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présence, leur sympathie au jeune prince; ce mouvement avait été conduit par la comtesse Paul Esterhdzy, la sœur d'Émeric Thôkôly. Quand la voiture, emmenant le jeune prince, quitta Vienne, toute la noblesse de la colonie hongroise, se trouva réunie pour raccompagner.
C'était, pour cette époque, une grave démonstration. Léopold rapprit et envoya des troupes pour disperser les protestataires.
L'empereur était le tuteur des enfants de François Ràkôczi P^, mais, en réalité, la tutelle fut exercée par le cardinal Eollonics, « le soldat rouge », comme le nommait Szelepcsényi.
Né en Hongrie, oti sa famille, appartenant à la religion réformée, avait acquis Tindigénat, Kollonics joua un rôle néfaste dans son pays natal. Son père avait repris la religion catholique, mais ses frères et sœurs étaient restés protestants, et ce fut Tun d'eux qui éleva, presque par charité, le futur persécuteur des protestants.
Eollonics se destinait à la carrière des armes et : se battit courageusement contre les Infidèles ; il était chevalier de Malte quand l'empereur le fit évêque de Nyitra. Il ne possédait alors aucune connaissance théologique ; il n'était pas même prêtre, mais on l'avait nommé en toute hâte pour
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<iue le clergé hongrois ne pût faire valoir ses droits sur cet éyêché dont le titulaire ne prit possession que deux ans plus tard. Il se montra, sur le siège épiscopal, dur, avide, impitoyable ; il fit peser une main de fer sur les luthériens, les caivi* nistes, les juifs, les anabaptistes, etc., etc. U fut le plus intraitable des représentants de la politique anti-magyare de Tépoque *. Quand, en 1695, il devint primat, à côté de son zèle pour la foi, il ne manifesta qu'un sentiment : la haine de la Hongrie. D usait quelquefois de ménagements à Tégard de dissidents, mais seulement quand ils n'étaient pas Hongrois. H agit ainsi envers les Saxons de Transylvanie et leur dit qu'il les aimerait et les protégerait a parce quMls étaient Allemands. » Son rôle rappelle celui du cardinal Granvella.
Pendant que Ton emmenait François Ràkôczi en Bohême, l'administrateur chargé de la tutelle, ou plutôt KoUonics, exigeait la remise des biens mobUiers et immobiliers des orphelins.
Un inventaire fut dressé des bijoux et des objets précieux apportés de Munkâcs, par Hélène Zrinyi ; sans tenir compte de leur valeur artistique, en ne considérant que le métal précieux et les
1. The country was govemed by decrees from Austria or by ordersof the military commander. (Eungary and Us révolutions,)
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pierreries, on les estima au chiffre de 70.000 florins du Rhin.
L^administration des domaines de la famille Râk6czi fût singulièrement organisée ; les exercices de la religion protestante y furent interdits, les écoles, entre autres le célèbre collège de Sâros- Patak qui s'était développé, grâce aux libéralités de Suzanne Lorântffy, furent transformées en magasins militaires, tandis queles troupes impériales occupaient les forteresses de Ràkéczi. Les châteaux furent abandonnés, les terres laissées en friche, et tant que dura sa tuteUe, le cardinal ne fit aucune dépense d'entretien, ne laissa exécuter aucune réparation, pas même la plus urgente.
En parcourant la route qui devait le conduire à Neuhaus, petite ville isolée, où les Jésuites avaient un collège, le prince Rdkôczi ne fit que pleurer ; on l'avait séparé de son fidèle Eôrôsy, et Badinyi seul l'accompagnait, surmontant son propre chagrin pour consoler Tenfant qui ne voulait rien entendre ; il refusait de regarder le pays qu'il traversait et ne garda, de ce voyage, que le souvenir de son chagrin.
Le 3 avril, il arriva au collège de Neuhaus où étaient élevés les enfants de l'aristocratie. Les religieux savaient quel était leur nouvel élève et.
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pour répondre aux intentions de Kollonlcs^ cherchèrent à gagner Taffection de l'enfant. Ils organisèrent une représentation théâtrale ; au réfeoioîre, un grand repas avait été préparé en l'honneur du petit prince magyar à qui Ton présenta les élèves les plus distingués.
Maîtres et élèves regardaient avec curiosité cet enfant étranger, beau et fier, malgré sa tristesse, et qui fit sur tous une impression d'oi!i naquit la sympathie. Pour répondre aux amabilités qu'on lui faisait, François se rendit à la chapelle en vêtements de grande cérémonie dont la richesse provoqua un nouvel étonnement. Il avait douze ans alors, mais il était grand et si bien développé qu'on eût pu lui donner deux ou trois ans déplus.
Pendant les premiers jours, on s'occupa beaucoup de lui, cherchant à le distraire, à l'occuper, mais un soir, un religieux lui annonça qu'il resterait au collège pour y faire ses études, et il ajouta que, s'il avait quelque chose à mander à sa mère, il pouvait le faire^ parce que son précepteur allait retourner à Vienne. L'enfant, surpris par cette nouvelle, éclata en sanglots, puis protesta, en disant que le cardinal lui avait promis que Badinyi resterait quelques mois avec lui. Ni larmes, ni protestations, rien n'y fit, le religieux resta iné«
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branlable, il avait reçu des ordres formels et il conduisit François dans la chambre qu'il occupait avec quelques autres enfants ; les lits étaient separés par des paravents, François se réfugia derrière le sien et se remit à sangloter. Badinyi le rejoignit et essaya de le consoler ; Tenfant le suppliait de rester a même par la force, de ne pas l'abandonner au milieu de ces hommes sans cœur. » U se mit, sur le conseil de Badinyi, à réciter son chapelet et le sommeil vint enfin apaiser momentanément la douleur de l'orphelin. Le lendemain, à son réveil, il chercha son précepteur. Badinyi n'était plus là, on Tavait obligé à partir dès l'aube. Le chagrin de Tenfant fut plus vif encore que la veille, il se sentait seul, abandonné, loin de ceux qui l'aimaient, parmi des étrangers dont il ne comprenait pas la langue ; personne ne parlait hongrois et il était obligé de parler latin avec ses maîtres. Aux consolations que les religieux essayaient de lui prodiguer, il répondait par des sanglots et au milieu de ses larmes, il demandait qu'on le tuât s'il l'avait mérité, plutôt que de souffrir ainsi. U ne se calma un peu que sur la promesse que Badinyi serait heureux, qu'on le nommerait administrateur de tous ses biens, etc., etc., mais longtemps
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encore, il s'enferma derrière son paravent pour pleurer et se lamenter, puis, peu à peu, les en* seignements de Badinyi lui revinrent à l'esprit, il pria, comme il le lui avait appris, en s'adressant au « Père des orphelins » ; il retrouva le courage de supporter son triste sort, et sa santé qui s'était ressentie de toutes ces épreuves se rétablit»
La princesse Ràkôczi, quand on lui eut arraché son fils, demanda l'autorisation d'habiter le même couvent que sa fiUe, la cour n'y mit pas d'opposition et les Ursulines la reçurent, moyennant une pension fort élevée. Elle put, dans cette retraite, méditer sur son sort qui était si tragique; son père et son oncle, martyrs de la liberté, étaient morts de la main du bourreau; son premier mari n'avait dû la vie qu'à une dédaigneuse pitié ; sa mère avait vu sa raison sombrer dans les malheurs* qui frappaient sa famille ; son frère unique gémissait dans une sombre tour où, condamné à une détention perpétuelle, il devait finir ses jours. Deux de ses sœurs étaient religieuses. Tout cequi lui restait d'espérance et de fierté, son fils,. était entre les mains de ses plus cruels ennemis ;..
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fion mari errait proscrit. Les biens des Zrinyi, des Frangepân, des Thôkoly étaient confisqués, ceax des R&kôczi étaient entre les mains de leurs persécuteurs.
Durant son séjour chez les Ursulines, Hélène Zrinyi ne put correspondre avec Thôkoly que par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France, et encore, en grand secret et fort rarement. Elle ne put échanger, avec son fils, que bien peu de lettres ^, ce fut à Tinsu de ses gardiens qu'elle lui écrivit, on craignait qu'elle ne lui inculquât son patriotisme, son énergie et n'en fit, malgré tout, le digne descendant de sa race.
Quoique seul, l'enfant résista aux suggestions de ses éducateurs ; malgré sa piété, il n'avait pas la vocation religieuse, son esprit se développait, libre et indépendant. Ses sentiments nobles, sa rapide conception de toutes les choses, sa profonde pénétration, sa bonté, son regard doux et ferme inspiraient à ses maîtres une sympathique admiration ; il la leur rendait en affection. C'était ^nsi que pendant les récréations, alors que les autres enfants couraient et jouaient, le jeune Fran-
1. On n*en a retrouvé aucune, il est probable qu'Hélène Zrinyi les emporta en quittant Vienne et que, sur sa demande, quand elle mourut, on les mit dans son cercueil, suivant l'usage de cette époque.
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çois allait tenir compagnie à un vieux religieux infirme^ le P. Zimmermann^ et causait avec lui.
Darant son séjour au collège de Neuhaus, le petit prince fit preuve de beaucoup de modestie, néanmoins, en certaines occasions, Torgueil de sa race réapparaissait et le sang des Rdkéczi parlait. Sur Tordre de Tempereur, on avait remplacé son titre de «c prince » par celui de <c comte » ; pendant les premiers jours, l'enfant n'y fit pas attention, mais quand il eut surmonté sa tristesse, il s'étonna de s'entendre nommer ainsi et en demanda la raison * à l'un des religieux qui lui répondit qu'en Bohême, Tusage était d'employer cette expression tant que les princes ne gouvernaient pas.
Pour distraire leur élève, les religieux l'emmenèrent une fois visiter le château de Neuhaus qui renfermait d'intéressantes collections. « Dans l'un des salons se trouvait une carte de la Hongrie, raconte l'auteur anonyme delà jRe/a^ioTi de NeuhatiSj le jeune prince la vit et s'en approcha d'un pas rapide. Qu'y cherchait-il? Munkàcs... et quand il eut trouvé, des larmes emplirent ses beaux grands yeux et inondèrent son visage si expressif.
1. Dixerat mihi soli : Et quid mihi dicunt Domine Cornes ? Ego vero sum Princeps, et taies mihi insetnnebant, (Relation de Neuhaus,)
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Quels sentiments durent se presser dans son cœur I En un instant apparaissaient^ devant son âme, les années écoulées^ les temps glorieux, les batailles, les troupes défendant la forteresse, en haut des tours, les canons, la pluie de balles, les bombes^ et sa mère^ bravant tous les périls pour veiller sur lui, puis les roulements de tambour, l'appel des trompettes, les revues des troupes victorieuses... la gloire de Munkàcs...etde tout cela, il n'y avait pas trois mois... en voyant Tenfant plongé dans de profondes réflexions, tandis que ses larmes coulaient, un religieux s'approcha et lui demanda pourquoi il pleurait. Avec un profond soupir, Tenfant répondit : € On ne peut oublier si vite I... » Que de choses en peu de mots ! »
Et cependant, c'était le but que poursuivait le cardinal^ il voulait que Fenfant oubliât ; en éloi-> gnant Badinyi, il avait eu en vue de ne laisser auprès de lui personne qui pût lui parler dans sa langue maternelle qu'on voulait lui faire oublier, en même temps que le souvenir de son enfance. En élevant le dernier rejeton de la famille Ràkôczi dans Tombre et dans la retraite, loin des lieux où ses ancêtres avaient joué un rôle, en le séparant de tous les membres de sa famille, en l'isolant de ses amis, de ses partisans qui eussent pu l'entre-
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tenir des traditions ancestrales, on se proposait de donner à son esprit une tendance pacifique et « loyale ». On attribua même à la cour de Vienne des intentions criminelles à l'égard du pupille de rempereur, mais on n'en a pas de preuves, on cherchait seulement à faire naître chez le prince la vocation de la vie religieuse^ et Ton poursuivait le même but avec la princesse Julianna, on eût Tonla leur voir les sentiments de piété de leur grand'mère Sophie Bàthory ; le cardinal KoUonics trouvait, dans la réalisation de ce projet, la façon la plus simple d'arriver à l'extinction de la famille Rékôczi et de faire passer ses biens immenses entre les mains des congrégations ^.
Les religieux de Neuhaus n'étaient pas seuls à apprécier le caractère vraiment aimable du prince transylvain, le comte Joachim Slavatha qui habitait la ville voisine vit le jeune garçon et éprouva immédiatement pour lui une vive sympathie, il n'avait pas de fils et il s'attacha bientôt à l'orphelin. Il le faisait venir au château et ne se bornait pas à lui offrir de délicats repas qui le dédommageaient de la table frugale des religieux, à laquelle son estomac ne s'habituait pas, mais en-