II
restes du roi de France et de Cbarles^Quint^ Thotnas Wokey, cardinal-rorchevêque dTork, n'était poiat^ CQmmf le dit l'opinion vulgaire « le fiU d'un bou* cb^ i U appartenait à une famille coo^dérable du fomt^ d^ Buffolk; savant distingué « ami d'Éra^itie^ il «'était fait remarquer de Riebard Fox, «bapelaia du roi ; négociateur éminent auprès de MaximiUeu^ il avait obtenu un traité favorable, et à son retour à Londres , Henri VIU l'éleva à la baute dignité de chancelier* Il avait des formes élégantes ; un esr* prit plein de joyeuses reparties, tel qu'il le fallait à S^nri YIII , roi qui aimait les bons direa* Wolsey devint le premier homme de l'Angleterre par » cn^ paçité éminente, par son intelligence profonde, et par le rôle qu'il sut donner à la nation dans lee 9$^ flaires de l'Europe j le pape, en l'élevant aueardiiiap* lat, lui donna la légation perpétuelle en Angleterre. , C'eat donc un homme de premier mérite que Wol^ Mji comme tous les cardinaux-ministres, il con^ serve une grande supériorité sur les contemporain»; Sfténagé par tous, par le roi de France e| l'empereuiv qui lui écrivent des lettres familières, le cardinal sait sa position, il n'en descend pas; s'il garde unii sorte d'égalité, il est toujours respectueux envers les princes } on a dit ^ue, gagné aux intérêts, de
François V' par des subsides et des pensions ^ il trahit la reconuaissanee* Tous les hommes publics sont accusés d'être corrompus i sorte de vengeadce populaire contre les gouvernants; je crois au con^ traire que le cardinal d'York n'eut qu'une vive passion y ce fut de donner à l'Angleterre un rôle élevé sur le continent, et en la faisant intervenir entre tous , de la créer la première des nations diplomatiques. Le cardinal , dévoué à \A cour de Rome , voulait aussi préparer la paix entre les puissances chrétiennes pour arrêter les Barbares qui menaçaient TEurope, Cette guerre violente , prête à éclater entre François P' et Charles-^uint^ allfidt trop violemment remuer le sol pour songer à une solennelle croisade.
En cette circonstance , Henri YIII et le cardinal d'York, invoquant les stipulations des vieux traités y offrirent d'ouvrir des conférences à Calais pour amener la paix entre les deux princes ; de part et d'autre, elles furent acceptées. François P' et Charles-Quint voulaient ménager la volonté de Henri YUI^ mobile et capricieuse ; et ensuite aucun des deux souverains n'était prêt pour le développement de leurs forces. Ces conférences au moins donneraient le temps aux puissances de couh-
pléter leur armement. Dès que la médiation fut acceptée , on vit arriver sur le continent en toute hâte le cardinal d'York, suivi d'un magnifique cor-* tége de lords et de barons anglais. Splendide pompe que celle du voyage d'un cardinal^ vêtu de sa robe de pourpre et de son chapeau de voyage à gland d'or ! autour de sa mule de légat ^ de riches çhevaliersi des barons avec de somptueux équipages. Ce fut à Calais ^ ville alors anglaise , que les députés durent se rendre pour conférer sur les conditions de la paix * : François I*" désigna pour ces entrevues de Calais^ Duprat^ son chancelier de confiance. Comme Henri YIII avait indiqué Wolsey pour le cardinalat d'York, François P' avait également assuré la pourpre à Duprat , homme habile , discret et ferme dans ses desseins ; il lui adjoignit le premier président du parlement du nom de Selve^ le maréchal de Chabannes, et un correspondant d'un esprit fort distingué, Olivier de la Vernade, qui paraît absorber la confiance de François V. Charles-Quint également envoya aux conférences de Calais son chancelier du nom de Guatimara, fort
* Pouvoir des ambassadeurs pour les conférences de Calais (48 juillet 45514 ). — Bib. du Roi, Mss. de Béthune, n^ 8492, fol. 422.
intelligent dans les négociations, et avec lui le comte de Bergues^ l'abbé de Saint-Bertin, et pour secrétaires deux hommes de loi flamand et aragonais, très-instruits dans lesprincipesdu droit public «Tout devait être dirigé par le cardinal d'York; lui seul, se posant en médiateur, devait prononcer sur les questions de haut intérêt.
11 existe deux sortes de documents sur les conférences de Calais, les procès-verbaux en manuscrits qui donnent le précis des discussions avec une exactitude rigoureuse *, et la correspondance particulière de Duprat avec François I" et d'Olivier de la Yernade, observateur si fin de tous les accidents de la négociation ^ . Le cardinal de Wolsey écrit luimême plusieurs fois à François l^^; se défendant surtout d'un système de partialité qu'on lui reproche à l'égard de Charles-Quint , il rappelle au roi tout ce qu'il a fait pour lui et le maintien de la dignité de sa couronne. Ces lettres, généralement rédigées avec un grand caractère de fermeté, excluent toute idée de corruption ^. On s'imagine que les choses secrètes de la politique se produisent par des
■ Bib. Roy., Mss.de Béthune, vol. cot. 8479.
« Bib. Roy., Mss. de Béthune, vol. cot. 8494 et 8492.
' Mss. de Béthune, vol. cot. 8505, fol. 69 et 8487, fol. 4 .
moyens honteux; il y en a sans doute^ mais les résultats arrivent le plus souvent par un mouvement irrésistible qui entraîne les hommes et les faits. A son tour François I'' écrit assidûment au cardinal Wolsey; on voit qu'il le ménage et le caresse. Ses instructions au chancelier Duprat * sont destinées à séduire le cardinal Wolsey par ces petits soins délicats et attentifs qui attachent; il s'est aperçu que le cardinal dTork montait difficilement à cheval^ « il faut lui envoyer une litière bien douce pour qu'il se rende sans effort aux conférences; lui souffrant et malade. ^ »
Les points discutés étaient ceux-ci : « restitution respective de la Navarre et du royaume de Naples, règlement des droits sur la Bourgogne en vertu du traité de Noyon. » Les envoyés du roi de France soutenaient que tout cela était stipulé déjà, et qu'il fallait exécuter toutes les clauses sans discussion nouvelle. Le chancelier Guatimara répondait ce que la situation avoit changé , et qu'aucune restitution ne pouvoit être faite sans un nouveau traité *• » Au
* Dans un Mss. de M. de la Mare , conseiller au parlement de Dijon, colé 40332-3, Bibl. Roy, on trouve quelques lettres de François I" à ses députés aux conférences de Calais.
* Bib. Roy., Mss. de Béth., n^ 8494, M. 39. 4 •* septembre 4524. ' Mss. de Béthune, n<* S479.
ET LA RENAîâSANCE. 16»
milieu de ces prétentions ardentes, soutenues aveé énergie, le cardinal Wolsey vit bien qu'il n'y avait qu'un parti rationnel à prendre, c'était la conclusion d'une trêve assez longue pour permettre âU monde chrétien de se débarrasser des infidèleô par une croisade , en vertu des instructions que le cardinal avait reçues de Rome.
Cette trêve devait être considérée comtne un moyen de servir la politique de Cbarles-Quint, puis^* ([ue, laissant les choses dans l'état actuel, on ne faisait aucun droit aul plus justes réclamations de François P. Dès ce moment les entrevues du dardinal d'York et du chancelier Duprat prirent tin ton d'aigreur difficile à décrire. Comme tout esprit supérieur, le cardinal d'York devait garder là di*^ rectîon suprême des conférences, et il le fit avec modération et impartialité au milieu des querelles les plus vives qui s'élevaient entre Guatimara et Ûuprat lui-même très-emporté. Il s'agissait de constater qui des deux princes avait commencé là guerre : était-ce Charles-Quint ou François I" , l'empereur ou le roi? Duprat avait pour lui les faits matériels , car les batailles avaient commencé ouvertement par l'invasion des lances bourguignonnes, flamandes, germaniques, sur le terri-
toire de la France. Mais, à cette observation incessamment répétée par Duprat^ le chancelier Guatimara répondit par une seule objection : le roi de Frabce n'avait-il pas provoqué les hostilités de Robert de La Marck? lui seul avait donc commencé la guerre! Duprat^ toujours violent, lui dit: a Je mets ma tète en jeu si le roi a secouru Robert de La Marck. — Alors , répondit Guatimara , donnezmoi votre tète , car voici des lettres qui prouvent l'accord de François avec le sire de La. Marck. — Non, non, répondit Duprat, ces lettres ne signifient point cela, et vous n'aurez point ma tête. — Je ne la veux point , répliqua Guatimara , je préfère une tète de cochon, elle sera meilleure à manger * . » Le cardinal d'York se prit à rire en fronçant le sourcil, afin de ne pas pousser plus loin une discussion qui dégénérait en injures personnelles. Désormais le médiateur ne se préoccupe plus que d'un seul but, la trêve de Dieu, puisque la paix est impossible au milieu de prétentions si diverses; avec la trêve il pourra mener toute la chrétienté sous l'étendard de Rome dans une grande croisade; c'est ce qu'il écrit à François T', dont il invoque
* Ms9. de Béthune, n' 8479.
incessamment l'esprit chevaleresque ea l'hanneur de la croix;
Tandis qu'avec son esprit persévérant et supérieur , le cardinal d'York veut pacifier des querelles si vives ^ on voit toujours se manifester le& antipathies , la méfiance des Anglais et des Français. Calais ^ poste avancé sur le continent , est surveillé avec une attention particulière par les Anglais ; car les archers de France rôdent autour des murailles : veulent-ils s'emparer de la ville par ruse ou par force , durant les conférences , et profiter de la trêve pour grandir leurs possessions? Chaque jour des querelles s'engagèrent entre les deux chevaleries ; les Espagnols se montrent fort hostiles et l'irritation est partout : comment le cardinal d'York pouvait- il préparer même une trêve? Alors, comme dernier moyen , il propose de créer pour Honri YllI une sorte de protectorat qui le rendra arbitre et maître de la paix et de la guerre sur le continent. « Qu'on stipule d'abord un délai suffisant pour que les hostilités ne recommencent plus et pendant ce temps, le roi d'Angleterre, juge impartial, *décideroit sur les contestations. » La haute position que le cardinal d'York avait reçue de Rome devait justifier ce pouvoir; et ici se déployait
170 FRiNÇOIS !« ET LA RENAISSANCE.
Thabileté de oe grand cardinal, qui donnait an roi son maître la première place en diplomatie. Toutes ces hautes pensées restèrent en projet : on n'aocepte une pacification que lorsqu'il y a lassitude de la guerre ; mais , dans la première force d'un règne , on ne songe pas si facilement à calmer les tètes et à désarmer les bras. Tout était aux ba-^ tailles : traité , alliance , négociation. Charles-Quint portait partout son esprit ambitieux ; François P avait également des aventures à courir : il fallait donc des champs clos , de larges lices pour des combats à outrance ; et le caractère pacifique du cardinal d'York ne pouvait désormais dominer les esprits.