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CHAPITRE PREMIER Enfance et Premières Études

Grenade — Salamanque (1548-1564)

4. Les unoctres. — 2. La famille et le foyer des Suarez de Toledo à Grenade. — 3. Naissance de François Suarez. — 4. Cléricature et études littéraires. — 5. Premières relations avec la Compagnie de Jésus. — 6. Départ de Grenade. — 7. Les Universités en Espagne. — 8. L'Université de Salamanque. — y. François Estudiantc Canonista.

I. — Dans l'ancienne capitale des Maures d'Espagne, à Grenade, au pied même de ce premier contrefort de la Sierra- Nevada qui porte l'Alliambra et ses jardins, une maison, dont la structure est d'un autre âge, offre aux regards l'inscription suivante, gravée sur sa façade :

« Dans cette maison naquit, le 5 Janvier de Van mdxxxxviii, le Vénérable Père François Suarez, insigne commentateur d'Aristote et de saint Thomas, philosophe de grand renom, projond théologien, jurisconsulte distingué, défenseur si éloquent de la foi catholique qu'il mérita de recevoir du Saint-Siège le titre de Docteur Eminent, la gloire de V Eglise, la lumière de la Compagnie de Jésus. Vhonneur de V Espagne et l'un des fils les plus illustres de cette cité.

« L'Excellentissime Ayuntamiento de Grenade dédia cette pierre coniménioralive à son très glorieux concitoyen. iSgô (i) ».

C'est à Grenade, en eflet, que naquit François Suarez. Mais sa famille, d'un sang tout chrétien et tout espagnol, n'appartenait point par son origine et par ses antécédents à cette région, (^ue le débordement des Musulmans avait si longtemps couverte et qu'il n'avait pas encore totalement abandonnée. Des auteurs la rattachent à l'antique souche des rois de Léon et de Galice (2) ; du moins parait-il certain que, sortie de cette contrée où s'étaient réfugiées l'indépendance et la fortune du peuple vaincu, elle était d'abord descendue des Asturies dans la vieille Castille et s'était ensuite avancée jusqu'au fond de la Péninsule, en suivant les })rincipales étapes de la conquête chrétienne et nationale. Le grand théologien devait lui apporter un renom aussi durable et aussi élendu (j[ue l'Eglise catholique : mais bien avant qu'il parût,

(1) L'inscription est placée sur la maison, auparavant n" 13 de la rue de Pavaneras, maintenant n" 17 de la rue dfi] Padrc Suai-pz. Voici le texte espagnol, compost'; par un prêtre distingué. Don Joaquin Maria de los Heyes, recteur du collège de Santiago, à Grenade, et professeur à cette université :

« En esta casa naciô, cl v de Enero dcl ai'w de mdxxxxviii, cl Fcvercndo Padre Francisco Suârez, insigne comentador de Aristôtelos y de Santo Tomàs, clarisimo fi- Jôsofo, tedlogo profundo, jurisconsulto notable, defcnsor tan elucuente de la Fo catolica, que mercciô ser Uamado pur la Santa Sede Doctor Eximio, gloria de la Iglesia, liistro, de la Compaiiia do Jesiis, bonor de Espana y uno de los mâs esclarecidos bijos de esta ciudad.

« El cxcckntisimo Ayuntamiento acordô la dedicaciôn de esta lapida â tan preclaro granadino. 1896 ».

On ne peut reprocher à cet hommage que d'avoir été trop leut à venir. Mais ce reproche n'atteint que les générations passées et honore la génération présente. Nous nous rappelons qu'en 1^87, à Grenade même, le docteur Simonet, professeur distingué de cette université et auteur d'un éloquent éloge académique de Suarez, nous exprimait un étonnement, mêlé de quelque confusion, de ce que rien, dans la cité natale de Suare/, ne rappelât son souvenir. Pas la plus petite rue môme qui portât son nom, moins favorisé que celui de Louis de Grenade. Ll le savant professeur ajoutait que, lorsqu'il prononça son discours dans l'université, ce fut pour ses compatriotes comme une sorte de révélation. Depuis, et sous son inspiration sans doute, ses concitoyens, avec un patriotisme aussi impartial qu'intelligent, ont compris qu'un théologien tel que Suarez ne devait pas, au pays classique de la théologie et dans la patrie de saint Ignace, rester plus longtemps sans qu'un monument sensible signalât le lieu de sa naissance. Ils placèrent l'inscription sur la maison, et, de la calle de Pavaneras, ils firent la calle del Padre Suarez. D'autres, sans doute, achevant ce qu'ils ont eu le mérite de commencer, élèveront la statue du grand homme à la meilleure place de la cité, par exemple en face de cette cathédrale, bâtie au lieu même de la grande mosquée que l'épée de.s Suarez avait aidé à arracher au culte du faux Prophète.

(2) Voir entre autres Descamps : 1" part., c. 2. Nous rappelons que, pour les biographes mentionnés dans notre Bio-bibliographie initiale, les références ne donneront que le nom de l'auteur sans répéter le titre de l'ouvrage.

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elle se trouvait déjà en possession d'une noblesse qui lui donnait un ranti^ honorable dans le royaume de Gastille. Les biographes s'arrêtent sur ce sujet avec une complaisance qui n'exclut point la sincérité. Ce qu'ils disent est tiré des histoires du pays et se trouve confirmé par un important document, auquel son origine même, voisine de notre héros, donne pour nous un intérêt particulier. En i685. Don Juan Suarez de Toledo, petit-neveu de notre théologien, fit composer par les notaires publics la généalogie de sa maison, pour appuyer une requête qu'il présentait à Charles II (i). Ce roi, par lettres datées de Madrid, 12 juillet 1688, conféra au solliciteur le titre de Vicomte de Rias, motivant cette faveur par le résumé fidèle de la généalogie, dont l'exactitude se trouve, par le fait même, officiellement reconnue (9). Elle débute ainsi :

(( Don Juan Suarez de Toledo et Obregon, Seigneur du Majorât du Marchai, chef des maisons de Toledo et d'Obregon à Grenade, fun des Vincjt-Qnntre de cette cité, représente ce qui suit à Votre Majesté : Sachant avec quelle équité Elle se plaît à récompenser les services de ses sujets, aussi bien ceux qu'ils ont rendus eux-mêmes, que ceux que rendirent

11) Mémorial de la càlidad y servicios de Don Juan Siiârcz de Toledo y Obregon, Seiior del Mayoïazgo del Marchai y otros, Vcinlicuatro de Granada, al Bey nuestro Seilor. Pop Don Alonso Nufiez de Castro, Coronista de su Magestad. — Un exemplaire impiimé se trouve à la bibliothèque de l'université de Salamanque.

Un érudit allemand, Gerard-Ernest de Frankenau, dans son ouvrage Bibliotheca Hispanica Hi^lorico-Genealogico-HeraldJca (Lipsise, 1724), affirme que le susdit Mémorial ne fut prs composé par Alonso Nunez de Castro, mais par Juan Suarez de Toledo luimême, dont il fait mention comme d'un généalogiste de valeur. Voici les lignes qu'il lui consacre :

Page 242, cdlxxii. — Don Joannos Suarez de Toledo et Obregon, Dominus del Marchai, nobilis aulicus (vulgo gentilhombre de la boca vocant) Caroli II, Hispanife Régis, a quo cliam \'ice-Conies de Rias (qui \'icc-Comitatus in granatensi silus est Hegno) creatus est; Decurio item (veinticuatro vocant) urbis Granalensis, vir in studio pra'sertim genealogico apprime versatus, compilavil plurima.

Parmi ses ouvrages, il place : « Mémorial de su Genealogia, sivc supplicem de suis majorumquo meritis et successione slirpis sua; genealogica liliellum : qui etsi uuctorem pr.'e se ff>rat Don Alphonsum Nunnesium de Castro supra (xxiv, 34 et 599; laudatum, totus tamen ipsi nustro Joanni Suare/.io debelur... Item : De familiis Urbis Hognique Granalensis nobiliijus documenta... Latent adliuc in scriniis curiosorum inedita varia ab codem elucubiala opuscula genealogica, qu.'o inter memorantur : Genealogia de la casa de Daran...

— Genealogia de la casa de Obregon... — Genealogia de la casa de (.;umiel... — Genealogia de la gran casa de Cueva... »

(2) Tcstim.-'oio del Tilnlo de Castilla denominndo Vizeondc de Rias. — Archives du Marquis de (Jorbera et Vicomte de Hias, descendant des Suarez de Toledo. — Madrid.

— Les quelques détails qui vont être donnés sur la famille de Suarez sontpris dans le Mémorial généalogique, dans ce Teslimonio et dan.s le biographe Descamp.s.

leurs ancêtres, dans le but d'exciter à les continuer ou même à les surpasser, il se voit obligé d'exposer u Votre Majesté les mérites qui s'unissent en sa personne et en sa maison. Il se flatte que Votre Majesté daignera les faire examiner et les récompenser comme il Lui paraîtra convenable, le mettant ainsi en état de servir Votre Majesté avec plus de décence et d'éclat. Et, jugeant que pour obtenir la faveur qu'il espère, il est nécessaire de montrer l'illustration de sa naissance, l'antiquité de sa famille, la distinction des alliances qu'elle contracta, il joindra à l'exposé de ses propres services le tableau abrégé de son ascendance, depuis que sa branche fut séparée du tronc des Comtes de Gedillo. »

Cette généalogie nous montre, jusqu'à l'époque où elle l'ut composée, cette famille se perpétuant par une descendance masculine durant une période de six siècles, mêlée à toute l'histoire héroïque de la Gastille, exerçant d'honorables emplois ecclésiastiques, civils et militaires, illustrée souvent par des alliances avec les sangs les plus nobles, toujours prenant une part active aux guerres de la Péninsule, surtout contre les Maures, s'identifiant même si bien avec cette grande épopée nationale qu'elle en tira ses titres, ses domaines, son blason, ses patries successives et son honneur le plus pur.

Ainsi, au onzième siècle, le comte Munio Adefonso se* distingue dans les campagnes de Ferdinand le Grand. Son fils, Alphonse Munos, se trouve en io85 avec Alphonse VI au siège de Tolède, et reçoit, après la prise de cette ville, la terre de Ajofrin, qui le fixe dans la nouvelle conquête ; terre dont sa famille porta longtemps le titre nobiliaire avec celui de Tocenaque, et qui, à la fin du quatorzième siècle, fut donnée, par la femme et héritière du dernier représentant de la branche aînée, à l'image miraculeuse de Nuestra Seîïora del Sagrario de Toledo.

Munio Alfonso, fils de ce premier seigneur de Ajofiiii, périt dans un combat contre les Maures. Les vainqueurs portèrent sa tête de côté et d'autre, non seulement en Espagne mais jusqu'en Afrique, pour exciter le courage des leurs par un trophée qui attestait la fin d'un ennemi redouté. Plus tard, en 1212, le sixième seigneur d'Ajofrin, Pero Ruis, combattait à la bataille de Las Navas de Tolosa, et, en souvenir de la croix, présage de victoire, qui, selon les uns, apparut dans le ciel, qui, selon d'autres, sauva miraculeusement de la mort le prêtre qui la portait dans les rangs

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ennemis (i), il ajouta à ses armoiries une croix d'argent sur champ d'azur (2).

2. — Trois siècles après, en 1492, pour les Suarez de Toledo — car, par suite d'alliances et d'héritages, ce titre était devenu celui de la famille, — la prise de Grenade l'ut, comme l'avait été pour leurs ancêtres celle de Tolède, l'occasion de nouveaux services, de nouveaux agrandissements et d'une nouvelle émigration. La génération qui existait à l'époque de ce grand événement, l'avant-dernière avant celle du théologien, paraît avoir élé batailleuse entre toutes. Nous n'y trouvons, un seul excepté peutêtre, que des chevaliers guerroyeurs : le Capitan Hernan Lopez, duquel le père dit dans son testament : « Que Dieu ait son àme ! on me l'a tué à la balaillc de Toro contre le roi de Portugal », Garcia Alvarez de Toledo, qui périt de la main des Maures au siège de Bara, Rodrigo de Toledo, qui se distingua dans la conquête de Loja et y reçut un domaine, Juan Suarez de Toledo, vaillant officier, que les rois catholiques employèrent, avec une confiance qui ne fui jamais trompée, dans la campagne de Grenade et dans leurs autres guerres d'Espagne ou d'Afrique. Ainsi, en iSog, il recevait du roi Ferdinand cet ordre qui est tout à son honneur :

« Vous aurez appris déjà i[ue le Révérendissinie Cardinal d'Espagne, Fray Francisco Ximenez de Cisneros, archevêque de Tolède, mù par le zèle qui l'anime pour les intérêts de notre sainte foi catholique, part en qualité de capitaine général pour l'expédition que Nous avons ordonné de faire contre les Maures d'Afrique; et parce que Nous savons que vous êtes un homme tel que le demande cette guerre et apte à vous y rendre utile au service de Dieu Notre-Seigneur et de Nous, pour cela Nous vous mandons et ordonnons de vous rendre auprès dudit cardinal et de partir avec lui. »

Un autre frère de ces chevaliers, Alonso de Toledo, avait rempli, pendant le siège de Grenade, des fonctions imporlanics auprès des Rois Catholiques, qui ne se montrèrent point ingrats envers lui. La ville prise, les mosquées aussitôt purifiées et

(1) Mariana, Ilistoiia de Espnûn, \. xi, c. 24.

(2) « Las armas do los Siiàrez de Toledo son un escudo de 'luntro qnai-leles : en el primero y ullimo una Cruz de Calalrava do plata en campo azul; y en el set:r"indo y teicoro quarlcl, un castillo de azero en campo de oro. » Dcscumps, I" part., c. i.

8 LIVRE I. — l'Étudiant

consacrées au vrai Dieu en actions de grâces, les vainqueurs s'occupèrent de récompenser ceux qui avaient travaillé avec eux à cette conquête. Or, parmi les actes des rois Ferdinand et Isabelle, se trouve le suivant :

« Au licencié Andrés Calderon, notre Gorrejidor en la cité et royaume de Grenade, Alcade de notre palais et de notre cour. Reconnaissant les nombreux et bons etloyaux services que Nous a rendus Alonso deToledo, notre majordome ; et ceux que son père le Jurât Alonso Suarez de Toledo rendit au Seigneur roi Don Enrique notre frère, que Dieu ait en sa gloire ; et ceux que rendit son aïeul, le noble et honorable Pedro Lopez de Toledo, Contador Mayor du seigneur roi Don Juan notre père, de glorieuse mémoire, que Dieu ait pareillement en sa gloire ; et tous ceux que ses autres ancêtres rendirent aux seigneurs rois qui furent les nôtres : Nous avons Jugé bon de lui faire don, ainsi que Nous le faisons par le présent acte, des maisons, vignes, terres, oliveraies et bains, que possédait le maure Mahomad Abenandid dans la alqueria de la Zubia, au territoire et juridiction de cette cité. Et ainsi, dès que cette Cédule vous aura été présentée, vous livrerez et ferez livrer audit Alonso de Toledo ledit domaine, pour qu'il le possède en bien propre, lui et ses héritiers. »

Retenu par ce don royal, Alonso de Toledo resta h Grenade, avec l'intention si arrêtée de s'y fixer, qu'il fit bientôt vendre les biens dont il avait hérité à Tolède et son domaine seigneurial de Tocenaque. Il tut le grand-père du théologien. C'est donc aux instincts guerriers et à l'esprit chevaleresque de sa race que François Suarez dut sa belle et poétique patrie. Est-il téméraire de croire qu'il leur dut aussi son génie et sa mission providentielle? Là où l'atavisme physique n'a rien à voir, ne peut-il pas y avoir place encore pour une sorte d'atavisme de l'ordre moral? Certes, ces chevaliers castillans étaient tout autre chose que des théologiens. Mais, l'àme remplie de cette vieille foi que des siècles de lutte avaient fait pénétrer de plus en plus dans les cœurs et dans les mœurs, ils couraient aux champs de bataille, emportés par le zèle chrétien autant que par l'amour de leur pays. Pour eux comme pour nos anciens croisés francs, ces guerres étaient œuvres de religion. Peut-être Dieu voulut-il payer tout le sang, versé pour sa cause par ces fortes générations, mieux que n'avaient pu le faire les rois de la terre avec leurs domaines et leurs titres, en faisant sortir d'elles un défenseur de la foi, plus

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puissant k lui seul par sa plume, qu'ils ne l'avaient été tous ensemble par leur épée. Désormais il ne sera plus question dans ce livre de guerres et de combats ; ou si parfois on y rencontre encore des luttes, ce ne seront jamais que des luttes d'idées et de doctrines.

Établi avec sa famille à Grenade, Alonso de Toledo y exerça les charges de trésorier général de l'armée pour le royaume de Grenade et de surintendant général des palais que Charles-Quint fit construire dans l'Alhambra. Avant de mourir, il fonda et dota, dans l'église des Franciscains de Grenade, la chapelle de saint Jean-Baptiste, où il fut enterré ainsi que son frère Don Juan Suarez de Toledo. De ses trois fils, l'un, Jean Suarez de Toledo, entra dans les ordres et fut chanoine à Grenade. Un autre, Balthazar Suarez, suivit la carrière des armes et se distingua dans la conquête d'Oran et dans celle de la Navarre. L'aîné, Gaspar Suarez de Toledo, le père de celui dont nous écrivons l'histoire, né en i5oo, succéda à Alonso comme chef de la famille, et se maria avec Doua Antonia Vazquez de Utiel (i).

Us eurent quatre fils : Jean Vazquez de Toledo, qui resta dans le monde et continua la lignée ; François Suarez le théologien ; Gaspar Suarez de Toledo, que nous verrons entrer après son frère dans la Compagnie de Jésus ; et Pedro Suarez Vazquez, qui mourut jeune, disent simplement les historiens. Un mot de Suarez nous le fait, semble-t-il, un peu mieux connaître. La formule d'admission, qu'il écrivit plus tard en entrant dans la Compagnie, renferme ces mots : « Il a trois frères, dont l'un religieux ». Ce religieux ne pouvait pas être Gaspar, le futur Jésuite, qui n'avait que quatre ou cinq ans au moment où cette formule était rédigée. Ce ne peut donc être que ce Pedro, k peine entrevu par les historiens. Mais dans quel ordre entra-t-il, qu'y fit-ii, quand mourut-il, rien ne nous l'apprend (2).

Gaspar de Toledo et Doua Antonia Vaz([uez eurent aussi

(1) La fumille de la mère de notre théologien était, comme celle du père, des plus honorables et des plus estimées à Grenade. V. Uescamps, I" part., c. 2.

(2) Descamps, le seul biographe qui donne son nom de Pedro, dit qu'il fut le troisième des fila et qu'il naquit en ir>50{I" part., c. 1). Il aurait donc été déjà religieux à qualoiv.e ans, en iC<C>i, date de l'enln-e de Kianrois au noviciat !...

lO LIVRE 1. L ETUDIANT

quatre lilles, Dofia Calalina Suarez, qui se maria avec Don Juan de Trillo, alcade et gouverneur des château et ville de Garcabuey, et Inès, Marcelana, Maria, qui toutes les trois furent religieuses au couvent des Hiéronymites de Santa Paula de Grenade et y vécurent saintement. Doîia Maria surtout y laissa le souvenir, vivant encore longtemps après elle, d'une vertu éminenle, récompensée par des faveurs extraordinaires.

Ainsi, sur huit frères et sœurs, six se consacrèrent à Dieu. Dans la génération suivante, celle des neveux et nièces de Suarez, la proportion sera la même : trois fils sur quatre et deux tilles sur trois; en tout, dans l'une et dans l'autre, sur quinze personnes onze vocations ecclésiastiques ou religieuses. Ne semble-t-il pas que cette forte et noble race se soit prise, dès qu'elle vit sa patrie terrestre reconquise, à tourner de plus en plus ses aspirations vers la patrie céleste? D'ailleurs, ceux-là mêmes qui restaient dans le monde y donnaient l'exemple d'une vie toute chrétienne, comme cette sœur mariée de François, Doîîa Catalina de Trillo, qui, dans la petite ville de Garcabuey, tous les matins, après avoir rempli ses devoirs de piété envers Dieu, descendait du castillo pour exercer envers les hommes les œuvres de charité. Ses serviteurs l'accompagnaient, chargés de vivres, de remèdes, de vêtements. Elle allait de maison en maison, faisant elle-même la distribution, soignant les malades, donnant à manger aux infirmes, et ne remontait à son caslel qu'après avoir épuisé ses ressources et les misères à soulager. Ge fut là, pendant plus de trente ans, l'emploi de son temps et de sa fortune (i).

Telle était la chrétienne et généreuse famille dont Suarez devait recevoir le sang et les traditions. A la considération dont elle jouissait, s'ajoutait une situation matérielle qui lui permettait de soutenir dignement le rang qu'elle s'était acquis. La formule d'admission de Suarez au noviciat, signée par lui, portera, à la suite du nom de ses parents, cette mention : « Ils ont largement de quoi vivre ». Ge sera la réponse à une question qui est faite à tout candidat, nul ne pouvant être admis qu'autant que son aide n'est pas indispensable pour la subsistance de son père ou de sa

(1) Dcscamps, I" pnrt., c. 1.

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mère (i). Un état du noviciat, dressé à la même époque, s'exprime en ces termes encore plus précis :

« Le Frère François Suarez, fils de parents disting-ués et riches ; son père est le licencié Gaspar de Toiedo, avocat à Grenade, dont la fortune dépasse 30.000 ducats (2). »

D'après la valeur la plus probable du ducat à cette époque, c'était un patrimoine de cent mille francs au moins, fortune regardée alors comme considérable, surtout aux mains d'un homme qui exerçait une profession lucrative. Profession tout autre que celle des armes : c'est que déjà, dans l'Espagne unifiée, pacifiée et en pleine possession de ses colonies, les fils de familles nobles se portaient de plus en plus à servir autrement que par l'épée leur roi et leur pays. L'ère de la Chevalerie approchait de sa fin.

La demeure patrimoniale, la casa solar, des Suarez de Toiedo fut-elle réellement celle que lui assigne aujourd'hui l'inscription, reproduite aux premières lignes de cette histoire ? En i88-, à nos questions réitérées, des érudits de Grenade répondirent que nul indice ne permettait de reconnaître l'ancien foyer des Suarez. Mais alors et depuis longtemps le grand homme restait un peu oublié dans sa propre patrie. Comment se serait-on occupé de sa maison alors qu'on ne s'occupait pour ainsi dire pas de lui ? Dans ces dernières années, des recherches ont été faites et elles paraissent avoir abouti à des résultats certains. Quelques indications topographiques, éparses dans les anciennes biographies, telles que dépendance de la paroisse de Sainte-Scolaslique, voisinage du couvent des Franciscains, contiguïté à une place publique, se sont trouvées, pour la maison désignée, d'une parfaite exactitude. De plus, à l'intérieur, une très vieille boiserie porte l'écusson de la famille. Enfin les actes officiels concernant cette maison

(1) « An .supcrslitfs lialtoat parentes? Paupere.s-ne sint an diviles ? .\n commode habeant quod salis illis sit ad statum vitaî su.e ? » (Intcrrogatiunes cummiiues pro omnibus a P. Nadul adliihilif : loGl-lôG.S. Monum. hist. Soc. Josti : Epist. Patris Nadal). C'est la question prescrite par saint Ignace, Exam. (jen., c. m, n* 2.

(2) Arcli. cenlr. t<oc. Jes. : Caslell., Calalogi Bievo.s. i:tî,9-l57(}. Ces Catalogi Brèves du personnel de chaque maison étaient alors dresses et envoyés tous les quatre mois an provincial et au p<'ncral, en exécution d'une prescription de saint I},'uace. v. C.onstit , Vlll* pail., c. I, lilt. .\.

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