‹ François les bas-bleus: drame en cinq actes et sept partiesChapitre 68 sur 118 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

une petite fille, nommée Henriette comme sa mère. Un jour, — cette petite fille avait cinq ans, — on lui dit qu'on allait la conduire à son père quelle n'avait pasvu depuis bien longtemps et on la fit entrer, non dans un palais, mais dans une prison. Elle se rappelle encore comme sa mère pleurait, et comme son père Tembrrtssait. — « Sait-elle lire? demanda le roi. — Elle commence. Sire. » — Alors mon père ouvrit à la première page un grand livre posé près de lui. — « Tiens, mon enfant, me dit-il, lis-moi un peu notre royale devise, qui est celle de la chevdlerie, et aussi celle de toute âme vraiment noble vivant en ce monde. Tu te souviendras que ton père te Ta fait épeler la veille de son exécution.» — Et je lus dans le livre, en m'aidant de mon petit doigt : « Hœmi sait qui mal y pense f »

la belle histoire I et comme vous en faites bien partiel

MADAME

Vous jugez si on oublie une telle leçon de lecture! Honm soit qui mal y pense f cela est devenu ma lumière, cela vous place dans une atmosphère supérieure où Ton ne respire que confiance, honneur, pureté, oiî ne s'admet ni le soupçon, ni la rancune, ni le mensonge, rien de vil et rien de petit. Honni soit qui mal y pense f ohl quand j*ai manqué à cette loi, quand, par malheur, f ai subi quelque sentiment médiocre, je n'ai pas de cesse que je ne m'en sois délivrée, de môme qu'on a hâte de laver sa main salie. — Et c'est pour une réparation de cette sorte que je viens à vous, mes amis.

GUIGHE.

Vousl une réparation I

MADAME

Oui, vous ne savez pas? on vous avait accusés devant moi tous deux. ^

MONTALAIS, tressaillant.

Tous deux I

MADAME

On avait inventé je ne sais quel scandale, départ supposé, rendez-vous dans un pavillon, agrafe perdue...

MONTALAIS, à p«n.

Ciel!

MADAME

Et moi, moi! J'avais cru la calomnie, j'avais pensé le mal! Mais le brave girçon que voilà m'a ramenée d'un mot. Oh ! par exemple, je ne lui en ai pas demandé davantage!

FRANÇOIS, h part.

Pas assez peut-être.

MADAME

Et me voici, j'accours, j'avoue mon tort, j'apporte mon regret; honni soit qui mal y pense !

GUICHE

Ohl Madame! voilà donc votre façon d'avoir tort! c'est avec cette grandeur que vous vous humiliez I Oh ! c'est pourtant vrai, je ne vous connaissais pas. Il faut dire que je ne me connaissais pas moi-même. Mais j'ouvre les yeux; votre noblesse me confond et me ravit à la fois. Ah! François, tu avais bien raison, comme elle emporte mes petits calculs et mes habiletés puériles! Ohl dans ce corps délicat âme héroïque! rien qu'à vous contempler, on est meilleur, on se sent épris du beau, tenté du grand. Se peut-il que vous soyez de ce monde? Il faut vous adorer, et je vous adore! et, tout ce que je vous dis là, mettez que je vous l'ai dit à genoux.

MONTALAIS, à part, frémissante.

Ah! c'est Madame qu'il aimait, — et qu'il aime!

MADAME

Mais avec tous ces respects, on ne m'a toujours pas dit qu'on me pardonne.

Oh! Madame!...

MADAME, tendant la main à Montalais.

Et vous, Laure, vous ne me gardez pas rancune ?

MONTALAIS, s'incline froidement.

Est-ce qu'un tel sentiment m'est permis envers Votre Altesse? — Madame m'avait dit de prendre avec moi ces lettres...

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