LOUIS
Imp. À. Porcabe üf,
H Floury, Editeur.
nu
Bouchet sont muettes sur ce point et nous ne saurions deviner ce qu’a pu
penser au juste Rude de cette grande école vénitienne, si caractéristique,
où une science décorative incomparable et un luxe de coloris sans égal,
joints à un équilibre mental qui semble uneffet de l’air même qui se respire
- au milieu de la lagune, se concilient pourtant avec cette morbidezza à peine définissable, faite d’un culte sensuel et distingué de la forme qu’agite dis- crètement un frémissement d'émotion.
À vrai dire au moment où nous ramenons Rude en France par la route pittoresque du Simplon, nous ne pouvons nous défendre d’un regret, car nous voudrions en savoir davantage sur le voyage de Rude. Songeons pourtant que sans les lignes trop avares de Bouchet, nous n’aurions aucun détail pour reconstituer son itinéraire et constater l'essentiel de ses impressions. Alors nous jugerons qu'il faut nous estimer relativement heureux et
. Savoir gré au zèle opportun du compagnon fidèle auquel nous devons d’avoir pu, dans une certaine mesure, refaire avec notre sculpteur son grand voyage.
Au surplus, il est un geste plus éloquent que tous les écrits et qui peut nous permettre de discerner ce que fut, au total, ce pèlerinage en Italie. Revenu à Paris, Rude brise Ayristée, son prix de Rome de 1812. Ainsi le contact avec la véritable Antiquité a fait renier au grand sculpteur l’antiquité factice dont on avait abreuvé ses jeunes années. Parti pour l'Italie le cerveau plein de souvenirs, il en revenait convaincu que l’Antiquité n’était point cet art de pure forme qu’on avait tant prôné. Ilavaïit contemplé de près les chefs-d’œuvre ; il les avait interrogés ; il avait entendu le sens de leurs réponses. De ces contemplations muettes que Bouchet a constatées,
sans les interpréter, Rude a tiré une déduction : c’est que l’Antique n’était point une formule d'art, mais l'expression d’une esthétique, en sorte que pour l’égaler, au dix-neuvième siècle, il fallait non copier, mais transposer l'Antiquité.
C’est pourquoi la Vierge de Canova lui paraissait désormais un pastiche
| sans intérêt, de même que son propre Aristée lui paraissait un méprisable … thème d’écolier.
Ca Rude revenait d'Italie, plus fervent classique que jamais ; seulement,
cette fois, ilavait découvert comment on peut s'inspirer de l’art classique. Il
en avait saisi la haute signification. Il avait compris que la culture classique doit servir à l’auteur moderne non pour faire des antiques, mais pour faire de l’art contemporain, de même que l’homme de lettres étudie les grands
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