‹ François Ier et sa courChapitre 1 sur 28 · LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C · texte numérisé non relu

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RUB PIERRE-SAaRAZIN, N* 14

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Mort de Louis XII. — La nouvelle cour et son budget.

Louis XII descendait dans la tombe le 1" janvier . de Tannée 1515. Engagé tour à tour en plusieurs ' grandes entreprises, il ne les avait pas toutes conduites avec la môme adi*esse ou avec le môme bonheur. Né pour la paix, il s'était montré, durant les jours paisibles de son règne, réformateur zélé des abus, dispensateur éclairé des faveurs et des grâces; et le peuple, dont la reconnaissance est d'autant plus vive qu'elle est moins durable, avait adressé de pieux hommages à ce monarque soigneux des intérêts populaires. Mais il avait compromis dans la guerre une part de sa gloire. Puisqu'il s'était toujours montré brave dans les combats it délié dans les négociations , quel juste reproche

louvait-on lui faire? Jamais il n'avait été servi par 44 a

le hasard, n'étant ni présomptueux ni téméraire. Eh hien! c'était là son crime; et, en effet, sa vaillante armée avait souvent désiré, surtout dans les derniers temps de son règne, un chef plus jeune, plus valide, plus prompt à tenter les grands coups, plus confiant dans la fortune de la France. Aussi, quand on apprit et sa mort et Tavénement de François, duc d'Angoulôme, témoigna-t-on peu de regrets. François venait d'atteindre sa vingtième année: d'une stature herculéenne, d'un maintien superhe , vif, impétueux et volontiers intempérant dans ses actions, dans ses discours, il était hien le roi que la nohlesse française attendait pour repasser les Alpes sous sa conduite, et aller réparer le désastre de Novare.

On ne vit d'ahord que le côté hrillant de cette médaille. Elle avait cependant un revers. Un jour, venant de régler en conseil les dépenses de sa maison, et de pourvoir par quelque heureuse réforme aux emh.irras toujours nouveaux de ses finances, Louis XII détourna tristement ses regards du duc d'Angoulême assis à ses côtés , et se penchant vers un de ses courtisans, il lui dit : « Hélas! nous travaillons en vain ; ce gros garçon gâtera tout. »» C'était une prophétie que le jeune roi ne tarda pas à confirmer. Louis XII venant de mourir à l'hôtel des Tournelles, près la porte Saint -Antoine, son corps fut déposé dans une salle basse de l'hôtel, et, pcn-

danl que Ton préparait ses obsèques , François se hâta de désigner au peuple le* hommes qui devaient être les premiers conseillers de son règne. Les choix qu'il fit annoncèrent déjà l'esprit de son gouvernement. Il nomma maréchaux de France Odet de Foix, sieur de Lautrec, et Jacques de Chabannes, sieur de La Palice, ajoutant à ces litres de beaux gages et la jouissance de quelques revenus pubHcs. Son ancien gouverneur, Arthur Gouiïier, sieur de Boisy, fut pourvu de l'oflice de grand maître. S'ils n'avaient pas les uns et les autj'cs un égal renom de sagesse, ils passaient, et à bon droit, pour des braves. Le choix de Lautrec étonna surtout les serviteurs de l'ancienne cour : si vaillant c}u'il lïit, on le trouvait bien jeune pour être l'objet d'une si grande faveur, au mépris de ses anciens. François, au contraire, estimait faire un grand sacrifice aux scrupules des vieux courtisans en préférant La Palice à quelque étourdi comme Bonnivet. Il n'y avait plus de chancelier : Louis XII avait supprimé cet emploi et avait mis les sceaux entre les mains d'Etienne Poncher, évêque de Paris. François, qui devait créer tant de charges nouvelles, connnença par rétablir celle de chancelier, au profit d'Antoine Duprat, premier président du parlement de Paris, qui vit ses appointements s'augmenter aussitôt de 10 000 livres. Sous le précédent règne , l'office de connétable était aussi resté vacant i

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Louis XII se gardait bien de nommer aux emplois qu'il considérait comme de vains titres. François n'eut rien de plus pressé que de se donner un connétable, et il choisit Charles, duc de Bourbon , auquel il donna 24 000 livres de gages. Ensuite il distribua quelques gouvernements : la Normandie, au duc d'Alençon, mari de sa sœur Marguerite; le Languedoc, à Charles de Bourbon; rile-de-Frarice, au duc de Vendôme; la Guyenne, à Lautrec; le Dauphiné, au duc de Longueville; la Provence, au bâtard de Savoie. Peu de temps après il créa dans toutes les villes du royaume divers oni('es de contrôleurs et d'enquêteurs, dont il fit don à MM. de Boisy, Bonnivet, de Savoye et de La Palice : ce qui leur assura, d'autre part, environ 80 000 livres de revenu. Ce furent là ses premiers actes. Il se rendit ensuite à Reims, où il fut sacré le 25 janvier, et, le 15 février, il était de retour à Paris. La cérémonie de Keims avait été magnifique : cependant on n'avait fait ipi'y suivre les règlements traditionnels ; dans aucun détail de cette solennité les historiens ne signalent quelque innovation conforme aux goûts particuliers de François. Mais, quand le cortège fut rentré dans Paris, commencèrent les joules, les tournois, les banquets. Ce fut la véritable inauguration du règne qui venait d'être proclamé. Les tournois furent ordonnés avec une élégance, une recherche, un luxe inaccoutumés.

Les tenants étaient le duc de Vendôme, le comte de Saint Paul et Fleurange, l'auteur des Mémoires; les venants , les ducs d'Alcnçon , de Bourbon et de Guise. On ne connaissait pas, dans lout le royaume, de plus beaux noms. Mais assurément la plus grande singularité de ces fêtes fut que les dames assistèrent aux banquets. Graves conseillers de Taustére Louis XII, que l'étiquette avait mêlés à cette folle jeunesse, quels plis durent alors sillonner vos vénérables fronts !

Le jeune roi désirait réunir autour de sa personne un nombre considérable de grands olficiers. Son dessein était de rompre avec les traditions et de commencer en quelque sorte une royauté nouvelle. Avant lui, nos rois vivaient dans une majestueuse retiaite : Noblesse même , dit un vieux poëte, était chassée arrière. François I" créa la cour et la fit à son image. 11 était aimable, enjoué, peu scrupuleux du côté des mœurs : telle fut sa cour. 11 avait la passion des plaisirs et du luxe, des fôlcs, des grandes dépenses: elle partagea cette passion. 11 voulait être et paraître lettré, grand ami des arts, non moins zélé partisan des sciences : les savants, les artistes, les beaux esprits arrivèrent de toutes parfs à ses côtés, même des plus lointaines régions. Il élait brave, envieux de prouesses, de vaîllantises : tous les gentilshommes de sa cour s'cflbrcèrenl de mériter ses bonnes grOiees ^kv v<ii.-

cherchant les entreprises périlleuses. Il faisait grand état de l'honneur, qu'il regardait comme l'unique fondement de la morale civile : ce fut une opinion professée par tous ses familiers ; ce fut une règle par eux étroitement pratiquée. En toute chose, par les bons et par les mauvais côtés, la cour de François I" lui ressembla :

Nemo snos (haec est aulae nature potentis), Sed domini mores Gaesarianus habet *.

François, dominé par ses maîtresses, domina ses courtisans. Il les traitait familièrement, avec une hauteur toujours affable, si ce n'est dans ses mauvais jours. La prudence conseillait alors de l'éviter, car il avait l'abord très-rude et déconcertait les plus honnêtes gens, ses meilleurs amis, par de véhémentes incartades.

Mais ceux qu*il ménageait le moins, dans ces occasions, c'étaient les gens de longue robe, ces messieurs du parlement. Ils l'apprirent bien, quand ils se montrèrent si difficiles sur l'article du concordat. C'était leur méthode , lorsqu'ils ne voulaient pas enregistrer un édit, d'envoyer des ambassadeurs, de présenter des remontrances, de délibérer sur les incidents et d'ajourner toute conclusion.

1. « Telle est la manière d'être d'une cour puissante : aucun Césarien n'a ses propres mœurs ; il a celles du maître. » Martial , ÉpigrammeSt liv. IX.

Ainsi voulurent-ils traiter l'affaire du concordat. Leurs députés étant arrivés à Amboise, où se trouvait le roi, celui-ci ne les reçut que pour leur dire : « Je suis le roi, je veux être obéi; portez demain mes ordres à mon parlement de Paris. « Ils se retirèrent; mais, pour ne pas partir, ils alléguèrent la mauvaise saison, les débordements de la Loire, etc. , etc. « Si demain, dit le roi, avant six heures, ils ne sont pas hors d' Amboise, j'enverrai des archers les prendre et les jeter dans un cachot pour six mois. » Il avait ordinairement plus d'égards pour les moindres gentilshommes. Il se contentait de les rabrouer.

Les plus fiers étaient humbles devant lui et ne travaillaient qu'à l'imiter en toute chose. Mais c'était l'effet d'un ascendant naturel. S'il n'exigeait pas qu'on le prît pour exemple, on ne croyait bien faire qu'en faisant comme lui.

On connaît l'histoire de cette révolution qu'il provoqua, sans le vouloir, dans l'art de la coiffure. Les longs cheveux étaient, en France, l'ancienne marque de la noblesse. Au xn* siècle, ils étaient interdits aux vilains , et ce fut Pierre Lombard , l'illustre maître des Sentences, qui, gouvernant alors TEgUse de Paris, leva cette interdiction. Mais ce fut une très-grosse question : il fallut, pour la résoudre au profit des vilains, tout le crédit de Pierre Lombard , toute la puissance que les évoques exerçaient

alors sur les rois. La noblesse avait donc perdu le privilège, mais elle avait consei^vé l'usage de la longue chevelure, quand, en 1520, un accident fit perdre à François I" cet ornement si précieux.

La cour était alors à Romorantin , où elle manquait d'espace pour s'abandonner à ses ébats ordinaires. Cependant, le jour des Rois étant arrivé, le roi fut informé que le comte de Saint-Paul avait fait, en son logis, un roi de la fève. Il l'envoya défier, et, rassemblant quelques-uns de ses gentilshommes, il les avertit qu'il allait à leur tùte détrôner le roi couronné par Saint-Paul. Il faisait froid : la terre était couverte d'un tapis de neige. Saint- Paul, jaloux de soutenir vaillamment l'assaut de la bande commandée par le roi , fit amonceler dans son hôtel une ample provision de pelotes de neige, des pommes, des œufs et divers autres projectiles du même genre. Le combat eut lieu, comme il convenait entre capitaines, suivant toutes les règles de l'att. Mais bientôt les munitions manquèrent au\ assiégés, et ils allaient être réduits à capituler, quand un d'entre eux , saisissant un tison en- Qammé, le lança par la fenêtre , espérant disperser les ennemis qui frappaient la porte à coups redoublés. Ce lison alla tomber isur la tête de François, et lui fit une large blessure. Le médecin appelé près du roi le contraignit à livrer au ciseau ses beaux cheveux noirs. C'est alors qu'il laissa croître

sa barbe, comme les Italiens et les Suisses. Quelques semaines après, il n'y avait plus h la cour, à la ville, que des tôles rasées : « Soudain, comme le raconte Jean Bodin, le courtisan, et puis tout le peuple fut tondu, tellement que dès lors en avant on se moqua des longs cheveux. » Il est vrai que le parlement et l'université s'obstinèrent à conserver l'ancienne mode; mais, comme on vient de l'apprendre , l'université , le parlement, les tribunaux de tous les degrés étaient pleins de sujets rebelles. Un pliilosoi)lie contemporain, homme de grand poids , Agoslino Nifo , qui commentait alors, à Padoue, la Politique d'Arislote, ne trouvant dans l'antiquité rien de semblable à la nouvelle cour de France, la définit en ces termes : « Chez les Français, que l'on appelle aussi Gascons, le roi s'entoure d'une foule de flatteurs, réputés courtisans, gens qui , toujours attachés à la personne du roi , l'accompagnent partout où il va et font ce qu'il fait, qu'il rie , qu'il pleure, ou qu'il éprouve tout autre sentiment : pour tout dire, en un mot, qu'il meure, ils meurent avec lui*. » Ce dernier trait nous paraît être une allusion ù la bataille de Pavie. Tant que François ne désespéi:a pas tout à fait de la fortune, il combattit vaillamment, tenant (ôlc, dans la mêlée , à quiconque osait venir se mesurer avec

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