‹ Francois Jaffier drame en cinq actesChapitre 14 sur 46 · DURESNEL , ANTOINETTE · texte numérisé non relu

DURESNEL , ANTOINETTE

Antoinette. Vous avez bien peur Je perdre votre temps auprès de moi !

DURESNEL. De quoi vous plaignez-vous, madame?., vous êtes entrée dans mon cabinet ; et, sans me permettre d'achever uu travail important, vous m’avez pris par la * Duresnel assis , Antoinette debout à cMé de lui.

LE MAGASIN THEATRAL

main et conduit près de votre père... Ai-je seulement essayé de vous résister?

Antoinette. Qu’importe que je vous arrache de votre cabinet, si vous ordonnez à vos affaires de vous suivre dans mon salon?.. oubliez-lcs du moins pour le reste de la journée... Ab! consolez-vous... notre tétc-à-téte ne sera pas long. . . Vous donnez une fête aujourd’hui , et les préparatifs que vous aviez ordonnés... Vous ne m’écoutez pas?

duresnel. Si fait, madame!., vous me parlez de votre fête... pardonnez - moi d’avoir fait violence pour cette fois à vos goûts de retraite. .. ma position exige que nous recevions le monde...

Antoinette. Je ne vous demandais pas de m’expliquer pourquoi vous donnez cette fête!.. J’avais pensé que c’était pour célébrer le second anniversaire de notre mariage.

duresnel. Avant tout, c’est pour cela...

Antoinette. Comment me trouvezvous ?

duresnel. Tous les jours plus belle!..

Antoinette. Üb ! mon père m’a dit que j’étais pâle... et que j’avais pleuré!..

duresnel. Des chagrins.. . vous?

Antoinette. Vous ne vous en êtes pas aperçu?.. Mais savez-vous, Henri, que vous agissez absolument comme si vous ne m’aimiez plus... Oh! vous ne me trompez pas, je le sais cela me ferait

mourir bien vite Vous êtes indiffé-

rent; cela me fera mourir lentement... Je suis jalouse de tout le temps que vous donnez à votre fortune , et qui est perdu pour notre amour! Hélas! je n’ai dans le monde que vous et mon père!.. Je passe toute seule plus des trois quarts de ma vie... cela est triste!.. Sans doute, j’aime la solitude et la retraite... mais la solitude avec vous .. Je suis folle de vous aimer ainsi.... folle de vous le dire ainsi....

tuais que voulez- vous? on ne m’a pas élevée à cacher ce que je pense comme les j cimes filles de ce pays. Je suis une créole, at j’ai dans le cœur toute la franchise l’une sauvage et toute l’ardeur de mon iel natal!

duresnel. Vous êtes un ange.

Antoinette. Qu’on a de peine à vous arracher une bonne parole!.. Eli bien!

maintenant, que vous me regardez avec attention... avec amour , comme vous le devez... vous voyez bien que j’ai pleuré.

J’ai fait ce que j’ai pu pour que mon père donnât â ces pleurs une autre raison que la raison véritable... Il est si inquiet de mon bonheur!.. Je lui ai dit que j’étais

heureuse !. . c’est peut-être un peu de mensonge... mais faites qu’il ne s’en aperçoive pas!., tâchez de redevenir, ne fut-ce que pour une soirée, le mari attentif... empressé, que vous étiez autrefois!..

DURESNEL, lui prenant les mains. Qu’estce que cette clef que Marie vient de vous remettre ?

Antoinette. Mon Dieu ! vous m’y faites songer... une surprise que je ménage à mon père. Cette clef ouvre uue porte dérobée qui donne sur la rue Saint-Guillaume , une rue déserte. Cette porte était oubliée et condamnée depuis long-temps, et c’est par hasard que le propriétaire de cet hôtel m’en a révélé l’existence : maintenant mon père viendra me voir aussi souvent qu’il voudra, et je ne craindrai plus que nos gens s’étonnent de ses visites, et parviennent à connaître le lien sacré qui nous unit.

duresnel, sc levant. Et savez-vous ce qu’il peut avoir à me dire?

Antoinette. Je sais ce qu’il me disait tout-à-l’heure.

DURESNEL. Quoi donc?

Antoinette. Que vous auriez dû vous contenter devotrc fortune... qu'avec moins d'ambition, vous auriez eu plus de bonheur... que votre état est plein de chances funestes...

duresnel. A-t-il appuyé sur ces derniers mots?

Antoinette. Contiennent-ils donc une prophétie ?

duresnel. Non... non... ne craignez rien...

Antoinette. Mon ami, s’il vous arrivait des revers... si vous éprouviez des faillites imprévues, que sais-je?., cela ne sera pas!.. Si cela était... promettez-moi de ne pas vous désespérer... du côté de mon père, il nous resterait toujours assez de fortune pour vivre heureux et oubliés !.. et tenez, voyez comme je suis égoïste... je me surprends quelquefois i désirer pour vous des désastres de fortune... ils vous rendraient tout entier à mon amour.

duresnel. Ne faites pas de ces souhaits-là, madame... Au bout de ma ruine, vous ne voyez que la perte de ma fortune ; moi, j’y vois la perte de mon honneur!..

Savez-vous ce que c’est qu’une faillite? savez-vous ce que c’est qu’un arrêt du parlement qui déshonore à tout jamais votre nom? Grâce au ciel, j’ai trop de soin dej mes affaires pourcraindre un semblable revers; mais je vous le répète... ne faites pas de ccs souhaits-là, madame!..

FRANÇOIS JAFFIF.R .

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