M. Maindron
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royale S il renonça pour toujours à ce qui fait la vie douce, à ce qui est cher au cœur ; plus tard, il terminait ses Mémoires par ces mots : Homo pro^ ponity Deus disponit.
1. Ses dom&ines couvraient une superficie de 120 lieues carrées ; le domaine de Munkâcs, seul, comprenait trois cents villages.
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La paix de Szatmàr avait été signée et le prince Ràkoczi, tout en n'ayant pas pu faire prévaloir ses protestations, ne renonçait pas à toute action politique. Les seigneurs polonais l'avaient accueilli avec cordialité et ils essayaient, par des fêtes et des réjouissances^ de faire oublier à Texilé et à ses partisans qui l'avaient suivi, les causes même de leur séjour en Pologne.
La princesse Ràkôczi qui avait passé quelque temps dans un monastère à Jaroslaw était allée rejoindre son mari, mais les époux ne restèrent pas longtemps ensemble, car Ràkôczi laissa la
princesse à Visoczkô et partit avec sa cour à Javorow.
Bientôt, le czar Pierre I«' arrivait à Javorow, où Tattendait un envoyé français, nommé Baluze, qui voulait l'entretenir d'un projet d'alliance avec la France. Râkoczi se rendit avec les magnats et ses sénateurs à Kukizow, village situé à quelque distance de Javorow, il eut quelques entretiens secrets avec les envoyés, puis une entrevue avec le chancelier et enfin avec l'ambassadeur. On lui fit de belles promesses et les sentiments que lui faisait exprimer le czar autorisaient toutes les espérances.
Au moment le plus critique de la guerre de succession d'Espagne, on craignait la Suède, l'alliée de la France, qui Tavait aidée dans ses jours de gloire et à qui elle devait la situation qu'elle occupait en Allemagne, le sort du continent paraissait être entre les mains du jeune vainqueur ; s'il se portait vers l'ouest, s'il faisait valoir ses griefs et ceux du protestantisme contre TAutriche, il rendait service à la France et, en même temps» il échappait aux terribles aventures qui Tattendaient dans les plaines de la Russie. Il y eut un moment d'anxieuse attente, puis vint la bataille de Pultawa, et la Suède, qui avait joué un rôle plus grand que
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ses ressources réelles ne le lui permettaient, fut repoussée à Tarrière-plan. Une puissance^ toute récente, mais dont la force d'expansion était considérable, prit sa place et la souveraineté de la mer Baltique passa en d'autres mains. La Moscovie, qui naguère tremblait devant ses voisins, allait devenir redoutable à ceux qui jusqu'alors l'avaient à peine connue.
Mais la Porte s'inquiétait de voir s'accroître ainsi l'importance d'un État né de la veille et, comme Ahmet III voulait reprendre Azov, il céda aux suggestions des agents de la Suède, de la Pologne, de l'ambassadeur Des AUeurs, le poussant à la guerre. Le czar fut presque satisfait de cette déclaration de guerre, la Russie Taccueillit avec enthousiasme, mais la faute commise par Charles XII, à Pultawa, allait se renouveler sur le Pruth et Pierre I®', avec ses trente-huit mille hommes, ne put lutter contre les cent cinquante mille Turcs qui l'enserraient de toutes parts. Consterné de sa défaite, le czar ne vit de salut qu'en suivant les conseils de la czarine Catherine. Elle fit remettre au grand-vizir un présent composé de tout l'argent et de tous les bijoux qu'elle put rassembler, les négociateurs surent le faire agréer au grand-vizir qui consentit à la conclusion
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de la paix et le traité du Pruth, ou de Falksen, fut signé.
Les nouvelles du lieu de la guerre étaient parvenues irrégulièrement à Râkéczi, il avait envoyé Pdpay vers le czar pour assister aux négociations avec la Porte^ mais son agent se laissa maladroitement arrêter et le czar, pour éviter toute complication, déclara ne pas connaître Pâpay. Rdkôczi n'apprit toute la vérité sur les événements des bords du Pruth que par le retour du czar, avec les débris de son armée. Il alla à sa rencontre et s'entretint quelques heures avec lui.
Pendant la vacance du trône impérial^ la guerre avait continué entre la France et Tempire ; le czar attendait le résultat de l'élection^ etRâkéczi, à qui le roi Auguste, de Pologne, avait prodigué des prévenances, vit bien qu'il ne ranimerait pas ridée du soulèvement dans sa patrie, car les Allemands^ habitant la Hongrie, intriguaient contre lui et cherchaient à lui rendre le séjour en Pologne impossible.
Le czar lui avait naguère offert un domaine situé dans l'Ukraine et qui eût été suffisant pour subvenir à ses dépenses et à l'entretien des exilés qui l'accompagnaient, mais Râkôczi avait décliné celte proposition. Non seulement, ce domaine était
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situé dans une contrée éloignée, isolée de toute communication^ mais encore Râkdczi ne se sentait pas vivement attiré par le caractère des Moscovites, <c ces gens dont Tesprit, les mœurs, les habitudes, lui étaient antipathiques. » Il préférait la France où le portaient ses inclinations naturelles, aussi, après avoir mûrement réfléchi, prit-il la résolution d'accompagner le czar à Elbing, puis là, selon la tournure que prendraient les événements, il hâterait ou retarderait son voyage pour la France.
Au jour fixé pour le départ, il fit ses adieux à la princesse Charlotte-Amélie, non sans avoir pris les dispositions que comportaient les circonstances. Il n'emmena avec lui qu'une suite peu nombreuse et laissa les autres Hongrois, sous la direction de Bercsényi ; ils devaient le rejoindre, avec les chevaux et les bagages, par la route de terre, tandis que lui partait par la Yistule, sur le bateau que le czar lui avait réservé.
La marche de la flottille était lente et néanmoins plus d'une fois les voyageurs coururent de grands dangers. Près de Varsovie, le bateau sur lequel se trouvait Râkéczi fut un instant sérieusement menacé. Enfin on arriva à Thom et un long arrêt y eut lieu. Pierre h' s'adonna à ses plaisirs cou-
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tumiers qui n'étaient pas du goût de Rdkôczî^ mais il n'osait témoigner sa répugnance à un protecteur dont il croyait avoir encore beaucoup à attendre. Peu après son arrivée à Thorn, le czar décida d'aller prendre les eaux de Karlsbad pour rétablir sa santé. Il laissait la czarine avec une petite suite. Cette disposition ne convenait guère à Râkôczi, il prévoyait que ce séjour passerait sans utilité pour lui, car le czar se rendait dans une contrée appartenant à Tempire et il s'y rencontrerait avec le prince Électeur de Hanovre, ami intime de la maison d'Autriche, ce qui pourrait avoir, pour sa cause, de néfastes conséquences; de plus, il redoutait que la sympathie que lui témoignait la czarine ne fût mal interprétée en l'absence du czar, aussi fit-il part à ce dernier de la résolution qu'il venait de prendre. Il voulait, lui dit-il, profiter de son absence pour se rendre à Dantzig et, de là, secrètement aller voir, à Berlin, le roi de Prusse qui manifestait beaucoup de bonne volonté à son égard. A son retour, il lui communiquerait le résultat de ses entretiens avec Frédéric.
Le czar approuva ce projet; quelques jours après son départ, Râkôczi, ayant échangé ses vêtements hongrois contre des vêtements français, prit congé
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de la czarine et s'embarqua le soir sur un bateau où nul ne le connaissait et qui le conduisit, en quelques jours de navigation, à Dantzig. 11 se présenta comme officier du czar et dut surmonter plus d'une difficulté avant d'être introduit auprès de l'envoyé français, le baron de Bessenval. Il demanda à la Prusse un sauf-conduit au nom du comte de Sàros, on le lui accorda, mais en lui mandant, au nom de Frédéric, de ne pas parler des bonnes intentions du souveraine son égard, sinon son voyage ne donnerait aucun résultat et pourrait, au contraire, causer du tort au roi.
Ràkôczi se rendit à ces raisons ; tout en pensant, dans cette ville maritime, être à l'abri des recherches de la cour de Vienne, il dissimula sa véritable personnalité et garda le titre de comte de Sâros, du nom d'un de ses domaines. Un mois et demi plus tard, ayant appris que le czar était de retour à Elbing, il s'y rendit, mais il vit bientôt que ses sentiments à son égard n'étaient plus les mêmes. « Au cours de nos entretiens, écrit-il dans ses Mémoires, le czar n'écoutait qu'avec contrainte l'exposé de mes projets. » Pierre invita Ràkoczi à se rendre à Saint-Pétersbourg, le prince de Transylvanie refusa. Cependant, il prolongea son séjour à Elbing tant que le czar y resta, seulement
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quand Pierre P"" partit pour Kœnigsberg où il devait s'embarquer pour Tlngrie, Rdkôczi retourna à Dantzig.
Il dut alors réduire sa maison et renvoyer do nombreux serviteurs, il ne se sépara pas sans peine de ces hommes dévoués dont beaucoup avaient été élevés à sa cour, et qui avaient quitté leurs fetmilles pour le suivre.
L'archiduc Charles avait été élu empereur. Aux paroles que Frédéric P' lui avait adressées, au sujet de Râkôczi, lors de l'élection, il avait répondu d'une façon qui ne laissait aucun doute sur les intentions de la cour de Vienne à l'égard de l'exilé ; les négociations entre la France et l'Angleterre se poursuivaient sans qu'aucune des deux parties songeât aux promesses faites à Rdkôczi. La cour de Pologne lui fit savoir qu'elle ne pouvait plus répondre de sa sécurité. Le temps pressait, car Rdkôczi craignait qu'une fois le traité d'Utrecht conclu, on ne suscitât quelque obstacle à son débarquement en France. Il résolut donc de
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ne plus différer son départ, mais rembarquement n'était pas chose facile^ les navires français ne naviguaient pas dans la mer Baltique; Rdkôczi entra en rapport avec un envoyé de la reine d'Angleterre qui facilita son embarquement sur un navire anglais. Le départ eut lieu au mois de novembre 1712; la nouvelle s'en répandit rapidement ; la Suède et le Danemark, qui étaient en bons termes avec la cour de Vienne, envoyèrent des émissaires pour se saisir de Ràkôczi. Les côtes déchiquetées, les îles rapprochées de la Baltique, les courtes journées d'hiver, souvent assombries par le brouillard, rendaient la navigation fort dangereuse, elle fut rendue plus émouvante encore par les périls que Râkôczi courut maintes fois. A Holm, il n'échappa aux recherches faites sur le bateau, sous prétexte d'une visite douanière, qu'en se dissimulant à-fond décale, et parce que le capitaine déclara qu'il n'avait aucun étranger à bord.
Sur les côtes du Jutland, une tempête d'une violence inouïe faillit faire couler le navire. Râkôczi qui, plus d'une fois au cours de son voyage sur la Vistule et sur la Baltique, regretta de s'être embarqué sans avoir mis ordre aux affaires de sa conscience^ ne songea devant le péril qu'à mourir
courageusement. La rencontre d'un vaisseau que l'on croyait être un navire de guerre fut encore une cause d'alarmes. En approchant des côtes d'Angleterre, le navire s'égara vers le nord, il croyait être dans la direction d'Edimbourg, mais il obliqua vers le sud et se trouva en face de HuU; quand la lune se leva, il entra dans le fleuve Humber, manœuvre à laquelle il dut son salut, car une tem* pête qui s'élevait à ce moment l'eût rejeté sur les côtes de la Norvège.
A cause de la peste qui sévissait, les navires étaient astreints à la quarantaine. Ràkôczi écrivit, par l'intermédiaire du baron Saint-James, à la reine d'Angleterre et il obtint Tautorisation de s'embarquer immédiatement sur un bateau marchand qui le transporterait en France. Il ne fut pas reçu par la reine Anne.
Avant de quitter l'Angleterre, pour se diriger vers la France, ce pays dont « ni la langue ni les mœurs ne lui étaient étrangères », Râkôczi dut encore attendre trente jours le vent favorable qui permettrait de mettre à la voile. Il voulait aborder à Dunkerque, c'était là que ses amis et ses partisans^ venus par la route de terre, devaient l'attendre ; mais la traversée fut pénible, les manœuvres, probablement maladroites, le vent contraire^ et après
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avoir couru mille dangers, les voyageurs, qui pensaient encore débarquer à Calais, finirent par effectuer leur descente à Dieppe.
Râkôczi ne s'y attarda pas, il avait hâte d'arriver à Rouen, où était le siège du gouvernement de la province. Il fut reçu dans la vieille cité normande par les autorités et par le duc de Luxembourg qui Taccueillit fort bien. (1 dut, étant souffrant, passer quelques jours à Rouen, on donna des fêtes en son honneur, et il s'efforça, par son amabilité, à se faire bien venir de tous. Malgré Taccueil qui lui était fait, il ne voulut pas reprendre son titre de prince et, pour éviter toute complication au pays qui lui accordait l'hospitalité, il garda le nom de comte de Sâros qu'il avait adopté à Dantzig.
Quand il se sentit suffisamment rétabli, il partit pour Paris où il arrivait après cinq jours de voyage. Il fut obligé de se loger en ville, en attendant qu'il pût trouver une maison à sa convenance dans les environs. La curiosité des Parisiens était grande et Rdkoczi pour s'y soustraire sortait peu de chez lui. Il fit mander son arrivée à la cour, et Louis XIV lui envoya d'abord l'introducteur des ambassadeurs, puis il reçut la visite du marquis de Torcy , du ministre de la guerre et d'autres person-
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nages ^ « Les longues guerres qu'il avait sou- « tenues contre un ennemi commun, Téclat de (c son infortune, presque égal à celui de ses gran- « deurs passées, lui assuraient d'avance, auprès de « Louis XrV, ce bienveillant accueil que les princes « malheureux trouvaient toujours à Versailles *. »
Quelques jours plus tard, il partit en carrosse pour se rendre à Versailles où le roi, ne pouvant le recevoir officiellement^ le fit introduire par le petit escalier, ce fut le marquis de Torcy qui le présenta au souverain. Louis XIV l'accueillit avec affabilité et lui parla avec bonté ^. Après cette audience, Rdkôczi fut présenté aux princes et aux princesses.
Les amis de Rikôczi qui l'avaient suivi dans Texil furent également bien accueillis. Bercsényi etEsterhâzy^ formèrent deux régiments de boussards dans lesquels ils incorporèrent les soldats