‹ François Ier et sa courChapitre 28 sur 28 · De Vanitate scientiarum ^ cap. lxv · texte numérisé non relu

De Vanitate scientiarum ^ cap. lxv

Louis XIV , il n'y a que des contrastes. Louis XIV aime à se composer ; il se règle dans son maintien sur l'exemple des héros de théâtre, et, sous le masque qu'il ne quitte jamais, il se croit presque un Dieu , parce qu'il paraît moins un homme.

François I" est , au contraire , d'une sincérité quelquefois choquante : pouvant tout , il se permet tout , même sous les yeux de la foule ; vif dans toutes ses passions et d'une vivacité qui ne s'éloigne pas assez de l'emportement, il ne dissimule pas plus ses faiblesses qu'il ne s'inquiète de faire valoir ses brillantes qualités par les artifices de la mise en scène. Il est incontestable que Louis XIV a de grandes séductions ; mais on l'aborde avec défiance et l'on trouve quelque chose de blessant môme dans le sourire de ce personnage qui fait tout aver pompe et veut toujours être admiré. François ï"^ est d'un abord bien plus aimable, parce qu'il est plus franc : qu'on l'approuve ou qu'on le blâme , il vous charme par sa belle humeur, il vous entraîne, et, bon gré mal gré, vous courez avec lui faire quelque prouesse ou quelque folie.

Cependant, si grande qu'ait été la diversité de leurs caractères , François I" et Louis XIV ont eu les mêmes goûts, ils ont recherché les mêmes gloires, et le dernier a continué toutes les entreprises que le premier avait commencées. On en condamnera quelques-unes; mais ow \iVocUixiera qu'ils ont

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travaillé Tua et l'autre à la grandeur de leur pays, qu'ils n'ont jamais désespéré de sa fortune au milieu des plus rudes épreuves, et que, par de laborieux efforts, ils ont conquis des avantages éclatants.

Nous sommes tiers d'être, en Europe, le peuple auquel appartient encore la prépondérance. Cesi une noble fierté : ne la perdons pas. Mais , si nous devons quelque chose de cette gloire aux succès de nos armes , sachons en attribuer la meilleure part au juste renom de ces conquérants pacifiques qui, depuis trois siècles, vont, franchissant toutes les frontières , porter aux lieux les plus lointains la pensée française, le goût français. On rencontre, il est vrai, dans notre vieille histoire de rares génies qui se sont produits d'eux-mêmes, sans réclamer, sans attendre aucune aide, aucune protection ; mais, quel qu'ait été le mérite de leurs œuvres, ils n'ont exercé sur leur temps qu'une médiocre influence. Au xiu* siècle, l'Église fonde l'université de Paris, et de ses gymnases sortent des phalanges d'écoliers qui deviennent les docteurs de l'Europe encore sauvage. Bientôt on ne parle plus que sa langue, on n'obéit plus qu'à ses décrets : elle est l'oracle des papes et des rois. Voilà la puissance d'une institution littéraire. Au xvi* siècle , l'Église a beaucoup perdu de son autorité sur la conscience des peuples : c'est la royauté qui domine. François I"

fonde la cour de Fontainebleau , y donne rendezvous à tous les savants, à tous les lettrés , leur concilie le respect de la foule par les hommages qu'il Jeur rend en public , les encourage par des récompenses , pourvoit à leur établissement , s'intéresse au progrès de leurs éludes et concourt , par ses applaudissements , au succès de leurs ouvrages : aussitôt naissent les lettres françaises. Louis XIV vient ensuite, et Racine, Molière, Bossuet, Fénelon, I-.a Fontaine paraissent avec lui, par lui protégés, conviés par sa voix à produire leurs chefs-d'œuvre. D'où part toute cette lumière pour rayonner sur l'Europe et dissiper les dernières ténèbres de la barbarie? Les regards du monde étonné sont tournés vers la cour de Versailles.

N'épargnons pas les vices des cours : soit ! Mais n'hésitons pas à reconnaître qu'elles ont été le berceau des lettres françaises , désormais affranchies de leur tutelle, et, à ce litre surtout, apprenons à beaucoup leur pardonner.

ri.N

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