E. Moret : Louis XIV
3. C'était un témoignage de gratitude pour les services rendus, dit Ferriol, dans ses Mémoires ^ car la diversion faite par le soulèvement de Râkôczi fut fort utile & la France, elle coûtait à Tempereur vingt mille hommes et annuellement 8 à 10 millions.
4. Il y eut, en France, des membres de la famille Esterfaâzy dès le commencement du dix-septième siècle. Le cardinal de Richelieu écrivait qu'il y avait des koussars hongrois parce qu'on les nomme ainsi dans leur pays. Ils avaient à leur tête George d'Esterhàzy, baron de Galântha, qui était maître de
RÂKÔGZI EN FRANGE 341
qui n'avaient pas voulu quitter Râkôczi. Le fils du comte Bercsényi fit une brillante carrière dans les armes et devint maréchal de France, sous Louis XV ; il mourut en France, en 1778.
De toute part, on témoignait de la sympathie aux exilés et surtout à Ràkoczi; les protestants anglais, hollandais, allemands, lui savaient gré de ce qu'il avait fait pour leurs coreligionnaires, mais là s'arrêtait leur bonne volonté ; la France voulut faire davantage et, dans le traité de Rastadt, essaya de faire comprendre les intérêts du prince de Transylvanie, seulement devant l'opposition de l'empereur, ou plutôt du prince Eugène, elle s'inclina sans protester. Et cependant Louis XIY était bien disposé en faveur de Râkôczi, malgré les circonstances peu favorables, il lui fit attribuer une pension de cent mille livres pour lui personnelle-
camp ; il conduisit ses troupes en Franche-Comté où il trouva une mort héroïque. — Au moment de la Révolution française, un régiment de houssards hongrois se trouvait à Rocroy, il reçut Tordre secret de protéger le passage de la famille royale sur la route de Varennes. Le colonel et des officiers parmi lesquels se trouvaient le comte Pallereczky, Székely, Nâdasdy, etc., voulurent défendre le roi, mais leurs efforts furent vains. — Le fils de Bercsényi et le fils d'Esterhàzy suivirent le comte d'Artois en exil ; on raconte que le jeune Bercsényi, reçu en audience par le roi François I", lui dit : f Mon père a dû quitter la Hongrie parce qu'il n'aimait pas beaucoup le roi, moi, il m'a fallu quitter ma nouvelle patrie parce que j'aime beaucoup mon roi. Les deux choses contraires nous sont comptées comme faute. »
342 FRANÇOIS RÀKÔGZI II
ment^ et une de quarante mille livres pour sa suite ^ Invité aux fêtes de Marly, aux chasses^ Râkôczi « y voyait le roi assidûment, mais sans « contrainte, aux heures publiques et très rare- « ment sans que le roi cherchât à lui parler, et « seul dans son cabinet dès qu'il en désirait des « audiences, mais sur quoi il était fort discret*. » Ces faveurs royales ne suscitèrent pas la susceptibilité des courtisans ; un historien de Louis XIY en trouve une des raisons dans son alliance ^ avec la famille de Dangeau, qui non seulement le reçut avec pompe, mais encore lui assura lamitié d'un bon nombre de grands seigneurs. « A la cour, il avait paru grand, simple, égal à sa renommée*. » Tous appréciaient le charme de ses manières, la franchise de son caractère, sa modestie, malgré ses mérites et ses connaissances^; les femmes elles-mêmes reconnaissaient ses éminentes qua-
1. Journal de Dangeau. Les sommes promises, dit Râkôczi, dans ses Mémoires, ne furent pas toujours régulièrement payées.