Rapport d'Ameth, du 2 mai
travers le pays, proscrits ou fugitifs, a citoyens sans patrie, âmes souvent très fîères, qui dédaignaient de rentrer en leurs maisons à d'humiliantes conditions. »
Huszt, Somlyo, Kôvdr et Munkics étaient les dernières places fortes restées au pouvoir des confédérés, les premières se rendirent dans les délais indiqués. Munkâcs résista et la lutte se termina là où elle avait commencé.
Le traité réglait les rapports de la nation avec le gouvernement, ses clauses principales avaient trait d'abord à l'amnistie : Ràkôczi, s'il prêtait serment dans le délai de trois semaines, serait remis en possession de ses biens, excepté les forteresses, et ses deux fils, retenus jusqu*alors à Vienne, lui seraient rendus ; semblable amnistie était accordée à tous ses partisans nobles, officiers, soldats ; le roi garantissait la liberté religieuse telle que l'avaient établie les traités précédents et s'engageait à faire droit aux vœux qu'émettraient les parties ; les griefs du peuple pourraient être exposés à la prochaine Diète et aucun sujet ne serait inquiété pour les faits antérieurs, le roi voulait témoigner à la nation sa bienveillance paternelle et il lui demandait, à son tour, de lui prouver sa fidélité, etc., etc.
DIÈTE d'ÔNOD, paix DE SZATMÂR 325
Le successeur de Joseph P' était son frère Charles, le. dernier descendant mâle de la famiUe de Habsbourg ; il quitta l'Espagne^ où il avait si longtemps combattu sans grand succès, pour aller prendre possession du trône de ses ancêtres. Débarqué à Gênes, il se rendit en Allemagne ; il fut élu empereur et il se fit couronner à Francfort, le 22 décembre 1711 ; il n'arriva en Autriche qu'au commencement de 1712. Pendant son absence, sur le conseil d'Eugène de Savoie, Timpératrice douairière Éléonore avait approuvé, le 26 mai 1711, la paix de Szatmér^ Le nouveau roi, Charles III^ remercia Pâlffy et Kârolyi de leurs efforts « qui avaient pu faire conclure une paix dont tout le monde se réjouissait. » Il rejeta, avec une sage et politique modestie, les avis dangereux de ses conseillers qui trouvaient indigne d'un roi d'Espagne et d'un empereur d'accepter une constitution et de mettre des bornes à son pouvoir. Bien que religieux, dévot même, il eut le courage de ré-
1. Le traité de la paix de Szatmâr commençait ainsi : < Nos Eleonora Magdalena Theresia, Dei gratia Romanor : Imperatrix Yidua et Goronata Hungariae, Dalmatiae, Groatiae, et Slavoniae Regina, utpote Serenissimi et Potentissimi Prlncipis, ac Dni Garoli III. Dbi Gratia Hispaniarum, Indianimqué nec non Hungariae, Bohemae, Dalmatiae, Groatiae, Slavoniaeque, etc., Régis, Filii, Nostri dilectissimi, nunc unici Mater et Regnorum Ejusdem pro tempore Rectrix... »
sister aux vives réclamations adressées par son clergé sur la tolérance accordée aux protestants...
n connaissait les Magyars et, fidèle à la politique de son frère, il aima mieux les attacher par la confiance que les écraser par la force...
« Sa fille, Marie-Thérèse, recueillit plus tard les fruits de cette politique humaine et généreuse \ i>
L'œuvre de Râkôczi était terminée, moins brillamment qu'on n'eût pu l'espérer en 1703, moins lamentablement qu'on pouvait le redouter en 1710 ; il n'avait pas combattu en vain. Car si les clauses du traité de paix de Szatmâr différaient, sur des points essentiels, de Vultimatum de Nagy-Szombat, elles n'en stipulaient pas moins l'amnistie générale et complète pour tous ceux qui avaient pris part au dernier soulèvement et aux précédents ; c'était pour un pays, où depuis cinquante ans les Carafa et les Heister avaient sévi sans pitié, un inappréciable bienfait. Les générations d'alors «t celles qui suivirent jusqu'au milieu du siècle passé, durent à Rdkôczi de ne pas voir se reproduire les scènes d'horreur et de persécution, elles lui furent redevables de la sécurité de leur existence, de la tranquille possession de leurs biens.