XXXVI. La statue du maréchal Ney, a Paris
Les étapes de la réhabilitation de Ney, qu'on ne peut atteindre légalement. — Rude s'est enthousiasmé pour Ney au cours de ses conversations avec Dupin aîné et a voulu connaître les moindres détails de la fin du maréchal. Comment il raconte les incidents de son supplice. — Un décret du Gouvernement provisoire de 18/48 a ordonné l'érection d'un monument à la mémoire du condamné de la Restauration sur le lieu même où il est mort et peut-être s'est-on, dès lors, adressé au sculpteur de l'Arc-de-Triomphe ; mais le décret est resté lettre morte. Reprise du projet en i85o. Rude fait une esquisse des « derniers moments du maréchal ». En i852, le ministère décide de modifier le programme primitivement adopté : le caractère du monument sera purement militaire et non épisodique et funéraire. Le maître est en possession de la commande le 27 mai. Sa conception du héros: le bras de Ney ! Le cri de Ney ! — Le modèle est livré au fondeur à la fin de l'année. — Critiques acerbes et peu justifiées de David d'Angers et de P.- J. Proud'hon. — Cérémonie funèbre et triomphale de l'inauguration (7 décembre i853).
XXXVIL Lb soir de la vie de Rude Sqo
Apaisement qui se fait en l'esprit du maître en ses dernières années. Le mariage de sa nièce Mar-
tinc ^ an der Hacrt avec le sculpteur Paul Gabet, le 6 novembre i853. — Rude entreprend le buste de Martine. Ses attendrissements tandis qu'il y travaille. — Il retouche, pour le cimetière de Dijon, le buste de James de Montry, improvise pour les nouvelles galeries extérieures du Louvre deux statues en pierre de Nicolas Poussin et de Houdon et, surtout, s'absorbe dans l'exécution de ses deux statues mythologiques, attendues par la ville de Dijon : Ilébé et l'aigle de Jupiter et l'Amour dominateur du monde. — Son regret inattendu de n'avoir pas été plus fidèle aux anciens dieux et à la beauté éternelle. — Le ressouvenir des traditions avec lesquelles il a rompu vient, chez le vieillard déjà las, dérouter les aspirations de l'instinct.
XXXVIIL Hébé et l'aigle de Jupiter. — L'Amour do-
MIKATEUR DU MONDE 4oO
Histoire de ces deux conceptions. — Le conseil municipal de Dijon, réuni le ii novembre i8/i6, a commandé à Rude une œuvre de sa main, leib qu'il la voudra faire et sans stipulation de sujet, de délai et de conditions pécuniaires. Le sculpteur n'aura qu'à envoyer à sa convenance une maquette et un devis d'avance acceptés. C'est l'origine du groupe (ÏHébc. — De son coté, vers la fin de i848, Anatole Desvoge a prié son illustre ami de sculpter pour lui une figure à son gré, pour laquelle il lui alloue 12 ooo francs et Rude lui a fait parvenir presque aussitôt une maquette de V Amour dominateur. — Vis-à-vis de la municipalité, depuis i8/|6, il a toujours gardé le silence. — Anatole Desvoge meurt le 8 décembre i85o, léguant à la Ville la statue non encore exécutée. — Dès ce moment commence, entre le statuaire et le conseil municipal une longue série de dilïicultés. — Le modèle de VIlébé, entrepris en 1849, " est livré au praticien (ju'en janvier i853. — Rude se donne, alors, tout entier à VAmour dominateur. — Dispositions morales qui s'accentuent chez le maître : il ne pense plus qu'aux Anciens, parle sans cesse de Gartellier et de François Devosge, dont il refait le buste pour
lui-mcme et cherche des conciliations inipossibles entre la vérité et l'idéal pseudo-classique. — Étude de Vllébé : caractère suranné de la figure ; mièvrerie et volonté rétrograde en désaccord avec la recherche de la forme vraie; suppression des prunelles aux yeux, etc. — Etude de l'Amour dominnleur, lettre explicative des intentions de l'auteur, écrite à Anatole Devosge en i8/(8 ou i849- Frappant abus de ])hilosophie et maniérisme général. — Ce n'est plus l'art vigoureux de Rude, Rude va mourir.