‹ François-Joseph intime. Une page d'amour.--L'éducation d'un prince.--Distractions impériales.--La fuite de l'impératrice.--Le prince héritier.--Le mystère de Mayerling.--La fin des principes.--La fin d'une vieChapitre 3 sur 35 · L'EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH, AVANT SON MARIAGE · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH, AVANT SON MARIAGE

et s'en étonna. Franchement, car elle ignorait l'art de mentir, la jeune fille dit la vérité : elle s'habillait pour descendre au dîner offert en l'honneur de son cousin, l'empereur François-Joseph. Effarement de la dame d'honneur, qui jette les bras au ciel. Que va-t-il arriver ? Le duc a grand souci de son autorité. Aurait-il permis, par hasard, à la princesse Elisabeth d'assister au repas ? Cette fois encore, Elisabeth dit la vérité. Son père n'a point permis qu'elle prenne part aux agapes. La pauvre dame d'honneur supplie, conjure. Rien n'y fait. La décision d'Elisabeth est prise, et, par conséquent, — la dame d'honneur le sait, — bien prise. Tandis que la discussion se poursuit, l'heure du dîner arrive. Elisabeth sort de ses appartements, poursuivie par la dame d'honneur, toute répandue en lamentations effrayées. Par hasard, sur le chemin des deux femmes, l'empereur surgit. Galamment, il offre le bras à sa cousine et la conduit sur la terrasse où la famille et les invités sont réunis.

Ce fut, on l'imagine, un coup de théâtre. Le duc s'était levé, le front embrumé d'un nuage de colère. François- Joseph détourna les effets immédiats de l'orage, en prenant, comme il l'avait dit, 1' « affaire » à son compte, et, faisant contre fortune bon cœur, le duc accepta la présence de sa fille cadette aux côtés de sa fille aînée.

L'histoire ne nous dit pas si le dîner fut gai, mais on peut imaginer, sans crainte de se tromper, qu'il fut plutôt contraint. La chronique, muette sur ce point, nous rapporte, en revanche, ce qui se passa dans la suite.

A l'issue du repas, l'empereur s'arrangea pour se trouver

seul avec son oncle, dans le cabinet-chenil de celui-ci. En

présence des chiens seuls, le dialogue suivant s'engagea,

dialogue dont il est plus sûr de garantir le fond que la forme :

— Mon oncle, disait l'empereur, j'ai l'honneur de vous demander la main, non point de ma cousine Sophie, mais bien de ma cousine Elisabeth.

— Mon neveu, répondait le duc, c'est absolument impossible.

— Vous refusez ?

— Catégoriquement.

— Pourquoi ?

— Parce que ma fille Elisabeth est trop jeune.

— J'attendrai.

— Et puis... parce que ce serait faire affront à ma fille Sophie.

— Il ne peut pas y avoir affront puisqu'il n'y a pas eu demande.

— N'importe, je refuse.

— C'est votre dernier mot ?

— C'est mon dernier mot.

— Eh bien, dans ces conditions, je n'épouserai donc ni l'une, ni l'autre.

Le lendemain matin, l'empereur quittait le château de Possenhoffen, en Bavière, pas plus fiancé que lorsque, la veille, il y entrait.

Trois mois plus tard, le 18 août, jour anniversaire de la naissance de l'empereur François-Joseph, Ischl, où le souverain résidait alors, était en fête. On avait invité, à la villa impériale, maints puissants de la terre, et, notamment, le grand-duc Maximilien en Bavière, la duchesse Louise, leurs trois fils et leurs quatre filles. Comme chaque année, la famille impériale se rendit à l'office du matin. L'église d'Ischl était bondée de fidèles quand le cortège fit son entrée. De fidèles ? Il serait plus exact de dire qu'elle était remplie de curieux, car le bruit de l'histoire de Possenhoffen s'était répandu" depuis le mois de mai, et la présence à Ischl de l'oncle de l'empereur et surtout de deux de ses filles, Sophie et Elisabeth, piquait au plus haut point la curiosité de l'aristocratique assistance. Les murmures qui. avant l'entrée du

cortège impérial, se heurtaient aux piliers de la nef, sans souci de la sainteté du lieu, cessèrent brusquement dès que l'empereur franchit le seuil de l'église. Tous les yeux se braquèrent sur la princesse Elisabeth et sur sa sœur aînée. A la grande surprise de l'assistance, la mère de François-Joseph s'effaça pour laisser passer devant elle Elisabeth, la blonde Elisabeth, dont la chevelure dorée mettait de la lumière dans L'ombre, chaude d'encens, de l'église d'Ischl comme ils en mettaient, trois mois auparavant, dans l'ombre froide des sapinières de Possenhoffen.

L'office se déroula suivant le rite coutumier. Mais, au moment de la bénédiction, on aperçut, — ce qui n'était point prévu au rituel, — l'empereur qui se levait de son prie-Dieu, prenait sa cousine Elisabeth par la main et s'avançait, avec la jolie fille, vers l'autel. Puis, comme on aurait découvert, à ce moment, le frôlement, dans l'air, des ailes d'un papillon, on entendit distinctement les paroles suivantes prononcées d'une voix forte, par l'empereur, à l'adresse du prêtre-officiant :

— Mon père, voici ma fiancée, bénissez-nous.

En sortant de l'église, l'empereur se tourna vers son aide de camp, le colonel O'Donnel, qui, quelques mois auparavant, l'avait empêché de tomber sous les coups d'un assassin. Il lui fit signe d'approcher, et tout en serrant doucement contre sa poitrine le bras de sa blonde fiancée aux yeux en fleurs, il dit, de façon à n'être compris que du colonel et de la jeune fille :

— Colonel, vous m'avez sauvé la vie, il y a quelques mois. J'éprouve le besoin de vous en remercier, à nouveau, car jamais je n'avais reconnu autant qu'aujourd'hui quel service vous m'avez rendu.

Ainsi furent conclues, le 18 août 1854, les fiançailles poétiques de l'empereur François-Joseph et de la jolie princesse Elisabeth.

Elisabeth justifiait ainsi une partie de la prédiction d'une tzigane qui lui avait déclaré, à Possenhoffen, longtemps

auparavant, qu'elle ceindrait une double couronne : la couronne d'impératrice et la couronne de martyre.

François-Joseph, lui, justifiait la réponse qu'il avait faite à sa cousine Sophie, sur la terrasse du château ducal. Il avait vaincu l'hostilité du chien grincheux de Possenhoffen...

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