Enfin de l'Othoman, l'Empire se divise
Et les princes Chrestiens partout Tictorieux, Vont bientôt arborer les armes de TEgliae^ Dans tonte la Hongrie et dans mille autres lieux.
Vers placés au frontispice d'une gravure française de l'époque, représentant la prise de Buda.
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anciens partisans ; ce fut alors que Garafa, sous le prétexte que Thôkôly conspirait contre l'empereur, obtint de celui-ci l'autorisation d'ouvrir une instraction, il établit le tribunal d'Eperjes dont on connaît les sinistres exécutions.
Thôkôly, qui subissait toujours le contre-coup des défaites turques^ voulut conclure la paix pour mettre fin à cette lutte inégale ; le cabinet de Vienne repoussa ses propositions^ il voulait une soamission sans conditions ^. Les circonstances paraissaient lui permettre toutes les exigences. « La Drave et la Save ne coulaient plus que sous les lois de l'empire. Léopold régnait sur des provinces que ses aïeux n'eussent pas osé ambitionner. La Turquie était ouverte aux assauts de la chrétienté. Les hospodars^ qui pensaient trouver dans ao conseil aulique un appui plus sûr que dans la république polonaise^ tournaient déjà du côté de Vienne des regards suppliants ^. »
Malgré le refus de Vienne, le chef des Mécontents fit encore une nouvelle tentative. Il chargea Hélène Zrinyi^ avec qui il était resté en correspondance^ de négocier la paix. Elle devait^ lui mandait-il, envoyer un prêtre de confiance auprès du
1. AciÂdy I. : Magyarorszàg torténeie, i» A. de Salyandy : Histoire de Pologne.
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pape pour lui exposer la situation et promettre, s'il obtenait une paix avantageuse pour Thôkôly, sa conversion au catholicisme ; de plus^ le converti s'^igagerait à employer toute son influence à oIh tenir que ses partisans suivissent son exemple.
Le siège de Munkâcs avait été levé, mais les troupes impériales étaient en possession de toutes les villes du nord de la Hongrie ; seule la forteresse devant laquelle Gaprara avait reculé n'était pas soumise. Des propositions de paix ava^nt été faites à Hélène Zrinyi, elle les avait repoussées^ Tout en se préparant à une nouvelle défense, la vaillante « commandante » se préoccupaitderavenir de ses enfants ; elle était en très bons rapports avec le roi et la reine de Pologne ; d'un échange de lettres, il résulte qu'elle consulta Sobîesky sur l'instruction de son fils François ce dont les études <c ne pouvaient être assez soigneusement suivies <c dans une ville toujours menacée ». Il fut môme question d'un projet de mariage entre le fils atné du roi de Pologne, le duc Constantin, et la jeune Jnlianna qui avait quatorze ans.
Les victoires sur les Turcs rendaient des troupes disponibles, on les employa autour de Munkics qui fut de nouveau investi ; le siège recommença, mais la résistance des assiégés ne faillit pas ; toa-
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jouB aux endroits les plus menacés, Hélène Zriojî S montrait tout autant de courage que de présence d'esprit, elle réconfortait les hésitants, elle enthousiasmait les combattants ; la ville foi bombardée, Tassaut fut tenté, mais Munkdcs restait inébranlable, la ville semblait imprenable, il ftjlut la trahison pour s'en rendre mattre.
La lettre par laquelle Thôkôly chargeait la princesse de négocier sa réconciliation, était chiffrée, elle la remit à son secrétaire, Absolon, un obligé de Thôkôly, en qui elle croyait pouvoir avoir toute confiance. Dans cette lettre, la situation était exposée sans détours, de même que les projets de conversion. Rigide luthérien, le secrétaire fut indigné et conclut que seule la reddition de Munkâcs empêcherait la réalisation de ce qu'il considérait comme une trahison; il gagna quelques autres luthériens à sa manière de voir et bientôt commença la dilapidation des approvisionnements; un jour vint où le capitaine Radies fit savoir à Hélène Zrinyi que la forteresse ne pourrait phoLS tenir longtemps. Le bombardement, les
1. Dorant trente mois, écrit A. de Salvandy, elle Tit pins d'une fois les bombes se briser à ses pieds, contente de Tenger, p«r du saag, le sang de Serini, son père, et de tenir levé quelque temps encore l'étendard où était écrit : Pom* Dieu, ponr la JflMité!
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assauts, les ruses, les menaces des assiégeants, Fabsence de vivres et de munitions rendaient la lutte de plus en plus inégale et la reddition s'imposait, ce qui permet à certains historiens de conclure que la trahison ne contribua pas à la capitulation de Munkàcs.
Prolonger la résistance ne semblait plus possible ; le général Carafa, qui ne devait pas ignorer ce qui se passait, écrivit à Hélène Zrinyi, au commencement de janvier, pour lui demander la red* dition de la forteresse, la seule qui résistât encore à l'empereur ; il lui faisait remarquer qu'elle n'a* vait de secours à attendre de personne, que Th5kôly n'avait plus de partisans et que mieux valait s'en remettre à la grâce de l'empereur que de le contraindre à employer les moyens de rigueur.
Dans rintérêt de l'avenir de ses enfants, la vaillante mère acquiesça aux propositions qui lui étaient faites et, le 14 janvier 1688> elle consentit à entrer en pourparlers avec le général Carafa.
Le 17 janvier la capitulation était signée ; Munkàcs était aux Impériaux, il ne restait plus trace de l'autorité d'Émeric Thôkôly, dans le nord de la Hongrie.
La c( commandante », ayant ses enfants à ses côtés, réunit toute la garnison et donna lecture de
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l'acte de reddition de Munkdcs. L'article premier de cet acte stipulait qu'à Hélène Zrinyi, à ses enfants, aux nobles^ aux officiers, aux soldats, à tous ceux qui se trouvaient à Munkdcs, Tamnistie pleine et entière était accordée, on leur promettait la liberté personnelle et la libre disposition de leurs biens, etc. ; cet article fut accueilli avec une approbation unanime.
Les articles suivants, concernant Émeric Thôkoly et la confiscation de ses biens se trouvant à Munkdcs, soulevèrent des protestations et firent couler les larmes de l'héroïque épouse, quelques rudes guerriers Kouroucz partagèrent son émotion.
Le 17 janvier même, la garnison autrichienne entrait à Munkâcs. Absolon recevait le titre de secrétaire de Tarmée et était placé auprès du général Carafa.
Amnistie complète et libre disposition de leurs biens, telles étaient les clauses essentielles de la reddition, on allait bientôt voir comment elles seraient observées. La princesse Rékéczi et ses enfants devaient avoir une suite convenable pour se rendre à Vienne, ville fixée pour sa résidence et dont elle ne pourrait s'éloigner sans Tautorisation de l'empereur ; elle devait y tenir un rang conforme à sa situation.
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Ce fut le 10 février 1688, qu'accompagnée de ses enfants et de quelques dames nobles, Hélène Zrinyi quitta la forteresse de Munkâcs. Carafa ne trouva pas les immenses trésors qu'il s'attendait à découvrir, néanmoins les Impériaux purent saisir douze coffres renfermant des armes précieuses, des pierreries, des bijoux, ayant appartenu à Ëmerich Thôkôly.
Les adieux furent poignants, les combattants aimaient leur « petit seigneur », le jeune François, bon, quoique fier, et déjà brave. Le triste cortège fut exposé à plus d'un danger, à travers ce pays montagneux que la neige couvrait; une fois même, les trois voyageurs faillirent périr ; par une cruelle ironie, Tescorte autrichienne qu'on leur avait donnée leur fit traverser les domaines familiaux de Dobrony, Borsi, Sàtoralya-Ujhely, Regécz, Nagy-Séros, Zborô, etc.
En approchant de Presbourg, la caravane s'ar« réta au château de Szomoly qu'habitait une parente des enfants, la comtesse Elisabeth Rdkoczî ; elle était la fille unique du comte Ladislas Rdkôczî, tué à Nagy-Ydrad, par les Turcs» Elle aimait François et Julianna et elle s'était vivement intéressée à la défense de leurs intérêts matériels. Le séjour dans son château fut» pour les trois pros-
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crits» une coorte halte sur la route du calvaire qui se trouvait à Vienne.
Sur les ordres de l'empereur Léopold ou du eardinal Kollonics^ les portes de la ville de Vienne se trouTaieni closes. On les avait fait fermer en apprenant que les voitures renfermant les mem* hres de la famille Rékéczi approchaient; le peuple^ qui avait été averti, s'était précipité en masse pour Toir les a prisonniers », la célèbre héroïne de Monkàcs^ les enfants du prince Rdkoczi... La fouie, excitée, hostile, vociférante, plaisantait et injuriait la noble femme et ses enfants ; ce fut, accompagnée de cette sinistre escorte, d'une po*polace en délire, que les voyageurs durent contoorner une partie de la ville jusqu'à ce qu'on se décidât à leur en ouvrir une des portes^. Ces iseànes ignobles avaient duré plus de trois heures; elles devaient se renouveler, un siècle plus tard^ mais aux portes de Paris, quand une foule en fureur entourait la voiture de la fille infortunée de Marie-Thérèse.
La voiture de la princesse Râkôczi fut dirigée
1. ... duarum aut fors et plurium korarum spatio expectastemus, spectaculo nobisoff'ensissima plebis expositù,. {Mémoires,) ^ On rarréta (la princesse) à la barrière pendant plus de trois Imwcs pooT la faire servir de spectacle à la canaillft. {JBiêtoirt des révoluHoTis de Hongrie.)
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vers un coavent de religieuses Augustines. Le même soir, le cardinal KoUonics s'y rendit ; sous prétexte de présenter les enfants à l'empereur qui avait revendiqué leur tutelle» il les emmena tous deux, malgré les protestations énergiques et désespérées de leur mère.
Ce ne fut pas vers le palais impérial que se dirigea le cardinal, mais vers un couvent d'Ursulines ; il arracha, des bras de son frère, la jeune princesse qui criait qu'elle aimait mieux mourir que d'être séparée de son cher François ; il la fit entrer de force dans le couvent*. L'enfant, qui avait assisté à cette scène, ne l'oublia jamais ; parvenu à l'âge d'homme, Ràkôczi ne pouvait réprimer un mouvement de colère contre le cardinal en se souvenant de sa violence à l'égard de sa sœur. KoUonics conduisit ensuite François dans une maison particulière où il le laissa trois jours, puis il vint le reprendre pour le conduire chez lui où Tenfant eut la joie de retrouver son fidèle Kôrôsy et son précepteur Badinyi ; il avait enfin quelqu'un avec qui pleurer, conjungere lacrymas. Le lendemain, le cardinal fit monter l'enfant en voiture
1. ... dans un couvent de religieuses Ursniines, où il la fit entrer malgré elle, et en la poussant avec le pied... {Histoire des révolutions de Hongrie.)
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pour aller prendre congé de sa mère et de sa sœur « parce qu'il allait quitter Vienne pour quel-» que temps ».
Hélène Zrinyi demanda de quel droit on lui en* levait ses enfants^ elle protesta contre la violation du traité qui avait été signé de bonne foi, mais tout fut en vain, elle était prisonnière, et ceux qui la tenaient en leur pouvoir, étaient irréconciliables autant qu'implacables.
La séparation de la mère et du fils fut déchirante. Hélène Zrinyi ne pouvait se détacher de cet enfant de douze ans qu'elle aimait plus que tout au monde et — en eut-elle le pressentiment — qu'elle ne reverrait plus. La mort seule devait les rapprocher, quarante-sept ans plus tard, quand, sur la volonté exprimée par François Rékéczi, son cercueil fut déposé à côté de celui de « sa Mère glo* rieuse. »
Lorsque le jeune François eut quitté sa mère, on le conduisit auprès de sa sœur qu'il ne put voir qu'au travers d'une grille.
La société hongroise, qui se trouvait à Vienne, ayant appris ce qui se passait, se rendit à l'église dans laquelle François Rdkôczi devait aller prier avant son départ; toutes les dames, toutes les jeunes filles étaient là pour témoigner, par leur