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AUX JËUIS RElIGIËlJl DE LA COMPAGIE DE JËSliS
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Mes très Ghers Frères en Jésus-Christ,
Le plus ancien historien de Suarez, l'espagnol Antoine Descamps, termine son livre en V offrant à ses confrères de la Province de Cascille — il était lui-même de celle d'Aragon — et il déclare que deux motifs l'y ont engagé : c'est d' abord que Suarez appartint à « cette illustre, docte et sainte province » : ensuite, qu'ayant lui-même reçu d'elle la plus grande partie des matériaux dont il s'est servi, il est juste qu'il lui rende ce quelle lui a prêté.
Pour moi, je veux commencer mon livre en l'offrant aux jeunes religieux de la Province dont j'ai le bonheur de faire partie : avec l'espoir cependant que, si mon présent ne leur a pas déplu, ils étendront volontiers à leurs autres jeunes frèr-es de toute la Compagnie, leurs droits, de bien mince valeur, je l'avoue, de destinataires préférés.
Ne vous devais'je pas ce premier hommage d'auteur?
C'est au milieu de vous que je conçus le désir d'écrire cet ouvrage ; c'est vers vous qu'en le composant ma pensée s'est le plus souvent reportée ; c'est à vous surtout que j'ai voulu être utile, et, si je le pouvais, agréable.
Mon but toutefois n'a pas été, ne pouvait pas être, de vous désigner un maître qui présidât à vos études, un guide qui vous dirigeât dans l'intelligence de saint Thomas, votre auteur tradi-
n DEDICACE
tionnel, un docteur qui vous attachât par toutes les fibres de votre cœur aux plus pures doctrines de l'Église Romaine. Je serais sorti de mon rôle ; je serais aussi venu, trop tard et mal à propos, refaire ce qui a été fait depuis longtemps par des voix autorisées.
C'est un modèle surtout que f ai voulu vous proposer .
Un modèle de l'union harmonieuse de ces deux vies qui doivent être les vôtres, la vie spirituelle et la vie intellectuelle, de ces deux nobles habitudes que demande votre vocation, celle de la prière et celle de l'étude, dumaniement de ces deux armes, si fortes dès quelles s'allient l'une à l'autre, la vertu et la science, l'exemple et la parole. Quand vous aurez lu cette histoire, vous vous demanderez sans doute, comme nos vieux chroniqueurs d'autrefois, si Suarez — pour me servir de la formule qu'ils affectionnaient — fut plus savant que saint ou plus saint que savant. Et si vous ne savez quelle réponse donner en ce qui le concerne, il en est une du moins qui s'offrira d'elle-même à votre pensée, c'est que vous devez, comme lui, cultiver également votre esprit et votre cœur, remplir l'un de Dieu et l'autre de la vérité divine.
Un modèle de travail : de travail consciencieux, ou plutôt saintement passionné, un moment stérile, mais alors même vaillamment poursuivi et bientôt fécondé par la prière ; d'un travail qui dut, à en juger par les fruits, dépasser en intensité toute mesure ordinaire, et qui cependant se soutint sans jamais défaillir, jusqu'aux derniers jours d'une longue existence. Et là aussi vous verrez l'union de deux choses qui ne sont pleinement bonnes que si elles vont ensemble, d'un grand esprit de docilité et d'un grand esprit d' initiative, de la sagesse et de la hardiesse, d'un respect religiea.x pour les doctrines traditionnelles de V Eglise et d'une ambition toute filiale de les faire resplendir et progresser.
Modèle enjin d'un apostolat qui devient de plus en plus nécessaire, à mesure que le monde, échappant aux influences de la foi, se laisse fasciner par tout ce qui a les apparences ou le nom de science, l'apostolat intellectuel. C'est à cet apostolat que tendent vos études. Il doit être le vôtre, à tous, dans une mesure plus ou moins large ; pour plusieurs sans doute, il sera le seul, comme il le fut pour Suarez. Ce n'est ni le plus facile ni le plus consolant.