‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 38 sur 65 · Friedler : AktenstUcke II · texte numérisé non relu

Friedler : AktenstUcke II

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rencontra les Impériaux à Yadkert, mais la chance n'était plus pour ses armes^ il dut battre en retraite ; ce dernier échec découragea les confédérés ; les troupes qui étaient dans leHegyalja, commandées par Antoine Esterhàzy, furent disperséeSy à Patak, et tout le nord tomba au pouvoir, des Impériaux.

L'empereur pensait, non sans raison, que les confédérés se montreraient moins exigeants et qu'enCn la paix pourrait être conclue. Le 17 no« vembre 1710^ Pàlffy s'adressa directement à Kârolyî et lui fit savoir qu'il avait des pouvoirs presque illimités de l'empereur pour la conclusion de la paix, il le priait de disposer les confédérés à autant de bonne volonté. Il ne s'était pas trompé en s'adressant à Kârolyi et Râkôczi lui-même, convaincu de l'inanité de la résistance armée, était disposé à mettre fin à la guerre s'il pouvait assurer au pays une paix honorable. Il ne consentit pas seulement à la trêve, mais aussi à la rencontre personnelle qu'avait demandée Pdlffy, car il trouvait qu'en une heure de conversation, on avancerait plus qu'en un mois d'échange de notes. Le 30 janvier 1711, la rencontre eut lieu à Vaja, dans le château du comte Vay. Pàlffy s'y rendit, de KàU6, avec le général de Sainte-Croix, le colonel

Actoa et deux cents dragons. Rdkôczi arriva peu après avec Eàrolyi, quelques-uns de ses partisans et deux cents dragons suédois.

Le prince et Pâlffy, ennemis sur le champ de bataille, habitèrent sous un même toit ; tant que les officiers furent présents, il ne fut pas question du sujet même de la rencontre, mais lorsqu'ils se furent retirés, Ràkôczi et Pàlffy^ restés seuls, passèrent plusieurs heures ensemble, jusque fort avant dans la nuit ; il n'y eut ni réticence, ni finesse diplomatique, mais, de part et d'autre, autant de sincérité que de générosité, Pâlffy exprima plusieurs fois toute l'estime que Tempereur éprouvait pour Ràkôczi et il l'engagea vivement à se soumettre ; il affirmait que Joseph P*" donnerait satisfaction à la nation hongroise, aussi bien qu'à la nation transylvaine, qu'il ferait droit à leurs revendications, qu'il accorderait une amnistie complète à tous ceux qui avaient participé au soulèvement. Excepté le trône de Transylvanie, le prince obtiendrait les dignités et le rang qu'il désirerait. Le négociateur insista beaucoup en montrant à Rakôczi que non seulement son intérêt personnel, mais le patriotisme lui faisaient un devoir d'accepter la paix, car, en laissant passer le moment favorable, on pourrait

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donner au cabinet de Vienne le temps de préparer d'autres combinaisons, de soumettre complètement le pays^ ce qui lui donnerait le droit de le gouverner comme une province conquise, comme on Tavait fait de la Bohême, après la bataille de la Montagne-Blanche.

Rdkôczi fit observer que dans les négociations à venir, il ne voulait envisager que les questions intéressant la nation, aussi ne pouvaitil faire aucune proposition sans consulter le Sénat et les confédérés ; ce qu'ils décideraient, lui Taccomplirait, mais il ne voulait rien faire de sa propre initiative, car il craignait que la cour de Vienne n'observât pas mieux ce traité que les précédents.

Tout en ne comptant guère sur une réponse, il se déclara prêt à écrire à Tempereur la lettre que lui demandait Pâlffy. Le 3 février, il la Jui remit, le comte Pâlffy Teût voulue rédigée en termes plus humbles et acceptant Tamnistie sans conditions. Ràkoczi consentit à modifier les termes qui ne changeraient rien quant au fond, mais il refusa nettement de se poser en rebelle repentant, renonçant ainsi pour lui et pour les confédérés, à la réintégration dans leurs dignités et dans leurs biens. «L'honnête homme, répondit-il simplement, à Pdlffy,

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doit son âme à Dieu, son sang et sa vie à son maître, mais son honneur lui appartient. » Si le cabinet de Vienne ne reconnaissait pas l'illégalité de son arrestation, de sa condamnation, la violation des lois du pays, cela prouvait simplement le manque de sincérité de ses propositions présentes. Il demandait à Pàlffy lui-même de dire si la prise d'armes n'avait pas été légitime ; si lui, chef de la Confédération, demandait que tous les confédérés fussent réintégrés dans leurs droits, c'était parce qu'il ne voulait pas abandonner ceux qui s'étaient attachés à sa fortune, par un serment. Le négociateur se rendit à ces raisons et fit parvenir à Vienne la lettre qui avait subi bien peu de modifications.

Selon la promesse qu'il en avait donnée au feldmaréchal, Rdkôczi convoqua le Sénat hongrois et le Sénat transylvain, le 12 février, à Salànk pour leur soumettre les nouvelles propositions de paix. 11 leur exposa la situation de la Confédération et leur demanda de bien réfléchir avant de décider s'il fallait reprendre les négociations pour la paix et, dans ce cas, quelles concessions il fallait faire sur les conditions de l'ultimatum de Nagy-Szombat. Les sénateurs hongrois, à l'unanimité, furent d'avis qu'il fallait renouer les négociations dont

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rinéluctable nécessité ne faisait plus de doute, mais, avec la même unanimité^ ils déclarèrent qu'il fallait traiter sur les bases du projet de Nagy-Szombat et ne renoncer à aucun des xxm articles. La réponse des sénateurs transylvains fut la même, et ils refusèrent d'accepter la démission que leur offrait Rékôczi pour faciliter leur réconciliation avec l'Autriche. Ils ne voulurent pas délier le prince de son serment et se déclarèrent prêts à vivre ou à mourir avec lui, ou encore à le suivre en exil. Était-ce une dernière lueur de dévoùment patriotique, ou bien n'était-ce qu'une simple habileté pour inspirer confiance au prince et l'engager à s'éloigner, sans crainte, en leur laissant la direction des négociations, car Rdkéczi leur avait demandé s'il devait se retirer à Munkics, pour attendre la fin de l'armistice ou se rendre en Pologne pour conclure une nouvelle alliance avec le czar, au cas où les négociations entamées avec Vienne n'aboutiraient pas.

Rékôczi lui-même ne se faisait pas illusion sur ce projet d'alliance, il le savait irréalisable; la Porte, sur les conseils de la France et de Charles XII, venait de déclarer la guerre à la Russie, ce qui obligeait le czar à y retourner pour concentrer tous ses efforts contre cet ennemi.

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Le prince de Transylvanie voyait, dans cette proposition, un prétexte honorable de quitter le pays pour ne pas entraver, par sa présence, les négociations et la conclusion de la paix. Sénateurs hongrois et transylvains conseillèrent, à lunanimité, le voyage en Pologne.

Avant de suivre ce conseil, Ràkôczi remit le commandement de ce qui restait de troupes, ainsi que la direction des négociations, à Kàrolyi, car plusieurs des autres chefs avaient déjà cherché un refuge en Pologne. Ces dispositions prises, Ràkôczi quitta^ le 18 février 1711, la Hongrie qu'il ne devait plus revoir*. Avec lui partaient Bercsényi, Antoine Esterhdzy et encore quelques-uns de ses amis. ;

Le 14 mars 1711, Kàrolyi prétait secrètement au roi le serment de fidélité et peu après, poussé par un remords, il se rendait en Pologne pour soumettre à Ràkéczi les clauses du traité de paix et l'engager à convoquer le plus rapidement possible une assemblée des confédérés pour discuter le traité et le conclure. Les amis du prince l'en dissuadaient et rengageaient même à faire arrêter

1. En quittant Munkâcs, Ràkôczi rencontra un czigàny qui s'inclina devant lui, baisa son manteau en pleurant et lui dit : et Pars, pars, prince, tu abandonnes ici le bien pour aller lâ>bas chercher Tombre. »

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Kàrolyi. Ràkôczi n'écouta pas leurs conseils^ mais comme quelques villes, Kassa, Munkàcs, etc., étaient encore au pouvoir des Kouroucz, il persévéra dans son dessein de laisser le pays régler lui-même les conditions de la paix et convoqua une Diète à Huszt ; il promit de s'y rendre pour diriger les débats. Kàrolyi retourna en Hongrie et se déclara ouvertement favorable à la réconciliation. 11 n'attendit pas la convocation de la Diète de Huszt, mais craignant, avec Pâlffy, que Râkôczi ne suscitât quelque difficulté, ils décidèrent que K&rolyi, possédant un plein-pouvoir de Ràkôczi, pouvait convoquer lui-même les confédérés et il le fit, mais en changeant le lieu de réunion fixé par Rdkôczi et en le transportant Szatmâr^

Entre temps, Pàlffy apprenait que l'empereur Joseph venait de mourir, il avait été emporté par la petite vérole, le 17 avril 1711, il avait trentetrois ans. Cette nouvelle, qu'il cacha soigneusement à Kàrolyi, engagea Pàlfify à hâter la conclu-

1. Dans ses Mémoires, Râkôczi place cette assemblée à Nagy- Kàroly ; R. Thaly établit qu'il y a une erreur de nom, c'est à Szatmâr que les députés se réunirent.

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sion de la paix. Il refusa la prolongation de Tarmistice qui prenait fin le 27 avril et ayant reçu de Vienne les instructions nécessaires, il poursuivit les négociations avec les délégués réunis près de Szatmdr. Au dernier moment, Ràkôczi tenta de faire échouer ces négociations, il envoya une lettre qui était un manifeste patriotique. Il prémunissait encore ses partisans contre le manque de fidélité de la cour de Vienne à ses promesses et il terminait en demandant si « Ton ne pouvait attendre du lendemain ce que la veille n'avait pas donné <. » Las de tant d'années de guerre, bien peu de ses partisans partagèrent sa manière de voir.

Le 27 avril, en Tabsence de Rékoczi, le comte Kârolyi ouvrit la séance ; le lendemain, la discussion continua et, le 29 avril 1711, les préliminaires de la paix étaient signés, à Szatmdr, par Jean Pâlffy et Charles Lœher de Lindenheim.

Le 1^' mai, par un soleil resplendissant, dans la plaine qui s'étend entre Szatmdr et Majtény, Kârolyi fit ranger ses troupes en bataille. PàlflFy était présent, avec quelques régiments ; lecture fut donnée de l'acte conclu. Les généraux, les capi-

1. Szalay, dans ses Magyar tôrténelmi Emlékek^ donne en entier ce manifeste, animé d'un souffle aussi patriotique qu'élevé.

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taines, les soldats prêtèrent serment de fidélité au roi, ils inclinèrent les drapeaux vers la terre...

Kârolyi s'avança alors vers Pàlffy, le salua et prêta serment, puis un Te Deum fut chanté en l'honneur du Tétabb'ssement de la paix. Le lendemain, le traité désigné soiis le nom de Paix de Szatmâr était signé par vingt-quatre membres de la noblesse*. Ayant conservé leurs armes, mai& n'ayant plus de drapeaux, les troupes se dispersèrent *.

L'armée^ si intéressante et si originale des Kourouczy avait vécu ; ces paysans, que l'enthousiasme avait faits soldats, errèrent désormais à

1. Au moment de la signature de la paix, le 1*' mai 1711, les troupes Rouroucz se composaient, selon les chiffres donnés par R. Thaly, d^environ douze mille hommes de cavalerie, réunis dans les plaines de Majtény, environ trois mille hommes réfugiés, en Pologne, avec Charrière ; plus cinq à six mille soldats à Rassa, quatre mille cinq cents à Munkâcs; deux mille hommes, en Moldavie, avec le comte Michel Mikes ; les garnisons de Ungvâr, Huszt et Rôvâr, comprenaient alors douze à quinze mille soldats ; deux mille erraient par groupes, à travers le pays, ce qui donne pour Tarmée Rouroucz un total d'environ quarante mille hommes. Au moment de ses succès,, l'armée de Râkôczi comprenait à peu près quatre- vingt mille hommes, sans compter la noblesse. Les troupes impériales se trouvant en Hongrie et en Transylvanie, en 1711, représentaient quarante mille hommes.

D'autres historiens estiment que les forces hongroises, se trouvant dans la région de Szatmâr, n'excédaient pas sept à huit mille hommes (A. Jakab), et que les troupes impériales comptaient cinquante- deux mille hommes (relation de l'ambassadeur d'Angleterre).

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