‹ François les bas-bleus: drame en cinq actes et sept partiesChapitre 78 sur 118 · ACTE QUATRIÈME, PARTIE I · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME, PARTIE I

MONTAtAIS.

Si Madame n'a pas besoin de moi, je la prie de m'excuser. Je préfère ne pas entrer là.

MADAME

Pourquoi? qu'avez- vous donc, Laure? Vous êtes pâle, votre voix tremble, votre main est glacée !

MONTALAIS

Mais il me semble que Votre Altesse est pour le moins aussi émue que moi.

MADAME

Oh I moi, c'esl que je me dis : En ce moment, que se passe-t-il à la ferme de François? Si le chevalier et le marquis ont voulu nous suivre, si M. de Guiche a voufu les arrêter, que s* est-il passé?

MONTALAIS

Espérons que M. de Guiche ne tardera pas à venir rassurer Votre Altesse.

MADAME

Mais il ne peut savoir que nous sommes ici.

MONTALAIS

Pardonnez-moi, Madame, il doit le savoir, il le sait.

MADAME

Comment? par qui ? où sommes-nous donc ?

MONTALAIS

Nous sommes chez lui.

MADAME

Chez M. de Guiche I

Dans le pavillon du Labyrinthe.

MADAME

Le pavillon du Labyrinthe? où ai-je entendu prononcer ce nom?

MONTALAIS

Oh ! Theureux comte de Guiche Va rendu déjà célèbre I

MADAME

Ahl maintenant je me rappelle... Mais, mon Dieul Laure,d'où connaissez-vous ce pavillon? Pourquoi refusiez-vous d'entrer dans •e salon tout à l'heure?

MONTALAIS

Je suis peu curieuse d'entrer dans ce salon, Madame, parce que... je le connais.

M A D A M R, tristement

Ahl c'était donc vrai; cette histoire de bijou!

MONTALAIS

La pièce est décorée dans le goût le plus riche et le plus rare. Le plafond, peint par Mignard, représente V Apothéose de Psyché. Votre Altesse devrait aller voir cela. Je réponds qu'elle trouvera tous les candélabres allumés, et des fleurs dans tous les vases et dans toutes les corbeilles.

MADAME

Vous souffrez, mon enfant.

A quoi Madame s'en aperçoit-elle?

MADAME

A ceci, que vous essayez de faire souffrir. Vous ne regardez pas à vous déshonorer, à vous calomnier peut-être, aflu d'amener un peu de rougeur à mon front et dans mon cœur un peu de honte. Il ne vous importe guère de vous meurtrir, pourvu que vous me frappiez. Et je me demande si la vraie compassion ne serait pas de vous rendre injure pour injure et de vous accorder ma colère. Mais non ! Laure, ma douleur ne peut pas vous haïr, et ma blessure vous pardonne.

MONTALAIS

Ah I vous me pardonnez , Madame I alors , c'est qu'on vous aime !

MADAME

On m'aime!

MONTALAIS

Oui, et vous le sentez, vous le savez! Vous savez que je mens,

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