chevalet qui popularisent tant les maîtres. Séduit par cette forme gracieuse et ce coloris aérien, François P' l'appela auprès dé lui à Fontainebleau , et par ses ordres , Vannucchî composa cette admirable Charité, une des richesse» du Musée. Andréa del Sarto fut royalement traité par François 1"; mais, artiste capricieux, il quitta subitement la France pour revoir son Italie. Là,

• Vannucchî , dit Andréa del Sarto, né à Florence en 4 488, mourut en 4530.

malheureusement accusé ^ il se consola dans ses chefs-d^œuvre ; la Madonna del Saccoy si belle de Térité, de coloris et de grâce; la Cène de Jésus-Christ, dessinée sur de plus grandes proportions dans le monastère de 8àn Salvi; le Sacrifice d^ Abraham^ le Christ mort ^ si beau, qu'on le dirait détaché delà croix pour sauver les hommes; mais ses plus belles peintures rayonnaient sur les bannières des confréries de Florence, l'orgueil de la cité , et Andréa del Sarto leur consacra son coloris frais , harmonieux^ comme un hommage de patriotisme.

Le Rosso y ou Maitre Rouœ * , comme le disent nos chroniques, était aussi de Florence; singulier assemblage de talents : poëte , musicien , architecte, peintre, et tout cela à un haut point de perfection. Maître Rosso était semblable ainsi à ces figures d'artiste de Callot qui portent la palette en main, la longue rapière, la guitare en bandouillère, et qui semblent méditer quelques sonnets pour une belle de la cour de Louis XIII ou du duc de Lorraine à Nancy. Rosso , comme Andréa del Sarto, commença ses tableaux à la fresque pour Téglise deir Annunziata, le grand Musée de Florence,

* Rosso del Rosso était né en 4i96.

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et dès son début, il se révèle en lui un mouvement de style hardi^ spirituel ; Rosso, affraochi de toute idée vulgaire, a horreur des compositions régulières; s'il veut peindre la Transfiguration ^ où se déploie la figure divine du Christ, il jettera sur l'avant-scène du tableau une troupe hideuse de Bohémiens : cela fait contraste. Les religieux de Sainte-Claire lui demandent une Descente de croix, et comme rien n'est plus triste pour le chrétien que le dernier sacrifice du Christ , Rosso qui l'a compris , choisit pour le lieu et le temps de la scène un endroit sombre sous un jour obscurci déjà; il n'est pas nuit encore, mais le crépuscule s'abaisse, et une partie de la nature est voilée comme le monde dans sa grande douleur ; Rosso vint en France comme Andréa del Sarto pour répondre à ce noble appel des artistes que le roi avait fait autour de lui.

Le maître à eux tous dans cette grande école florentine , Léonard de Vinci est un bâtard de noblesse dans la belle cité. Que de traditions sur maître Léonard, le plus beau jeune homme des bords de r Arno , si fort , si puissant de ses membres que d'une seule main il arrêtait le branle d'une grosse cloche et il ployait le fer d'un cheval aussi facile-

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ment qu'une lame de plomb ; et avec cette énergie incomparable, philosophe, mathématicien, poëte ' aussi, tout en rapport avec cette époque grandiose ; son début fut un coup immense ; chargé par Verocchio, son maître, de peindre un ange pour le tableau du baptême de Notre Seigneur, il le fit avec une telle supériorité que Verocchio, désespéré, renonça pour toujours à la peinture. A Milan, il étonne, il effraie Ludovic Sforza, par ce colossal modèle de statue équestre auquel il doit travailler toute la vie; toujours hardi et pittoresque, il fond, pour charmer les loisirs de Sforza, une lyre d'argent qui avait la forme d'un crâne de cheval, car rien ne pouvait sortir vulgaire et régulier de sa main. 11 n'existe pas au monde une plus belle composition que celle du réfectoire des dominicains de Milan , le célèbre tableau de la Cèae : tous les apôtres sont là , Jean à la figure candide, Simon, Pierre autour du Christ; ils écoutent la parabole, et toutes ces têtes sont belles d'expression jusqu'à celle de Judas , le misérable vendeur d'homme ; car il faut que cette vie du Christ soit soumise à toutes les épreuves , à toutes les déceptions. Et vous. Usa del Giocondoy aux si belles couleurs, que maître Léonard fit par l'ordre de François T, qui peut vous être comparé? Persécuté dans

ilO FRANÇOIS !•'

sa patrie, au milieu des guerres civiles de Florence et du Milanais, Léonard de Vinci vint réclamer Thospitalité royale à Fontainebleau, puis dans le palais d' Amboise ; vieillard déjà , sa main pourtant créait d'admirables tètes ; sa puissance de composition ne se ralentit pas ; et se souvenant qu'il était mathématicien, ingénieur, il jeta sa dernière pensée dans un mémoire pour créer le canal de Romorantin. Ce vieux peintre, à la barbe blanche, les yeux à demi voilés par la mort , que vous voyez visité par François V"" lui-même, sur son lit de douleur, c'est Léonard de Vinci ; artiste roi , il devait mourir dans les bras d'un roi * • N'est-ce pas Léonard de Vinci qui a laissé à la postérité les traits de François P' sur une toile immortelle ?

A côté de l'école florentine, maintenant il faut placer l'école vénitienne, à son origine, sous le pin-^ ceau de Bellini Giovanni, et qui devient véritable-* ment éclatante sous Titien et Tintoret, jusqu'au grand Paul Véronèse, l'auteur des Noces de Cana^ où les beaux lévriers delà chasse, retenus en laisse^ .se mirent dans les aiguières au pied des joueurs de basse. Tiziano Veccelli ^i le peintre de Venise , sim-

' Léonard de Vinci mourut à Âmboise le 2 mai 4549. * Tiziano Yecœlli, dit te TitieB, étaitmé à Cadore en 4477.

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pie broyeur de Sébastien Zucchato , s'élança de cet humble métier avec Giorgone dans les peintures à fresque* Au milieu de cette Venise si artistique ^ si originale, le Titien se fit aussitôt remarquer par son vaste tableau de l'église Dei Fràri. Bellini avait compris, sur de petites proportions, les peintures de la salle^u Conseil à Venise; le Titien lui donna des dimensions colossales dans des masses de chef-d'œuvre, saint Pierre martyr^ Cornélie s^évu^ nouissant dans ks bras de Pompée; et par-dessus tout il fut l'artiste de portraits. Léonard de Vinci avait suivi François P% son protecteur; le Titien prit pour son modèle et son maître Charles-Quint , à cette époque où rois et artistes vivaient dans la plus grande familiarité : qui pouvait mieux que le Titien concevoir la grande apothéose, aujourd'hui encore à l'Ëscurial? La Trinité apparaît dans les airs pour accueillir l'hommage de la Vierge et des saints; et les anges lui présentent la famille de Charles-Quint, revêtu des ornements impériaux. Depuis ce moment, le Titien devient pour ainsi dire Espagnol; ses plus belles œuvres furent inspirées par Charles-Quint. Le prince qui jetait dans le bronze de sa pensée la monarchie universelle, venait s'asseoir dans l'atelier de Titien à l'Ëscurial; à Se-

ville, à Cordoue^ où le peintre sema des chefsd'œuvre. Tintoret, rélève chéri du Titien, né comme lui à Venise, se nommait Jacques Robusti * , et prit le nom de Tintoret de la profession de son père , le teinturier, commie Andréa del Sarto devait également son surnom à la profession de son père, le tailleur. Nul ne fit des études plus fortes , plus variées pour apprendre tous les détails de l'art; le Tintoret s'était fait une religion d'artiste qu'il résumait dans cet axiome : «le dessin de Michel-Ange et le coloris du Titien. » Tantôt on le voyait travailler à la lampe pour saisir les ombres plus fortes, plus nuancées de la nuit; tantôt il suspendait des petites figures à des fils d'archal pour étudier les raccourcis ; Tintoret, artiste d'études, se révèle surtout dans son tableau d'Adam et (fÈve séduits par le serpent, si souvent reproduit par les vieilles gravures. Le Mirorde de saint Marc est la perfection des clairs-obscurs; Venise montre aujourd'hui avec orgueil plus de cent toiles du Tintoret, et ses œuvres brillent par ses premières études , la hardiesse dans le jeu des lumières et la difficulté des raccourcis. Son défaut vient précisément de l'exagération de ses qualités;

* Tintoretto Giacomo Robusti était né en 1542.

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ses chairs sont un peu violettes ; ses membres trop fins, souvent léchés. Comme Titien , le Tintoret se dévoua à Charles-Quint j les arts à Venise n'avaient aucune répugnance pour le tudesque empereur.

L'école de Rome et de Bologne^ que l'on peut confondre comme celle de Venise et de Vérone, produisit aussi de grands maîtres. Si l'on considère l'origine et les primitives études de Michel- Ange et de Raphaël , on pourrait les dire de l'école florentine , car leurs premières œuvres se font à Florence, sous l'influence des Médicis. Mais la force de leur vie d'artiste, leur puissance de talents, se déploient surtout à Rome ; ils respirent là dans toute leur liberté à la face du Vatican et de Saint-Pierre. Ce n'est donc pas une erreur d'origine que de les placer au milieu de l'école de Rome sous Léon X. L'illustre éducation de Michel-Ange se développe à Florence sous Laurent de Médicis; c'est là qu'il interroge l'anatomie et la mort pour apprendre ces fortes lignes du dessin , ces raccourcis merveilleux qui se déploient avec tant de magnificence dans ses œuvres ; Rome seulement présenta un théâtre assez vaste pour le talent de Buonarotti , il put y respirer à l'aise ; au génie , il faut des souvenirs immenses.

Quand Michel -Ange vint habiter Rome il avait II. 8

lift FRANÇOIS P'

vingt-neuf ans; tous ses essais^ jusque-là^ n'avaient rien de parfait ni de fini ; à Rome y en présence des beaux débris de Tantiquité^ il sculpta son Bacchus et son admirable Notre-Dame-de-lor-Pitié qui brille encore sur l'autel de la chapelle du Crucifix. Son œuvre capitale, puissante, ce fut dans la Cha^ pelle Sixtine, ce jugement dernier qui fait frissoi^- |ier par la grandeur de la conception et la splendeur du dessin. Là se montre tout le génie de Tartiste qui n'a pas d'égal , pas même Raphaël d'Urbino * . Ce jeune homme , aux traits si beaux, n'appar- |enait-il pas aussi à l'école de Rome ? Il a vu Flft-

rence sans doute comme le grand Buonarotti; maîs( ga vi§ se passe dans la cité éternelle; sa première manière se ressent de deux maîtres, le Perug^n et Léonard de Vinci , dont il a le fini et la grâce. Si Michel-Ange porte dans ses ileuvres la vigueur d'un génie puissant et hardi , Raphaël a cette intuition du beau, cette splendeur de la nature idéale qui se reflète sur le visage divin de ses vierges et ^e ses saintes Familles ; depuis son premier tableau du Sposalizio , où la forme du moyen âge se révèle

* Raffaelo Sanzio d'Urbino mourut en 4 520 , âgé de trente-trois ans. U. Quatremère de Quincy a écrit un beau livre sur sa vie.

encore dans la perspective dii temple jusqu'au saint Michel , fait par ordre de François P', et à la salle du Vatican, appelée délia SegnaturUf où Ton voit la Dispute du saint sacrement ^ VÉcole d* Athènes, le Parnasse et la Jurisprudence.

Il est admirabljB à dire que ce nom de François I" se mêle à toutes ces vies d'artistes, à ces œuvres, de grande peinture; c'est encore pour le roi de France que Sanzio composa la plus belle de se^ SOfintes Familles. Quelle que soit la diversité des jugements que l'on porte sur le génie de Raphaël ef de Michel-Ange, sur leur supériorité de mérite, dansf des parallèles si souvent répétés , il faut reconn^îr tre qu'ils dominèrent l'époque de la renaissance , l'un par la grâce, le beau idéal, l'autre par la pui^ sance du génie antique. Le plus cher des élèves de Raphaël, Jules Romain S fut encore encouragé dans ses plus actives études par le roi François Y\ Tou^ ces gr£^nds maîtres avaient des élèves chéris qui préparaient l'œuvre et se pénétraient si profondément de la manière de leurs chefs , qu'on les confondait souvent avec eux, honneur insigne qui fut

* Giulo Pipi, connu sous le nom de Jules Romain, était né à Rome enUOa,

fait à la méthode de Jules Romain , surtout dans l'exécution des loges du Vatican. Giulo Pipi, qui prit le nom de Jules Romain, avait été placé, joyeux enfant, dans l'atelier de Sanzio, si jeune alors luimême; élèves bien-aimés d'un artiste bien grand , Giulo et il Fattore firent les délices du maître ; partout on aperçoit dans les tableaux de Raphaël la main de Jules, et aux loges du Vatican et dans les palais Borgia ou Ghigi. Jules Romain ébaucha même cette Sainte Famille que Raphaël destinait à François P% et ses grandes et personnelles compositions ne se déploient qu'après la mort du maître. Alors dans les fresques de la salle de Constantin se révèlent sa vigoureuse manière, son étude des antiques, son érudition même dans la science des armures et des vêtements. Ces fresques, si souvent gravées, donnèrent la plus juste renommée à Jules Romain, et l'on trouve dans le livre des comptes de François P"" l'emploi de trois cents écus au soleil destinés à reproduire l'œuvre de Giulo.

Le nom du Primatice se mêle si intimement à la France qu'il paraît impossible de le séparer de son roi dans le vaste tableau de ce règne. Francisco Primaticcio, né à Bologne * , la ville si gaie, si ar-

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tiste^ avait assoupli son jeune pinceau à la manière de Giulo^ et on \b, reconnaît dans ses deux frises en stuc qui représentent Tancienne milice romaine. Il vivait à Mantoue^ obscur dans son atelier, lorsque François P*^ le fit mander pour orner son palais de Fontainebleau^ dont il agrandissait la vieille architecture. Cette noble pléiade d'artistes que le roi de France appelle autour de lui , il la groupe par de pénibles efforts et à travers mille jalousies de position et de talent. Le premier de ces peintres , Léonard de Yinci^ meurt en France dans les bras de son royal maître. Rosso vient après lui; le roi, qui ne peut détacher Raphaël ni Michel-Ange du beau ciel de l'Italie, des palais de Rome et de Florence, leur commande de grandes œuvres. 11 est plus heureux auprès du Primatice qu'il attire à Paris : quelle lutte déjà pour apaiser la colère de maître Roux, intendant des palais de la couronne, quand il voit la faveur du Primatice ; le roi cède d'abord , et le Primatice, avant de commencer sa belle galerie de Diane à Fontainebleau, est obligé de faire un long voyage en Italie. François P% toujpours magnifique, obligé de satisfaire Rosso, capricieux, jaloux, voulut néanmoins garder Primatice à son service; si l'artiste fit un voyage commandé en Italie , ce fut

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par lès ordres et pour le service du roi ; il dut réunir toutes les collections de tableaux, de statues antiques, prendre les modèles des chefs-d'œuvre qu'il ne pouvait acheter : cent vingt-cinq statues recueillies, des bustes de la Grèce et de Rome , et les lîioules du Laocoon, de la Vénus de Médicis et de {'Ariane^ furent placés dans les jardins de Fontaihebleàu. François V^ s'était si fortement épris de cette école italienne, qu'il dédaignait le moyen âge des arts; le roi si chevaleresque, si dévoué aux mœurs des temps dé prouesses, voyait avec dédain tout ce ijui sortait dés proportions de l'école antique. Il peuplait ses résidences des faunes , des naïades , des bronzes fondus à Florence, des marbres taillés pai* dés mains habiles dans les carrières de Massa et de Carrare. La renaissance se royalisa glorieusement sous ce front couronné.

Il y avait, à ce temps, dans tous ces artistes, une universalité de genre indispensable pour constituer leur noble et active carrière. Le peintre était à la fois sculpteur, graveur, architecte et souvent ingénieur; et sous ce triple aspect Michel- Ange se révèle comme la plus belle des intelligences. Aussi bon sculpteur que grand peintre, ^ aussi habile architecte que hardi ingénieur, Buo-

narotti jette des ponts j trace le cours des canaux et fond même des statues colossales en fer ou en bronze qui décorent les places publiques. Toutefois là sculpture comme l'architecture eurent alors des maîtres spéciaux en Italie. Depuis Nicolas Pisano * jusqu'à Michel-Ange, que de renommées, parmi lesquelles Ghiberti * , Donatello^, Benvenuto Cellini, plus ciseleur encore que sculpteur, Benvenuto le plus artiste des Italiens, parleur de prouesses, spadassin comme un brave, vivant inquiet à Rome, à Venise , à Florence ; Benvenuto, dont les statues colossales, les coupes ciselées, les plaques, les orfèvreries font encore les délices et l'admiration de tout ce qui aime le beau et le génie antique ! Parmi les architectes , un liom absorbe tous les autres, celui de Bramante. Aux rues de Milan, de Vérone , de Pise , de Florence ou de Rome lors- • qu'il y a un monument de la renaissance avec un certain caractère de perfection, on l'attribue à Bramante ou à Michel- Ange : à Bramante, lorsqu'il

* Nicolas de Pise , connu sous le nom de Maître Nicolo delV Arca, né à Pise vers le commencement du xur siècle , mourut à Sienne vers 4270.

* Laurent Ghiberti, né à Florence, en 4378, mourut vers 4455.

^ Donatello ou Donato, né à Florence en 4383, mourut en 4466.

est gracieux; à Buonarotti, lorsqu'il est gigantesque. Lazare Bramanti * , de l'école romaine , peintre d'abord, s'éprit, comme par instinct, des chefsd'œuvre qu'il avait vus dans ses voyages et particulièrement du dôme de Milan. Jusqu'ici Brunelleschi * avait dominé l'architecture ; l'Italie qui n'avait qu'imparfaitement connu l'art svelte des cathédrales, au moyen âge, déborda dans les proportions de l'antique et dans les souvenirs de la basilique. Ce fut Bramante qui joignit les deux genres surtout dans ce pont élégant qu'il fit con» struire pour réunir le Belvédère au Vatican. On vit alors -reparaître les trois ordres de Vitruve , les portiques, les chapiteaux à feuilles, comme il en existe encore des souvenirs à Milan , à Gènes, à Florence et de là cet art purement italien, qui ne fut ni le moyen âge ni la vieille Rome. L'œuvre qui illustre à tout jamais Bramante, c'est le plan de Saint-Pierre de Rome , la cathédrale de la papauté. Nulle ardeur ne peut se comparer à celle de l'architecte, improvisation admirable , trop prompte quelquefois pour être complète ; et c'est ce qui lui

* François Lazzari Bramante , né à Gastel-Durante, près d'Urbin, en 4 444, mourut en 4 51 4.

^ Philippe Brunelleschi, né à Florence en 4377} mourut en 4444.

arriva pour le plan de Saint-Pierre de Rome y que Michel-Ange dut remanier de fond en comble. Cet art de l'architecture^ passion de l'époque, fut continué par Sansovino et porté enfin à toutes les splendeurs de la renaissance dans la Chartreuse de Pavie. Chaque maison devint un monument, chaque villa un palais ; les façades furent sculptées comme des bas-reliefs, avec des symboles, des feuillages entrelacés, des satyres, des nymphes, des tètes antiques comme les camées ; l'escalier , la rampe, les gouttières, qui jetaient des masses d'eau, ftîrent également ciselés; les jardins se peuplèrent de statues, de vases antiques, naïades, faunes, avec ces belles chèvres soyeuses sous le bronzé, qui rappelaient les Bucoliques de Virgile*

L'art de la ciselure est poussé jusqu'à la perfection par l'école florentine si fière de ses grands maîtres; Benvenuto Cellini qui les efface tous, est Florentin ^ • Dans la noble cité des Médicis, il existait tout un quartier où le marteau retentissait nuit et jour sur le bronze, le cuivre, l'or et l'argent. Cette coupe, artistement ciselée , reproduit, comme sur un bas-relief antique, des nymphes gracieuses, des

* Benvenuto Gellini était né en 4500.

bacchantes échevelées, des nains hideux, des faunes lascifs et souriant ; des fleurs, des fruits qui tombent en larges grappes; des batailles où les lances se croisent et les longues coulevrines se heurtent. Voyez les f)ortes de bronze du baptistère de Pise, ces armures si riches, ces coupes d'or enrichies de topazes, tous ces chefs-d'œuvre sont de la corporation des orfèvres de la belle cité de Florence. On tiese contebte plus de la peinture sur les tableaux, on veut des merveilles d'orfèvrerie; un mélange d'or, de topazes, d'émeraudes, de manière à frapper vivement les yeux.

Cet art de la ciselure est splendide, soit qu'il s applique au bronze antique sur les armures, les cottes d'armes des archiducs rangés immobiles autour du tombeau de Maximilien , à Insprûck , soit qu'il embellisse les coupes des festins, les urnes funéraires , les portiques des temples ou du Campo Santo. Benvenuto Cellini pousse plus loiti la perfection des pièces d'orfèvrerie ; artiste bizarre , capricieux, Tescopette en main, avec son ciseau de sculpteur, il écrit sa vie aventureuse, inquiète, saccadée. François P' l'attire à sa cour, avide de ces ouvrages d'orfèvrerie qui reproduisent une chasse retentissante , des chiens haletants , le cerf et le

daim qui bondissent aux aboiements de la meute impatiente. François V^ fait d'énormes dépenses pour se procurer les œuvres des grands maîtres ; on trouve dans ses comptes des indications curieuses qui signalent à la fois les progrès des arts et sa munifîceface royale pour les artistes; c'est aux orfèvres de Paris que ces acquisitions généralement sont faites, mais le travail vient de Florence : (( Payé à Allard Plommyer, marchant lapidaire, demorant à Paris (dit le compte général* ), la somme de dix mille livres, aussi pour achapt d'une croix de dyamant qui pend à une chaîne où y a vingt-deux dyamants servans de neux, et une grande couppe d'agathe garnye d'or et enrichie de dyamans, rubis et esmeraudes, livrés audict seigneur. A Régnault Danet , marchant joyauUier de Paris, pour un tableau d'or et d'argent, garny de dyamans, rubiz et perles, avec une grant toupace enchâssée en or , en laquelle est figuré Dieu le Père , et au-dessous une nuncyade , et dessus ledict tableau ung ange qui tient ung grant rubiz balay en ung chaton ; lesdictes histoires, chatons et menues garnitures faites d'or taillées et esmaillées, avec

* Comptes de François F. Archives du royaume.

quatre pilliers d'agâthe, servant aux deux costez dudict tableau ; item ung berceau d'or , auquel y a ung enffant qui a la teste d'agathe et le corps de perles ^ avec une almandyne qui sert d'oreille audict enfant^ neuf mille deux cent neuf livres six sols tournois. A maistre Regnault Danet^ orfèvre de Paris, mille cinq cent soixante livres tournois, pour le payement des bagues cy après déclairées , que le roy a achaptées de luy, en ce présent moy de may 1 534, assavoir : six cents écus pour ung chapellet de cristal vert, faict en façon de glands garny d'or, avec une houppe d'or et d'argent, une pomme de deux agathes , aussi garnie d'or , et de six anaulx d'or esmaillez de vert; ensemble six rubis estant sur les deux costés, une bordeure d'or esmaillée de vert , garnie de seize tables de rubis et trente-quatre perles, une chesne d'or esmaillée de vert, et une enseigne aussi d'or , pour mettre au bonnet en laquelle y a une ystoire de relief avec un grant dyament en table, servant d'une fontaine à ladicte histoyre , et deux cents escus pour avoir par luy fait mettre en œuvre plusieurs pierreries qui luy ont esté baillées par le roy. A Jehan Cousin l'aisné, orfèvre de Paris , pour son payement d'un estuy de peignes de boys d'ébène , garny de trois peignes , ung

myrouer, une père de cizeaulx et une brosse à nec- * toyer lesdicts peignes , le tout taillé à la moresque et remply d'or fin semé de rubiz et turquoyses enchâssées en or, au-dessus duquel estuy y a une orloge , et au couvercle d'icelle ung grand saphir pour ung autre petit myrouer qui est de semblable ouvrage et boys d'ébène, et troys escritoires de plumes fines , dont les manches sont d'argent doré ^ deux desquels sont semés de pierres fines, et à chacun d'iceulx un myrouer de cristal, et le petit est semé de pierres que le roy a de luy achaptées, six cent soixante-seize livres. >/

Ces travaux si merveilleux, je le répète , étaient faits à Florence, la grande cité d'orfèvrerie, des riches étoffes, et des draps de soie : qui pouvait se comparer aux privilèges de ses confréries? A Florence aussi Finiguerra ^ jette les premières œuvres de ses nielles. A ce temps de la renaissance, l'orfèvrerie était un art important; un maître argentier de Florence devait savoir non-seulement dessiner, mais encore sculpter, ciseler, graver, et tout cela avec habileté, quand il fallait orner des

« Tommaso Finiguerra, né à Florence dans le commencement du XV* siècle, mourut vers 1 475.

calices^ des reliquaires, des poignées d'épées^ des coffrets précieux ou des bahuts. Presque tous- ces bahuts étaient en ébène^ divisés par compartiments avec des armoires^ des petits tiroirs ornés de nacre de perle^ de plaques de métal ciselées : ciseler, damasquiner y graver , telle est la préoccupation de cette noble confrérie des orfèvres qui vivaient dans les retraites silencieuses , aux rues étroites des bords de TArno. Cet art de graver, ou de nieller, Benvenuto Cellini Texalte dans quelques lignes ^ : w L'an MDxv, je me mis à apprendre l'orfèvrerie, alors Tart de graver les nielles étoit tout à fait abandonné; et aujourd'hui à Florence, parmi nos orfèvres, peu s'en faut qu'il ne soit entièrement inconnu. Ayant entendu dire par d'anciens orfèvres combien ce genre d'industrie étoit agréable, et surtout combien Marco Finiguerra, orfèvre florentin, avoit excellé dans l'art de nieller, je fis les plus grands efforts pour marcher sur les traces de cet habile artiste, et je ne me bornai pas seulement à apprendre à graver les nielles. »

Les nielles furent les. premières formes des gra-

* Dm Traitati di Benvenuti Cellini, scultore fiormtino, etc. MilanO; 4844, in•8^

vures et les plus antiques monuments de l'art de reproduire les figures sur les planches • . La belle Adoration des Mages, de Maso Finiguerra, est tout un tableau qu'on dirait recueilli au Campo Santo de Pise; l'enfant Jésus est sur les genoux de sa mère ; sa tête rayonne comme dans les Saintes Familles de Raphaël; derrière et modestement dans l'étable est saint Joseph. Aux pieds de l'enfant un mage agenouillé; puis les autres rois à cheval, suivis de leurs pages richement vêtus , des chameaux, des valets , leur suite opulente , comme le dit le vieux noël. Au-dessus de l'étable sont troi« anges qui essayent un harmonieux concert, l'un s^ la vielle , l'autre l'orgue , le troisième un tambour de basque, tandis qu'un gros et lourd berger au haut de la montagne enfle son chalumeau pour égayer ses brebis éparses, un peu à la manière d'Albert Durer. Dans un autre de ses nielles, Maso Finiguerra a reproduit une magnifique Vierge entourée d'anges, de saintes femmes , composition artistement distribuée, qui fait pendant à l'Assomption,

* Voyez le savant ouvrage de M. Tabbé Zani, intitulé ; Matericdi perservire alla storia delV origine e de fyrogressi deUa incisione, etc. Parme, 4 802, in-8^

une des plus remarquables productions niellées ^ . Cet art tout florentin fut-il précédé par la gravure en bois que T Allemagne réclame ? à cela il faut répondre que^ dans cette active époque de la renaissance; tout reparaît à la fois comme pour jeter Tesprit dans la confusion et Tétonnement ; la gravure, la ciselure prennent un développement immense, et Timprimerie apparaît avec elle. Que Timprimerie soit venue de Tart de graver ou de ciseler, c'est incontestable ; il est certain que l'artiste , habitué à reproduire les dessins, les tableaux, dut naturellement se demander pourquoi il ne reproduirait pas les caractères qui servent à perpétuer les paroles de l'homme. Dans la bibliothèque de Munich, parmi les immenses curiosités de ce dépôt, il existe des tablettes stéréotypées qui précèdent au moins d'un siècle la découverte de Guttemberg; les caractères immobiles ont quelque chose qui ressemble à la gravure sur bois; la perfection des types est grande, et c'est encore en Italie que l'imprimerie obtient la perfection des caractères grecs, hébreux et latins,. A Venise, à Vérone, à Home, à Bologne,

* M. Duchesne aîné a publié en 4 826 un Essai sur les nielles, où 86 trouve la description d'un grand nombre de ces gravures.

les fondeurs sont très-avancés , et cela, se conçoit^ avec les grands travaux des nielles et des ciselures ; on n'était un artiste complet que lorsqu'on réunissait les qualités éminentes de dessinateur, ciseleur et fondeur.

Tel était l'art en Italie à l'époque où il agit si puissamment en France; la peinture nous arrive par Léonard de Vinci ^ Rosso^ le Primatice; la ciselure^ la sculpture, par Benvenuto Gellini et par Bramante. A la cour, dans les choses d'art ^ il ne se faisait rien que par les Florentins, les Romains, les Vénitiens; maîtres du commerce d'Orient^ les Vénitiens apportaient les soies et les laines qui se tissaient à Florence ; la richesse, la puissance de ces confréries de marchands de drap étaient telles qu'ils élevèrent à leurs frais le dôme de Florence, la merveille de l'art. Il suffit de parcourir les comptes du Trésor royal, ou même les descriptions des fêtes, telles que les chroniques les ont r^roduites, pour se faire une juste idée de la somptuosité des vête- ' ments et de l'art infini qu'on apportait dans les ornements ou dans les meubles : l'habit de guerre du chevalier, sa cuirasse, ses brassards, étaient couverts de ciselure, d'orfèvrerie d'un travail parfait; son casque brillait de damasquinerie d'or et n. 9

ISO FRANÇOIS P'

d'argent, rannontéde plumes ondoyantes. En temps de paix, sa toque de velours était enlacée de torsades de perles^ de rubis ; sa tunique de soie ou de beau drap de Florence pendait jusqu'à ses talons , ou bien un petit manteau de tissu de Flandre était jeté sur Mê épaules. Â la cour de Fontainebleau ou d'Amboise, les ornements se ressentaient de ce goût de renaid^ sance florentine; on ne voyait que tableaux d'ai*gent, d'ivoire^ de perles^ coupes ciselées^ statues de lH*onze jetées au milieu des touffes d'arbres et qui déjà ornaient les magnifiques jardins.

Cette influence de Tltalie sur le règne de Fran<çois P' paraît presque exclusive , et l'on ne voit pas que les progrès ascendants des écoles allemande et flamande aient agi sur l'époque de la renaissance des arts en France. Tout entouré des prodiges delà grande école^ ou ne salue que lltalie; et ce*^ pendant depuis plus d'un siècle la renommée de Jean de Bruges % le chef et la source de toute l'école flamande^ est aussi éclatante que celle des maîtres italiens. Maître Jean a rempli Ypres , Gand et Bruges de ses tableaux au brillant coloris. En

* Jean van Eyck, dit Jean de Bruges, né dans Tévèché de Liège en 4 370, mourut vers \ 444 . Ses belles toiles appartiennent ainsi à la première moitié du xv* siècle.

BT LA RBNAISSANGS. ISl

Allemagne se révèlent de belles et mélancoliques conceptions: ici maître Stephan % le peintre mu-» niclpal de l'hôtel de ville de Cologne; là^ lean Holbein ^, le bizarre et sombre artiste de la mort; Albert Durer ^j si merveilleusement fécond avee ses vierges douées et ses enfants divins | tous ces mattres ont donné à la peinture son plus vaste déi»veloppement en Allemagne; et pourtant on n'y prend pas garde à la cour de François V afin et tout donner à l'Italie. C'est moins encore parce que le roi a visité les belles cités de Milan , de Oèntp et de Florence j que parce que cette primitive peii^ ture allemande et flamande retient les contours et les naïves empreintes du moyen âge.

Ces siècles que le roi fait revivre comme chevallier sont une époque vieillie pour l'art. Le roi m complaît à ce renouvellement des formes régulières et antiques; quand il appelle Léonard de Vinci au^ près de lui , c'est qu'il veut un maître de la nou^ velle école. Le Primatice^ Rosso, Benvenuto Cellini sont les expressions des diverses, branches de Fart

* On ignore l'année de sa naissance ainsi que celle de sa mort.

* Jean Holbein, né à Bâle en 4495, mourut à Londres en 1554.

» Albert Durer mourut à Nuremberg le 6 avril 4528, à Fâge de cinquante-sept ans,

nouveau; l'un décore^ l'autre dessine^ le dernier grave, cisèle et façonne de belles coupes, des bahuts et d'admirables ornements. L'Allemagne ne pouvait donner que le moyen âge et le roi n'en voulait pas; il y a dans chaque époque un entraînement que nul ne peut maîtriser; quand une coutume vient avec l'énergie d'une mode ou d'un caprice, tout le monde y court, et c'est ce qui se montre dans la renaissance. On abandonne l'idiome de la patrie , ses beaux romans, sa poésie, pour les œuvres de la Grèce et de Rome , les philosophes ou lés rhéteurs , Aristote , Sénèque ou Virgile; il en naît un pèle-méle d'idées, de mots et de choses. Dans les arts la confusion est moins grande parce que la renaissance est complète; le système des vieilles cathédrales et des enluminures est absolument délaissé pour les formes de l'antiquité sévère et pure, comme la Chronique s'était effacée devant l'histoire à la façon de Machiavel et de Guichardin. François Y^ fut la puissante main qui réalisa la pensée de son époque ; il ne retint du moyen âge que l'esprit aventureux de la chevalerie, et cet esprit lui-même fut vaincu à Pavie , par la tactique militaire des lieutenants de Charles-Quint !

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