LE CHEVALIER, NANTOUILLET
LE chevalier. Eli bien, mon cher Nanti uillot, avezvous trouvé ce quo vous cherchiez ?
nantouillrt, impiici «i Je le crois! je le crois!
A travers la grille d'ici près, il m’a semblé apercevoir les sentiers tournants d’un labyrinthe?
le chevalier. Oui, et tous ces sentiers conduisent à* certain pavillon discret où s’est égarée, sur les pas de l'irrésistible Armant! de Guiche, plus d'une Ariane de notre connaissance : madame de Chalais, mademoiselle de Chaliiloa, mademoiselle de Grancev. mademoiselle...
nantouillkt. Assurément, ce doit être à cette grillelà que s’est passée la scène on question I
le chevalier. Ahl eh bien, vous décidez-vous à me la raconter, cette mystérieuse scène?
nantooillet. Oui, oui! et elle vous intéresse au plus haut point, chevalier. Vous remportiez, d y a aujounl hui quinze jours, uno victoire admirable! Guiche, votre grand adversaire, était mandé au Palais-Royal, et là, devant toute la cour, Monsieur interdisait a son ancien favori de jamais reparaître chez lui. Guiche s’éloignait, affectant toujours ses airs superbes; mais on disait qu'il irait cacher son chagrin, non dans son hôtel de Versailles, non (»as mémo dans ce château de Colombes, mais chez le maréchal de Grammont. son père, au fond de l’Amiénois.
le chevalier. El c’est là qu’il est allé, en effet. nantouillet. Ahl vous croyez? Ecoutez maintenant. Hier matin, au petit jour, un carrosse de louage s'arrêtait à cette grille du labyrinthe; il venait y reprendre une jeune femme voilée qu'il y avait amenée la* veille, et à la même heure prudente. La porte piétonne près de la grille s’ouvrait; la dame sortait, accompagnée d'un jeune jardinier ou paysan de bonne mine. Elle semblait fort inquiète, la pauvre dame, et, d'une voix ba-so ei émue, disait au villageois : « Au nom du ciel I retrouvez- moi cette agrafe un perles! il me la faut! il me la faut avant demain soir! Ce nœud de perles, je le tiens de Madame: si Madame ne me le voit plus, que pensera-t-elle ? f Cherchez dans le labyrinthe, cherchez dans le
pavillon, cherchez. » Et elle décrivait le ruban el les perles, elle multipliait ses recommandations et ses instances, et le jeune pu;, sm jurait ses grands dieux qu'il retrouverait le précieux joyau. Puis enfin, le carrosse partait et allait descendre la dame voilée, où cela? dans les environs du Palais- Royal.
le chevalier. Ah ça ! comment diable avez-vous pu connaître tous ces détails ?
NANTouiLLKT. Rien de plus simple. Lo hasard a fait qu'un mien laquais s'est grisé hier de compagnie avec le cocher du carrosse de louage.
le chevalier. Heureux homme! le hasard a pour lui de ce» prévenances! car votre découverte m'intéresse en effet, et beaucoup, mais elle vous intéresse encore plus que moi. mon cher.
nantouillkt. Comment cela?
le chevalier. Eht mais la visiteuse matinale méfait tout l’effet d'être une des filles d'honneur de Madame. nantouillkt. Je le crois aussi.
le chevalier. I Ii bien, marquis, ne devez-vous pas épouser, un de ces jours, une des filles d'honnour do Madame?
nantotillet. Oh! il ne peut s'agir ici do mademoiselle de Montalais!
le chevalier. Pourquoi?
nantouillkt. D’abord... d’abord, c'est impossible. le chevalier. Assurément ! Et puis?
nantouillkt. Et puis, mademoiselle do Montalais était hier matin à Meaux, près de m sœur malade.
le chevalier. Ahl si elle étaità Meaux I nantouillkt. Tandis quo M. de Guiche, comprenezvous? votre ennemi en fuite, nue vous supposiez à Pérenne?
le chevalier, Eh! le plus étrange, mon cher, c'est qu'hier matin, à l'heure do l 'aventure, U y était encore.
NANTOUILLET. A Pérou ne ?
le chevalier. A Peronnot II est vr»i qu'il en est arrivé ce matin 'ton- le plu» grand mystère, — et je l'ai su deux heurt* après, — idais il n'est certainement arrivé que de co matin.
nantouillkt. Diable t mais, en ce cas, pour qui donc la dame est-elle venue?
le CHEVALIER. Oh! pour Guiche ! cela ne fait pas question.
NANTOUILLET. Mais qui était-elle, alors? qui était-elle? voilà la question! Obi je tiens à éclaircir cette affaire, pour la réputation do toutes les fille» d'honneur de Madame. Je dis de toutes, vous entendez. Je m'alarme eu général, j‘ai une inquiétude... universelle.
LE CHEVALIER, qoi n r#(1*rKl. Eh bien, marquis, je vais, moi, vous donner dans vos recherches un auxiliaire tout-puissant
NANTOUILLET. Et c’ost ?
le chevalier. Le roi Louis XIV en personne.
NANTOUILLKT. Oh! oh !
le chevalier. Guiche a osé quelquefois devenir lo rival de son maître, et. à l'heure où Qu us parlons, il uourrait bien l'être encore. Le roi n'est pas loin, jo crois, <fc délester Guiche. Marquis, vous n'avez qu'à conter au roi, ce soir, le commencement de l'aventure d'hier. Puis laissez à Sa Majesté le soin d'en deviner la suite, et le plaisir d’en ordonner la fin.
nantouillkt. Ah! ma foi, l'idée est triomphante. Mai», par la sambleu I vous n'ète» donc pas content d’avoir évincé ce pauvre Guiche, il faut que vous l'anéantissiez?
le chevalier. Ne perdez pas votre temps, mon cher, à vouloir pénétrer mes desseins et ma |ien»ée.
nantouillkt. Oh! si j'essayais I On en e*t réduit aux conjecturas sur la cause de la disgrâce do Guiche; on a chuchote pourtant que le fat avait ose témoigner à Madame un peu plus quo du zèle. Depuis son départ, Monsieur el Madame se bnudenL. Monsieur serait-il jaloux ? Et vous qui lui êtes tout dévoué...
le chevalins. Monsieur jaloux I — La jalousie est une haute el forto passion qui ne saurait trouver place dans cette âme médiocre.
NANTOUILLET. *ta|o foie VOUS dites K. .
lk chevalier. Jo dis que la seule prétention de Monsieur et son unique souci, c’est qu'il y ail beaucoup rie monde aux réceptions du Palais-Royal, et que h>ul ce monde ne vienne pas pour Madame, mais pour lui. Et, s'il boude et querelle le succès de Madame, ce n'est pas parce qu'il en est jaloux, allez, c’est parce qu'il en est envieux.
nantouillet, «fltay». Vou» me (hiles frémir, chevalier. Si Monsieur apprenait ce que vous ditesl
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Lt chfvai.ifr. Je tous serais ohügé, mon cher, do 1 Je lui redire, lié! c'est ainsi que je le liens; c’est ma façon de le flatter; c’est parce que je le ru iloie que je le domine!
Je vous livre le secret de ma faveur, marquis; seulement, je | dp vous conseille pas d'en user.
nantoüi llet. Miséricorde! vous traitez de la sorte Monsieur qui vous aime; comment parlez-vous de Madame, que vous n’aimez pas?
LE CHEVALIER, «»*c aoc snertam* , il<mlour*u*e. Madame!
Oh' croyez-vous que je la méconnaisse? est -ce qu’m prut nier cet reprit, cette bonté, ce charme, ünvincib'e et Innocent prestige qu'e'.le exerce sur tout et sur tous! Coquette sans le savoir, dangereuse sans le vouloir, gon premier regard atteint l’âme, son premier mot demande le cœur.
nantouillet. Oh! quel homme êtes-vous donc? Si vous admirez tant Madame, pourquoi êtes-vous son ennemi ? le chevalier. Pourquoi? Eh! parce que...
nantodillet. Parce que?
le chevalier. Eh bien, vous le disiez tout à l’heure, parce que je ne l’aime pas.