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AMOUR, ÉTUDE

(Collection G. Joliet, Dijon.)

Centauresse de Rodin est aussi savante de mouvement que le Mercure;

Bellone et l'A ge d’airain sont à proprement parler de l’histoire. Inversement

c'est à Rodin que fait penser telle audace de Rude, comme la colossale «tête de vieillard » du Musée de Dijon. Entre Rodin et Rude, certes, les différences abondent : différences de tempérament et différences de milieu. La tendance outrancière qui frappe tant parfois chez Rodin n'était point chez Rude. Car, si Rude était un indépendant, il n'avait point le parti pris

d'indépendance ni le désir de rompre en visière avec les « principes », qui

fait que telle œuvre de Rodin n’est pas seulement une œuvre d'art, mais

un geste de défi. D'autre part Rude devait à son siècle et à ses aspirations personnelles un goût très marqué pour l’idéalisation philosophique des sentiments, tandis que Rodin est l'interprète d’une génération pour laquelle le culte du sensuel a créé comme une religion profane. Et c’est pourquoi, où Rude a donné l’Amour dominateur, Rodin a donné le Baiser. Mais Rodin a fait aussi le Penseur, et Rude l’eût assurément admiré, surtout s’il lui eût été donné de le trouver en place à son retour d'Italie, car le Penseur de Rodin lui eût tout à la fois rappelé le Penseur, le Jérémie et le Moise de Michel-Ange. Ne dirait-on pas, en effet, que Rodin a fondu les deux statues du grand Maître de la Renaissance et le prophète même peint par lui à la Sixtine, pour n’en faire qu’un bronze, mais un bronze moderne, dans l’esprit du vingtième siècle ?

Or, si le nom de Michel-Ange surgit à propos de Rodin comme il surgissait déjà à propos de Rude, la rencontre n’est point fortuite. À dire vrai, le souffle du grand art sculptural, qui va de Michel-Ange à Rodin, a passé par l'atelier de Rude, comme il avait passé, cent ans avant Michel-Ange luimême, par l'atelier dijonnais de Claus Sluter.

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