LE BAPTÊME DU CHRIST
(Elglise de la Madeleine, à Paris.)
serait plutôt porte à l'anthropomorphisme qu'au panthéisme : comme homme et comme sculpteur, le vague lui répugne. Il se soucie fort peu de l'exégèse et de la critique anti-religieuse et sceptique: le scepticisme n'avait pas de prise sur cette âme saine et forte et, dans le sens purement humain du mot, il est un croyant. Peut-être est-il impossible de caractériser nettement cet état d'âme : le lecteur comprendra ce que nous voulons dire s'il relit cet étrange passage du discours prononcé par Noisot à l'inauguration de la statue de Napoléon: «Après cinq ans de martyre, un jour le Christ moderne se sentant plus mal dit à Marchand : Console-toi : ton exil touche à sa fin ; tu reverras la patrie, loi ! tu verras la France! Eh bien! crois-moi, achète un coin de terre en Bourgogne; c'est la patrie des braves; j'y suis aimé ; on t'y aimera à cause de moi ! » Voilà le ton : Napoléon eût peut-être mis aux arrêts l'officier qui Teût appelé Christ moderne. Mais cette expression, dans la bouche de Noisot, est une véritable révélation : il fallait évidemment qu'il eût du Christ la plus haute idée pour qu'il employât ce nom dans l'éloge hyperbolique de son idole. Nous sommes au temps où le clergé bénissait solennellement les arbres de la Liberté plantés par la République. Ni Rude ni Noisot n'étaient assurément de grands théologiens, et Rude particulièrement avait surtout entendu, en fait de sermons et d'exhortations religieuses, les homélies que le citoyen Gabet, prédicateur municipal et révolutionnaire, prononçait en 1792 à l'église Saint-Michel, à Dijon: n'importe; il n'y a rien d'excessif ni de paradoxal à affirmer que les belles légendes et les drames sublimes du christianisme agissaient puissamment sur son âme de poète et qu'il n'abaissait pas outre mesure son Golgotha pour le mettre de plain-pied avec l'Olympe. Que le lecteur veuille bien se rappeler le Panthéon de Chenavard : il comprendra le caractère éclectique de l'époque.
Aussi voyez comme il y a loin de la Vierge immaculée, œuvre profane et sans grand caractère, au Baptême du Christ et au Calvaire: la distance est celle qui sépare l'habile ouvrier de l'artiste qui sent et qui pense, le Mercure, du Départ. Le Baptême du Christ est malheureusement très mal placé et mal éclairé dans la chapelle des fonts baptismaux de la Madeleine, où il est impossible de le voir sous toutes ses faces, et même de le bien voir de face. La maquette en plâtre de l'église de VilJed'Avrav en donne une idée tout autrement nette et complète que le marbre. Le Christ est debout, les pieds dans l'eau du Jourdain, les