ACTE QUATRIÈME, PARTIE I
MONTAtAIS.
Si Madame n'a pas besoin de moi, je la prie de m'excuser. Je préfère ne pas entrer là.
MADAME
Pourquoi? qu'avez- vous donc, Laure? Vous êtes pâle, votre voix tremble, votre main est glacée !
MONTALAIS
Mais il me semble que Votre Altesse est pour le moins aussi émue que moi.
MADAME
Oh I moi, c'esl que je me dis : En ce moment, que se passe-t-il à la ferme de François? Si le chevalier et le marquis ont voulu nous suivre, si M. de Guiche a voufu les arrêter, que s* est-il passé?
MONTALAIS
Espérons que M. de Guiche ne tardera pas à venir rassurer Votre Altesse.
MADAME
Mais il ne peut savoir que nous sommes ici.
MONTALAIS
Pardonnez-moi, Madame, il doit le savoir, il le sait.
MADAME
Comment? par qui ? où sommes-nous donc ?
MONTALAIS
Nous sommes chez lui.
MADAME
Chez M. de Guiche I
Dans le pavillon du Labyrinthe.
MADAME
Le pavillon du Labyrinthe? où ai-je entendu prononcer ce nom?
MONTALAIS
Oh ! Theureux comte de Guiche Va rendu déjà célèbre I
MADAME
Ahl maintenant je me rappelle... Mais, mon Dieul Laure,d'où connaissez-vous ce pavillon? Pourquoi refusiez-vous d'entrer dans •e salon tout à l'heure?
MONTALAIS
Je suis peu curieuse d'entrer dans ce salon, Madame, parce que... je le connais.
M A D A M R, tristement
Ahl c'était donc vrai; cette histoire de bijou!
MONTALAIS
La pièce est décorée dans le goût le plus riche et le plus rare. Le plafond, peint par Mignard, représente V Apothéose de Psyché. Votre Altesse devrait aller voir cela. Je réponds qu'elle trouvera tous les candélabres allumés, et des fleurs dans tous les vases et dans toutes les corbeilles.
MADAME
Vous souffrez, mon enfant.
A quoi Madame s'en aperçoit-elle?
MADAME
A ceci, que vous essayez de faire souffrir. Vous ne regardez pas à vous déshonorer, à vous calomnier peut-être, aflu d'amener un peu de rougeur à mon front et dans mon cœur un peu de honte. Il ne vous importe guère de vous meurtrir, pourvu que vous me frappiez. Et je me demande si la vraie compassion ne serait pas de vous rendre injure pour injure et de vous accorder ma colère. Mais non ! Laure, ma douleur ne peut pas vous haïr, et ma blessure vous pardonne.
MONTALAIS
Ah I vous me pardonnez , Madame I alors , c'est qu'on vous aime !
MADAME
On m'aime!
MONTALAIS
Oui, et vous le sentez, vous le savez! Vous savez que je mens,