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Amour agenouillé, jouant du sistre

Des répétitions-calques de plusieurs des motifs esquissés par Rude se rencontrent dans le portefeuille de Feignaux, chez ]V|rae Prinz née Feignaiix, à Bruxelles. Par exemple : La Navigation.

Palais des Etats Généraux.

Première Salle : Décor d'une cheminée : Deux génies à grandes ailes, assis, tenant un cadran oii l'un d'eux semble montrer une inscription. — Salle du trône : Deux petits génies volants, portant les armes du Royaume et soutenant la draperie du baldaquin.

Dessin original des deux Génies au cadran, à Dijon, chez M. Joliet, avec l'inscription: Niederlanden. — Calque de la môme composition, de la main de Feignaux et sans l'inscription, à Bruxelles

chez M'"'' Prinz. — Au portefeuille Jolîet, encore, deux dessins de génies soutenant les armes du Pays-Bas et la couronne royale se rapportant soit aux décorations du Palais des Etats, soit à celles du Palais du roi.

Palais du prince d'Orange a Bruxelles (aujourd'hui Palais des Académies).

Salle de marbre : Génie inscrit dans la courbe d'un fronton.

Van der Straeten avait, dit-on, demandé à Rude les esquisses de deux figures de la Navigation et de V Agriculture à exécuter en pierre pour garnir deux niches, au vestibule ; des modèles de têtes et patinettes pour dessus de portes et quatre dessins de basreliefs. Il n'est pas impossible que le sculpteur ait cherché des compositions et fait des maquettes ; mais rien n'en a survécu.

Signalons, toutefois, au portefeuille Joliet, le dessin, (calque au crayon) d'un homme tirant une, charrue, — L'Agriculture — qui pourrait, à la rigueur, se rattacher à l'un de ces projets avortés.

Grande salle du Concert noble (aujourd'hui Cercle artistique et littéraire).

Deux Cariatides qui existent toujours à leur place.

HoTEL DE LiEM, RUE DE LA Loi (dès longtemps démoli). Deux Cariatides, qui n'existent plus.

HOTEL DE BOUGHOM, RUE RoYALE.

Deux Cariatides, conservées au Musée communal.

Figure en bronze, haute d'un mètre, pour une pendule.

Legrand relate que cette figure, faite à la requête d'un industriel, avait été reprise au ciselet par Rude pour corriger un mauvais travail du ciseleur et qu'elle valut à l'industriel la plus haute récompense à une exposition de Harlem. La trace en est perdue.

Projets de bas-reliefs pour l'ancien palais de justice.

Esquisses sollicitées par Van der Straeten et qui n'ont été ni réaHsées en grand, ni recueillies. Il nous sutfira de noter, d'après la tradition, que l'architecte du roi avait coutume de faire espérer aux artistes des commandes qu'il n'était pas sûr de pouvoir leur ménager et qu'il a poussé Rude à maintes recherches inutiles.

RÉPERTOIRE CHRO:\OLOGIQUE /i53

Sujets composés et dessinés par Rude en Belgique

ET DONT LA DESTINATION n'eST PAS DÉTERMINÉE.

Fronton monumental. — Une Ville est assise sur un trône, au centre, entre l'Abondance, caractérisée par sa corne, et le Commerce ou Mercure élevant un caducée. — D'un côté une femme drapée s'avance; un jeune homme porte une torche; la Justice tient ses balances; la Force se repose; des génies présentent l'écusson des Pays-Bas, timbré d'un lion ; un peintre, dans l'angle, travaille, assis devant son chevalet. — On voit, de l'autre côté, la Poésie tragique et la Poésie comique, la Musique ou la Danse, l'Agriculture avec sa faux et sa gerbe moissonnée, enfin des amovirs jouant une comédie. — Tous mes efforts pour remonter à l'origine de cette composition et retrouver l'édifice où l'artiste rêvait de la sculpter sont restés vains.

Grand couronnement de porte à figures allégoriques. — Un génie guerrier, ailé, casqué, armé du glaive et gardien d'une couronne, fait vis-à-vis à un génie féminin, casqué aussi, ayant aux mains une pique et une palme. Les deux volutes du fronton sont séparées par un cartouche, surmonté d'un motif indistinct et peu gracieux. — Je présume que c'est là un des nombreux projets conçus pour l'embellissement de Tervueren.

Frise d'amours. — Un amour est assis sur un trône; un second tend une coupe à un paon qui fait la roue ; un troisième porte une branche d'olivier; d'autres se tiennent par la main.

Autres jeux d'amour. — Un amour s'apprête à chevaucher un aigle; un de ses compagnons a pris irrévérencieusement possession d'un siège royal et semble narguer l'image d'une déesse ; plusieurs se disputent un arc et des traits. Joli caprice quasi pompéien.

Deux amours ajustant à un casque une palme et une guirlande.

Génie tenant des Jleurs et renversant sa torche sur un autel.

Jeune homme nu entre deux femmes drapées — L'une des femmes semble s'évanouir dans l'air comme Eurydice ressaisie par la mort. Nous sommes hantés du souvenir que Rude a traité le sujet d'Orphée descendant aux enfers, pour l'épreuve d'essai du concours de Rome, en 1810. Mais aucun attribut, aucun signe ne nous autorise à reconnaître ici une reprise du thème et nous ne devinons pas le but pratique poursuivi par l'auteur.

Mausolée d'un enfant. — Sur un soubassement quadrangulaire à deux étages, meublé, à la Pjase, d'une lampe funéraire, animé, au dessus, du petit bas-relief cintré d'une femme pleurant

f\bl\ FRA>ÇOIS RLDE ET SO> TEMPS

près d'un berceau vide, et fleuri d'un fleur stylisée à ses deux angles supérieurs, s'érige un autel à l'antique flanqué de pilastres cannelés. Entre les pilastres, deux génies suspendent une guirlande au-dessus d'un médaillon. Au plat du bandeau saillant d'où montent les acrotères se détacbent un papillon et deux étoiles symboliques. Dessin correct, propre et net comme un projet d'arcbitectc. Je n'ai pu découvrir pour qui l'œuvre a été imaginée. J'ai lieu de croire- qu'elle n'a pas été réalisée en sculpture.

Les huit compositions énigmatiqucs qu'on vient d'énumérer sont la propriété de M. G. Joliet, chez qui sont ainsi centralisés à peu près tous les dessins de Rude.

§ IV. — Œuvres et Travaux de Rude depuis son retour A Paris en 1827 jusqu'à la fin de la Restauration.

1827- 1828. Vierge immaculée, plâtre. (Salon de 1828. j (Église Saint-Gervais, à Paris.) — Mercure rattachant ses taloivnières (figure expo-

sée en plâtre à la fin du Salon de 1828 et en bronze au Salon de i83/i et à l'Exposition universelle de i855j (Musée du Louvre).

Nous avons cité un extrait de la lettre de Sophie Rude, datée du 16 avril 1827, relativement à la détermination du sculpteur d'aller exécuter à Paris une figure dont il avait l'idée et qui n'était autre que son Mercure : « Rude désire faire une figure pour l'exposition de Paris gui aura lieu à la Saint-Charles (4 novembre)... » La correspondance inédite de sa femme fait d'autres mentions à cette œuvre et à la Vierge immaculée qu'il dut exécuter d'abord Il convient de relever ces passages. 1° Lettre du 29 juillet 1827 : « Rude fait une figure pour une des églises de Paris ; il désirerait l'exposer à la prochaine exposition. » 2" Lettre du G novembre : « Rude a fini sa Vierge ; elle est maintenant à l'exposition. Tous les artistes, et M. Cartellier, son maître, en sont extrêmement contents. Il a recommencé tout de suite une figure de Mercure qu'il espère avoir terminée avant la fin du Salon, gui dure trois mois. » 3° Lettre du 16 janvier 1828 : « Une figure ronde bosse est un grand ouvrage et toujours plus long qu'on ne l'avait d'abord pensé. Rude ne croit pas avoir fini avant trois semaines, mais heureusement le Salon durera jusqu'au mois de mars, ce qui nous arrange parfaitement bien à cause du Mercure... »

La figure de la Vierge immaculée, commande obtenue par l'entremise de Cartellier, a donc été envoyée au Salon dès l'ouverture ; le Mercure n'y a paru qu'au mois de février.

La \'icrge, destinée à l'église Saint-Gervais, a été payée 3 ooo francs (Inventaire des richesses d'art de la Ville de Paris) . Elle n'a jamais été traduite ni en marbre, ni en pierre, ni en bronze. Elle est aujourd'hui reléguée, comme nous l'avons dit, dans une chapelle de l'église servant de débarras.

Le Mercure, acheté par l'Etat, a été revu en bronze au Salon de i83/i et à l'Exposition universelle de i855. Je n'ai pu trouver aucun document sur l'achat, constatant le prix qui en fut donné. — Adolphe Thiers en demanda à l'artiste une réduction, qu'il fit, en 1887, d'original. — Le grand bronze de i834 est, présentement au Louvre, salle Rude, et le petit bronze de 1887 est entré au même Musée, avec la collection Thiers, en même temps que le petit marbre du Lutteur assis.

Le II mai 1828, Mf"« Rude mandait à Cécile Mojne que son mari, revenu à Bruxelles, y resterait assez longtemps « ayant encore des travaux à terminer dans le mois d'août ». Le i5 octobre, elle lui apprenait bien autre chose : « Le pauvre Rude est à Paris depuis le mois de juillet... Il a dû partir bien plus tôt qu'il n'avait compté d'abord «. Quels pouvaient être les soucis pressants qui abrégeaient son dernier séjour en Belgique ? — Ce n'était pas, assurément, la préoccupation d'œuvres commencées et laissées en souffrance à i'aris puisqu'il n'avait terminé son Mercure que vers la fin du Salon et qu'il avait immédiatement repris la route belge, sans se donner le temps de rien entreprendre. Des morceaux qu'il devait exécuter en France le plus prochainement, un seul lui était déjà demandé, mais sans urgence: le marbre de son portrait de Louis David. Si Devosge fds lui avait témoigné le désir d'avoir de lui le buste de son père, ce qui est possible, il ne se sentait pas, à coup sûr, le couteau sur la gorge. Comment se fut-il douté qu'on le chargerait bientôt de sculpter un grand buste de La Pérouse ? On ne s'avisa de dresser un modeste monument à l'imfortuné navigateur que pour accompagner, dans une salle de Musée, les débris de ses navires, apportés à Paris aux premiers mois de 1829. Quant à sa figure du Petit pêcheur à la tortue, tout au plus en {)ortait-iI en son esprit le projet indécis encore, et aléatoire !... Le plus vraisemblable, c'est que Cartellier, son protecteur, et Roman, son fidèle ami, lui ont fait sentir l'imprudence de rester longtemps éloigné de Paris, alors qu'il n'y est bruit que de prochaines occasions de se produire et d'imminentes distributions de commandes officielles. En fait, l'éventualité du concours pour le fronton de la Madeleine et les nouvelles répandues au sujet de l'attribution de sculptures pour le Palais-Bourbon et l'Arc de triomphe suffisent amplement à nous expliquer sa détermination. Un mot de Sophie Rude, le 7 février 1829, nous fait connaître, au surplus, qu'il n'a pas Heu de le regretter : « Rude, dit-elle, a quelques ouvrages et des espérances ».

Nous avons, en tout cas, à préciser en détail et, autant que possible, dans l'ordre chronologique, ce que nous savons de ses travaux, du déclin de 1828 à la chute de la Restauration.

1 828-1831. Premfkre exécution en marbue du buste de Louis David. (Salon de i83i. Actuellement au Louvre.)

J'ai raconté précédemment l'histoire du modèle de ce buste exécuté à Bruxelles en 1826. L'histoire du premier exemplaire en marbre qui en fut exécuté est assez mystérieuse. Entrepris, sans nul doute, à l'intention des enfants du peintre, des circonstances ignorées le détournèrent de sa destination. Après le Salon de i83i, on ne sut ce qu'il était devenu. Lorsque le statuaire reçut, en i833, la commande d'une seconde répétition en marbre de son œuvre, il l'exécuta sans dire que la première était restée entre ses mains et comme s'il ne se fût pas senti le droit d'en disposer et de la vendre. Ses familiers ne se souvenaient d'avoir aperçu, rue d'Enfer, que le plâtre et la main moulée, jamais utilisée. Seul Max Legrand avait vu le marbre, et il l'avait pris pour une copie de l'original que Rude aurait faite pour lui-même. Parmi ces descendants du peintre de l'Empereur la mémoire du passé a fini par se perdre si bien qu'en 1880, J.-L. Jules David croyait fermement reconnaître dans l'unique buste de son grand-père par le sculpteur de l'Arc de triomphe que possédât alors le Louvre le véritable marbre exposé au Salon de i83i. Or, nous saurons à son lieu que ce buste à draperies ne fut terminé qu'en i838.

En réalité, le marbre primitif, fait à Paris en 1829 ou i83o d'après le plâtre de Bruxelles, était exactement cette tète portant sur un cou et une simple coupure de poitrine nue, inconnu de Jules David et considéré par Legrand comme une copie. Le morceau se trouvait, en 1876, après la mort de Paul Cabet, chez sa fille Françoise Cabet, mariée à René-Louis Faber et logeant, à Paris, 29, rue du Marché Saint-Honoré. Le 13 novembre de cette année, elle léguait au Louvre les quatre œvivres d'art les plus précieuses, à son avis, de son patrimoine, énumérées dans larticle suivant de son testament olographe : « Je lègue au Musée du Louvre 1° le portrait de mon oncle Rude fait par sa femme ; 2° le buste de M"!" Rude fait par M. Cabet; 3° le buste de M'»^ Cabet fait par M. Rude; 4*^ le buste de m. Louis David fait par M. Rude (i). » La

(i) Testament déposé on l'étude de M'' Lindct, notaire à Paris. L'exécuteur testamentaire se nommait Célestin Desborde. Plusieurs œuvres de Rude étaient léguées aussi au Musée de Dijon : à savoir, le buste en marbre de François Devosge terminé en i855 ; le portrait de M'"^ Rude par elle-même, exposé pour la première fois au Salon de i836 et le tableau de V Entrevue de

libéralité ne fut divulguée qu'après le décès de la testatrice, survenu le 6 janvier 1881. Par malheur, elle n'eut d'effet qu'à l'égard des deux bustes de Rude et non pour le portrait peint par sa femme et le buste sculpté par son neveu, à cause de conditions particulières de placement imposées par la donatrice et non agréées de l'État. La conséquence des pourparlers engagés fut que les deux marbres du maître, seuls admis au Musée, y prirent place, en vertu d'une transaction, des années avant qu'aucun décret du président de la République fût intervenu à leur sujet. On ne s'occupa de régulariser la situation qvi'en 1887, ainsi qu'en témoigne, aux Archives du Louvre, un Rapport de Louis Courajod, conservateur du département de la sculpture, daté du 3 juin et oi^i l'on peut lire : « ... Ce legs a déjà reçu exécution depuis longtemps : le buste de M'"*' Cahct et le buste de David SONT EXPOSÉS. — Les deux autres objets légués ne sont pas entrés au Louvre à cause des conditions imposées par la testatrice, maintenues par les héritiers et non acceptées par l'administration (i). — Le portrait à mi-corps de M"^«^ Cabet pourrait être estimé 6 000 francs; LE BUSTE DE David, 3 ooo... )) — Lc décrct autorisant le ministre de l'Instruction pvibliquc, des cultes et des beaux arts, M. Léopold Faye, à prononcer l'acceptation au nom de l'État fut signé par le président Carnot le 3i janvier 1888.

(Sur le second buste en marbre de Louis David, commandé à Rude en i833, voir plus bas § V: « Œuvres et travaux de Rude sous Louis-Philippe». i833-i838 : second buste en marbre de Louis David, Musée du Louvre.)

i82Q-i83i. Buste du navigateur La Pérouse, marbre, haut. o'",85. (Palais du Louvre : Musée de marine).

Les Archives nationales, les Archives delà Direction des Beaux- Arts et celles des Musées nationaux ne nous ont appris ni la date de la commande faite par l'État au sculpteur pour le Musée de Marine, ni le prix assigné à son travail. On admet généralement que l'œuvre a été demandée à Rude en 1828, année où le capitaine

Monsieur le Prince et de Mademoiselle de Montpensier le 2 juillet i652 (même Salon). — Précédemment, en 1878, M'"« Faber avait envoyé au Musée de Dijon trois plâtres provenant de l'atelier de son grand oncle : une épreuve du buste de Dupin aîné, le modèle de la statue de Nicolas Poussin en demi grandeur d'exécution et l'ancien moulage d'une tête de vcillard du haut-relief de l'Arc de triomphe.

(i) On a déjà dit que le portrait de Rude par sa femme et le buste en marbre de ^l"'^■ Rude [)ar Cabet sont échus à la famille Cabet, de Nuits, héritière de Françoise Cabct-Faber.

anglais Peter Dillon découvrait, sur les récifs de l'une des îles \'anikoro, dans l'archipel polynésien, les vestiges du naufrage de l'héroïque marin français en 1788, et où Dumont d'Urvillc complétait sa découverte. Je ferai simplement observer que Dillon arrivait à Paris en février 1829, apportant les premières épaves retrouvées ; que le roi Charles X Taccueillait avec la plus grande distinction ; que l'émotion publique s'emparait du souvenir de La Pérousc et que l'idée devait naître alors, toiit naturellement, de faire au Musée de marine, un trophée des débris des frégates naufragées, l'Astrolabe et la Boussole, et de dédier un buste au malheureux chef de l'expédition. Quelques semaines après, Dumont d'Urville débarquait lui-même à Marseille (le 25 mars), avec d'autres reliques et des renseignements précis. Il y a donc lieu de croire que la commande a été faite à Rude, non en 1828, mais au mois de février ou de mars 1829. La phrase de M""' Rude, en sa lettre du 7 février : « Rade a quelques travaux et des espérances » se réfère peut-être en partie à l'obtention de ce buste. Quant aux « espérances », elles ont trait manifestement à l'annonce du prochain concours pour la Madeleine et du choix des sculpteurs pour l'Arc de l'Étoile. Nous allons y venir.

Je rappelle, au passage, l'historiette partout racontée du bloc de marbre mis à la disposition du statuaire pour son La Pérouse. Ce bloc énorme, sans proportion avec son but, aurait été scié, sur l'ordre de l'artiste, en deux tronçons à peu près égaux, dont le second, par sa forme prismatique, lui aurait suggéré l'idée de son Petit pécheur napolitain, tout en lui en fournissant, du même coup, la matière. L'anecdote, au premier abord, est difficilement acceptable. On verra, ci-après, a l'article du Petit pécheur, jusqu'à quel point et dans quel sens elle peut être acceptée.

1829. Concours pour le froton de la Madeleine (esquisse disparue) .

Le concours pour le fronton de la Madeleine a été ouvert en mars 1829. On lit au Moniteur du 6 mars le détail des conditions imposées aux concurrents et la composition du jury, formé du comte de Tournon, président, et de Gérard, peintre, Bosio et Cartellier, statuaires, et Fontaine, architecte. Je ne doute pas que Rude ait concouru : la tradition l'affirme et le sculpteur l'avoue implicitement, le 26 février 1882, en sa réponse à Moyno de Dijon qui le pressait de participer à un concours prêt à s'ouvrir au chef-lieu de la Côte-d'Or : « Je voudrais vous expliquer toutes les raisons qui m'empêchent de concourir. J'ai déjà fait cette sottise à Paris... » (Voir le document reproduit en notre chapitre XV.) Or, il n'a pu tenter ainsi la fortune qu'à l'occasion du fameux fronton confié bientôt à Lemaire. — Un dessin de fronton de sa main et daté par lui du 24 mars 1829, « Le Triomphe de la Religion »,

RÉPERTOIRE CIIROÎNOLOGIQUE /jÔg

que nous avons retrouvé à Dijon, dans la collection Joliet, nous atteste, en effet, qu'il s'est mis sur les rangs. — D'autre part, son nom ne figurant pas sur la liste des six concurrents admis à participer à la seconde épreuve (^Lettre de Uéricart de Thury à l'architecte Huvé, le iD juillet 1829 : Arch. nat., liasse ¥^'^ ii52), nous ne pouvons douter de son insuccès. J'ai dit (Chap. XV) que l'esquisse d'une Assomption de sainte Madeleine, provenant du concours en question et conservée dans les réserves du Louvre (don de M Moinard, de Besançon), ne saurait lui être imputée et démontré qu'elle ne peut-être que de Desbœufs, de Jacquot ou de Guersant.

1829-1880. Partie de frise de l'Arc de triomphe de l'Etoile. (Frise de Charles X, non exécutée; modèle détruit.)

A l'endroit de l'Arc de l'Étoile, élevé à la glorification de la Grande-Armée et de l'Empereur et voué désormais, selon les desseins de la monarchie légitime, à l'apothéose de Charles X et du duc d'Angoulême, le nom de Rude a paru pour la première fois sur le papier de l'Administration le 6 décembre 1828. On se préoccupe depuis quelque temps, de faire sculpter la haute frise « sorte de grand tableau de marche militaire avec face principale du côté des Champs-Elysées ». (Note adressée par Huyot, architecte du monument, au ministre de l'Intérieur. Archives nationales, F^'^, io3o). Le directeur des Travaux publics a requis de Huyot un état de présentations d'artistes ; Huyot répond : « Je vous ai soumis une liste d'artistes presque tous anciens pensionnaires du'Roi,àquil'on pourrait confier l'exécution des bas-reliefs... Pour la face du Roule, j'ai proposé MM. Lemair'e et Rhude (sic) » ctc .. (6 décembre 1828).

— Suivant un usage souvent pratiqué jadis, une ordonnance d'ensemble de la composition paraît avoir été dessinée par un peintre sous les auspices de la Direction des Travaux. Nous voyons une copie réduite de ce dessin conducteur en une suite de croquis à la mine de plomb, exhumés d'un carton de Rude et jetés par lui sur le papier, peut-être par sa femme (Collection Joliet). Le projet est d'un style trop différent du sien pour lui être attribué. — A la suite d'une décision ministérielle du i4 février 1829, les commandes sont faites le 19, sauf quelques modifications : Rude est chargé de la frise du côté du Roule, avec Lemaireet Bra.

— r^e 1 1 mars, lettre de réclamation de tous les sculpteurs choisis, transmise à Huyot, à l'effet de faire élever le prix du modèle de frise à demi-grandeur d'exécution, comportant des figures à la proportion d'un mètre, de i 5oo francs à 2 000 francs par dix pieds de longueur. Rude signe le premier. — Autre lettre des sculpteurs, le 9 avril, à Hrricarl de Thury, directeur des Travaux publics, pour le même objet. Le directeur leur donne audience, dans son cabinet, le 28 avril à midi. — U est probable qu'ils

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reçoivent satisfaction, car on n'entendra plus parler de leur plainte. — En celte réunion du 28, on a convenu, en vue de tout simplifier et de garantir l'unité de l'œuvre, de grouper les artistes suivant leur atelier d'origine, — élèves de Bosio, élèves de Carlellicr — , et de charger un des collaborateurs de chaque groupe de préparer un fragment de modèle, grandeur d'exécution « pour servir de canon ». — Seurre, élève de Cartellier, et Jacquot, élève de Bosio, sont désignés, au scrutin secret, afin de traiter ainsi un angle développant huit pieds sur quatre de basrelief. — i^cs élèves de Cartellier assumeront la frise de la grande façade ouest (en regard de Neuilly) et la [)elite façade nord (en regard du Roule) ; ceux de Bosio les deux autres façades. — Répartition conforme est arrêtée au Ministère le 12 mai 182g. (Jellre du \ iconiie Siniéon à Héricart de Thury). Rude est associé à Gailhouet, Lemaire, Petitot, Nanteuil et Seurre. — Avis est donné à tous les artistes d'avoir à porter leur travail complètement exécuté au chantier de l'Arc pour la Saint-Charles (4 novembre). Les modèles ne sont, cependant, réunis qu'au mois de janvier i83o. La part de Rude ne suscite aucune observation (Documents des 10 et 29 janvier et du 5 mai). — Huyot presse le ministre de prendre un parti vis-à-vis des quelques sculpteurs dont l'œuvre nécessite de sérieuses retouches (par exemple, Foyatier, Bra, Jacquot et Duret). Le ministre nomme une commission de revision le 29 juin i83o. — Un mois après (29 juillet), la révolution éclate qui renverse la branche aînée des Bourbons et rend l'Arc do triomphe à sa destination originelle. — Les modèles de la frise de Charles \ encombreront le « bâtiment de l'Epure » au chantier de l'Etoile, jusqu'au 28 octobre i833. A cette date, une décision ministérielle prescrit l'enlèvement d'office, et, par conséquent, la destruction de tous les anciens plâtres non réclamés par leurs auteurs. Seurre demande seul l'autorisation de retirer son travail. — La partie de modèle de Rude a disparu alors. (Archives nationales, lac. cit.). Un dessin, souillé de plâtre, provenant de l'atelier du maître et qui paraît avoir été pour celui-ci un document de travail, nous autorise à conjecturer qu'il avait eu à modeler un groupe du duc d'Angoulême accueilli et acclamé (Collection G. Joliel, à Dijon).

§ V. — Œuvres, travaux et projets de Rude sous

LoUIS-PlllLlPPE

i83o-i833. Petit ikcheur napolitain .touant avec une tortue (Haut. o'",77, long. o^^^,[\"^, figure exposée en plâtre au Salon de i83i, réexposée en marbre au Salon de i833, acquise pur le roi Louis- Philippe pour le Musée duLuxem-

bourg, remise à VExposition Universelle de i855. — Musée du Louvre.

J'ai eu l'occasion (chap xv) de souligner l'invraisemblance de la légende accréditée qui fait sortir cette figure du simple désir d'utiliser im excédent du marbre concédé par l'Etat à l'artiste pour l'exécution du buste de La Pérouse. De quelle dimension eût donc été ce bloc, accordé en vue d'une œuvre de proportion moyenne, qu'on en ait pu extraire un portrait décoratif et une figure de la taille du Petit pécheur ')... Nous savons par une lettre de M'"»^ Rude, dont je transcrirai tout à l'iieure le passage essentiel, que l'œuvre a été acquise par le roi au Salon de i833, mais tout me porte à croire que l'acquisition était prévue dès i83i et que la prévision avait entraîné, au moins à titre d'encouragement, la fourniture du marbre. Il ne sied pas d'oublier que le succès du Mercure, en 1828, avait été vif (témoin l'article du Moniteur du 22 mars 1828, cité en son lieu (chap. xv) ; que l'exécution définitive de cette statue en bronze s'en était suivie, et l'artiste n'était ni en situation, ni en disposition de prendre la fonte à sa charge sans garantie de vente à rA-dministration ; enfin, qu'il était grandement soutenu par son maître, Gartellier, et qu'on commençait à faire fonds sur lui. Le cas du Mercure a dû se reproduire pour le Petit pêcheur. Si 1 on veut absolument que le La Pérouse et le Pêcheur napolitain proviennent matériellement du même bloc, ce que l'examen des deux ouvrages n'atteste, ni ne dément, on est conduit à penser que ce très gros bloc a été concédé intentionnellement avi sculpteur par l'autorité administrative au bénéfice d'un modèle déjà fort avancé et d'acquisition promise. Il est vrai que Sophie Rude écrit le 10 août i83i : « Rude a été obligé de mettre sa figure à l'exposition avant qu'elle ne soit terminée », mais elle ajoute aussitôt: « telle qu'elle est, elle plaît beaucoup, et généralement. » Ignoronsnous, en fait, combien l'artiste était difficile à soi-même et de quelle lenteur scrupuleuse il se plaisait à procéder, en dehors des circonstances urgentes, pour atteindre au modelé parfait? Sûrement, son œuvre nouvelle n'était pas une improvisation ; plus sûrement encore, il ne l'avait pas hasardée au Salon en état médiocre. C'était pour lui une entreprise d'art pur, au milieu d'entreprises d'opportunité et de labeur courant, comme ses travaux de l'Arc de triomphe. L'invention du sujet et du mouvement n'était pas plus récente en lui que l'invention du Mercure lorsqu'il réalisait sa statue. Rien de plus contraire à sa nature qvie la conce[)tion en cou[) de foudre et la réalisation en coup de vent. En toute hypothèse, la tradition qu'il a imaginé et façonné sa statue [)Our tirer parti d'un reste de marbre ne peut être acceptée.

Sophie Rude revient deux fols sur le Petit pêcheur, à propos du Salon de i833, en des termes d'une joie naïve : !« Lettre du

rH\>ÇOTS RUDE ET SOX TEMPS

6 mars : « La figure de Rude a un grand succès ; lui et M. Duret sont cités comme ayant fait les deux meilleurs ouvrages de l'exposition (i). Il y a toujours foule autour de la figure de Bude, et tous les artistes lui en font des compliments très fatteurs. C'est un succès complet et général, malgré les réputations anciennes et bien méritées qui entourent notre « Petit pêcheur ». // faut bien que ce pauvre Rude reprenne son rang : il avait été oublié et perdu de vue pendant longtemps ; mais, quand on a un vrai talent, on finit toujours par être connu. Cela est un peu long quand on n'est pas intrigant. » Notre sculpteur est, certes, le moins intrigant des hommes; mais, encore une fois, souvenons-nous qu'il a su inspirer à des artistes en renom comme Gartellier, avec la plus entière estime pour son caractère et son mérite, la plus efficace sympathie pour sa carrière. — 2" Lettre du 9 mai : « Le succès de la figure de Rude a été si complet que personne ne se rappelle en avoir vu un semblable. Il est décoré de la croix de la Légion d'honneur (2), et sa figure a été achetée par le roi. Le voilà qui, enfin, a repris son rang et on lui a donné l'espoir de beaux travaux. Tu ne peux te faire une idée de l'admiration qu'a causée sa figure. C'était un plaisir d'entendre les éloges que le groupe qui entourait constamment le petit pêcheur faisait en le regardant. Dans les salons comme dans les greniers (sic), on s'en occupait : pas une critique. »

Il ressort de la lettre de Victor Dumay, maire de Dijon à partir de 1837, écrite à Rude le 20 novembre i846 poiir engager avec lui les premières négociations touchant le groupe d'Hébé, que la municipalité a voulu, postérieurement à cette date, acquérir une copie du Petit pécheur. Le fait est à retenir en ceci qu'il témoigne de l'ancienne intention des concitoyens du statuaire de posséder de lui un ouvrage significatif et qu'il est le point de départ, lointain encore, delà demande de VHébé. A ce titre, le passage de la lettre de Victor Dumay doit être transcrit : « Dans l'impossibilité où se trouvait, il y a quelques années, la Ville, d'affecter aux beaux arts des fonds qu'absorbaient des dépenses urgentes (3), j'eus

(i) A noter, à l'appui de la sincérité de Sophie Rude, que l'article de F. Lenormand où sont rapprochées les œuvres de Rude et de Duret, n'a paru que dix-sept jours après le départ de sa lettre. (Journal Le Temps, 23 mars i833. — Voir cet article et celui de Delécluze en notre chap. XV.) Le rapprochement était, d'ailleurs, trop naturel pour ne pas s'être offert immédiatement à l'esprit public.

(2) Rude a été décoré par décret du 7 mai.

(3) Les dépenses dont il s'agit concernaient rétablissement des fontaines de Dijon. La ville fit frapper une médaille commémoralive de cette indispensable création et Dumay en faisait parvenir une épreuve au sculpteur par le même courrier qui emportait sa lettre.

l'honneur, de concert avec MM. Gantin et Joliet, alors mes collaborateurs, de vous demander une copie de votre beau groupe du « Petit pêcheur napolitain ». Un sentiment, bien Jlatteur pour nous puisqu'il prenait sa source dans le désir et dans l'espoir de votre part d'offrir à notre pays une œuvre originale, vous porta à ne point accueillir notre demande. » Actuellement (août 1908), le Musée de Dijon, en sa magnifique collection de modèles, d'originaux et de moulages de sculptures du maître, possède un exemplaire en bronze d'après le marbre du Louvre.

i83o-i835. Commande, modèle et exécution de la partie de

LA FRISE DE l'ArG DE TRIOMPHE REPRESENTANT LE

RETOUR DE l'armée d'égypte (frisc de Louis-Philippe, Pierre de Chérence. Hauteur 2'", 12. Développement de l'épisode : environ 22 mètres).

Le 16 novembre i83o, une décision ministérielle arrête que l'exécution de la frise de l'Arc de Triomphe d'après un programme nouveau sera confiée aux sculpteurs Rude, Laitié, Jacquot, Brun, Cailhouet et Seurre (Lettre du ministre de l'Intérieur, comte de Montalivet, à Iléricart de Thury) . — Le « programme nouveau » comprend deux parties, devant chacune se développer sur l'une des grandes faces et la moitié des faces latérales : le départ des armées de la République et de l'Empire pour leurs grandes expéditions et leur Retour triomphal. — Le 29 avril i83i, tluyot écrit au ministre : « Les sculpteurs de la frise ont remis un dessin de leur composition. Quand devront-ils commencer le modèle ? » Des instructions sont expédiées à ce sujet. J'en découvre la trace dans la lettre précitée de Sophie Rude, à la date du 10 août : « Rude a, enfin, reçu l'ordre de commencer le bas-relief de l'Etoile ». Le prix total du modèle est fixé à 12 000 francs, soit 2000 francs par sculpteur. — Le 17 avril i833, une lettre de l'architecte Blouet, nommé à la place de Huyot révoqué, mande au ministre, Adolphe Thiers, que « l'exécution de la frise va être commencée. Les artistes chargés de ce travail sont MM. Seurre aîné, Cailhouet, Rude, — Jacquot, Laitié et Brun ». Le prix alloué pour cette exécution est de 3 000 francs par mètre, modèle non compris. Ce prix est réduit par Thiers à 2 5oo francs. (Lettre de Gavé, de la Direction des }3eaux-Arts, à Edmond Blanc, directeur des Bâtiments civils, le 8 juin i833). — (Documents des Archives nationales: Dossiers de l'Arc de l'Etoile, F^'^ io3o).

Tous les papiers venus en mes mains sont muets sur la date de l'achèvement de l'ouvrage par les praticiens, en i834 ou en i835. — La portion de la frise confiée à Rude: le Retour de l'armée d'Egypte, se déroule sur la gauche de la façade tournée vers Neuilly et en retour sur la moitié de la face latérale, tournée vers le Roule. Elle mesure, en longueur, 22'", 80, et, en hauteur, 2"', 12. — Un dessin sommaire du sculpteur en subsiste à Dijon,

collection Joliet. — La composition est reproduite en lithographie parmi les planches annexées à la monographie de J, O. Thierry, architecte, premier inspecteur du monument : l'Arc-de- Triomphe de VÉloile {In folio, Paris, Didol, i8^5). — Elle est décrite dans la monographie de l'édifice par M. H. Jouin : Inventaire général des richesses d'art de la France; Monuments civils de Paris, t. x, P' i77)(0-

i832-i83G. Premier buste de Fraîsgois Devosge, marbre. Haut. o'",70 (Musée de Dijon).

Le catalogue du Musée de Dijon (édit. i883, p. 822) porte ce buste comme offert à la Ville par Anatole Devosge « vers i83o ». Le fait de la donation est vrai ; la date est fausse. Une suite de lettres de Rude, de sa femme et d'Edme Gaulle, alors conservateur du Dépôt des Marbres, classées aux Archives du Musée (Fonds Devosge), éclaircit complètement l'histoire de ce portrait, exécuté de i832 à i836. Le projet, conçu, assurément, sur le désir dvi fils et du successeur du fondateur de l'Ecole dijonnaise, remontait au moins à 1829. Nous en avons la preuve dans une lettre de M'"" Rude à son vieux parent, le 2^ juillet de cette année: a Quand tu viendras à Paris, Rude s'occupera avec toi du portrait de mon oncle Devosge... » 11 faut croire qu'Anatole Devosge ne vint pas et, jusqu'en i832, plus un mot du dessein, •Le 20 février i832, une lettre de Rude à son ami nous avertit qu'il a reçu de ce dernier une commande en règle et que l'admirable portrait de son ancien maître peint par Prud'hon est mis à sa disposition, comme document essentiel. Le sculpteur remercie chaudement Anatole Devosge de l'avoir choisi pour faire le buste de son père. Pusqu'il veut bien lui confier la toile de Prud'hon, il lui sera reconnaissant de la lui envoyer au mois d'avril. Peut-être pourra-t-il se servir aussi d'un petit buste modelé par une cousine de Devosge... — Rude n'enlend pas toucher un sou pour ce travail. 11 n'acceptera que le paiement du ])raticien,

(i) C'est au temps où Rude modelait son Retour de l'armée d'Egypte que se place l'épisode dont nous avons parlé du projet d'un monument à la gloire des combattants de juillet, à Dijon. Les Dijonnais ont ouvert vme souscription publique à la fin de i83i. Le maître n'a point sollicité la commande : il s'est borné à laisser agir ses amis dans son intérêt, tout disposé à se charger du travail, mais se refusant à l'éventualité d'un concours. (Voir en notre chap. xvr, sa lettre explicite du 26 février i832.) — Nous savons la triste fin de l'aventure : l'argent des souscripteurs dissipé, aucun sculpteur choisi. Rude n'est intervenu qu'indirectement. L'œuvre n'a même pas pris pour lui la forme d'un croquis de premier essai.

estimé par lui de six à huit cents francs. En cette même lettre l'artiste fait allusion à son Pêcheur napolitain, dont il termine le marbre pour le prochain Salon, et à son bas-relief pour l'Arc de triomphe (Le Retour de l'Armée d'Egypte). — Nouvelle lettre de Rude, le i5 mars 1882 : le portrait de Prud'hon est arrivé(i), ainsi qu'un mandat de huit cents francs pour les frais de pratique. L'argent arrive beaucoup trop tôt; l'achèvement du modèle prendra cinq ou six mois. — Anatole Dcvosge a demandé tout de suite à Gaulle de procurer le morceau de marbre qui convient : (îaulle l'avise, le 28 juin 1882, que Rude aura une matière de belle qualité, dès qu'il en aura besoin. Le lendemain (2^ juin) le sculpteur écrit qu'il vient d'être deux mois malade et qu'il a de la peine à se remettre. Il s'excuse do garder encore le portrait de Prud'hon. Son vif regret est de ne pas voir Devosge à Paris. Il aurait vivement désiré lui montrer le buste avant de le livrer au praticien. Ses conseils lui auraient été précieux a tant sous le rapport de l'art que pour la ressemblance. » — Le 7 juin 1888, Rude déplore de n'être pas en possession de son marbre. Gaulle lui a présenté un marbre français dont il n'a pas voulu. On lui fait venir un bloc de Florence et il l'attend de jour en jour. Son modèle est prêt depuis cinq mois. Le portrait peint par Prud'hon, qui seul lui a servi, lui sera indispensable pour l'achèvement du travail. — Le 2 janvier i884, Gaulle se flatte d'avoir pu procurer à Rude un très beau marbre de Toscane, d'une carrière encore inconnue du commerce. — Deux mois plus tard, Devosge apprend de Sophie Rude que le buste est sorti des mains du praticien. Son mari aurait voulu l'exposer, mais il n'a pas pu le finir à temps pour le Salon. Ce retard a tenu à la longue attente du bloc et à la reprise dos grands travaux de sculpture à Paris, qui a fait engager tous les praticiens habiles. Il s'en est, heureusement, découvert un qui s'est bien acquitté de sa besogne et, maintenant, tout ira bien. Seulement, elle profite de l'occasion pour supplier son oncle de ne plus revenir sur la question d'argent. « Rude n'acceptera aucun paiement pour cet ouvrage; il est trop heureux d'en avoir été chargé et le plaisir qu'il a de reproduire les traits de son cher maître ne doit pas être troublé par ce vilain mot d'honoraires. » — Pour tout dire, le buste est remis le 11 août i836 à la Maison de roulage et de commission Contié et Loraux jeune, rue Bergère, 18, pour être dirigé sur Dijon. Le bulletin do transport est annexé à la missive de Sophie Rude du même jour.

(i) D'après une anecdote, qui me fut racontée par Ernest Christophe, Devosge aurait joint à son envoi deux dessins ou croquis de sa main représentant son père et Rude les aurait gardés. Je rapporterai ce souvenir à propos du second buste de François Devosge (i854-i855) dont il expHque peut-être l'origine.

De Fourcaud. 3o

Cette chronique un peu monotone a un épilogue assez plaisant. Anatole Devosge, toujours préoccupé d'offrir au sculpteur, à défaut d'une rémunération proprement dite, un cadeau de reconnaissance, a fini par lui envoyer... une armure! Une lettre de son ancien élève, le peintre Jacques-Joseph Lécurieux(i), du 27 décembre i836, en contient pour nous l'assurance : « M. cl M"^^ Rade vous attendent avec impatience. M. Rude est enchanté de la belle armure que vous lui avez envoyée, car c'est un morceau bien rare à Paris. » Présent romantique et que nous n'eussions vraiment pas prévu pour le statuaire de l'Étoile..! Mais qui nous dit, après tout, que ce harnois chevaleresque n'a pas été le point de départ du bizarre trophée de la statue de Jeanne d'Arc écoulant les Voix ?...

Le premier buste de François Devosge, ainsi commencéen iSSa, achevé en plâtre en i834 et terminé en marbre en i836, a figuré dans les catalogues imprimés du Musée de Dijon à partir de l'édition de 1842. — Il est très directement inspiré du portrait de Prud'hon : le regard un peu las et voilé de l'homme qui a subi l'opération de la cataracte, la physionomie toute bienveillante, la chevelure en gros rouleaux, le jabot tuyauté, un grand manteau jeté à larges plis de droite à gauche sur la poitrine. — (Sur le second buste de François Devosge, l'un des derniers ouvrages du maître, cf. § VII : « Œuvres de Rude sous Napoléon III: i854i855 : Second buste de François Devosrje ».

i833-i838. Buste de Louis David, second exemplaire en marbre, commandé par l'Etat pour le Musée du ^Louvre.

Une confusion a été commise par le D^" Legrand et accréditée par les biographes qui ont suivi, à propos de ce second exemplaire du portrait fait à Bruxelles en 1826. Ce n'est point ce nouveau buste qu'on a pu voir au Salon de i83i, pour ce motif qu'il n'était même pas prévu encore. C'est le marbre original. — J'ai trouve et relevé aux Archives du Musée du Louvre le texte du Rapport de Philippe de Cailleux à l'Intendant général des Musées en date du 17 juillet i833 : « // est d'usage de placer les bustes en marbre des artistes morts, au milieu de leurs productions exposées dans les salles et galeries du Musée royal du Louvre. La collection du roi ne possédant pas les bustes de David, de Guérin et de Gros, qui ont été exécutées par MM. Rude, Dumont et Debay, j'ai l'honneur

(i) Jacques-Joseph Lécurieux, peintre et dessinateur, élève d'Anatole Devosge, né à Dijon en 1801. lia peint, avec force détails d'une archéologie de bric-à-brac, des sujets d'histoire anecdotique de faible exécution comme le François /•^'" au tombeau de Jean-sans-Peur, du Musée de Dijon, et illustré de bien singuliers dessins VHistoire des ducs de Bourgogne de Barante. Le conseil de gratifier Rude d'une armure venait certainement de lui.

RÉPERTOIUE CHRONOLOGIQUE 46'

de proposer à M. l'Intendant général de leur en commander une répétition en marbre dont le prix pourrait être fixé à la somme de 3 ooo francs chaque. Le montant de cette collection serait imputée sur les fonds portés au budget de i835 pour commandes et acquisitions. )) Les conclusions de ce Rapport sont approuvées par le ministre, comte de Montalivet. Un autre Rapport de Cailleux, du 12 septembre i835, propose l'achat du bloc de marbre pour le buste de David, au prix de 4oo francs. Le buste n'a été terminé qu'en i838, ainsi qu'en fait foi la signature: F. Rude, i838.

? i835. Prométhée ammant les arts, bas-relief en pierre, au Palaiè du Corps législatif ou Palais-Bourbon, à Paris. (Façade du Palais, côté de la Seine, au fond de la Cour d'accès, au-dessus de l'entrée des députés) .

Le dossier des travaux du Palais-Bourbon aux derniers temps de la Restauration et sous Louis-Philippe n'est ni aux Archives nationales, ni à la Bibliothèque de la Chambre. L'architecte de Joly (Monographie de la nouvelle salle et de ses dépendances, Paris, in-f'^, i84o) se borne à rappeler que la construction de cette salle fut décidée en 1824 par le Ministre de l'Intérieur, vicomte de Martignac; qu'elle était terminée le 21 novembre i832 et que l'édifice n'eut plus qu'à recevoir les décorations complémentaires. La commande à Rude et à Pradier des deux allégories des Arts et de V Instruction publique n'a pu être différée à raison même de la nécessité de rehausser la façade. — ■ Un dessin du Prométhée, de la main de Rude, est, à Dijon, chez MM. Joliet. Il nous montre sept personnages conventionnels, plus ou moins nus, drapés plus ou moins, groupés en des actions diverses autour du Titan allumeur du feu, trônant au centre d'une ordonnance de palais classique. Le projet comprend accessoirement une cariatide imitée de celles de lErechtéion, une reproduction silhouettée du Milon de Crotone de Pierre Puget, et une représentation de Victoire ou de Gloire ailée, gravée sur le mur. Toutes ces indications ont été suivies pour Texécution définitive. — L'ensemble, très froid, s'affilie aux bas-reliefs de Tervueren, sans ofl'rir aucune figure aussi franche que le jeune homme enfonçant un pieu à grands coups de marteau de la Chasse de Méléagre ou plus cherchée en ampleur que le nocher Charon de l'épisode d'Achille trempé au cours du Slyx. Certains génies ailés relèvent, encore, du fade idéal des sculpteurs de l'Empire. On arrive à penser que l'artiste a mené bon train son modèle, se réservant de se mettre dans son prochain ouvrage en meilleurs frais de nouveauté. — Le billet de de M"'^' Rude, qui paraît fixer la date de l'achèvement de cette sculpture, me vint jadis du peintre Jean Gigoult. En voici la teneur précise: « 6 avril i835. — Monsieur, M. Rude, empêché: en ce moment, me cJiarge de vous écrire qu'il sera lundi prochain

à la Cliambre des députés avec deux praticiens. Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments de considération. — Sophie Rude. » Je n'ai jamais rencontré sur l'œuvre de Rude au Palais-Bourbon que ce document énigmatique et insignifiant.

i833-i836. — Le Départ des Volontaires em 1792, haut-relief allégorique en pierre de Chérence, au pied-droit de l'Arc de triomphe, à droite du monument, en regard des Tuileries. Hauteur totale du groupe, i2"\70. — Proportion des figures, 5"", 85. — Largeur de la composition à sa base: 6 mètres.

— Projets de couronnement pour le même édifice (non exécutés).

On ne s'est pratiquement inquiété des « trophées )> ou grands motifs des pieds-droits qu'en i833. Le « Mémoire descriptif, Projet pour l'achèvement de l'Arc de triomphe », déposé au Ministère par Blouet, le 3o décembre i832 {Archives nationales, F*^, io3o), nous prouve qu'à cette date rien n'était décidé sur le principe même des compositions (Voir notre chapitre XX). Une note de la main de Thiers, transmise aux Bureaux avec un Rapport d'Edmond Blanc, du 27 février i833, prescrit de « commencer immédiatement l'attique et les sculptures de la frise » et de « demander des propositions de sujets et des esquisses pour les six basreliefs et les quatre trophées ». Le prix de chaque « trophée » est évalué par Blouet, à 80000 francs, modèle compris (Juin i833). — Des esquisses ont été demandées à divers artistes, soit au nom du ministre, soit directement par lui, tant pour les haut-reliefs des pieds-droits que pour le couronnement de l'édifice, sans promesse de commande, à titre de renseignement et de préparation. Le Dossier des Archives nationales nous en fournit deux preuves avec la note do Blouet du 28 avril i834 et la lettre de Cave à Foyatier, du 20 juillet suivant, i» Note de Blouet (28 avril) : l'architecte avertit les bureaux que « les esquisses demandées par M. Thiers, à MM. Rude et Marochetti seront remises à la salle de l'Epure dès samedi prochain ». Peu importe que les contributions des statuaires se réfèrent, à ce moment, aux recherches pour le couronnement de VArc dont le ministre se préoccupe tout particulièrement alors ; les mêmes procédés ont été employés pour les compositions relatives aux Trophées. Les dessins de Rude entrés, à Dijon, dans la collection Joliet, et ceux donnés au Louvre par Cabet, en 1872, nous en sont garants. On peut aussi voir au chapitre xxxiii des Souvenirs d'un artiste, d'Antoine Etex, les façons de Thiers d'examiner les projets et de recevoir les sculpteurs en i833. Il avait invité Etex à lui apporter une maquette de trophée, qu'on disposa, pour son examen, sur la grande cheminée du salon, et il l'engagea, presque aussitôt, à lui en apporter

RÉPERTOIRE CHRONOLOGIQUE f^Qc)

une seconde correspondante. C'est ainsi qu'il agissait avec tous. — 2'^ Lettre de Gave (25 juillet i833), écrite par ordre du ministre à Foyalier, désireux de lui communiquer un projet qu'il a conçu sans en être prie : « Le minislre verra votre projet avec plaisir, mais il en a déjà bien d'autres et il craint que celui-ci ne vienne un peu tard. Son Excellence n'a pas voulu ouvrir ce qui s'ap- . pelle un concours, mais simplement s'éclairer par la vue de beaucoup d'ourages, sans se marquer, d'ailleurs, un délai pour fixer son choix. » (^Archives nationales, F^'-^ io3i).

Adolphe Thiers s'est fait soumettre par Rude, de très bonne heure, des projets pour les quatre trophées et pour le couronnement. Tout au moins les premiers dessins de trophées ont dû lui être présentés en mars ou en avril i833, conformément à son état d'esprit exprimé dans sa note du 27 février, et les autres avant le mois d'août où il signe le dernier arrêté de commande. L'artiste a traité, non les thèmes proposés par Blouet en son Mémoire descriptij' du 3o décembre i832, cesi-k-dire soit quatre grandes Victoires, soit les allégories de la Guerre, des Sciences et des Arts, de la Paix, du Commerce et de l'Agriculture, mais quatre données d'histoire allégorique résumant quatre dates : Le Départ des Volontaires (1792) ; Le Retour 1 la Retraite de Russie) (1812); La Défense du sol (i8i/i); La Paix (i8i5) (Dessins du Louvre). J'ai entendu Etex assurer que cette conception de chronologie, (abstraction faite de la douloureuse évocation du désastre de 181 2, de la seule initiative de notre sculpteur,) émanait de Thiers lui-même et il l'a imprimé, en ce qui le concernait, au chapitre xxxiii, déjà visé, de ses Souvenirs d'un artiste : « M. Thiers me parla d'un trophée qui devait représenter (( 181 4 «••• R fne semblait extraordinaire que cette date de 181 4, date de nos malheurs, parût en trophée sur notre Arc de triomphe ». « // m'importe, dit M. Thiers, j'y tiens, j'ai besoin de « i8i4 » comme date... » Le ministre ne tenait pas moins à « 181 5 », et le fit bien voir. D'une façon générale, Rude, en ses compositions, avait déféré à ses vues, sauf pour ce sujet où l'homme d'Etat voulait une sjmbolisation du retour triomphant de 1810 et non du retour lamentable de 1812, à travers les plaines glacées de la Russie. Cette substitution imaginée par notre statuaire ne pouvait que déplaire au chef de l'administration. Lorsqu'il se fut décidé à confier le second pied-droit à Cortot, il imposa à ce froid décorateur son idée de « 1810 ».

Le ministre a-t-il, vraiment, un seul instant promis à Rude la commande du vaste ensemble ? La légende le proclame, mais nous en doutons fort. L'habitude de l'hiers était de faire beaucoup espérer, nullement de promettre. Aucun document ne nous offre môme un commencement do preuve â l'appui de l'assertion traditionnelle. D'autres croquis et esquisses ont été, sans contredit, réclamés de toutes parts. Le souci du ministre de se procurer de

ll'jO FRA?iÇOIS RUDE ET SOX TE^FPS

nombreux essais, dessinés ou modelés, avait bien, au fond, le caractère ('goïstc innocemment ou malicieusement marqué par Gavé. Nous verrons, plus bas, que, s'il nous est parvenu un certain nombre de projets isolés de notre sculpteur pour les quatre groupes monumentaux, ce n'est qu'au Départ des Volontaires que . son invention s'est appliquée, dès l'origine, obstinément. Sur ses dix-huit dessins préparatoires, maquettes ou études se rapportant à l'entreprise totale qui nous sont connus, le seul Départ en revendique treize. Enfin, on voulait aller vite et. Rude avait le travail assez lent, Cortot ne l'avait pas, non plus, rapide. Chacun d'eux n'eut donc qu'une composition tandis que l'expéditif Etex en eut deux sans difficulté.

J'estime, en tel état de cause, que le Départ des Volontaires a été seul commandé à Rude et que la décision ministérielle a suivi de près la note de Thiers, prescrivant aux Bureaux, en février i833, des demandes de projets et d'esquisses. Aucun document positif ne confirme, ni n'infirme l'assertion traditionnelle que notre statuaire s'est vu choisir avant tous. Il nous paraît probable, que Cortot, dont le nom se lie si souvent au sien dans les documents, a été désigné en même temps que lui, mais que le choix de l'un et de l'autre a précédé celui d'Etex. Les Archives nationales possèdent, au Dossier de l'Arc, l'avis de la commande faite à ce dernier des deux hauts-reliefs de « La Défense du so/ (i8i4) » et de « La paix (i8i5) », au commencement du mois d'aoïH i833, document textuellement conforme à la lettre officielle de Thiers à l'artiste, en date du 3 août, reproduite au chapitre XXXIII, des Souvenirs d'Etex (p. 199-200). « Monsieur, j'ai décidé que vous seriez charcjé d'exécuter les deux grands trophées de l'Arc de l'Etoile, côté de Neuilly. Une somme de 'j o 000 francs, payable en i833, i834 et s'il y a lieu, les années suivantes, vous sera allouée pour l'exécution de ces trophées... Dans l'intérêt de l'harmonie des sculptures, je vous invite à vous entendre avec l'architecte du monument et avec MM. Cortot et Rude, qui sont chargés des deux grands trophées du côté de Paris... — A. Thiers. » Les termes « Je vous invite à vous entendre avec l'architecte et avec MM. Cortpt et Rude » n'impliqueraient pas absolument, en eux-mêmes que la commande aux trois sculpteurs n'a pas été simultanée, car on adresse toujours des recommandations analogues à tous les collaborateurs travaillant individuellement à une œuvre d'ensemble, et nous ne ferions pas difficulté d'admettre, en principe, que la distribution des quatre trophées des pieds-droits a été faite d'un seul coup, ainsi que par exemple, la distribution des six grands bas-reliefs des faces de l'Arc. ÇArreté du 3o août i833. Archives nationales : liasse, F^'^ io3i). Seulement, si les choses, en fait, se sont passées de la sorte, comment expliquer que la communication de la commande envoyée à l'architecte ne vise qu'Etex ? Nous sommes donc

rigoureusement, amenés à induire que Cortot et Rude étaient déjà pourvus à cette heure. Cette conclusion ressort, du reste, d'un passage des Souvenirs d'un artiste oii Etex déclare avoir terminé ses deux groupes avant ses confrères, bien qu'ils eussent commencé les leurs « plusieurs mois » avant lui et que chacun d'eux n'en eût a faire qu'un seul. — En raccourci, jusqu'à ce qu'on ait retrouvé les textes officiels qui nous manquent, seul moyen d'approcher de plus près la solution du problème, nous estimons que les deux hauts-rehefs du « Départ des Volontaires (1792) » et du « Triomphe (i8io) » ont été confiés à Rude et à Cortot entre le mois de février et le mois d'août i833, mais, probablement, bien avant l'été. Le prix fixé pour les œuvres nous est connu par un bref Mémorandum concernant Cortot. (Archives nationales, loc. cit.) : 76000 francs, modèle et exécution compris. La rémunération de Rude n'a pu être différente. Thiers avait abaissé de 5 000 francs le chiffre des émoluments et indemnités prévu par Blouet. 11 l'abaissa de 10 000 francs pour Etex.

Les lettres de Mf»« Rude à M'"« Movne sont muettes sur les affaires de son mari depuis les beaux jours du Petit pêcheur. Rien que ce mot, en passant, le 19 juiljet 1-833 : « Rude a des travaux qu'il ne peut quitter. » Une fâcheuse lacune de cette correspondance de i834 à i838 nous dérobe peut-être quelques échos intimes de l'atelier de la rue d'Enfer en une période essentielle de la carrière du maître.

Selon le D'' Legrand, hôte familier de l'artiste au déclin de sa vie, ses successives esquisses pour son haut-relief, jointes à ses compositions sans lendemain suscitées par Adolphe Thiers, auraient constitué un total de plus de soixante maquettes de l^o à 5o centimètres de hauteur (Legrand, p. 67). Nous n'avons plus de tant d'essais que les éludes dessinées et les épaves suivantes :

10 Neuf dessin's de recherche pour la composition des trophées, dans la collection de M. Gaston Joliet, à Dijon. Ces neuf dessins peuvent être, d'après le caractère de leur facture, répartis en deux séries :

Série I. Elle se compose de quatre dessins-calques, au crayon et à l'encre, relevés d'un gros trait noir du côté de l'ombre, marquant les épaisseurs. L'artiste prévoyait alors de véritables basreliefs et non des rondes-bosses sur fond.

a) Première idée du Départ des Volontaires. Un guerrier, le glaive au flanc, -entraîne à l'action des femmes assises qui semblent représenter des villes. Au fond, des faisceaux d'armes, des canons, des étendards et des casques.

bj La campagne d'Egypte. Un génie nu, ailé, casqué, se lient debout, au centre. A sa droite se montre un chameau, rappelant les traversées du désert; à sa gauclie apparaît le Nil, personnifié à l'antique, une corne d'abondance à la main et reconnaissable au voisinage d'un crocodile. Un

étendard flotte. Au fond, des hampes à crinières, des drapeaux, des turbans, un palmier central.

c) Première idée de la Retraite de Russie. Un guerrier, casque au front, couvert de draperies flottantes, poursuivi par des loups, brandit son glaive. Il est arrêté, dans sa marche, par un fleuve allégorique (la Bérésina), à demi-couché sur son arme. Au fond, faisceaux d'armes, canons drapeaux, etc.

d) La Paix de i8i5. La guerrier remet son glaive au fourreau. Auprès de lui des bœufs accouplés. Au fond, faisceaux d'armes et cuirasses.

Série II. Elle comprend cinq dessins, toujours sur papiercalque, ce qui implique qu'ils sont des reports de croquis antérieurs. La manière est plus large et plus libre que dans les précédents On n'aperçoit plus de ces gros traits noirs accusant des saillie, relativement faibles. Il s'agit, à présent, de toute évidence, de compositions à fort relief. Les deux sujets de In Campagne cVEqyple. et de la Retraite de Russie sont abandonnés, au moins jusqu'à nouvel ordre. Deux projets nouveaux se proposent pour l'un des pieds-droits. Toutefois, c'est le thème du Départ des Volontaires, déjà transformé et en voie de se développer, qui préoccupe le plus visiblement le statuaire. Trois études, sur les cinq, lui sont consacrées.

e) La Guerre victorieuse. Un cavalier, coiffé du casque, conduit son cheval parmi les blessés et les morts. Il étend derrière lui son bras armé du glaive, dans un geste cher aux anciens médailleurs. A terre, un des soldats vaincus porte un étendard à la romaine. En l'air vole une Victoire, tenant une palme et une couronne de laurier. Rude a repris, un peu plus tard, l'idée de sa composition pour un de ses projets de couronnement de l'Arc.

g) La Paix. Au-dessus des drapeaux éployés, l'aigle ouvre ses ailes. Une figure, ceinte d'une couronne murale, symbolisant la Ville de Paris ou la France elle-même, nantie d'une corne d'abondance, forme le centre d'un groupe allégorique. A droite, une femme un peu forte, sa robe échancrée en rond sur la poitrine, noblement et simplement drapée, d'un très beau style, s'entoure de grands vases. C'est la personnification du Commerce ou de l'Industrie. Une autre femme, à gauche, les cheveux dénoués, l'air plus rustique, l'expression méditative, s'appuie sur une niasse indistincte, où l'on croit deviner un rocher. Ce projet, qui n'a pas abouti, est, graphiquement, le plus remarquable de la série.

Il) Nouvelle composition pour le Départ des \ olontaires . Un très jeune homme, en tunique, bouclier au dos, armé de deux lances, s'apprête à bondir sur son cheval sans bride. 11 est de conception gauche et médiocre d'aspect. Au second plan, un soldat accroupi attache sa chaussure d'une main et, de l'autre, relève son glaive court et maintient sa targe aux clous du métal, posée contre lui. — En l'air, un génie ailé, casqué, cuirassé, des serpents aux bras, hausse sa large épée et sonne de la trompette. Ce croquis peu séduisant a l'intérêt de nous offrir les éléments primordiaux du chef-d'œuvre de l'Arc de l'Etoile.

ij Etude spéciale de jeune homme groupé avec le cheval qui se

RÉPERTOIRE CIIROXOLOGIQIE /lyS

cabre. On constate aisément la parenté de la figure et d'un des personnages de la Chasse de Méléagre.

j) Le Départ des Volontaires. Même ordonnance que plus haut, à ceci près que le jeune garçon en tunique s'est change en un guerrier nu et empoignant les crins de son cheval qui s'efTarouche et prend le galop.

2° Quatre dessins-projets des quatre trophées et un dessin du Triomphe de Bonaparte, conçu pour le couronnement de l'édifice. Ces cinq reports originaux sur papier-calque ont été offerts au Louvre au mois de décembre 1871 par Paul Cabet, acceptés par l'assemblée des conservateurs le 21 décembre et remis à l'Administration du Musée le 5 janvier 1872 (Archives des Musées nationaux, au Palais du Louvre: Dessins de Rude). Ayant suffisamment analysé les motifs des pieds-droits (chap. xix), je me borne à rappeler leurs titres : Le Départ; la Retraite de JRussie ; la Résistance et la Paix. Le Départ nous fait voir encore le jeune héros nu courant après son cheval et le guerrier accroupi ; mais le génie aérien n'a plus de glaive, agite un serpent de la main droite et se retourne violemment en soufflant dans sa longue trompette. Rude ne s'en tiendra pas à ces modifications.

3'^ Une petite maquette très fruste du Départ des Volontaires, venue du Dépôt des marbres au musée des Arts décoratifs, à Paris.

4° Un modèle en plâtre, plus grand et plus achevé, du même haut-relref, mais modifié encore avant l'exécution en pierre, envoyée au musée de Dijon, au mois de juin 1862, par M. Rondelet, conservateur au Dépôt des marbres de l'Etat. (Hauteur : 2'",i5. Largeur: i"',3o). — Nous avons relevé, (chapitre xx, en note) les modifications apportées en la version définitive. — La lettre denvoi de Rondelet, en date du 26 juin 1862, nous apprend que Rude lui a^ ait cédé ce modèle sur sa demande et qu'il l'offre au musée de Dijon en vue de la préserver do la destruction dont sont menacées les nombreuses maquettes encombrant les magasins prochainement destinés à une appropriation nouvelles. (Archives du Musée de Dijon.)

5*' Les modèles au tiers de grandeur d'exécution et très poussés de la tète du Génie de la Patrie, criant l'appel aux armes, pour laquelle, dit-on, M'"*' Rude posa, et de la tête du vieux guerrier barbu aux cheveux bouclés, rejetés en arrière, improprement qualifiée de « tête de vieillard ». M. Emmanuel Frémiet en possède de belles épreuves. Un exemplaire en bronze de la tête d'homme a été donné par Cabet, au musée de Dijon, ^ en 187Ô. (Hauteur o"',65). — La tête, en grandeur d'exécution (Hauteur : i"',3o, envoyée au même musée, en 1878, par VIiih; Eaber est un ancien moulage, exécuté sur le monument.

Tout le reste a péri, soit au Dépôt des marbres, soit dans les caves du palais de Versailles oii quantité d'esquisses du temps de

Louis-Philippe avaient été relégués avant 1870. J'ai fait, au mois do novembre 1890, une enquête à ce sujet avec Charles Gosselin, alors conservateur du palais. Nous avons acquis la certitude que ces débris avaient disparu au cours des travaux faits en 187 1 et plus tard pour l'installation du parlement.

Des compositions imaginées par Rude en vue du couronnement de l'Arc, le dessin du « Triomphe de Bonaparte », au Louvre, est seul resté. On sait déjà que l'artiste y avait repris en variante, la donnée d'une de ses esquisses de trophées. (Collection Joliet). Théophile Silvestre en décrit deux autres dont il ne subsiste pas trace : un Quadrige triomphal et un Triomphe de la France ainsi conçu : « La figure colossale en bronze de la France, assise sur le globe doré du Monde, la tête entourée de rayons, les pieds posés sur un aigle portant dans ses serres des couronnes et des spectres brisés. Aux quatre angles de l'édifice, les Puissances vaincues. » (Th. Silvestre: les Artistes français, édition de 1878, p. 200). Rude avait aussi parlé au D"" Legrand d'une autre apothéose caractérisée par l'essor de plusieurs aigles (Legrand, p. 59). Il racontait à ce propos, que le roi Louis-Philippe lui aurait insinué de transformer ces aigles en coqs gaulois. On ne jurerait pas que le sculpteur n'ait quelque peu amplifié son souvenir en forme de plaisanterie. Au demeurant nous n'avons rien de ces recherches, vouées d'avance à ne pas aboutir.

La date où le maître convoqua les praticiens au chantier de l'Arc pour l'exécution en pierre de Chérence ne nous est pas révélée. A peine vois-je, au dossier des Archives nationales, une base d'appréciation tout approximative. Cortot fait savoir, le 3i juillet i835, qu'il a terminé son modèle de trophée et prie le ministre de le venir voir, en son atelier des Quatre-Nations. Il est évident que Rude, à ce moment, ne peut manquer d'être prêt. Le temps presse. On n'est plus qu'à douze mois de la fête inaugurale. Renonçons, au surplus, à connaître la façon dont le statuaire a réglé le travail de la pratique, participant lui-même au labeur, le ciseau à la main. L'activité de la base au faîte du monument redouble pour ainsi dire, d'heure en heure. Une pièce de comptabilité du 3i mai i836 nous apprend ceci : « Au fur et à mesure qu'on enlève les échafaudages des frises, trophées, bas-reliefs et autres sculptures, on les cache derrière des toiles jusqu'au jour de l'inauguration. » (Archives nationales, loc. cit.). Nous savons par Etex (Souvenirs d'un artiste) que l'enlèvement s'est fait, d'abord, sur la façade en regard de Neuilly. — Jamais, il faut en convenir, des colosses ne furent taillés si vivement, mais le caractère héroïque et lyrique de ceux de Rude unit la fougue de l'inspiration et le serré de la facture. Nulle part on ne se rend si bien compte de l'admirable qualité du rendu qu'au musée du Trocadéro, à Paris, où d'excellents moulages de l'éphèbe nu et du

RÉPERTOIRE CHROINOLOGIQUE ^76

Génie volant et criant permettent d'étudier de très près la forme et l'exécution ,

i835-i84o. Achèvement de sculptures décoratives commencées par Louis Roman pour l'église de la Madeleine, à Paris.

Achèvement et exécution en marbre de Gaton d'Utique lisaîst LE Phédon avant de SE DONNER LA MORT, statuc commencée par Louis Roman (Haut. 2'",6oj. Musée du Louvre.

La Bibliothèque royale de Bruxelles, à laquelle le peintre Navez a légué ses papiers, a recueilli, dans ce legs, une lettre de Sophie Rude, du 20 février i835, qui éclaircit la question de l'achèvement de ces ouvrages. Roman était mort juste dix jours auparavant, le 10 février. Sophie Rude écrit à Navez : « Rude est occupé, dans ce moment, d'un travail bien triste. Il termine, dans l'atelier de Roman, une figure de Caton que le malheureux avait commencé avant d'être malade. Rude espérait pouvoir la finir avant la mort de notre ami, mais il n'a pu lui donner cette satisfaction. Il la termine pour sa famille. Les travaux que M. Roman avait pour la Madeleine, sont presque terminés, mais à son nom; il avait avancé les modèles avant d'être tout à fait arrêté. Rude a suivi l'exécution de ce travail, mais toujours pour son ami... » (Bibliothèque royale de Belgique, section des manuscrits, série II, 70, t. 2, fol. liS']'): Ge billet nécessite un commentaire. Rude, depuis quelque temps, avait presque élu domicile chez son camarade moribond. J'en ai trouvé la preuve aux dossiers de l'Arc de triomphe où son adresse se trouve libellée ainsi à plusieurs reprises : « M. Rude, 7, rue de l'Est ». Son désir avait été d'y compléter sous ses yeux, d'après ses indications, la figure de Caton d'Utique ; mais le pauvre statuaire avait succombé trop tôt. Il restait beaucoup à faire à l'œuvre. L'auteur du Mercure et du Petit Pêcheur se fit un scrupule d'attribuer à Roman des formes et des intentions dont il n'avait pu être juge. De là sa résolution de mettre au bas de la statue terminée, sa propre signature avec celle du cher disparu. Le cas était tout différent pour les quatre haut-reliefs des pendentifs delà première coupole de la nef à la Madeleine, (saint Simon, saint Paul, saint Jade, saint Mathieu). La réalisation des modèles suffisamment poussés n'exigeait plus que l'attentive habileté de praticiens, surveillés, du reste, de fort près. Dans ces conditions. Rude achevait l'œuvre de Roman, à son nom, comme l'écrit avec une involontaire ambiguïté M^ie j^uJe, — c'esf-à-dire au nom de Roman seul. — G'est ainsi que. les choses se sont accomplies. — Le marbre de Caton d'Ltique, est signé de la formule suivante dont je ne garantis pas la pure latinité : « Roman inchoavil, Rude amicus sapcrslcs peragebat. iS/jo. »

L'œuvre fut placée, d'abord, au Musée du Luxembourg, d'oii

clic fut transportée, le 12 mai i855, à l'Exposition universelle, en même temps que le Cincinnatus de Foyatier (pièce mentionnée dans un document des Archives du Musée du Louvre, mais disparue), — Les deux statues se dressèrent, ensuite, aux Jardin des Tuileries. En 1 861, elles étaient à Compiègnc, en vertu d'un ordre de transport du ministre d'Etat, mais il était question de les réintégrer à leur place. (Lettre de Frédéric Yillot, secrétaire général des Musées, à l'architecte Lefuel, du 16 septembre 1861, l'aisant observer que l'empereur est, à ce moment à Compiègne, et que l'instant serait mal choisi |)Our rej)rendre ces marbres. Archives du Louvre). Le a mai 1862, jNapoléon JII faisait écrire par le général de division Rollin, adjudant général du palais des Tuileries : « l'Empereur a remarqué que beaucoup de statues qui ornaient le jardin des Tuileries, en ont été enlevées et n'y ont pas été réintégrées. » Des ordres ont dû être envoyés immédiatement au comte de Nieuwerkerque pour la réintégration. Le Ca/o/j est entré au Musée du Louvre, salle Rude, en 1890. (Archives des Musées nationaux) .

l836-i838. Le makéchal de Saxe, Jigure en marbre, ijlus grande que nature, commandée pour le palais de Versaille (actuellement au Musée du Louvre).

Ernest Christophe ma certifié à plusieurs reprises, et toujours dans les mêmes termes, avoir entendu Rude rappeler ainsi l'origine de cette statue: « M. Thiers m'avait demandé beaucoup de projets inutiles pour l'Arc de triomphe. Chaque j'ois qu'il me faisait venir, c'était de nouvelles idées et de nouvelles demandes d'esquisses. J'espérais que tout ce travail aboutirait à des commandes que je n'eus jamais. A la fin d'une visite qu'il Jit au chantier de l'Étoile, il me pria d'aller le trouver le lendemain au ministère. Il m'accueillit encore mieux que d'habitude et m'annonça qu'il cesserait bientôt d'être ministre, mais qu'il voulait faire quelque chose pour moi, avant de se démettre et en compensation de tout ce que j'avais fait et à quoi il n avait pu donner suite comme il l'aurait voulu. Je lui répondis que je n'avais pas besoin d'une compensation, que je n'en demandais et n'en désirais aucune. Cependant, j'eus, de sa part, la commande de la statue en marbre du Maréchal de Saxe pour le château de Versailles. Cela ne me fit pas, d'abord, grand plaisir. J'aurais bien mieux aimé avoir à composer un groupe ou à traiter une Jigure nue. Des que je pus, je me mis pourtant à cet ouvrage ; je le menai vite et il m'intéressa. J'ai beaucoup soigné le marbre, où il y a du détail. Je crois que, dans son genre, c'est une bonne statue. » — G. Guitton, le 8 juin 1890, m'a raconté l'histoire de la même façon, la tenant aussi de son maître. Il ajoutait: « M. Rude se savait bon gré de cette statue qui lui valut, un peu plus tard, l'amitié du duc de Luynes et les belles commandes de ce grand seigneur pour le château de Dam-

pierre. » — Le récit du D'" Legrand est entièrement conforme aux assertions de Christoplie et de Guitton : « M. Thiers voulait dédommager Rude de tant d'espérances déçues. Il le fit venir, un jour, dans son cabinet et lui dit : « Je vais être renvoyé bientôt; je profite « du temps qu'il me reste, — c'est l'usage, — pour faire mon testa- « ment. Que voulez-vous que je vous lègue? Mon successeur sera mon « fidèle exécuteur testamentaire. » Rude le remercia, mais éluda l'offre avec ces mots: « J'ai des travaux en train; cela me suffît. » Quelque temps après il reçut la commande de la statue du Maréchal de Saxe pour le château de Versailles. » A défaut de l'arrêté décommande, que je n'ai point vu, cette anecdote, difficile à suspecter, implique une date. Thiers quitta le ministère de l'intérieur au mois de février i836; l'œuvre fut donc commandée à ce moment, ou fort peu après. En conclusion, le marbre entrait à Versailles en i838, d'où il a été transféré au Louvre le 20 juillet 1890. Il porte la signature et la date : F. Rude, i838. — Outre le buste du maréchal attribué à Pigalle, au Louvre, le sculpteur a pu voir, au même Musée, le magnifique pastel de Maurice de Saxe par la Tour, et, au Musée de Dijon, l'admirable étude préparatoire de ce portrait, oi^i le masque du grand capitaine est crayonné en noir, rouge et blanc sur papier bleu.

1887. RkDUCTION ORIGINALK de l.A GKANDE STATUE DE MeRCURE

RATTACHAIT SES talonmères. Haut . i"',i8, bronze . (Collection Thiers, au Louvre.)

Voir plus haut, ce qui est dit de cette réduction à l'article du Mercure exposé en plâtre, en 1828, et en bronze en i834. Le maître conserva toujours, dans son appartement, le modèle réduit, fait pour Adolphe Thiers.

i838. DuPiN aîné, 6us^e, marbre (Haut. o"',7o).

Une lettre de M^^^ Rude, du i3 février i838, nous apprend que Rude l'achevait à cette date : « Rude finit le buste de Dupin pour l'exposition. » J'ai cité le mot prêté à M. Thiers au Salon de i838 : « Rien qu'à voir ce visage, on sent que cet homme doit porter de gros souliers. » — J'ignore où est passé le marbre. Le modèle en plâtre, venu après la mort de Rude aux mains de Soitoux, est aujourd'hui au Musée d'Angers. (Donation H. Jouin) . Un autre exemplaire, en plâtre bronzé, qui a passé par l'atelier de Gabet, a été envoyé au Musée de Dijon en 1878, par M"!^' Françoise Faber, née Gabet.

i838. Buste historique de Louis d'Armagnac, duc de Nemours (-|- i5o3), commandé pour le château de Versailles (non exécuté).

J'ai eu connaissance de cette commande, qui n'est mentionnée

l\']8 FRA\ÇOlS RUDE ET SON TEMPS

nulle part, par un Rapport de M. de Cailleux, directeur-adjoint des Musées royaux, à l'intendant général comte de Bondy. (Archives des Musées nationaux, au Louvre.) Ce Rapport, en date du 6 juillet i838 et revêtu de l'approbation de l'intendant général, débute ainsi : « Les bustes des guerriers tués sur les champs de bataille désignés ci-après devant être placés dans les galeries du palais de Versailles, j'ai l'honneur de proposer de confier l'exécution des modèles en plâtre de ces bustes aux artistes suivants.. . »

La liste des personnages à représenter comporte quatre princes, onze amiraux, douze maréchaux et huit grands maîtres. Chaque modèle sera payé 800 francs.

Le buste de Louis d'Armagnac, duc de Nemours, demandé à Rude, n'a jamais été fait.

i838-i84i. Lk baptême du Christ, groupe en marbre. Haut. 3">,65 (à l'église de la Madeleine, à Paris, chapelle des fondsbaptismaux) .

La commande de ce groupe nous est révélée par une lettre de l'artiste à « Monsieur le Secrétaire d'Etat, ministre de l'intérieur », le 26 mai i838. Elle remontait au moins à l'année précédente, si ce n'est à plus haut, puisque Rude reconnaissait avoir déjà reçu trois acomptes. Qu'on lise plutôt le document • « Monsieur le Ministre, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien m'accorder un quatrième à compte sur le travail du groupe représentant le baptême de Jésus-Christ, dont l'exécution m'a été confiée. — J'ai l'honneur d'être. Monsieur le Ministre, votre très humble et très obéissant serviteur. — F. Rude. » (Archives du Musée du Luxembourg.) — Aucune autre pièce de complabilité touchant cette œuvre n'a été signalée. — En 1839, on s'inquiète de l'achat du marbre nécessaire tant pour le groupe que pour son piédestal. (^Mémoires sur les dépenses faites ou à faire à la Madeleine, 1839, cahier 23 : « Devis des travaux de mortrerie » et feuille annexée. Arch. nat., liasse F^'-^ 1 154)- — Une petite esquisse de la composition se voit au Musée d'Angers (Donation Jouin). Une étude de Rude pour la tête du Christ, d'après un de ses amis nommé Villeneuve, appartient à M. Grangier, de Dijon, gendre du modèle. Elle a été moulée pour le Musée de la Ville, où le moulage figure sous le simple titre de « Tête de Christ ». — Le groupe original, en plâtre, décore l'église de Ville-d'Avray, près Paris. — Le marbre était installé à la Madeleine vers i84i. On l'a moulée pour le Musée de Dijon.

1839. La Bonté, relief sur fond, marbre. Haut. o"\75 (au tombeau de Cartellier, cimetière du Père La Chaise, 53*' division, à Paris).

C'est une figure de jeune fille, les bras nus, drapée d'une robe

lâche, serrée à la taille par une ceinture et relevée par une cordelette qui retient le manteau. La tète inclinée sur l'épaule droite, elle approche de ses lèvres une colombe. Cette sculpture d'une grâce simple, d'un modelé très doux, représente la contribution de Rude à l'ensemble décoratif érigé en l'honneur du bon Gartellier par ses principaux élèves. On l'a moulée pour le Musée de Dijon.

i84o-i842. Louis XIII ADOLESCENT, slûtue en argent . Haut. 1^^,70, plinthe comprise (appartient à la famille de Luynes, château de Dampierre ( Seine- et-Oise, canton de Chevreuse) .

Les documents retrouvés sur cette statue célèbre, commandée par le duc de Luynes, débarrassent l'histoire de ses origines de légendes suspectes, accréditées sous les formes les plus romanesques. J'en fournirai un exemple, tiré d'une lettre qui fut écrite, au cours de mon travail, par un amateur d'art ordinairement mieux renseigné, au sujet d'un prétendu combat de générosité entre le duc et le sculpteur : « Rude avait accepté la commande du « Louis XIIl », au prix de 6,000 francs pour son modèle, à la condition formelle que le duc ne viendrait jamais dans son atelier avant qu'il l'en priât. Le duc y avait souscrit, mais il souffrait de ne pouvoir satisfaire à son impatience. L'artiste restait inflexible. Cependant, l'œuvre était achevée et Rude, n'y voyant plus rien à faire, partit, un jour, pour la campagne, emportant sa clef . Le duc informé, par hasard, de son absence, se rendit rue d'Enfer et réussit, on ne sait comment, à s'introduire dans l'atelier. Il fut tellement émerveillé de la statue que le lendemain, il fit savoir à Rude qu'il élevait à 10 000 francs ses honoraires. Rude eut un moment de colère, en apprenant l'indiscrétion; puis, il s'écria: « Ah! Monsieur le duc a manqué à son engagement!... Ah! Il augmente la somme!... Eh bien, je veux qu'il en ait pour son argent et qu'il attende son modèle... » Aussi reprit-il son œuvre, morceau par morceau, et cela dura plusieurs mois... » Cette historietle, qui peut passer pour jolie, et dont j'ai eu d'autres échos, ailleurs, avec des variantes, n'a que le tort d'être fausse. L'affaire du u Louis XIII » fut très simplement et très complètement conclue du premier coup et rien ne fut changé par la suite aux conditions prévues.

J'ai oui dire qu'avant d'assumer la tâche Rude avait eu des hésitations et je crois cette tradition bien fondée. Jusqu'à la fin de sa vie, comme tous les artistes imbus des doctrines esthétiques de David, il jugea les figures nues seules dignes de « l'art supérieur ». La maxime de Gartellier sur la possibilité de tirer parti du costume revenait souvent dans ses entretiens, mais bien plutôt en manière d'excuse pour ses entreprises imposées par les circonstances et les nécessités de la vie qu'avec un caractère de haut argument. On lui fixait, du reste, des données étroites en mettant sous ses yeux le portrait de Louis XIII, à l'âge de seize ans, gravé

au Manège royal de Pluvinel, en une planche où l'on voit un écuyer enseigner au jeune prince les règles de l'équitation. Celte réduction de son art à l'interprétation d'un fragment d'estampe devait a priori lui déplaire.

Tout bien pesé, il accepta la commande, négociée, au nom du duc, par rarchitecte Félix Lhiban. Il résulte de sa lettre d'acceptation, en date du 6 décembre 17^0, insérée en notre chapitre xxvi: i» que le prix de 10 000 francs était assigné dès le principe; 2" que l'artiste avait à se conformer, pour le costume à un type indiqué ; 3" que le modèle en plâtre devait être grand comme nature et terminé autant que possible {Document mis au jour par M. E. M'àntz, Bulletin de l'art ancien et moderne, 1900, p. 6). Toutes ces clauses furent observées. — Le type proposé était bien la figure du roi de la gravure du Manège royal. ÇVoir la planche de frontispice du livre d'Ant. de Pluvinel de la Baume : « le Manège royal, oh l'on peut remarquer le défaut et la perfection du cavalier en tous les exercices de cet art digne des princes, fait et pratiqué en l'intention du roy. » Paris, in fol., 1628).

Le plâtre était livré aux fondeurs Richard, Eck et Durand, le 22 mars iS/ia, date du marché relatif à la fonte en argent, au titre des Monnaies françaises. Inutile de répéter les termes de ce contrat, reproduit par nous chapitre xxvj. La statue devait être fondue de façon à n'exiger aucun travail de ciselure, d'une épaisseur de métal de 0,002 pour les parties minces et de o,oo5 pour les parties fortes ; exécutée sous la surveillance du statuaire et remise au duc de Luynes le i*^*" janvier i843. Les frais de fonte, réparage et montage étaient arrêtés à 12 000 francs. L'intendant du duc avait mandat de verser, au fur et à mesure des besoins constatés, les sommes nécessaires à l'acquisition du métal. (Pièce communiquée en original par M. Lorin, de Rambouillet, à la Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements à l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris, session de 1901. Cf. p. 210 du recueil.) — Ce programme fut exactement suivi.

Il est à remarquer que le chiffre de 12 000 francs ne comprend que la fonte et les opérations accessoires. Je n'ai aucun renseignement sur la quantité de métal précieux mis en œuvre et sur son équivalence en numéraire. Dans la note de la revue V Artiste du mois de février 1842, on estime le métal à fondre et le salaire des fondeurs à 4o 000 francs environ, pour la statue et à i5ooo francs pour le piédestal. Ces évaluations émanaient-elles de Rude.' Étaient-elles justifiées ? Cette dernière question ne pourrait être tranchée que par le pesage de l'œuvre ou la consultation des comptes conservés, assurément, aux archives du château de Dampierre, mais que la famille de Luynes n'a jamais consenti à communiquer. L'a solution de ce problème est, ici, sans importance. Seulement, nous ne saurions comprendre l'obstination des amateurs à

RÉPERTOIRE CHRO>'OLOGlQUE ^8l

celer leurs richesses et, surtout, à rendre impossible l'éclaircissement des points qui intéressent, à un degré quelconque, l'histoire de l'art dans un pays.

i8/i2-i843. Piédestal décork de figures, d'ornements et de

PLAQUES DE MARBRE POUR LA STATUE DE LoUIS XIII

ADOLESCENT, broiizs (appartient à la famille de Luynes, au château de Dampierre) .

Le maître s'occupa de ce piédestal, au retoiir de son voyage en Italie (juin i842, Legrand, p. 79). Tout ce que nous savons sur son exécution est contenu dans le traité avec les fondeurs pour l'exécution en bronze. Ce document n'ayant pas trouvé place en notre étude, on nous saura gré de le donner ici, en manière de complément : « Nous soussignés. L. Richard, Eck et Durand, fondeurs en bronze, demeurant à Paris, rue des T rois-Bornes, n'^ i5; — Nous engageons envers M. le duc de Luyres, représenté par M. Duban, architecte, à fondre en bronze de la meilleure qualité, réparer et monter un piédestal pour la statue du roi Louis XIII, à le réproduire en tout point, parfaitement conforme au modèle qui nous sera remis par M. Rude, statuaire. — Son achèvement ne sera regardé comme complet qu'après l'entière approbation du statuaire qui en surveillera l'exécution, et l'acceptation de M. le duc de Luynes. — L'extrême perfection de toutes les parties du modèle devant exclure tout travail de ciselure, il ne sera exécuté que la parure nécessitée par les jets et lu disposition des coutures. — Le dit piédestal sera livré complètement achevé le i*-'"" avril i843. — Et nous sera payé pour ce travail la somme de dix mille francs ainsi qu'il suit : trois mille francs le ^o janvier i8/i3 ; trois mille francs le 2'] février et quatre mille francs après son entier achèvement et son acceptation par M. le duc de Luynes. — S'il n'était pas livré le i"'" avril i8/i3, il pourrait nous être fait une retenue de cent cinquante francs par chaque semaine de retard, sur le prix de dix mille francs stipulé ci-dessus.

— Fait double entre nous, à Paris, ce i«^'' décembre, jour de la livraison du prender morceau par le statuaire. — Félix Duban.

— L. Richard, Eck et Durand. »

Le prix alloué à Rude ne nous est pas connu.

i8/j3. Buste du connétable d'Albert de Luynes, bronze (au château de Dampierre) .

18 '(3. Buste du D"" Benoit Mercier, de Dijon, marbre. Grandeur naturelle (donné au Musée de Dijon par M. Chevrot, au nom de la famille Mercier) .

Ce buste est de coupe classique; le cou cl la naissance de la poitrine nus. Le modèle a h^s traits fins, les lèvres minces, le nez droit et serré, le visage maigre, entièrement rasé, les cheveux

De Fourcaud. 3i

482 FRANÇOIS RUDE ET SON TEAfPS

courts et distribués en mèches plates, la physionomie grave. C'est un des meilleurs portraits sculptés par le maître. — Signé et daté.

1843. Buste de M'"« Noirot, marbre (cité par le /)•" Legrand, p. iSg, comme appartenant à la famille Noirot, à Paris). Je n'en ai pu découvrir la trace.

1844 et 1845. — Nous ne connaissons aucune œuvre de Rude exécutée ou préparée en ces deux années. Il n'a aucune commande; il ne semble s'occuper que de son atelier d'élèves. Comment s'expliquer un pareil fait et admettre qu'un tel artiste ait été complètement absorbé par son enseignement ? — Ce n'est qu'au mois de novembre i845 que nous le voyons faire agir un député de la Côte-d'Or pour obtenir un travail de l'Etat (sa Jeanne d'Arc') duquel il ajournera, du reste, plusieurs années, l'exécution. Mais, après i845, son ciseau est, tout d'un coup, très sollicité, et l'on voit commencer pour lui une nouvelle période d'activité créatrice.

Le seul ouvrage qu'on puisse, à la rigueur, dater de i843 à 181^5 est un petit médaillon-portrait de M'"" Rude.

— Médaillon-portrait de M™" Rude, plâtre. Diamètre o^,\9. (Musée de Dijon).

Le visage est de profil, tourne vers la gauche, en fort relief. De grosse boucles frisées, reliées par un nœud de ruban retombent en masse sur l'oreille et la joue. Le chignon roulé assez haut s'achève par un ruban lâche, retombant de l'extrémité et s'engageant dans les torsades. Le cou est très dégagé. Une collerette de lingerie à la mode de Louis-Philippe s'indiqvic sur la poitrine. — Ce relief se date uniquement par comparaison avec le portrait de M'"« Rude par elle-même qui a figuré au Salon de i836 (actuellement au Musée de Dijon) et qui paraît lui être antérieur de plusieurs années. Ce curieux médaillon a été donné aux collections dijonnaises par le D'" Legrand.

1845-1847. — GoDEFROi Cavaignac, fi(ju.re gisante, bronze, longueur 2 mètres. Au cimetière Montmartre, à Paris.

La souscription publique, organisée par Ary et Henri Scheffer, Drolling, etc., peu de temps après la mort de Godefroi Cavaignac (le 5 mai i845), dans le but de lui ériger un tombeau ne produisit que peu d'argent. — Rude consentit, sur la demande d'Etienne Arago, à faire gratuitement le modèle de la statue. (Note manuscrite fournie par Etienne Arago). Le sculpteur, ayant traité la figure à l'état de nu et modelé le visage en s'aidant du masque moulé sur le cadavre par le peintre Jeanron, la veille des

funérailles (i), confia le soin de préparer l'exécution du linceul à son élève Ernest Christophe, d'après une draperie disposée par lui-même sur le mannerpiin. J'ai entendu dire par Christophe : « // est resté très peu de ce que j'avais fait. Je ne peux guère me Jîatter que d'avoir massé le suaire. Si M. Rude voulut mettre mon nom auprès du sien à la base de son modèle, ce fut pure bonté de sa part. » Cet aveu confirme pleinement la tradition, maintenue en dépit de la siguature : « Rude et Christophe, son jeune élève » et suivant laquelle le maître fut obligé de reprendre entièrement le travail. Le style est d'une ampleur et d'une fermeté inconnues dans les ouvrages du disciple. On peut juger de l'incrédulité qui accueillit, dès l'abord, la prétendue collaboration, rien qu'à cette phrase ironique terminant l'article du National, du 8 juin 1847 : « // n'y a que les maîtres forts qui prêtent à leurs élèves. » (2) La statue était achevée, fondue en bronze et exposée dans l'atelier du maître au début du mois de juin 1847. (^oir l'article du National qu'on vient de citer). — Les sommes provenant de la souscription et de collectes supplémentaires faites parmi les républicains suffirent à peine à désintéresser les fondeurs Eck et Durand. — Par suite des passions politiques, le bronze dut rester aux magasins de la fonderie, au mois de février i856, où l'on obtint de l'autorité impériale l'autorisation de le porter sans bruit au cimetière Montmartre, à la condition qu'il n'y aurait pas de cérémonie d'inauguration et même pas une parole publique prononcée (3). La note manuscrite d'Etienne Arago conclut de la sorte: « Nous nous réunîmes, le 26 février, quand on eut, enfin, posé la statue sur le tombeau. On eût dit une assemblée de conspirateurs sous l'œil de la police. Chacun de nous serra, silencieusement la main de Rude, et ce fut tout. » — Des moulages de ce chef-d'œuvre existent au musée du Trocadéro, à Paris, et au musée de Dijon. M, Henri Rochefort en possède une épreuve en bronze.

1845-1847. — Le Réveil de Bonaparte, monument, bronze, figure de grandeur naturelle (au Parc-Noisot, à Fixin, près Dijon) .

Monument en mémoire de Napoléon, demandé à Rude en 1845, par xNoisot, d'Auxonne, ancien commandant des grenadiers de l'Ile d'Elbe, pour être placé dans sa pro[)riété, nouvellement

(i) Etienne Arago m'a montré à deux re[)rises le masque funéraire, qu'il avait pieusement gardé.

(2) La chronicpie a toujours affirmé que Rude, à ce moment, espérait marier Christophe à sa nièce Martine Yan der Haert.

(3) Sur la date de l'inauguration du monument. Cf. La Presse, article du 2(j février 1850.

484 FUA>Ç()1S IWJm ET S()> TKMI*S

acquise, de Fixin. — La première esquisse, en plâtre, conservée à Fixin (maison du garde), réprésente Napoléon mort, auprès de son aigle vivant. On Ta fait mouler et fondre en bronze pour le musée de Dijon. — L'œuvre définitive représente, à l'inverse, Bonaparte, se réveillant, rajeuni, en voie de se transfigurer, auprès de son aigle mort. — Rude a exécuté gratuitement le modèle, exposé dans l'atelier de la rue d'Enfer pendant le salon de i846 (Cf. Salons de Thoré : i846). — Il est maintenant au Louvre. — Fondu chez Eck et Durand. — Tous les frais de fonte et installation à Fixin, évalués à ii ooo francs par le journal le Spectateur, ont été supportés par Noisot. — Inscription dédicatoire à la base du monument : « A Napoléon, Noisot, grenadier de l'Ile d'Elbe, et Bude, statuaire. » Inauguration le 19 septembre i847-

iS/iG-iS/jS. — Statue de Gaspard Monge, bronze. Hauteur: 2"», 65 (Sur la place d'armes de Beaune (Côte-d'Or). — Inaugurée le 2 septembre 1849).

Le comité nommé par la municipalité de Beaune, en janvier 1845, eh vue de doter la ville d'une statue de Monge n'a pas attendu la clôture de la souscription publique pour désigner le sculpteur. Cette clôture n'a été prononcée, en réalité, que le 16 janvier 18/17, ^^^ ^^ rapport du notaire Guiod, trésorier, déclarant que la somme de ving-cinq mille francs, prévue d'avance, était souscrite avec un excédent de quatre-vingt-dix centimes {Documents municipaux de Beaune). Or, depuis vm an, après des compétitions et des discussions très vives et dont tout le détail n'est consigné nulle part, Rude avait été choisi. La situation est nettement établie par sa réponse à l'un des promoteurs de l'œuvre, à la date du 2^ janvier 18 ''16 — • réponse citée par nous en extrait, mais qu'il sied d'ollVir maintenant en sa teneur complète (Collection Jouin, à Paris). Rien ne trahit le nom du destinataire. Je pense, toutefois, que c'était Alfred de Vergnctte-Desmottes, ingénieur, ancien élève de l'Ecole polytechnique, correspondant de l'Académie des sciences, secrétaire du Comité :

« Monsieur, j'ai reçu votre lettre par laquelle vous m'annonciez que la commission venait de décider que je serais chargé de l'exécution de la statue de Monge. Gfâce à vous. Monsieur, à votre conscience toute patriotique, l'intrigue a échoué dans cette affaire. Je me sens bien heureux et Irès^honoré d'être chargé de transmettre à la postérité, les traits de votre illustre compatriote, qui seront toujours vus avec le plus grand intérêt par tes hommes de tous les pays du monde civilisé.

« Je viens de voir M. Michaud (i) comme vous me l'aviez recom-

(i) Michaud était maire de Beaune, membre du Conseil général et président du comité.

RÉPERTOIRE CHRONOLOGIOL E flSo

mandé ; je ne lui ai rien dit de votre lettre. Il m'a demandé un projet et un devis pour être présentés au ministre. Vous me dites, Monsieur, que vous serez à Paris dans quelques jours ; alors j'aurai l'honneur de causer avec vous de cette ajfaire, qui, pour être menée à bonne fin, doit être bien commencée.

« Je vous prie. Monsieur, de présenter mes compliments à M. Joigneaux (i). Je le remercie d'avoir dévoilé Vintrique et parlé pour moi.

« Recevez l'assurance de ma considération la plus distinguée. F. Rude. »

Le maître avait donc sa commando, sinon régulièrement transmise, du moins formellement attribuée au commencement de l'année i846 et pouvait se mettre au travail. Ainsi s'explique le passage de sa lettre du 9 décembre de la même année au maire de de Dijon : « Je termine dans ce moment la statue de Monge. » Le mot « termine » doit, d'ailleurs, se prendre ici en ce sens large que Rude avait entrepris sa tîgure et qu'il entendait s'en occuper sans désemparer, car il ne la montra que beaucoup plus tard à ses élèves. Je n'ai rencontré aucune trace d'une présentation du projet et des devis au ministère ; mais il importe peu. — Le statuaire connut certainement, entre autres documents iconographiques, le portrait de Monge fait en 181 1 par le Beaunois Jean ^saigeon (musée de Beaune), et la statue de l'illustre mathématicien par Ruxthiel, sur sa tombe, au Père-la-Ghaise; il avait, du reste, vu, pendant son premier séjour à Paris, l'illustre mathématicien bourguignon. L'esquisse qu'il fit parvenir au comité .est conservée au musée de Beaune, qui voulut bien l'envoyer à l'exposition universelle de 1900, à Paris (salon centennal). — Le grand modèle, achevé à la fin de i847» ^^^^^ immédiatement fondu en bronze, par Eck et Durand, et exposé au salon de 18^8. On ne possède plus du plâtre original que l'admirable tête, acquise en 1 892 , par le musée du Louvre. — Au mois d'octobre, on dressait, à Beaune, ainsi que nous l'avons dit, le piédestal en marbre de Premeaux. La figure arrivait à destination, le 10 août 18^9, pour être inaugurée, le 2 septembre suivant. Inutile de revenir sur ces choses. (Notes et souvenirs manuscrits communiqués par M. Aubertin, de Beaune. — La Statue de Gaspard Monge, à Beaune, par Joseph Bard, membre de l'Académie de Dijon)(Dijon, 1849).

(i) Pierre Joigneaux dirigeait le Journal « La Chronique de Bourgogne )). Il ne J'aisait point partie du comité. Les « révélations de l'intrigue » an.rquelles Rude fait allusion ne se trouvent pas dans son journal. Sans doute, s'agit-il d'une campagne de conversations locales. Les passions, vers i845, paraissent avoir été j'ort animées sur la question du choix du statuaire.

— Anciens journaux de Beaune notamment la Revue de la Côled'Or et de l'ancienne Bourgogne et la Chronique de Bourgogne, passim.) Il ne semble pas que les frais du monument aient dépasse les 25 ooo francs de la souscription publique. Aucun compte ne nous permet de déterminer ce qui resta à l'artiste.

18/17. — Commande d'une statue du maréchal de Lobau, par un comité de la Garde nationale (projet avorté).

« Quelque temps après l'inauguration du monument de Fixin, dit Max Legrand (Joe. cit., p. 90) la Garde nationale de Paris ouvrit une souscription pour ériger une statue à Lobeau. L'exécution en fut confiée à Rude. Mais la Révolution de i848 survint et l'on ne sut jamais ce qu'étaient devenus les fonds de cette souscription. » N'est-ce pas le pendant de ce qui s'était passé à Dijon pour le monument aux Combattants de juillet, en 1882?

§ YI. — Œuvres, travaux et projets de Rude sous la République (i848-i85i)

Le sculpteur avait h exécuter, au moment de la Révolution de 1848, deux commandes antérieures : une figure historique en marbre (Jeanne d'Arc écoutant les Voix), pour le Jardin du Luxembourg et un groupe en marbre (Hébé et l'aigle de Jupiter), pour le musée de Dijon. Il ne tarcja pas à entreprendre la première dont le modèle était aux mains du praticien avant i85o, mais l'exécution de la seconde appartient pour la plus grande part au règne de Napoléon III. — Nous ne savons si la commande des trois figures du Calvaire de Saint-Vincent de Paul ne remontait pas au temps de Louis-Philippe : en tout cas, il n'y travailla f|u'à partir de 18^8 et nous ne pouvons douter que les modèles fussent achevés à la fin de 1 85 1. . — Il est possible qu'il ait été question de Rude, dès 18/I8, pour la statue du maréchal Ney et il est certain qu'on fit appel à son talent au moins ou seulement le projet, d'ailleurs transformé, n'entrait en voie d'accomplissement que sous l'Empire. — L'artiste fut chargé à coup siir, durant la période républicaine : i» d'une figure décorative de circonstance de La République ; 2° d'une figure en marbre (l'Amour dominateur du Monde), demandée par Anatole Devosge, de Dijon; S"^ du buste de l'ancien représentant du peuple James de Montry, pour son tombeau (i).

(i) Je ne parle pas du projet de monument à ériger à Saint- Jean-de-Losne, en souvenir de la défense de cette ville en i636,

RÉPERTOIRE CIIRONOLOGIQL E liS"/

Nous ne pouvons compter au total, comme sculptures exécutées de la chute de Louis-Philippe à l'avènement de Napoléon III, que les œuvres ci-après, dans l'ordre de leur avancement.

i848. — Statue colossale de la Képvbi^iqvk, figure décorative, plâtre el draperies de laine plâtrée monté sur une armature de bois, exécutée pour une fête des écoles projetée au Panthéon.

Le programme de cette fête a été rédigé par Jean Reynaud (Moniteur officiel du 22 avril i8^8). i.a figure de la République debout, en bonnet phrygien, étendant sa pique sur une ruche d'abeille, symbole du travail, paraît avoir été demandée à Rude au mois de mai. L'œuvre dont le sculpteur déclarait n'avoir jamais été indemnisé, fut renversée d'un coup de canon pendant les journées de juin. Aucun titre ne se retrouve. — Le même coup de canon qui renversa le fragile et provisoire colosse abattit au fond de l'abside, la gigantesque Immortalité de Gortot, modèle haut de 16 pieds, achevé en 1887 po^r être coulé en bronze et posé sur la lanterne du Dôme, qui avait été dressée devant la Chambre des députés en i8/io, lors de la translation des cendres de Napoléon. Le petit modèle en bronze en est entré au Louvre. (Voir Inventaire des Richesses d'art de la France, Monuments civils de Paris, t. ] : le Panthéon par le marquis de Chennevières, p. 334.) De l'œuvre d'un jour de François Rude, il ne reste ni maquette, ni croquis.

i845-i852. — Jeanne d'Ane écoutant ses Voix, grande figure en marbre (exposée au salon de i852. Actuellement au musée du Louvre).

Les pièces relatives a cotte figure forment un curieux dossier retenu par la Direction des Beaux- Arts. C'est, d'abord, sur une feuille de papier du Cabinet du ministre, la note de Guillaume Saunac, député de la Gôtc-d'Or : « M. Saunac, député, rappelle avec instance à M. le Ministre de l'Intérieur sa demande en faveur de M. Rude, qui désirerait obtenir une commande. » Au-dessus et transversalement, le ministre a écrit cet ordre : « Faites un arrêté pour commander à M. Rude, une statue pour le jardin du Luxembourg. » L'arrêté du 4 novembre i845, est libelle ainsi: « M. Rude, statuaire, est chargé d'exécuter pour le compte de mon département et moyennant une somme de 12000 francs, imputable sur le crédit des

pour lequel, au dire du Courrier républicain de la Côte-d'Or (6 décembre i85i) Rude s'est proposé, par ce double motif que le maître n'a pas reçu la commande et qu'il n'a fait connaître aucun projet.

488 FRANÇOIS RUDE ET SO?iI TEMPS

ouvrages d'orl et décoration d'édifices, une statue représentant (ici une ligne en blanc). Cette statue est destinée à la décoration du jardin du Luxembourg . » Avis de la commande est donné le 7 novembre à Saiinac par le ministre et, le 11, à Rude lui-même par le directeur des Beaux-Arts. La lettre de Gavé stipule qu'il s'agit d'une statue en marbre « dont l'esquisse devra être approuvée par Son Excellence » ; que le sujet en sera ultérieurement désigné à l'artiste et que la somme de 12 000 francs comprend à la fois les honoraires du sculpteur et tous les frais de l'exécution. — Nous n'apprenons la désignation d\\ sujet que par une lettre de Rude demandant un premier à compte au directeur des Beaux-Arts, le le 22 mars i848. Voici ce document: « Citoyen, je vous prie de me faire ordonnancer, s'il y a possibilité, un premier à-compte de 3 000 francs, sur la statue de Jeanne d'Arc qui m'a été commandée pour le Jardin du Luxembourg. — Je suis sur le point de faire mouler le modèle de cette figure. — J'ai l'honneur, citoyen directeur, de vous présenter mes civilités empressées . — F. Rude. » Le Rapport d'enquête de l'inspecteur général Garraud sur l'opportunité du paiement conclut en ces termes : « Le modèle en terre, de grandeur naturelle, est achevé. Je crois qu'il doit être fait droit à la demande du citoyen Rude d'un à-compte de 3 000 francs (un quart du prix), sur ce travail qui promet d'être digne des précédents ouvrages de l'artiste... J. Garraud. » La somme est ordonnancée à la date du 1 1 juin. — Sur ces entrefaites. Rude a sollicité la concession du bloc de marbre nécessaire. Les choses semblent avoir traîné en longucvu-, car je vois, sur une feuille de papier du cabinet du Directeur la note qui suit : « Ancienne affaire à régulariser. La statue de Jeanne d'Arc a été commandée à M. Rude, en i8,45 ; le modèle est terminé depuis longtemps, M. Rude attend son marbre. » — Néanmoins des négociations ont été entamées à la fin du mois d'octobre avec la maison de fourniture de marbre Dervillé et G'*', 2G, quai Jemraapes, pour l'acquisition d'un bloc de blanc clair, choisi par le sculpteur, cubant 2'", 758, au prix ordinaire de 800 francs le mètre. Le 27 janvier 18/49, "'^ Rapport est adressé au ministre, proposant l'achat du bloc au prix total de 2 202 francs 5o, imputable sur le crédit des ouvrages d'art et décoratton d'édifices publics, exercice de l'année courante. L'autorisation à MM. Dervillé et G'*' de livrer le marbre à Rude aux conditions convenues et d'envoyer à la Direction des Beaux-Arts leur soumission et leur facture est signée le 3i janvier. Le même jour l'artiste est avisé « qu'il prendra possession du bloc quand il le jugera convenable » .

]V|me Rude parle de la Jeanne d'Ai^c de son mari, dans une lettre à Gécile Moyne sans date, mais évidemment écrite vers la fin de 1848. Le passage est trop singulier pour n'être pas transcrit en cette page : « Le marbre pour la Jeanne d'Arc va

RÉPERTOIRE CIIROTSOLOGIQI E 4 89

arriver et l'exécution en marbre va' être commencée bientôt. Pauvre Jeanne ! Je voudrais la voir autre part qu'au Luxembourg . Comme sujet et comme travail je la voudrais ailleurs. On nous place de temps à autre dans ce jardin, de grosses femmes plus ou moins laides, comme on était sans doute de leur temps. Autres temps, autres Jîgures ! Je n'en ai jamais vu comme les leurs. Il y en a même qui ont l'air d'en prendre le chagrin à cœur. Pauvres créatures!... » On surprend ici, à travers la critique justifiée de la plupart des statues de femmes célèbres introduites sur les terrasses du Luxembourg, quelque chose des idées répandues par l'enseignement de l'art pseudo-classique à l'endroit de nos aïeux.

Suivant une tradition d'atelier, à laquelle M. E. Duhousset a prêté un corps, la figure aurait eu, d'abord, de longs cheveux que la main rejetait de son oreille (Cf. Chronique des arts et de la curiosité, 1898, p. 37). Rude se serait inspiré d'un mouvement du modèle en train de se déshabiller pour poser le nu préparatoire alors qu'il lui disait : « Que feriez- vous si, tout d'un coup, vous entendiez des voix vous interpeller et vous donner des ordres graves, en paroles lointaines, difficiles à percevoir ? « A la veille d'appeler les mouleurs un conseil d'ami l'aurait décidé à raccourcir la chevelure. D'autre part, il est manifeste qu'il eut recours librement pour la tête à sa nièce Martine, âgée, à cette époque, d'une quinzaine d'années (elle était née à Bruxelles, le i4 mars i833). Or, le commandant Van der Haert assurait que sa sœur avait longtemps porté les cheveux courts et flottants comme ceux de la Jeanne d'Arc de son oncle. Peut-être était-elle encore coiffée ainsi en i848. Vers sa seizième année, elle eut des nattes : c'est encore en nattes qu'elle apparaît dans une fade composition de Sainte- Cécile jouant de l'orgue entourée d'anges et qu'on m'a montrée autrefois à Beaune. Quoi qu'il en soit, si Rude modifia vraiment la coiffure de son héroïne en vertu d'un conseil d'ami, il fut sage, car la longue chevelure violemment rejeté ne pouvait que banaliser ras|)cct et affaiblir l'expression du geste si visiblement instinctif du bras droit et delà main. — Sur le fait que le visage de la statue est une libre interprétation des traits de Martine, voir au Louvre, le buste de cette dernière exécuté par Rude en i8d4, peu après son mariage avec le sculpteur Paul Cabet.

L'ouvrage fut [)ayéau maître en cinq versements successivement ordonnancés : i« 3 000 francs, le 11 juin 18/48, sur le Rapport de Garraud : 2" 2 000 francs, le 8 décembre 18/I9 ; 3" 2 000 francs, le i5 juin i85o ; 4" 2000 francs, le i4 septembre i85i ; et 5" 3 000 francs, pour solde du compte, le 8 mars i852. Le marbre a pris ])lace la même année à l'issue; du Salon. Il est entré au musée dû Louvre en 1890,

i848-i852. Christ en croix entre t,a Vierge et saint Jean, dit GROUPE i)u calvaire. Trois figures en bronze. Hau-

^lOO FRANÇOIS RUDE ET SON TEMPS

teiir des figures, 2 mètres. — Salon de i852. — Décoration du maître autel de l'église Saint-Vincent-de-Paul, à Paris.

La composition était arrêtée dès l'automne de 18^8 : « Rude a fait l'esquisse du Calvaire qui lui a été commandé pour Saint-Vincent-de-Paul; il va, d'ici à peu de jours, commencer le modèle du Christ. » (Lettre précitée de Sophie Rude, écrite en octobre ou novembre 18/48). — Le sculpteur a eu l'idée de faire ébaucher la grande figure par son élève Lecavelier, mais il s'est ravisé immédiatement. (Souvenir communiqué par Guitton, statuaire, également, son élève). — Quelques-uns ont cru trouver une ressemblance entre la face du Christ et le masque du crucifix qui couronnait jadis la fontaine du cloître des Chartreux, ou Puits de Moïse, à Champmol, œuvre de Claus Sluter et de son école, et ont conclu que Rude pouvait s'être inspiré de ce visage de douleur, recueilli au Musée archéologique de Dijon. Cette ressemblance paraît lointaine et tout au moins fortuite. — Le visage du saint Jean reproduit les traits d'un très jeune homme, originaire de Nuits (Côted'Or), Bernard Chazalettc, venu à Paris pour y étudier la sculpture sous la direction du maître bourguignon et mort en 1 85 1. Rude aurait fait mouler son masque et s'en serait servi (Cf. Max Legrand, loc. cit., p. i5i, en note). Ce détail nous prouve que l'artiste ne termina son modèle qu'au cours de cette année. — Le groupe du Calvaire a été payé à Rude à raison de 12 000 francs la figure — soit 36 000 francs. Le prix de la fonte en bronze, aux ateliers Eck et Durand, est revenu à 35 000 francs (Cf. Inventaire des œuvres d'art de la Ville de Paris). — l>'œuvre a été transportée, à l'issue du Salon de 1802, à l'église Saint- Vincent-de- Paul, où on le voit toujours, au-dessus du grand autel. Elle avait une patine noire, remplacée (nous l'avons dit) par une fâcheuse dorure, vers 1898. — Le modèle du Christ a été offert, par Paul Cabet vers 1870 à la Maison des frères de Saint-Jcan-de-Dieu de Dinant, en reconnaissance des soins qu'il avait reçus de cette corporation hospitalière, durant une maladie. — Un moulage de la tête fut envoyé par Rude au maire de Dijon, en janvier i85i4, pour la loterie de Saint- Jean, en faveur des pauvres de la ville (i) (Lettre de i\/'"e Rude déjà citée). Ce moulage appartient aujourd'hui à la famille Dietsch. — En i855, l'artiste fil entreprendre, sous ses yeux, une interprétation en marbre de la même tête et du torse, sans les bras. Le morceau ne fut achevé qu'après sa mort. On le voit maintenant au Louvre.

(i) La date de cette loterie nous est donnée par un article de y Union bourguignonne du 27 janvier i85^, où il est parlé d'une tète de Christ, œuvre admirable de M. Rude.

RÉPERTOIRE CHROAOLOGIQUE ^91

i85o. Buste de l'ancien représentant de la Côte-d'Or James DE Montry, bronze (au cimetière de Dijon).

James de Montry était mort du choléra, à Cologne, en 1849. Son corps fut rapporté à Dijon. Rude se chargea gratuitement, avec le concours préparatoire de son élève Armand Blanc, de fournir le modèle du buste de l'ancien représentant pour couronner son tombeau. Une souscription publique subvint aux frais du bronze, fondu à Paris, chez Eck et Durand (^Communication de M. Joseph Dietsch. Voir aussi Lecjrand, p. 112). — L'homme est jeune, la barbe courte et moutonneuse, la moustache relevée, les cheveux en grosses mèches, un grand manteau jeté en biais sur les épaules et la poitrine. (JlLuvre assez banale et d'exécution ronde, oii le modelé du front trahit seul la pensée du maître.

§ VII. — Œuvres de Rude sous Napoléon III

i85o-i852. Statue du général Bertrand, grand maréchal du PALAIS DE Napoléon 1^", bronze. Haut. 3 mètres. Sur la place Sainte-Hélène, à Chdteauroux (Indre). (Inaufjurée seulement le 2 juillet i854)- Un comité se constitua, à Ghàteauroux, quelques semaines après la mort du général (3i janvier i844)» afin d'ériger une statue en son honneur. Le prince do Joinville, qui avait ramené comme commandant de la frégate la Belle-Poule les cendres de l'Empereur, s'inscrivit en tête de la liste. On eut 6 000 francs de contribution du Ministère de l'Intérieur. La Municipalité vota un concours de la même somme (Délibération du 9 mars 1844) Vers la fin de l'année, le sculpteur Marochctti était chargé d'exécuter la statue et bas-reliefs du piédestal au prix de Soooo francs. Une Ordoimance royale du 6 août i845 autorisait l'érection fhi monument.

Le dossier relatif à cette affaire, aux archives de l'Hôtcl-de- Ville de Ghàteauroux, nous fournit, quoique incomplet, quelques renseignements intéressants sur un des cas les plus curieux de l'histoire des statues honorificpies au xix« siècle. Le 17 octobre 1845, la commission examina le projet de Marochetti et, certainement, l'approuva, si bien que l'artiste acheva son tjcuvre et la livra aux fondeurs Eck et Diirand. Par avance, la fête d'inauguration avait été fixée au i^ mai i846. Nous ignorons ce qui provoqua, dans l'intervalle, un nouveau courant d'idées. Le fait est que, non seulement l'inauguration fut ajournée, mais qu'encore, après plusieurs discussions, sur lesquelles le secret a été gardé, la

commission envoya une délégation à, Paris, se réservant de ne prendre de résolution définitive qu'à son retour et sur son rapport. Ce rapport, déposé en séance plénièrc, le i4 février 18^7, ne se retrouve pas. En dernière analyse, la statue lut refusée.

Il paraît certain que le vote de refus de la commission s'appuya d'un avis conforme du Conseils des Bâtiments civils. Le dossier renferme, en effet, une lettre du préfet de l'Indre au maire de Chàteauroux, le 6 avril 1890, où, entre autres pièces justificatives, ce document est réclamé. Nous l'avons cherché en vain à la Mairie de Chàteauroux, à la Préfecture de l'Indre et aux Archives du Conseils des Bâtiments civils, à la Direction des Beaux- Arts.

La statvie de Maroclietti avait été modelée en i845 et fondue par Eck et Durand en i846, ainsi que l'atteste la double inscription de sa plinthe. L'auteur n'entendait nullement être lésé et menaçait d'un procès. Les difficultés se prolongèrent. Le 3 juillet 18/19, ^® préfet convoquait le maire pour le dimanche suivant, 8 juillet, à une heure de l'après-midi, en vue de « concourir à la désignation d'un fondé de pouvoir à Paris, charr/é de s'entendre définitivement avec M. Marochetti, sur les moyens de mettre fin à cette affaire ». Nouvelle lettre du préfet, le 8 janvier i85o: « Je viens d'être informé que M. Marochetti s'est désisté des prétentions qu'il avait élevées, et qu'il consent que le traité passé avec lui soit considéré comme nul. — Ce résultat permettant de confier l'œuvre à un autre artiste, j'ai convoqué la commission pour mercredi prochain, à l'effet de délibérer sur les mesures à prendre... » C'est probablement au cours de cette réunion que le nom de Rude fut prononcé pour la première fois.

Le désistement du primitif titulaire de la commande avait été obtenu par le frère du général Bertrand, Bertrand-Boislarge, qui paya de ses deniers la statue et l'installa dans le parc du château de Touvent, aux portes de Chàteauroux. Je l'y ai vue. Elle montre le général, tôle nue, en tenue de campagne de divisionnaire, bottes, culotte, habit à la française, la main gauche sur son épée, la droite tenant un rouleau de papier mi-dévclo[)pé, sur un tronc d'arbre. L'image n'a rien d'héroïque ni même de significatif et la sculpture en est facile et médiocre. La tradition porte, par surcroit, qu'elle fut jugée peu ressemblante.

Quoiqu il en soit des causes du revirement de la commission, les pourparlers engagés avec Rude sont en voie d'aboutir au mois d'avril i85o. On a mandé le maître à Chàteauroux. Le préfet écrit au maire le 6 de ce mois : « Une conférence devant avoir lieu ici, mercredi prochain, entre la commission du monument Bertrand et M. Rude, statuaire, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien me transmettre diverses pièces qui manquent au dossier de l'affaire et qui doivent se trouver à la Mairie... » (Parmi les pièces demandées figure non seulement l'avis du Conseil des Bâtiments civils,

RÉPERTOIRE CHRO>OLOGlQUE /iqS

mais aussi la délibération prise sur cet avis même par la commission.) La conférence décisive a lieu le 20 avril. Rude en sort nanti de la commande. Nous n'avons pas le traité et ne savons s'il hérite des conditions convenues avec Marochetti, mais on incline à le penser. Aiicun ordre de paiement d'à-compte et de solde n'a pu se découvrir.

Le 18 mai 1802, le maître prévenait que son modèle était terminé ; que l'œuvre avait reçu l'approbation des parents du général et qu'il serait hevireux d'avoir, dans son atelier, la visite de quelques membres de la commission avant le i*^'" juin, époque où la statue serait mise aux mains des mouleurs. — Le 21 juin, décision du ministre de l'Intérieur accordant à la Commission trois blocs de marbre blanc veiné, choisis au Dépôt des marbres de l'Administration, à Tîle des Cygnes, à Paris. Le soin d'édifier le piédestal revenait à Dauvergne, architecte de la ville de Chàteauroux et du département de l'Indre, sur une évaluation de dépense de 2 000 à 2 3oo francs. — En même temps, les fondeurs Eck et Durand traduisaient la figure en bronze. Tout était fini en i853, ainsi que le constate l'inscription du piédestal, résumant par deux dates, non l'histoire de la statue do Rude, mais l'histoire du monument : « Commencé en i846. — Terminé en i853. » — La fête d'inauguration fut, cependant, différée, pour des raisons inconnues, jusqu'au 2 juillet i854. Elle suivit donc de huit mois celle de la statue du maréchal Ney, à Paris, dont l'artiste n'avait eu la commande définitive qu'après l'achèvement de son Bertrand.

Par son testament du i3 mars 18G1, Bertrand-Boislarge, frère du général, léguait à la Ville : « Une pièce de terre d'une contenance de deux hectares, 74 ares, 80 centiares, désigné au plan cadastral sous le n" 177, section E, sous le nom de Champ- Aucjer, à la condition d'entretenir dignement et à perpétuité le monument en l'iionneur de son frère. » (Mairie de Chàteauroux.)

1 852-1 852. Statuk du maréchal Michel, Ney, princk dk la MosKOWA, bronze. Haut. 2'", 66 (à Paris, avenue de l'Observatoire. — Inaugurée le 7 décembre i853).

L'assertion que, dès i8/|8, il aurait été décidé que « la statue du maréchal INey serait en bronze et que l'exécution en serait confiée à M. Uude, l'un de nos statuaires les plus distingués », apparaît pour la première fois dans le raj)port de Romieu, directeur des Beaux-Arts au ministre de l'Intérieur V. de Persigny, le 27 mai i852 ; mais elle est conforme à toutes les vraisemblances. Deux ans auparavant, le 20 février i85o, Ferdinand Barot, ministre de l'Intérieur (Rapport du prince Louis-Napoléon, président de la liépubligue), proposait, avons-nous dit, de « représenter le Maréchal montrant sa poitrine et ouvrant son cœur à la mort ». C'est exactement le sujet de l'escpjisse de Rude décrite par Poisot (Mémoires

(le l'Académie de Dijon, 1857) et léguée au Musée de Dijon par le D'" Legrand (iqoS). Le billet du sculpteur à Romieu, quelques semaines plus tard (le iG avril) nous prouve à quel point il était à ce moment mêlé à l'affaire. J'en ai cité incidemment le début. La pièce, tirée, comme toutes celles relatives à ce bronze expiatoire, du dossier de la Direction des Beaux-Arts, prend, en cette notice terminale, un intérêt particulier et vaut qu'on la lise :

« Monsieur le Directeur, depuis que j'ai eu l'honneur de vous voir, j'ai visité bien souvent l'emplacement que vous m'avez désigné pour y élever une statue à la mémoire du maréchal Ney. — Je crois que l'on peut faire très facilement et à peu de j'rais une place convenable au sujet ; je crois aussi. Monsieur, que si vous pouviez vous rendre sur les lieux, nous verrions mieux ensemble que moi seul et que vous jugeriez mieux sur place que d'après des plans accompagnés d'explications. — Ainsi, Monsieur le Directeur, dans le cas oh ma proposition vous conviendrait, veuillez me faire connaître votre jour et votre heure. — Recevez,- Monsieur le Directeur, l'expression de ma parfaite considération. — F. Rude. »

Au surplus, on ne pensait encore qu'à un monument assez modeste : « Un tel monument, écrivait Ferdinand Barot, par la nature des souvenirs qu'il réveillera, devrait être d'un aspect sévère et d'une grande simplicité. « Le rapport de Persigny au prince président, le 22 mars i852, nous apprend même que le programme auquel on croit finir par s'arrêter, consistait en un bas-relief retraçant les derniers moments du condamné. Désormais, le projet va changer d'aspect. Le bas-relief devient une statue en grand costume militaire ; « M. Rudde (sic), statuaire d'un grand renom » est désigné pour l'exécuter et l'architecte du palais du Luxembourg, A. de Gisors, « homme de talent et de goût » est chargé du piédestal ; les deux artistes ont présenté un devis de 20000 francs pour la sculpture et de 3oooo francs pour le socle en marbre blanc et sa grille de fer ; enfin l'ouverture d'un crédit spécial est demandée. Le même jour, le crédit estouvertpardécret présidentiel, avec facilité d'en reporter l'emploi, suivant les nécessités, sur les exercices i853 et suivants. Le 29 avril, le devis des fondations, gradins en granit, marbre du piédestal, dallage et clôture grillée de l'enceinte est approuvé, sous les réserves du contrôle d'usage, par le Conseil des bâtiments civils (Rapport de l'architecte Auguste Caristie) . Le Rapport de Romieu pour la proposition officielle de François Rude et d'Alphonse de Gisors, les deux arrêtés du ministre qui les chargent du travail et les lettres d'avis qui les informent sont signés à la fois le 27 mai. Je ne saurais négliger de faire connaître la lettre du ministre au sculpteur, pièce administrative essentielle fixant les conditions de la commande : « Monsieur, j'ai l'honneur de vous annoncer que, par arrêté de ce jour, je vous ai chargé d'exécuter la statue en bronze du maréchal Ney, en

RÉPERTOIRE CnRO>OLOGTQUE ^QS

costume mUilaire. — Celte statue aura 2'", 70, plinthe comprise. — Vous devrez soumettre à mon approbation h modèle de ladite statue avant de procéder à la fonte et vous entendre avec M. de Gisois que j'ai nommé architecte du monument. — Je vous ai alloué pour vos frais d'exécution, fourniture du bronze nécessaire et fonte, une somme de 20 000 francs qui vous seront payés par à compte au fur et à mesure de l'avancement constaté du travail. — Je vous prie de m'accuser réception de la présente lettre et de me donner votre adhésion aux dispositions qu'elle renferme. » (Minute conservée à la direction des beaux-arts.)

Le sculpteur a accepté « sans réserve » les conditions du travail. (Lettre du i^"" mai, présente au dossier.) Nous n'entendons plus parler de lui que, le 3 octobre, par l'inspecteur J. Pasqualini, qui a vu l'œuvre à l'état de figure nue, « les extrémités à peine ébauchées », mais déjà au tiers de son exécution. Un premier àcompte de 2000 francs est ordonnancé pour lui le 20 octobre. Le 29 novembre, invitation est faite à Gisors d'avoir à s'occuper du soubassement au plus tôt, car « M. Rude a fort avancé son modèle et il pourra le mettre en place prochainement ». Second ordonnancement d'à-compte (3 000 francs) le i3 septembre i853. L'artiste prévient le 28 novembre que « la statue est entièrement terminée et qu'elle sera à la disposition de l'architecte dans la matinée du k décembre ». Et l'inauguration a lieu le 7.

La forte liasse de documents que j'analyse contient, en outre, un certain nombre de papiers touchant la cession à l'Etat du terrain appartenant à la ville de Paris, à la construction du piédestal, aux apprêts de la fête inaugurale et à la liquidation de l'entreprise. Je me suis servi de tout au cours de mon récit, mais ces dernières pièces n'ont qu'un rapport trop indirect à la sculpture pour que j'en dresse le détail. Il sera bon de rappeler que Uude a reçu ses quinze mille francs complémentaires en vertu d'un arrêté du 18 décembre.

i8''i6-i857. IIkbé et l'aigle de Jupiter (groupe en marbre, hauteur 2'",5o. — Modèle exécuté par Rude de i85o à i852 ; exécution en marbre très avancée au moment de sa mort, terminée de i855 à 1857 sous la direction de M'"*^ Rude et de Paul Cabet, exposé au salon de 1857. Musée de Dijon).

L'heureuse chance nous est échue de pouvoir reconstituer, grâce aux documents conservés aux archives de rHôtel-dc-villo de Dijon et aux archives du Louvre et à la correspondance de M'"*' Rude, le dossier complet de cet ouvrage auquel Hude attacha la plus grande importance et le seul de sa carrière dont la production se soit accompagnée de débals ()énibles. Il nous est donc possible d'en suivre l'histoire sans lacunes du commencement à la fin. J'ai visé, au cours de mon récit, les pièces principales et

/iqG FRANÇOIS m DE ET SON TEMPS

cité les textes essentiels, mais je n'en dois pas moins récapituler à présent, à un point de vue strictement documentai, toute la suite de notre information, en y ajoutant un supplément de justifications utiles ou curieuses. Nous avons établi à propos du Petit pécheur napolitain et au moyen d'un passage d'une lettre du maire de Dijon Victor Dumay à Rude, le 3o novembre i846» que la Municipalité a fait, plusieurs années auparavant, une démarclie auprès du sculpteur, à l'elVet d'obtenir de lui « une copie de son petit pécheur ». L'artiste n'a pas agréé cette requête « dans le désir et dans l'espoir d'ojfrir à son pays une œuvre originale ». Ces mois nous montrent comme le germe du projet futur. — La délibération du conseil municipal du 1 1 novembre i846, principe de la commande, que j'ai fait connaître d'après une ancienne note, se présente sous cette forme au registre des procès-verbaux, séance du 1 1 novembre i846 (Archives de la mairie) : <( Un membre expose au Conseil que le musée de Dijon ne possède aucune œuvre capitale de M. Rude; que cet artiste, élevé de notre école des Beaux- Arts, né à Dijon, est un des statuaires les plus distingués de notre époque et honore la ville qui l'a vu naître par son talent éminenl et par son noble caractère ; — qu'en lui demandant l'exécution d'une statue dont le sujet serait abandonné à son choix, on acquitterait une véritable dette en même temps qu'on enrichirait la ville d'un objet d'art dont le talent consciencieux de M. Rude garantit d'avance le haut mérite. — Le conseil municipal adoptant les motifs qui viennent d'être exposés, décide que cette proposition sera prise en considération et que M. le Maire demeure chargé d'entrer à ce sujet en relations avec M. Rude, afin de s'entendre avec lui sur la question de la dépense, qui sera l'objet d'un vote ultérieur du conseil. » — Le 3o novembre, le maire transmet à Rude l'ampliation de ce délibéré, avec la lettre déjà connue où il lui rappelle que son talent n'est encore représenté au musée de la ville que par le buste de François Dcvosge, et où il le prie au nom du conseil municipal <c de vouloir bien composer, à ses loisirs, un groupe ou une statue à faire entrer au musée ». La lettre précise qu'aucune condition n'est imposée à l'artiste « pour le sujet, les dimensions, le genre, le délai et la quotité de rénumération ». Il n'aura, quand il le jugera convenable, qu'à envoyer son esquisse et à faire connaître son programme, les dimensions et la matière de l'œuvre, l'époque ap])roximative de l'acbèvement et le de\is. — La réponse de Rude, le 9 décembre, débute par la manifestation de gratitude qu'on a pu voir pour l'unanimité au conseil et pour la part que le maire de Dijon a prise à cette affaire et « la manière obligeante et honorable dont il a bien voulu la lui annoncer ». Il s'engage à s'occuper du nouveau projet et à lui envoyer esquisse et devis sitôt qu'il aura termiué la statue de Monge. Tels sont les traits à retenir pour apprécier l'incident appelé bientôt à se produire.

REPERTOIRE GHROÎNOLOGIQUE /^Q'

Nous ne découvrons plus rien sur l'ouvrage attendu i85i, au lendemain de la mort d'Anatole Devosges qui a légué â ville une statue par lui commandée à Rude et non encore livrée . Le maire, Louis André, le 24 a^ril, écrit au sculpteur à propos de cette œuvre et de l'œuvre promise à la municipalité depuis i846 et dont le thème n'a pas encore été indiqué. Voici le passage spécialement relatif à cette dernière : « Vous avez consenti à vous charger d'exécuter pour la ville de Dijon, une statue en marbre (i) et je sais que vous voulez en faire un chef-d'œuvre; nous attendons avec une vive impatience le jour ou nous pourrons placer dans notre musée cet ouvrage d'un de nos plus illustres compatriotes ; aussi verrais-je avec infiniment de regret qu'un obstacle, quel qu'il fût, en retardât l'exécution; mais je sais que les sculpteurs ne travaillent pas exclusivement à un ouvrage et que les nécessités matérielles de leurs travaux exigent même qu'ils aient à la fois plusieurs entreprises en cours d'exécution. Ne serait-il pas possible. Monsieur, que vous meniez de front les deux ouvrages destinés à Dijon et que la statue que nous tenons de la libéralité de M. Devosge vînt prendre sa place au musée en même temps que celle que la ville vous a demandée ?... Votre patriotisme ne me permet pas de douter que vous ne J'assiez votre possible pour vous rendre aux désirs de vos concitoyens. » — Réponse de Rude le 7 mai. Le maître prélude en louant le maire « comme artiste et comme Dijonnais » de son zèle pour les beaux-arts, pour l'école et pour le musée : « C'est, dit-il, le plus noble moyen d'honorer la mémoire de François Devosge, qui a consacré soixante ans de sa vie à la prospérité de ces deux établissements d'un intérêt public et direct pour notre département, et aussi celle de M. Anatole Devosge qui, après son père, a dirigé l'école avec tant de talent et de dévouement. » Puis il fait les déclarations suivantes : « J'ai bien l'intention de conduire les deux ouvrages de front mais j'ai cru devoir commencer par celui qui m'a été commandé par le conseil communal puisque la commande en était plus ancienne que celle de M. Devosge ; mais comme le premier de ces ouvrages sera plus long à exécuter en marbre que le second, celui-ci pourra être terminé en même temps que l'autre. » C'est alors qu'il révèle enfin le titre de son groupe : liébé et l'aigle de Jupiter, fait savoir qu'il a travaillé « sans relâche » au modèle depuis plus d'un an et annonce qu'il en soumettra prochainement une maquette. Sa dernière phrase conclut sur les deux sculptures trop longtemps ajournées : « Si ces deux ouvrages ne sont pas plus avancés, c'est qu'ils sont, pour moi, les ouvrages les plus importants que j'aie jamais faits, puisqu'ils sont pour Dijon, ma ville natale. » La maquette est expé-

(i) C'est la première fois que cette indication de matière nous est donnée. Rude en avait, probablement, fait part à ses amis du conseil.

De Fouucaud, 32

diéc à Dijon, le i*-''' juillet i85i, avec une lettre, d'où j'ai extrait les brèves indications de Rude i^^ sur son sujet choisi mythologique pour que le caractère « essentiellement sculptural » s'affirme seul dans l'œuvre; 2" sur le prix de l'œuvre qu'il fixe à trente mille francs payables en quatre annuités de i85i à i854, avec faculté pour la ville de réduire la somme à vingt-quatre mille francs en se chargeant delà fourniture du marbre et même à vingt mille en supprimant le piédestal de sa façon. On croirait que l'artiste a le pressentiment de difficultés prochaines, car il entre en matière, avec une sorte de solennité par un rappel en règle des origines de la commande : « Je viens d'envoyer à M. Numa Moyne un petit modèle en cire du groupe que j'exécute pour le musée de Dijon, sur la demande qui m'en a été faite par un de vos prédécesseurs à la suite d'une délibération prise par le conseil municipal d'alors. — Il est dit dans la commande que je puis faire une figure ou un groupe, le sujet laissé à mon choix... — Cette faible esquisse pourra vous donner une idée de l'immense travail que je me suis donné lorsqu'il faudra exécuter le monument en beau marbre de Carrare. » Et tout de suite, il en vient à cette nouvelle question : « Mon modèle étant sur le point d'être terminé je voudrais faire, dès à présent, la commande du bloc de marbre qu'il me faut. Je le ferai choisir à la carrière même, car non seulement il me le faut sans tache, mais encore de la qualité la plus ferme... »

La surprise, le mécontentement, des édiles bourguignons à renonciation de ce prix de trente mille francs vaut à Rude un silence prolongé. Le i5 janvier i852, il avertit le maire v que son modèle est entièrement terminé et que dans quelques jours, il sera traduit en plâtre « et il insiste sur la nécessité de « régler le prix et l'ordre des paiements. » « Je suis persuadé, ojoute-t-il, que des raisons que je ne connais pas ont seules empêché le conseil de s'occuper de cette affaire. J'espère de voire bienveillance. Monsieur le Maire, que vous voudrez la mettre de nouveau sous ses yeux. Une prompte décision serait nécessaire ajln de pouvoir continuer sans interruption un travail pour lequel j'ai dépensé tout le temps et tout l'argent que mes moyens me permettaient d'y employer, mais je ne devais pas hésiter, sous la garantie d'une commande officielle, faite à la suite d'une délibération du Conseil communal. » Deux mois s'écoulent encore. Toujours même mutisme. Le sculpteur n'y tient plus. Le 16 mars i852, il écrit au maire une véritable lettre de mise en demeure qui commence ainsi : « Monsieur le Maire, depuis huit ou dix mois, voici la troisième lettre que j'ai l'honneur de vous écrire ; les deux premières sont restées sans réponse et l'incertitude dans laquelle vous me laissez finit par m'êlre préjudiciable : il faut que cette affaire se termine... » La suite, que j'ai citée à son lieu est une injonction au Conseil de reconnaître son droit ou de rapporter, franchement la délibération de i846. En guise de conclusion

suivent ces paroles tranchantes : « Enfin, Monsieur, j'attends une prompte réponse et je vous avouerai que dans le cas où elle ne serait pas faite, je serais obligé, bien malgré moi, d'attribuer votre silence à un manque d'égards auquel je ne suis pas habitué et dont je ne pourrais deviner le motif. »

La phase aigûe où en sont arrivées les choses n'ont pas été sans faire un certain bruit à Dijon. Le 25 février, le journal V Union bourguignonne a publié, d'après un autre journal, la nouvelle que le Conseil municipal a voté 3o ooo francs pour l'achat d'une statue de M. Rude. » Cinq jours plus tard, la même feuille insère un article, sous la signature Ch. Jolivet, où nous lisons : « Des renseignements que nous avons pris à ce sujet, il résulte que le Conseil n'a pas précisément voté cette somme, mais qu'il a admis en principe que la ville est débitrice de M. Rude, ce qui, en définitive, revient à peu près au même. — Nous comprenons la délicatesse qui a inspiré le Conseil, mais le public la croit mal placée en cette occasion, car les prétentions de M. Rude semblent un peu élevées. Le budget de la ville est, d'ailleurs, lourdement grevé par l'emprunt contracté en vue de l'achèvement du Palais des Etats, etc. . . » — Peu après un Communiqué de la Mairie reprend l'historique de la commande à la lettre de Victor Dumay et pose cette conclusion : « Le conseil municipal, à une très faible majorité, il est vrai, a cru qu'il était engagé, au moins moralement par les administrations qui l'ont précédé ; mais il n'a pas voté la somme de 3o ooo francs, comme on l'a annoncé. Il s'est borné par sa délibération à engager le maire à entrer en pourparlers avec M. Rude, pour tirer de la situation, faite en i846, le parti le plus juste et le plus avantageux pour la Ville. » — D'un autre côté, un billet de Mn^^ Rude, du 2 5 mars i852, en réponse à d'affectueuses doléances de Cécile Moyne, contient, à défaut d'une vue très nette de la question, quelques phrases dures à l'endroit de l'édilité récalcitrante : « Plus d'un Dijonnais ont gémi de la conduite tenue dans l'affaire du groupe, les uns parce qu'ils étaient blessés pour nous, les autres parce qu'ils étaient honteux de ce qui se passait. Toutes ces tergiversations retardent l'exécution en marbre de l'Hébé, car il ne se trouve nulle part à Paris un bloc de marbre convenable. U faut le faire venir, ce qui demandera quatre, cinq ou, peut-être, six mois, tandis que, si Von avait pu le faire venir, le praticien serait déjà en train depuis deux mois au moins. Ces messieurs ne savent pas que, quand un modèle comme celui de l'Hébé, qui a déjà coûté près de deux années de travail, est terminé, il faut encore plusieurs années pour faire le marbre. »

Au plus bref, le i6 mai, le maire finit par prendre le bon parti de s'excuser et de s'expliquer : « En nature d'arrangements et de stipulations financières, écrit-il, l'administration municipale est obligée d'observer, avec la plus grande exactitude, les intentions du Conseil placé à côté d'elle... Ces intentions, en ce qui vous concerne.

ne se sont manifestées que récemment, et il a été décidé, alors, que M. Vernier, mon adjoint (i), lorsqu'il se rendrait prochainement à Paris, aurait pour mission expresse de s'entendre avec vous d'une manière définitive,.. » La délibération de l'assemblée communale a eu. lieu, en fait, un peu plus tôt qu'on n'en convient, puisque les journaux s'en sont emparés dès le mois de février, et la séance, pour le moins au début, a dû être fort orageuse. On a vu, visiblement les lettres de Rude du 17 juillet [85i et du i5 janvier 1862 et l'on s'est référé aussi, aux anciens documents de la cause. De cet examen sont sorties des Observations et des Propositions dont nous avons maintenant à produire le texte :

Observations: — M. Rude ne s'est conformé ni à la délibération, ni à la lettre du maire de Dijon qu'il a reçues en i846. Le conseil municipal, il est vrai, qui laissait le choix du sujet, et ne fixait ni le délai pour l'exécution, ni les honoraires. Mais, en demandant un programme accompagné d'esquisse et le montant des prix et honoraires, le maire d'alors indiquait très clairememt qu'à côté de la question d'art, il y avait une question de finances ; que la ville n'entendait se charger que d'une dépense proportionnée à ses ressources, et que, d'un autre côté, le sujet de la statue devait être agréé par le Conseil (au moins au point de vue de la dépense) avant que des modèles fussent faits en terre su en plâtre. — M. Rude n'a donc pas mis le Conseil municipal à même, soit d'agréer, à vue de programme et d'esquisse, le choix que l'artiste aurait fait du sujet, soit de prendre des dispositions nécessaires pour payer. — Et lorsque, après quatre ans et demi, M. Rude annonce inopinément au Conseil qu'il a choisi un groupe d'Hébé et de l'aigle de Jupiter; que le modèle, entièrement terminé, va être traduit en plâtre; qu'il a déjà dépensé pour ce travail tout l'argent que ces moyens lui permettaient d'y mettre ; et que le groupe, sculpté en marbre coûtera à la Ville la somme de 3oooo francs, payables en \ années, y compris i85i, il ne saurait être surpris que la dépense paraisse considérable, et que la Ville ne soit point en mesure d'effectuer ce paiement.

« Pkopositions : — Dans ces circonstances, voici les propositions que la ville de Dijon, par l'intermédiaire de M. le Maire, croit pouvoir faire à M. Rude : — le Conseil municipal maintient la demande faite à M. Rude, en i846 ; — Le groupe d'Hébé et l'aigle de Jupiter sera exécuté en marbre par M. Rade ; — M. Rude exposant dans ses lettres du 7 mai et du 1^'^ juillet i85i : 1° qu'il

(i) Théodore- Michel Vernier, adjoint en i852, devint maire quatre ans plus tard. C'est lui qui devait prendre, en cette qualité, le 7 septembre i858, l'arrêté donnant, à titre d'hommage à la mémoire du grand artiste, le nom de rue François Rude à la rue Petite-Poissonnerie, où se trouve sa maison natale.

conduira de front l'exécution de l'ouvrage demandé par le conseil municipal, et de l'ouvrage légué à la ville de Dijon par M. Devosge ; 2° que les travaux pourront être terminés en même temps et dureront trois années ; la ville de Dijon recevra en même temps les deux ouvrages de M. Rude qui viennent d'être indiqués ; — M. Rude se chargera de j'aire à Carrare la commande du bloc de marbre pour le groupe Hébé et l'aigle de Jupiter. Le piédestal ne sera point retranché ; — Dans les six mois qui suivront l'arrivée du bloc de marbre à Paris dans les ateliers de M. Rude et l'avis qu'il en aura donné au maire de Dijon, M. Rude touchera, à la caisse du receveur municipal de la ville de Dijon, la somme de six mille francs ; — A l'expiration, ou, s'il est possible, dans le cours de l'année qui suivra le paiement des 6 ooo francs, M. Rude recevra la somme de 4 ooo francs ; — Pour payer le surplus des 3o ooo francs, si M. le maire n'obtient pas une réduction, la ville de Dijon qui, après quatre ans, a contracté des engagements considérables, se trouvant dans la nécessité de faire assez longtemps d'avance les dispositions nécessaires, verserait entre les mains de M. Rude: 1° Dix mille francs à l'expiration, ou, s'il est possible, dans le cours de l'année qui suivra l'arrivée en bon état à Dijon du groupe Hébé et l'aigle de Jupiter et de la statue léguée à la ville par M. Devosge ; 2° Dix mille francs à l'expiration ou dans le cours de l'année suivante. En telle sorte que les 20 ooo francs soient intégralement payés dans les deux ans qui suivront l'arrivée à Dijon des deux ouvrages de sculpture exécutés par M. Rude.

« Si la ville obtenait du gouvernement le don du bloc de marbre, le prix du groupe ne serait plus pour elle que de 2^ 000 francs qui seraient payés: 1^ 4 000 francs dans les six mois de l'arrivée du bloc dans les ateliers de M. Rude; 2» 4 000 francs dans l'année qui suivrait le premier paiement ; 3" 8 000 francs dans l'année après l'arrivée des deux ouvrages de M. Rude à Dijon ; 4° et 8 000 francs un an plus tard.

« Si au lieu du marbre la Ville obtenait du Gouvernement une somme à titre de subvention, cette somme pourrait être touchée directement par M. Rude en déduction de ce qui, alors lui resterait dû par la ville de Dijon. »

11 faut convenir que la série des Observations était peu solide. On eût reproché légitimement à l'artiste sa longue négligence envers ses concitoyens ; mais, dès lors qu'à l'origine aucune condition de délai ne lui avait été imposée sur aucun point, on était mal venu à l'accuser de s'être dérobé à des prescriptions qui n'existaient pas. La seule arme qu'il eût fournie contre lui-même en promettant de s'occuper de l'œuvre commandée aussitôt après l'achèvement de son Monge n'était même pas relevée. Aussi bien, à ce manquement près, il avait, tardi\cmcnt, mais rigoureusement tenu sa parole d'envoyer à son heure, programme, maquette et devis. La question du modèle en terre ou en plâtre, exécuté par lui, à l'insu

de tous dans son atelier de la rue d'Enfer, n'avait pas à intervenir. Quant à l'acceptation du prix et à la réglementation des paiements, c'était, incontestablement le droit de la Ville d'en décider à sa convenance, de même qu'il lui appartenait, si elle le jugeait bon, de solliciter de l'Etat la concession du marbre ou un subside pécuniaire En fait, il ne semble pas qu'elle ait adressé à la direction des beaux-arts une requête en ce dernier objet. Elle s'est ralliée, tout bien pesé, purement et simplement, au programme et au devis du sculpteur, sauf à ne payer en cours do travail que le premier tiers de la somme fixée et à subordonner le versement du reste à l'envoi des deux marbres.

Cependant, avant la fin du mois de mai, Rude a reçu la visite de l'adjoint Vernier, porteur d'une copie des dispositions arrêtées par l'assemblée communale. Il a lu très légèrement ce papier, laissé entre ses mains, et s'est immédiatement entendu, pour l'acquisition du bloc, avec la maison de marbrerie Dervillé. Le 29 novembre, ce bloc est remis à son atelier, payable à six mois de date et du prix de 7 5oo francs — c'est-à-dire d'une valeur supérieure de 2,5oo francs à sa prévision acceptée par le Conseil. Le maître, malade à cet instant et cloué au logis six semaines, ne peut aviser l'adjoint de la réception et de l'estimation du marbre que le 3 décembre, mais il profite de l'occasion pour se plaindre du principe adopté pour le règlement de ses frais et honoraires, dont la particularité lui avait échappé et qui recule le paiement des deux tiers de la rétribution de l'i/éôé jusqu'après la livraison des deux ouvrages. « // résullerait de celte clause, dit-il, que si, par une circonstance que je ne puis prévoir, je n'exécutais pas la.fujure de M. Devosge, je ne serais jamais payé du travail que je fais pour la Ville... Quoique les deux ouvrages aient la même destination, ils sont entièrement séparés, et comme commande et comme paiement. » La réclamation est très fondée. L'adjoint n'y fait qu'une réponse vague, alléguant que le statuaire a lui-même souscrit à la connexion des deux sculptures, par sa lettre du 7 mai i85i, où il annonçait son intention de les mener de front, et il concluait paradoxalement : « Vous le voyez. Monsieur, c'est vous qui avez lié la livraison des deux ouvrages et, comme nous tenions essentiellement à nous assurer ces deux œuvres de votre illustre ciseau, nous nous sommes empressés d'en faire, en acceptant vos indications, la condition de nos obligations. » En fin de compte, Rude n'insiste pas. Il n'en est pas moins évident que la Ville n'a pas usé envers lui. en cette circonstance, de procédés larges et générevix. Je me hâte de dire que le i5 juin i853, sur une lettre de l'artiste rappelant que le prix du marbre n'est pas encore versé, on vote sans difficulté une première échéance de dix mille francs. Le sculpteur écrit de nouveau, ne voulant pas supporter le surcroît de 2,5oo francs de la facture dubloc. Aux termes du devis, le Conseil aurait le droit indu-

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bitable de refuser de prendre l'excédent à sa charge, mais il vote sans balancer — ce qui est tout à son honneur (Séance du 1 1 août).

Le dossier de YHébé nous réserve, finalement, quelques pièces concernant l'achèvement de l'œuvre après la mort de Rude. J'en ai déjà donné de suffisants extraits pour n'avoir plus que peu de détails à y puiser. Reprenons ces pièces par ordre de date : i° Lettre du maire Louis André au comte de NieuAverkerque, directeur général des Musées impériaux, intendant des beaux-arts de la maison de l'Empereur, le 19 novembre i855. J'ai dit c[ue la démarche du chef de la municipalité dijonnaise, demandant s'il y a lieu de réclamer le groupe de Rude dans l'état où il l'a laissé ou de le faire achever par un suppléant et penchant pour le premier parti, lui a été inspiré par la lecture d'une chronique de VIllustraiion. Qu'on lise plutôt le dernier paragraphe : « Je vous serais reconnaissant de vouloir bien me donner votre opinion le plus prompiement possible. Il y aurait quelque urgence pour moi à prendre une prompte résolution, si j'en crois /'Illustration de ce jour, qui annonce que M. Cabet, neveu de Rude, est chargé de terminer son Hébé. » En marge, Nieuwerkerque a tracé ces mots au crayon : « M. Barbet de Jouy ira voir où en est le groupe et m'en rendra compte le plus tôt possible. Il s'informera aussi quel est l'élève de Rude le plus capable de terminer ce travail, le cas échéant. » (Archives du musée du Louvre). — 2° Rapport de Barbey de Jouy, le 28 novembre. Il constate, comme on l'a vu, que tout est fini, sauf le visage, qu'on ne saurait en demeurer là et que Cabet n'a qu'à continuer un office de surveillance assumé du vivant de l'auteur. (Archives du Louvre). — 3° Réponse du comte de Nieuwerkerque au maire de Dijon, le 2/i novembre. C'est la répétition presque littérale du Rapport de Barbey de Jouy, avec cette conclusion : « Ce groupe a été fait par M. Rude sous les yeux de M. P. Cabet, son neveu, et qui, depuis de longues années, est toujours resté près de lui. M. Cabet qui est, d'ailleurs, un artiste de talent, peut donc s'être particulièrement pénétré de la pensée de l'auteur et je n'hésite pas à lui confier le soin de mettre la dernière main à l'œuvre de M. Rude. >) (Minute aux Archives du Louvre; Original aux Archives de la mairie de Dijon).

4" Lettre du maire André à M"'" Rude, le i3 décembre. « ... On désire généralement, à Dijon, que la belle composition de l'Hébé soit terminée par les soins de M. Duret, avec qui l'on nous donne l'assurance que vos rapports sont excellents. Si vous pouvez donner satisfaction à ce désir, qui vous semblera sans doute légitime, j'ai la certitude que vous n'aurez qu'à vous louer des sentiments du conseil municipal. Je pense même bientôt à vous faire régler un paiement qui deviendrait bien plus facile si vovs vouliez bien'prendre mon observation en considération. » (Minute aux Archives municipales de Dijon). Il est sensible que cette proposition inacceptable en elle-

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même, l'était rendue bien plus encore par la forme de marché qu'elle alFectait. — 5" Réponse de M""= Rude, le 17 décembre. La veuve du maître revendique, ainsi qu'un extrait l'a déjà fait voir, la surveillance du travail de praticien. Elle ajoute: « Si la ville de Dijon désire un ouvrage de M. Rude, elle doit désirer le prendre entièrement de sa main, comme est et sera, jusqu'à son parfait achèvement, le dernier de tous, le groupe d'Iiébé, celui qu'on regarde comme son chef-d'œuvre et auquel il a travaillé avec tant d'ardeur, car, dans cet ouvrage, son génie s'est montré plus grand ; le souvenir de sa ville natale soutenait son courage artistique. — Vous voyez. Monsieur, que la proposition du conseil municipal n'est pas acceptable, d'après les raisons que je viens de vous soumettre et que je vous prie de vouloir bien présenter à Messieurs du conseil municipal, que je croyais éclairés et rassurés par la lettre de M. le comte de Nieuwerkerque. » (Original aux Archives municipales de Dijon).

Ici se clôt la chronique de l'œuvre racontée par les documents et qui nous offre un tableau presque unique des relations d'un maître parisien avec une municipalité provinciale au milieu du xix* siècle. L'Hébé paraissait, finalement, au salon de 1879, escortée de l'Amour dominateur dont il va être parlé. Il suffira de rappeler que les deux marbres, en dépit de leur perfection technique, n'y reçurent pas grand accueil.

Une tête d'étude, modelée en vue de VHébé, fut donnée par Mme Rude, au statuaire Montagny, de Saint-Étienne, élève de son mari. Les musées de Dijon et de Scmur (Cote- d'Or), en possèdent des épreuves. La maquette en cire, soumise en i85i au conseil municipal, est la propriété de la famille Bichot-JNIoyne.

1849-1857. L'Amour dominateur du monde, statue, marbre (Haut. i™,36. Esquisse faite antérieurement au mois de mars 18^9 ; modèle exécuté de i852 à i854 ; exécution en marbre commencée par Rude, continuée et terminée après sa mort sous la direction de Paul Cabet et la surveillance de M"^^ Rude. Figure exposée au Salon de 1857. — Musée de Dijon.)

La statue de V Amour dominateur du monde a été commandée à Rude par Anatole Devosge, successeur de son père à la direction de l'École des beaux-arts de Dijon, quand il était déjà nanti de la commande du groupe d'Hébé et l'aigle de Jupiter. Le sculpteur écrit, en effet, au maire Louis André, le 7 mai i85i (lettre déjà citée), à propos de l'ouvrage attendu pour le musée : « La commande en était plus ancienne que celle de M. A . Devosge.. . » — Aucune mention n'est faite du projet de l'Amour, avant le testament de Devosge fils, léguant l'œuvre contenue à la Ville, le 20 mars 1849. J e ne suppose pas que la commande remontât plus haut que l'au-

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tomne précédent, où Rude avait fait une apparition à Dijon, après l'inauguration de son Moncje de Beaune.

Bien que le choix du thème iùt abandonné à l'artiste, il n'adressa pas moins à son ami plus âgé que kii et qui avait contribué à son éducation, une maquette de son dessein. C'est pourquoi, lorsque le texte du testament eut été communiqué, après la mort du testateur (8 décembre i85o), à la ville, bénéficiaire d'une part de son héritage. Rude s'abstint de présenter à la mairie un nouvel aperçu plastique et il s'en explique en ces termes : « La composition était connue de M. Devosge, car je lui en avais envoyé une esquisse en plâtre, qu'il avait approuvée complètement. Comme le conseil communal, il m'avait laissé maître de choisir le sujet, mais c'était mon ancien professeur, c'était un artiste distingué, et je n'aurais pas voulu passer outre sans ni être assuré de son assentiment. « A la maquette, dont l'envoi est, certainement, antérieur à la date des dispositions testamentaires, était jointe la lettre de commentaires sur les intentions de l'auteur, reproduite en partie par Maximin Legrand {loc. cit. pp. III- 112) et à laquelle j ai moi-même fait un emprunt essentiel (Chapitre XXX\ III du présent livre). Il s'y trouve encore, pourtant, deux autres passages intéressants parce qu'ils trahissent la manière de composer du maître, procédant toujours par essais et modifications successifs, et par ce qu'ils attestent de ses sentiments de simplicité intime et de noble déférence envers ceux dont il estimait l'intelligence et le caractère: «... Aussitôt que j'ai été libre d'esprit, je me suis occupé de la petite esquisse que je devais vous soumettre ; je ne sais pas les faire (sic), mais telle qu'elle est je vous l'envoie : j'espère bien que vous me donnerez votre avis. Il n'y a, dans cette esquisse, que des idées, je n'ai pas encore vu la nature dans celte situation ; aussi cette composition peut subir toute sorte de transformations. Je ne réponds pas que de moi-même je ne lui en fasse subir d'importantes ; car, jusqu'à ce que le marbre soit

commencé, il n'y aura rien de définitif dans la composition —

Dans tous les cas, mon cher maître, si je ne me trompe, je compte sur vous pour me redresser. Ce ne sera pas la première fois que j'aurai reçu de vous de bons conseils, dont j'aurais pu mieux profiter dans les quelques ouvrages que j'ai produits ; mais j'ai fait selon les circonstances et ma pauvre nature. »

— Le prix fixé (12 000 francs) est consigné dans la clause du testament et confirmé par la lettre du maire de Dijon, à Rude, le 24 avril i85i : « Vous savez que, par son testament, M. Devosge a légué à la ville une statue en marbre de Carrare que vous êtes chargé d'exécuter, moyennant i^ne somme de douze mille francs... » Le même maire, le même jour, s'ingéniant à prendre des sûretés contre tout le monde, mande ceci à M. Saint-Père, légataire universel du mort : « Vous savez que, par son testament, M. Devosge a

légué, enlre autres choses, à la ville de Dijon une statue commandée par lui moyennant une somme de douze mille francs. M. Devosge n'ayant assigné aucun terme pour l'exécution de la disposition, il dépend de M. Rude de le faire lui-même, et rien ne peut l'obliger à livrer sa statue plus tôt ou plus tard. Cet état de choses peut, à différents points de vue, être compromettant pour les droits de la ville et je désirerais être d'accord avec vous sur la manière d'exécuter les dernières volontés de M. Devosge. Il me semble difficile de ne pas vous demander des garanties pour le paiement des douze mille francs qui forment le montant du legs. Vous savez que l'état de minorité dans lequel sont placés les communes obligent ceux qui les administrent à des précautions dont un simple particulier pourrait se dispenser... » (Minute conservée aux archives de l'Hôtel -de-ville de Dijon). — Nous ignorons la réponse, probablement verbale, qu'a faite M. Saint-Père et quelles mesures ont été prises. Nul doute que le devoir du maire ne fût assez délicat à remplir. Au surplus, à l'égard du sculpteur il était aussi désarmé pour l'Amour dominateur que pour VHébé.

Toujours est-il que Rude, harcelé, comme on l'a vu, des démarches de la mairie et acculé, somme toute, à la nécessité de livrer ses deux œuvres à la fois, dut se mettre au modèle de VAmour dès i852, après l'achèvement du modèle du groupe d'abord entrepris, mais il a été retardé par l'exécution de ses statues du général Bertrand et du maréchal Ney. Pourtant, en janvier i854» nous le voyons pressé de se libérer envers ses concitoyens. Une lettre de Sophie Rude à Numa Moyne, sans date, mais très évidemment du mois de décembre i853 ou du mois de janvier i854 puisqu'il y est parlé tout ensemble de la récente inauguration de la statue de Ney et de l'envoi de lots à la très prochaine loterie dijonnaise de Saint- Jean (27 janvier) nous apprend que « Rude travaille à son Amour qui n'aura pas besoin de rendre de points à M^l^ Hébé. » Une seconde lettre — celle-ci à Cécile Moyne — sans doute du mois de juin i854, puisqu'il y est fait allusion à la récolte des foins, au bon marché des fraises et aux déplacements du jeune ménage Paul Gabet, contient une nouvelle plus décisive : l'Amour va bientôt être livré aux praticiens. »

Il leur a été livré bientôt, c'est indubitable. Seulement aucun Barbey de Jouy n'a été requis d'examiner le degré d'avancement oiî ils l'ont conduit, dans le marbre, du vivant du sculpteur. — Nos informations ne vont pas au delà du renseignement, totalement étranger à la question d'art, détaché de la lettre du maire Louis André, à la veuve du maître, le i3 décembre i855 : « ... A^ous sommes profondément peines des tracasseries que nous donne le légataire universel de M. Devosge. Nous sommes décidés à ne paraître dans la contestation que lorsque le tribunal sera saisi au fond. Nous entendons soutenir que M. Saint-Père n'a rien à voir dans l'état de

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cette œuvre et qu'il n'aura qu'à payer ce que la ville aura accepté. » Je ne vois pas, en dernière analyse, que ces « tracasseries » aient eu des suites judiciaires ou autres.

La figure de VAmour, moins importante et d'exécution en marbre bien plus facile que YHébé, suivant que l'avait annoncé Rude, s'était vraisemblablement dégagée beaucoup plus vite. Il ne fut pas un instant c|uestion de réclamer, à son prétendu bénéfice, le concours de Duret, ni de personne, et le musée de Dijon s'ouvrit, tout naturellement aux deux marbres à l'issue du Salon de 1857. — L'esquisse du petit Dominateur envoyée à Devosge ne se retrouve pas, non plus, malheureusement, que le grand modèle en plâtre. La réduction en cire, transmise au Conseil municipal en i85o appartient à M. Bichot-jNIoyne, à Dijon.

i854 Nicolas Poussin debout, dessinant sur un album, statue en pierre. Hauteur 3 mètres. (Galerie extérieur du Palais du Louvre, côté du Carrousel).

]\jme Rude nous apprend, en juin i854, que « Rude vient d'être chargé d'une figure très pressée : c'est la statue de Poussin, pour la continuation du Louvre. Cette figure, ainsi que toutes celles commandées, aura huit pieds, doit être en pierre et livrée le i^'^ janvier prochain. Il ne faut pas muser pour arrivera cette époque. Les artistes ont dû signer un engagement. » Le Musée de Dijon a reçu de M'"e Gabet-Fabert, en 1878, le modèle à demi grandeur d'exécution de cette statue (Haut. i™,54)-

l854 HoUDON DEBOUT, TENANT LE MODELE DE SON ÉCORCHÉ, StatUC

en pierre; Haut. 3 mètres (Galerie du Louvre, coté du Carrousel) .

Statue qui a dû être commandée en même temps et dans les mêmes conditions que la précédente. Toutes les deux étaient posées avant l'ouverture de l'Exposition universelle de i855. — La petite esquisse du Houdon, donnée par M me Rude à son ancienne élève età son amie M^'^ Dondey, a été envoyée par celleci au musée de Dijon, en 1897, avec deux terres cuites (Voir au paragraphe YIIl : Maquettes se rapportant à des projets restés inconnus).

i853-i855. Martine Van der Haert-Cabet, nièce de Rude. Buste en marbre, grandeur naturelle. (Exposition universelle de Paris, 1 855 . — Actuellement au musée du Louvre) .

Rude a commencé ce portrait quelques semaines après le mariage de sa nièce avec Paul Cabct (3 novembre i853) et au lendemain de l'inauguration de la statue du maréchal Ney (7 décembre i853), il l'appelait « son cadeau de noce à Martine. » — « Le modèle fut assez proniptement exécuté, mais Rude apporta un

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soin minutieux à l'achèvement du marbre et il fit poser plusieurs fois ^\[me Cabel devant le marbre même qu'il voulait, disait-il, « parfait de tout point ». Il y travaillait encore la veille du jour oii il devait l'envoyer à l'Exposition universelle. » (Témoignage du statuaire Guitton) . — Ce buste, en costume moderne, col de broderie et petits boutons ciselés, coupé carrément à la naissance de la jupe comme une demi-statue sans bras, est entré au Louvre, en 1881, en vertu du testament de Françoise Cabet-Faber, du mois de novembre 1876. — J'ai donné, plus haut, à propos du buste de Louis David du Salon de i83i, les références relatives à ce legs.

i853-i855. Second buste de François Devosge, marbre. Haut. o'n™,56. (Musée de Dijon).

Ernest Christophe m'a raconté que son maître, trois ans avant sa mort, retrouva, un jour, devant lui, deux croquis d'Anatole Devosge, représentant le bienfaiteur des artistes dijonnais et qu'il s'attendrit à cette vue. C'était, sans doute, deux documents adressés au sculpteur, en 1882, par Devosge fils pour l'aider dans l'exécution du portrait de son père. De cet incident et de cette émotion naquit, peut être, en la disposition 011 se sentait Rude, son désir de faire, pour lui-même, un nouveau portrait de son premier professeur. L'effigie est réduite à la tête et au cou avec la naissance de la poitrine sous le jabot tuyauté et l'habit rayé, mais le voile du regard se marque davantage et la pénétration d'intimité s'y fait plus profonde. Au rapport de ses élèves, il en retouchait le marbre, aux derniers mois de sa vie, pendant l'Exposition viniverselle de i855, tout en s'occupant avec ses praticiens, de l'exécution en marbre de VHébé et de V Amour dominateur. — Le second buste de Devosge a rejoint le premier au musée de Dijon, en 1881, en vertu du testament précité de Françoise Cabet-Faber.

i854-i855. L'Historien, petit groupe esquisse. Terre cuite, pour l'historien Villiaumé.

« Un homme, assis sur la margelle du puits de la Vérité, voit la déesse nue lui présenter un miroir tandis que le Génie de l'Indépendance tient son encrier. » C'est la dernière composition de Rude. Elle n'a pas eu, au moins de son vivant, d'exécution définitive en marbre ou en bronze. Je ne sais ce qu'elle est devenue. (Cf. Legrand, p. ii5.)

i85/i-i855. Buste de Laurent-Antoine Pagnerre, éditeur,

ANCIEN secrétaire GÉNÉRAI. DU GOUVERNEMENT PRO- VISOIRE DE 1848. Grandeur naturelle. Bronze (cimetière de Saint-Ouen- l'Aumône (Seine-et-OiseJ. — Moulage au Musée de Dijon).

Pagnerre est mort en i854, à Saint-Ouen-l'Aumônc, son village

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natal. Son buste fut commandé par ses amis. Legrand affirme que le modèle fut livré à la fonderie au commencement de i855. (Cf. Legrand, p. ii5). — Gros, la face large et pleine, les cheveux en crinière, la moustache en brosse, son cou énorme lourdement encerclé par le col et la cravate, le corps sanglé dans la redingote à deux rangs de boutons, l'ancien secrétaire du Gouvernement provisoire porte la tète avec une certaine emphase. Le portrait ne laisse pas d'être typique, mais la façon en est moyenne et d'un art courant.

i855. Tète et torse du Christ en croix, sans bras. Marbre. Grandeur naturelle (nmsée du Louvre).

On sait déjà que c'est la reprise d'un fragment du modèle du Christ, pour le Calvaire de Saint-Vincent de Paul. Rude fit entreprendre la mise au point de ce morceau pour utiliser un petit bloc de marbre grec, depuis longtemps en sa possession. Le travail n'était qu'ébauché au moment de sa mort. 11 fut terminé sous la direction de Paul Cabet. L'œuvre a figuré au Salon de 1857 avec VHébé et l'Amour dominateur.

^ Vin. — Maquettes de Rude se rapportant a des

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