ACTE CINQUIÈME, PARTIE II
je sens les ailes de la délivrance! — En voulez -vous la preuve, Armand ? Eh bien, écoutez : je vous aime f
GUICHE
Vous me le dites? Ahl c'est vrai, vous allez mourir!
MADAME
Ami, est-ce que vous croyez que je vivais beaucoup ?—0 Dieu bon! une minute de sincérité, de liberté, d'amour! conabien? — La mort. — Eh bien, vrai ! ce n'est pas trop cher I
GUICHE
Vous, mourir! oh! cela ne se peut pas! Qu'avez-vous donc enfin
MADAME
Rien, vous dis-je! quelqu'un qui a voulu m'enchatner, et qui m'affraqchit. Ainsi, ne vous faites pas trop de chagrin, mon ami : e suis empoisonnée I .
GUICHE
Ah! du secours!
MADAME, lai saisissant la main.
Non! ne me quittez pas encore, il faut bien que je vous dise adieu, et que je vous dise au revoir. Oui, au revoir! et, grâce au ciel, il n'y a pas de chevalier de Lorraine pour empêcher ce rendez-vous-là !
GUICHE
Oh! alors, s'en aller tout de suite ensemble! Quel est ce poison.
MADAME
Non, Armand, vous aurez, vous, à patienter encore un peu. Mais, soyez tranquille, de la hauteur où je suis, le regard va loin, et je vous promets — je te promets — que tu ne lardei'as pas à me rejoindre. Tiens, je te vois, je te vois mourir : c'est à l'armée, c'est au passage d'un fleuve. Tu demandes : — «Peut-on traverser là? » On te répond*: — « Impossible! » Mais toi, tu traverses! Et c'est de là que tu repars vers moi, glorifié par ceux qui te perdent, et béni par moi qui t'attends.
GUICHE
0ht mais, jusque-là, sans vous I...
MADAME
|{sl-cp que je le quitterai jusque-là! (saisie dune convulsion.) Ah! mais, [>our le moment, il faut me laisser, ami, il faut me laisser!
GUICHE
Quand vous allez mourir!